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2ème partie dossier Phil Lynott/Thin Lizzy par gardian666
publication le : 10/01/2016
La première partie de ce dossier est en ligne ici.


Bad Reputation - 1977


Robertson écarté presque indéfiniment, c'est sous la forme d'un trio (première fois depuis 1973) que le groupe s'envole au printemps 1977 pour le Canada, à la rencontre du producteur Tony Visconti (qui s'investissait déjà beaucoup depuis près de 10 ans aux côtés de David Bowie). Ce changement opéré constitua une belle réussite car "Bad Reputation" allait nettement tenir la comparaison avec ses 2 prédécesseurs. D'une durée équivalente, ce 8ème album bénéficie d'une production prenant le parti de la section rythmique, donnant par exemple plus de relief à la batterie (écoutez le morceau 'Bad Reputation' en cas de doute) ; et si B. Robertson put passer quelques jours en studio avec le reste du groupe (après que Scott ait convaincu Phil) et ainsi enregistrer des parties de guitare pour 3 titres (leads et rythmiques), c'est principalement Scott Gorham seul que l'on entend à l'œuvre. Le bougre s'en sort admirablement bien malgré la multiplication par 2 de son boulot, alignant - entre autres - des soli magistraux (cf. le morceau-titre, 'Downtown Sundown', 'Dear Lord') ou des harmonies somptueuses ('Soldier of Fortune', 'Southbound', 'That Woman's Gonna Break Your Heart' en duo avec Brian).

Sur "Bad Reputation" le jeu de Brian Downey gagne donc en visibilité, il est de ce point de vue rejoint par les lignes de basse de Phil, audibles comme jamais ('Opium Trail' par exemple). A contrario, les guitares sur les phases rythmiques, principalement les riffs, perdent en 'puissance' et sont parfois cantonnées à jouer les seconds rôles ('Opium Trail' justement, 'Dancing in the Moonlight'). Heureusement le duo Gorham/Robertson se retrouve à 2/3 reprises tel sur un 'Killer Without a Cause' plus mordant, et affichant un délicieux sens de la composition.

"Bad Reputation" contient outre un morceau-titre – nettement apprécié par les amateurs de punk de l'époque – court, ayant tous les attributs du tube, une autre pièce très populaire, cette 'Dancing in the Moonlight (It's Caught Me in Its Spotlight)' désignée à raison premier single de l'album. Hyper simple et entraînante, cette compo est rehaussée d'un saxophone bien placé, tenu par John Helliwell, membre de longue date de Supertramp.
Paru en septembre 1977, le disque atteignit une superbe 4ème place dans les charts du Royaume-Uni, permettant à Thin Lizzy de réaliser son premier top 5 à cette échelle.



Dancing in the Moonlight (clip) / Soldier of Fortune (audio)


Au moment de reprendre le chemin de la route, Thin Lizzy réintègre Brian Robertson ; après le succès du Bad Reputation Tour, le groupe planifie de travailler sur un nouvel album dès le début de l'année 1978. Souhaitant de nouveau collaborer avec Tony Visconti, il est dans l'obligation de retarder l'échéance, le producteur étant très prisé à l'époque. Afin de rester actif, Phil suggère de passer 2 semaines à réaliser une sélection d'anciens enregistrements live afin de compiler sur disque la fièvre Thin Lizzy.


Live and Dangerous - 1978


De cette idée se matérialisa "Live and Dangerous", l'un des plus grands live de l'histoire du hard rock. Alors certes l'objet contient son lot d'overdubs et parties réenregistrées en studio (précisément au Studio des Dames de Paris) mais il n'en reste pas moins un 'best of' exceptionnel de ces tout juste 7 années de carrière. Ce live contient en partie des morceaux issus d'un concert donné le 20 octobre 1977 au Tower Theatre de Philadelphie, et d'autres tirés d'un live au Hammersmith Odeon de Londres (14 novembre 1976).

Bien que les différents acteurs de l'époque ne soient pas d'accord sur le niveau 'naturel' de ce live et l'importance des overdubs, il est indéniable que cet album est la porte d'entrée parfaite dans l'univers de Thin Lizzy. Paru le 2 juin 1978, ce disque fit un véritable carton dans les classements anglais, atteignant une vertigineuse 2ème place !

Live and Dangerous (full audio)


Mais un mois plus tard, à la suite d'un one shot à Ibiza, de nouvelles tensions apparurent entre Phil et Brian (Robertson), entraînant le départ définitif de ce dernier. Nous sommes à l'été 78 et devinez qui prend la place de 2ème guitariste ? Gary Moore, bien sûr. A la même époque, celui-ci délaisse Colosseum II et part donc en tournée avec Thin Lizzy. 2 mois aux US puis une série de dates en Océanie pour boucler une année moins chargée que les 4 dernières, qui aura tout de même vu pendant quelques temps l'existence de The Greedy Bastards (devenu plus tard The Greedies), groupe de 'punk' rock où Lynott & co rejoignirent Steve Jones et Paul Cook des Sex Pistols ou encore Chris Spedding, permettant aux gars de Thin Lizzy de rester proche d'un mouvement largement en vogue. Un extrait est disponible ici.

A noter que durant la tournée nord-américaine, Brian Downey atteint de pneumonie céda son kit (pour la première fois depuis la formation du groupe) à Mark Nauseef (ex-Elf, ex-Ian Gillan Band). Il réintégra Thin Lizzy début 1979 alors que l'enregistrement d'un 9ème album venait de débuter. "Black Rose: A Rock Legend" dont il est question, fut capté entre Paris et Londres, toujours en compagnie de Visconti (assisté de Kit Woolven) qui garda le même type de production que sur "Bad Reputation", avec cependant des guitares bien plus audibles. Cela aurait été un véritable sacrilège de ne pouvoir entendre convenablement Scott Gorham et Gary Moore s'exprimer ; heureusement les partitions de chacun obtiennent une belle exposition.


Black Rose: A Rock Legend - 1979


Gros succès à sa sortie, ce disque est globalement une très belle réussite. Il contient encore des tubes, 'Do Anything you Want to' et 'Waiting for an Alibi' (fantastique morceau) en tête, mais aussi 'Got to Give it Up' dont les paroles évoquent les problèmes d'alcool et de drogues rencontrés par les musiciens. A l'époque Phil et Scott connurent justement une augmentation de leur consommation personnelle. D'ailleurs, ce n'est certainement pas un hasard si la voix de Phil paraît parfois abîmée, plus rêche et éraillée ('S&M', 'Got to Give it Up'). Peut être une sensation voulue à l'époque, qui honnêtement ne gène pas à l'écoute mais se constate avec une certaine amertume.
D'autant que l'album contient une chanson hommage à la fille toute récemment née de Lynott, Sarah. Composition au goût clairement pop, elle dénote un peu par rapport à l'ensemble et aurait peut être été mieux en b-side, même si ça reste une très belle et honnête chanson.

Pour l'anecdote, 'Sarah' était de toute façon à l'origine prévue pour un disque solo de Phil. Enregistrée avec Gary et le batteur Mark Nauseef, elle fût finalement incluse à "Black Rose" sur le conseil de Moore, car il restait de la place. On peut y entendre un harmonica tenu par Huey Lewis, de Huey Lewis and the News, groupe qui contribua notamment à la BO de "Retour Vers le Futur".

Les 2 dernières pistes de "Black Rose" font partie de mes favorites de l'album et même de la discographie du groupe. Il y a d'abord 'With Love', pièce aux mélodies raffinées portée par un Phil retrouvé et surtout 'Roisin Dubh (Black Rose) A Rock Legend' : certes celle-ci n'est pas totalement une compo' originale, puisque divisée en 4 parties, elle comprend des arrangements – classieux – de chansons traditionnelles irlandaises (et un réarrangement d'une partie d'une chanson folk de Francis McPeake, plus récente), enfin difficile de trouver à redire durant ces 7 minutes somptueuses.

Elles synthétisent la volonté de Phil de condenser en peu de temps tout ce qui touche à l'esprit celtique (les mythes, grands écrivains et musiciens, etc.). Musicalement, le duo Lynott/Moore réalisa un travail fabuleux et complémentaire, aboutissant à la création d'une œuvre à partir de plusieurs, sans perdre le fil conducteur. Épique et transcendante, elle est bien évidemment remarquable pour ses longues partitions musicales, n'étant pas sans rappeler une version développée d''Emerald'.



With Love (video) / Roisin Dubh (Black Rose): A Rock Legend (audio)




Environ 10 ans après sa création, Thin Lizzy comptabilise autant d'albums (studios + live) et s'est petit à petit imposé comme une référence parmi la scène hard rock internationale. A l'aube des 80's et du déferlement du heavy metal, le groupe continuait malgré tout de vivre des périodes troubles.

1979 – 1984 : suite et fin de carrière (très) honorables


Car si Thin Lizzy marche comme jamais en terme de ventes d'albums et de tournées, il reste toujours au bord de l'implosion en '79. Ainsi, le 4 juillet de cette année là, Gary Moore quitte (encore) brusquement le groupe alors en pleine tournée nord-américaine. Pas de regrets de son côté, la décision devait être prise. Le trio maintient les dates et après quelques jours trouve en la personne de Midge Ure un nouveau membre live. Ce dernier relança à peu près à la même époque le groupe de new wave/synth pop Tiger Lily devenu Ultravox. A noter qu'il avait coécrit un titre de "Black Rose", 'Get Out of Here', en collaboration avec Phil.

1980 voit Thin Lizzy enchaîner les dates et modifier légèrement son line-up ; Midge passe aux claviers (première dans le groupe depuis Eric Wrixon), Phil ayant décidé de recruter un autre guitariste, Dave Flett, qui venait de passer 3 ans chez Manfred Mann's Earth Band. A côté d'une tournée mondiale dont le succès ne diminuait pas, Phil composa beaucoup de matériel non destiné à Thin Lizzy. Une majorité se retrouva sur "Solo in Soho", son premier sympathique disque solo paru au printemps 1980. L'album voit la participation de plusieurs de ses comparses (Downey, Gorham, Ure) mais aussi celles de Gary Moore, Mark Knopfler, Huey Lewis ou encore Snowy White. Ancien musicien live de Pink Floyd notamment, Snowy allait voir le poste de 2ème guitariste au sein de Thin Lizzy lui être proposé. Il ne passa pas à côté de l'occasion et quelques temps plus tard, Midge était lui remplacé par un jeunot aux claviers, un certain Darren Wharton (17 ans à l'époque).
Contacté par Phil pour prendre le job, il fût d'abord considéré en tant que membre de session et eut les crédits sur "Chinatown", le 10ème album de Thin Lizzy.


Chinatown - 1980


"Chinatown" est à mon goût un bien bon album du groupe mais souffre parfois la comparaison avec ses 4 prédécesseurs. Fitzpatrick réalisa là son ultime (et superbe) visuel pour TL, le remplacement de Moore par White se fait ressentir et la production signée Kit Woolven (futur producteur d'Anathema et Cathedral) désormais seul aux commandes, renvoie aux prods du milieu des 70's. Soit une section rythmique en deçà et un manque de puissance ressenti.

Pour autant, "Chinatown" propose du très bon matériel, à l'instar de l'ouverture 'We Will Be Strong' véritable hymne de persévérance, au refrain coup de poing et aux leads évocateurs. Le dynamisme et les soli du morceau-titre régalent, au même titre que l'entrain du classique 'Killer on the Loose'. Les envolées pop et mélodiques de 'Sweetheart', 'Having a Good Time' (Phil l'a co-écrit avec Snowy), 'Didn't I' ou encore 'Hey You' apportent avec plus ou moins de réussite de la légèreté à l'œuvre, et l'on a tout loisir de constater un son de caisse claire vraiment faiblard, tandis que dans son registre, 'Sugar Blues' aurait pu figurer sur un disque de ZZ Top ! Riff simple, basse funky entraînante, il est dans la forme assez singulier pour du Thin Lizzy, à l'exception de soli et arpèges joliment allongés. 'Genocide (The Killing of the Buffalo)' me rappelle le Judas Priest de la période 76-78 en particulier le jeu des guitares, c'est un titre solide un peu plombé par un refrain trop répété.

Les problèmes de drogue semblent toujours plus ou moins affecter la voix de Lynott, qui paraît sur certaines phases davantage essoufflé ou moins juste dans ses intonations, des sentiments évoqués aussi vis à vis du groupe en général, lessivé par l'enchaînement des dates et du travail en studio (du moins le trio Lynott/Gorham/Downey). Globalement, "Chinatown" est un peu le "Nightlife" de son époque, un disque plutôt accessible, parfois 'grand public' d'où se démarque une poignée d'excellents titres (au moins 3 sans compter la partie instrumentale de 'Hey You' ébouriffante et excellente). Le reste demeure d'un niveau fort correct, à défaut de s'imposer durablement dans les mémoires.
Réalisant un nouveau top 10 dans les charts anglais (mais apparaissant bien plus loin outre Atlantique), Thin Lizzy enchaîne les dates sur 4 continents et donna à la fin de l'année 1980 ce qui allait être sa dernière tournée aux US.



Chinatown (clip) / We Will be Strong (audio)


1981 débute comme l'année précédente pour Phil, qui se consacre à nouveau à sa carrière solo, avec l'appui des membres de Thin Lizzy et d'autres musiciens extérieurs ; parallèlement, l'ébauche du 11ème disque de la formation commence à naître. A travailler sur 2 tableaux en même temps, certains musiciens s'y perdirent un peu entre ce qui devait concerner le disque de Phil et la future production de Thin Lizzy.


The Adventures of Thin Lizzy - 1981


En avril '81, soit - à une poignée de jours près - pile 10 ans après la publication du tout premier effort de Thin Lizzy, un best of 11 titres est publié et réalise un joli score dans le classement britannique (n°6). S'il contient une partie des hits du groupe, "The Adventures of Thin Lizzy" n'en demeure pas moins peu représentatif de cette décennie passée.

A la suite de cette compil, Phil fit le forcing pour sortir un nouveau titre, 'Trouble Boys', qui devait constituer un aperçu du prochain album (et avait été envisagé pour lui donner son nom). Le single est un échec commercial, plutôt justifié, le titre paraît daté pour l'époque, il aurait eu sa place dans les 50's, de par son côté sous Chuck Berry. Une composition pas immonde mais difficile d'y déceler la patte 'thin lizzyenne'.

'Trouble Boys' est oublié et le disque prend le nom de "Renegade". Parmi les nouveautés, Darren Wharton est désormais considéré comme membre permanent aux claviers (toutefois 'oublié' sur la photo officielle de l'album), l'enregistrement s'est lui tenu entre 3 studios, 2 à Londres et 1 aux Bahamas, avec cette fois Chris Tsangarides (Bruce Dickinson, Angra, Black Sabbath) comme principal artisan du son du groupe.


Renegade - 1981


Dès les premières notes de l'ouverture 'Angel of Death', le nouveau virage de Thin Lizzy est identifié, les claviers prennent de l'importance, au premier plan ou en nappes de fond, et la prod' donne à l'ensemble un côté moins organique mais plus incisif (guitares davantage 'tranchantes' même si moins sollicitées, caisse claire plus percutante, etc.). "Renegade" confirme malheureusement la dégradation vocale de Phil, moins brillant et attachant qu'auparavant, comme le prouve sa prestation sur les titres 'Renegade' (au demeurant touchant dans le développement de ses émotions) ou 'Fats' (il est même limite sur celui-ci), tandis que Snowy White n'arrive pas à s'intégrer pleinement au groupe. Par exemple, il a coécrit le morceau titre, ce dernier est très pauvre niveau guitares et pourtant il y avait de la place pour des soli (entre autres).

Son jeu plus basique est relevé par celui de Gorham (écoutez la première minute de 'The Pressure Will Blow', au passage l'un des meilleurs titres du disque malgré un riffing moyen), le sentiment que les 2 hommes ne sont pas complémentaires pour faire briller les compos paraît évident. Par la suite, Snowy déclara qu'il se sentait plus à l'aise pour jouer du blues que du heavy rock. Effectivement.


Downey / White / Lynott / Gorham / Wharton (1981)


Pour revenir à l'album, 'Leave This Town' apparaît comme la suite de 'Sugar Blues', soit une piste diablement entraînante et franchement sympathique ; signée Gorham/Lynott, elle confirme que quand ces 2 là bossent ensemble, il est compliquer de trouver à redire, à l'instar du single 'Hollywood' pur produit rock'n'roll et du final 'It's Getting Dangerous' sur lequel on retrouve un Thin Lizzy inspiré et un Phil appliqué.

Le reste de "Renegade" s'avère correct sans plus, 'No One Told Him' est assez banal et sans éclat (excepté son solo), 'Fats' dénote sérieusement de par ces guitares en retrait (tiens une autre chanson coécrite par Snowy), le réel intérêt ayant été de remettre en avant les claviers et d'intégrer du piano...Son entrain pop rock est poursuivi sur 'Mexican Blood', qui s'apprécie par sa légèreté et son enthousiasme plutôt communicatif. Au final, une bonne moitié du disque est en deçà et moins passionnante que ce à quoi le groupe nous avait habitué. Entre un Phil parfois à la peine, des guitaristes en retrait, un claviériste dont l'apport demeure restreint et globalement un résultat créatif décevant, le constat n'est pas à l'avantage de "Renegade". A sa sortie en novembre 1981, l'album est boudé par le public et réalisa des scores décevants.

Angel of Death (audio) / Renegade (audio)


1982 se révéla être une année très compliquée pour Thin Lizzy et Phil ; Downey et Gorham manquèrent chacun des concerts lors d'une tournée européenne, suite à divers problèmes rencontrés (bagarre, drogues, maladie, etc.). Une partie des dates compromises est maintenue avec des musiciens de session ou sous la forme d'un quatuor, mais pas toutes...A l'été '82, Snowy White quitte logiquement le groupe et est remplacé par John Sykes (depuis peu à l'époque ex-Tygers of Pan Tang), âgé de tout juste 23 ans. Toujours addict à la drogue, Phil publie au mois de septembre un 2ème album qui voit la participation de nombreux invités, pour la plupart déjà présents sur son premier effort. "The Philip Lynott Album" passa relativement inaperçu à sa sortie et constitua un autre échec pour son créateur.


Thin Lizzy en 1983


Partant de là, on pouvait légitimement penser que la toute fin de carrière de Thin Lizzy allait s'avérer désastreuse. Or si les prestations live périclitaient parfois dangereusement, le groupe trouva les ressources pour partir sur ce qui allait être un ultime album grandement apprécié, et ayant rencontré un succès totalement mérité. Bien que "Thunder and Lightning" ait été en grande partie composé avant l'intégration de John Sykes, ce 12ème et ultime album studio paru en mars 1983 dévoila un Thin Lizzy heavy comme jamais. Des guitares replacées au goût du jour sans compter un Darren Wharton bien mieux impliqué dans le groupe (niveau créativité notamment) et un Phil 'habité' vocalement, à l'image d'un morceau-titre qui vous saute à la gorge et ne vous lâche plus, Thin Lizzy ne ramollissait aucunement et affichait là pour ainsi dire une santé 'insolente'.


Thunder and Lightning - 1983


Produit à nouveau par Chris Tsangarides, "Thunder and Lightning" garde une connotation hard rock 70's (la section rythmique surtout) tout en prenant parfaitement un virage heavy metal (le hit 'Cold Sweat', coécrit par Sykes), alors en pleine expansion. Les claviers utilisés parcimonieusement et sans effet kitsch au moment d'accroître des atmosphères ou même pour placer un solo sont à souligner ('The Sun Goes Down', 'Someday She Is Going to Hit Back', 'Thunder and Lightning'), tout comme le travail réalisé par la paire Gorham/Sykes, dont les soli fournis sont un pur régal auditif ('The Holy War', 'Cold Sweat' et son break instrumental jouissif).

Même 'Baby Please Don't Go' qui au premier abord paraît être une pièce assez banale de heavy/hard est nettement relevée par le jeu des guitares, duquel découle des leads et soli incroyables. Seule 'ombre' au tableau, les textes de 'Heart Attack' qui possèdent un goût prémonitoire quelque peu désagréable ('Papa I'm dying of an overdose, overdose, overdose / I tried to warn you don't come too close / I tried to tell you way back when we were young / I tried to warn you there was something wrong').



Thunder and Lightning (audio) / Cold Sweat (audio)


La tournée dédiée à Thunder and Lightning débuta dès janvier '83 et se déroula principalement au Royaume Uni jusqu'au mois d'avril. Entre fin avril et début septembre, le groupe donna ses derniers concerts, de manière éparse entre la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni, le Japon (où la difficulté pour les musiciens de se procurer de l'héroïne affecta grandement la qualité des prestations) et l'Allemagne. L'ultime prestation de Thin Lizzy eut lieu le dimanche 4 septembre 1983 au Monsters of Rock de Nuremberg, avec également à l'affiche Twisted Sister, Saxon, Blue Öyster Cult, Motörhead, Meat Loaf, etc.

La décision d'arrêter Thin Lizzy avait été prise quelques mois auparavant, Phil souhaitait mettre le groupe en stand-by, d'autant que Scott ne se sentait plus la force de continuer. Peu de temps après que la fin du groupe fut annoncée, paru un nouveau live, "Life:Live".


Life:Live - 1983


Il s'agit d'un double album dont les morceaux ont principalement été capté à l'occasion de concerts au Hammersmith Odeon de Londres (mars 1983) ; 3 titres de la tracklist ont eux initialement été enregistrés en 1981 (avec Snowy White). Sachant qu'il allait arrêter le groupe après cette tournée, Phil pris l'initiative d'inviter à la fin de certains sets, d'anciens guitaristes de la formation, Eric Bell, Brian Robertson et Gary Moore, afin de créer notamment un gros jam durant 'The Rocker' qui clôture ce live de 19 titres.
Au sujet de ce 2ème live officiel, il est bien plus brut et rock que "Life and Dangerous", le groupe y retranscrit très bien toute l'intensité de son show... et les limites vocales de Phil à cette époque sont audibles comme jamais. Qu'importe, "Life:Live" demeure un solide témoignage de la fin de carrière du groupe et j'y relève notamment une sublime version de 'Still in Love With You'.

En à peine 15 années, Thin Lizzy venait de réaliser 12 albums et 2 lives, desquels pas grand chose faisait défaut. Le groupe n'a peut être jamais sorti d'album parfait de bout en bout, mais il a toujours eu le mérite d'afficher une créativité exemplaire en fournissant une discographie extrêmement riche dans ses influences et sonorités. Une carrière ayant elle même inspirée bien des groupes encore en activité de nos jours comme le prouve la petite rubrique suivante.

Thin Lizzy repris par d'autres artistes


Il existe de très nombreuses reprises de Thin Lizzy, réalisées par des groupes internationaux ou des artistes de l'underground. Dans le monde du hard rock/metal, le groupe a eu une influence parmi bien des sous genres de notre musique préférée.

La plus célèbre demeure sans doute celle de Whiskey in the Jar par Metallica, qui lui a donné une autre coloration.

Une cover particulièrement réussie reste celle réalisée par Europe pour le morceau 'Suicide'.
Une interprétation live avec un petit orchestre à cordes et le résultat est somptueux.

'Cold Sweat' est quant à elle l'une des plus choisies, récemment Megadeth s'est en chargé, par le passé Dublin Death Patrol, Helloween, Kalmah ou encore Sodom s'y étaient frottés, avec plus ou moins de succès (pas non plus le titre le plus dur à reprendre).

Dans des registres 'surprenants', Vader (comme Gamma Ray) avait choisi la cover d'Angel of Death en 2002.
Notons aussi Mastodon qui s'était essayé dans son style au fantastique 'Emerald'.
'Emerald' est une autre cover fréquemment choisie, ayant récemment bénéficiée d'une superbe version folk, signée Wilderun.
Celle-ci est chaudement conseillée et se découvre ici.

Côté reprises fidèles, Anthrax a fait 'Jailbreak', 'Cowboy Song', Foo Fighters également 'Jailbreak'.
Concernant ce dernier titre, il est aussi passé entre les mains de Fu Manchu dans une version forcément plus groovy.
Sans oublier bien sûr 'Massacre' par Maiden ! (pas forcément bien adaptée au chant de Bruce).
En 2004, Heathen avait également proposé une solide cover de 'The Holy War'.

Enfin, dans un registre indie rock/doux, on peut retrouver 'Wild One' par le duo français John & Jehn, de bonnes intentions mais un résulat mitigé.


Quelques mots sur Phil en solo, ses side projects, participations diverses et l'après Thin Lizzy




En 1978, Phil est crédité sur "Jeff Wayne's Musical Version of The War of the Worlds", ambitieux concept album créé par le musicien Jeff Wayne, dont le sujet est bien sûr 'la Guerre des Mondes' de H. G. Wells. Phil y partage le casting avec ni plus ni moins que l'acteur Richard Burton (rôle principal en tant que narrateur de l'histoire), le chanteur/guitariste Justin Hayward (The Moody Blues), Chris Thompson du Manfred Mann's Earth Band ou encore la chanteuse Julie Covington connue pour avoir été la première interprète de la célèbre chanson 'Don't Cry for Me, Argentina'.
Phil apparaît sur 2 pistes de cette oeuvre dépassant les 90 (!) minutes, mêlant narration et leitmotiv sur un fond musical clairement rock progressif duquel se dégage quelques sacrés mélodies, harmonies et ambiances ; on peut l'entendre sur 'Parson Nathaniel' et 'The Spirit of Man'.

"Jeff Wayne's Musical Version of The War of the Worlds" demeure un must pour les amateurs de rock hors du commun où l'utilisation d'un orchestre à cordes et évidemment de synthétiseurs de toute sorte est fréquent. Ce double disque s'est écoulé à plus de 15 millions d'exemplaires dans le monde, devenant l'un des plus gros succès du genre.

The Spirit of Man (audio)


Comme je l'ai déjà un peu évoqué auparavant, Phil publia 2 disques en solo, entouré de membres de Thin Lizzy et d'autres guests.



"Solo in Soho" constitue un fort sympathique disque de (soft) rock aux relents new wave/synthpop (les claviers futuristes/kitschouilles de 'Yellow Pearl', tenus par Midge Ure), folk et pop ('Dear Miss Lonely Hearts', 'Girls'). On y relève une complainte à Elvis Presley, 'King's Call', avec Mark Knopfler (ex-Dire Straits) à la guitare, l'apport soigné de cordes ('A Child's Lullaby'), de percussions (le pesant morceau-titre aux relents...reggae) ou encore une piste funk positive ('Tattoo (Giving It All up for Love)').
Assurément, les arrangements en nombre sont soignés et apportent de la matière aux compos, tel la présence de l'harmonica sur le costaud 'Ode to a Black Man' (grosse présence de la basse).

Dear Miss Lonely Hearts (clip)


Son autre disque, "The Philip Lynott Album" paru à la fin de l'été 82 est un cran en dessous. A l'instar du single 'Old Town' un peu chargé en synthé ou de la nouvelle présence de 'Yellow Pearl', disponible ici avec un nouveau mixage dans une version raccourcie. Celle-ci fut utilisée comme thème musical de la célèbre émission 'Top of the Pops' entre 1981 et 1986. Pour revenir à l'album, 'Little Bit Of Water' est pas très mémorable, tout juste on peut relever la présence de Bob Siebenberg (Supertramp) derrière les fûts. Du même accabit, 'Don't Talk About Me Baby' clôt péniblement l'effort.

L'album contient tout de même de bons et beaux moments, à l'image du mélancolique 'Growing Up', où piano, choeurs et surtout un saxophone tenu par Mel Collins de King Crimson font la différence. 'Cathleen' est une jolie pièce intimiste, hommage à la 2ème fille de Phil quand 'Together' verse dans la pop énergique.
'Ode to Liberty' reste une pièce mésestimée, de laquelle s'apprécie particulièrement le jeu de Mark Knopfler et la simplicité globale de l'oeuvre où détone les intonations vocales de Phil, qui parle plutôt qu'il ne chante.

Ode to Liberty (audio)


En 82, Phil Lynott chanta également sur Please Don't Leave Me, un single de John Sykes paru quelques temps avant son intégration dans Thin Lizzy. Chanson de hard mélo-mélancolique, elle voit aussi les participations de Brian Downey et Darren Wharton.

A l'été 1983, Phil enregistra des parties de basse pour 2 titres du 3ème album de Heavy Load, très bon groupe pionnier du heavy metal suédois. Son jeu léché s'intègre parfaitement aux morceaux en question, dont un Stronger Than Evil valant largement le détour.
Autre signe de sa productivité constante, sur la période 1983-1985, il enregistrera régulièrement des titres, la plupart restés au stade de démo, en compagnie du musicien de r&b Junior Giscombe.

En 1984 il fonda le groupe Grand Slam qui dura une poignée de mois. Phil s'entoura de musiciens plus ou moins connus, parmi lesquels Mark Stanway, le claviériste de Magnum. Entre pistes démos et compos originellement prévues pour Thin Lizzy, Grand Slam ne fut pas en mesure de publier grand chose et le manque de succès eut raison de la formation. Notez tout de même qu'une 'reformation' du projet est programmée pour l'édition 2016 du Sweden Rock ! Et ce Grand Slam, avec Stanway, Lawrence Archer (ex-UFO) ou encore Neil Murray (ex-Whitesnake) prévoit même de sortir un nouveau disque...

Grand Slam - Military Man (live audio)



Grand Slam (1984)


Pendant l'après Thin Lizzy, Phil continua régulièrement de collaborer avec son ami Gary Moore, comme à l'époque du premier véritable disque solo de ce dernier, "Back on the Streets" en 1978 (où le duo offrit la magnifique Parisienne Walkways). En novembre 1984, les 2 hommes enregistrent ainsi ce qui allait devenir leur plus gros succès commercial, 'Out in the Fields', un autre tube mémorable et irrésistible.

1985, la dernière année de carrière de Phil était donc marquée par le succès de 'Out in the Fields', qui se retrouva sur un autre disque solo de Gary, "Run for Cover". A noter également la présence du titre 'Military Man', que Phil avait composé à l'origine pour Grand Slam. Sur "Run for Cover", Phil y apparaît à plusieurs reprises, au chant et à la basse.

Out in the Fields (clip)



Gary Moore / Phil Lynott (1985)


Durant les derniers mois de sa vie, Phil avait encore de nombreux projets : continuer à travailler avec Gary, plancher sur un 3ème disque solo et même reformer Thin Lizzy. Il s'était confié à ce sujet à Scott Gorham, anticipant l'annonce de la reformation au printemps 1986, précédée d'une entrée en studio au tout début de l'année. On peut par ailleurs le voir sur la cassette "The Birthday Party" de Motörhead (1986) qui contient un concert donné au Hammersmith Odeon, en célébration des 10 ans d'existence de la bande à Lemmy (rip). Il intervient en toute fin de concert sur Motörhead (au même titre que le Philthy Animal [rip]).

Son ultime fait d'arme demeure le single 'Nineteen' (solide compo rock) dont la vidéo promo se visionne ici.



Les mordus de Phil ne seront pas passés à côté de "The Lost Recordings", ensemble d'inédits masterisé et publié en 2006. Il contient 5 morceaux initialement enregistrés vers 1970, où Phil est au chant, Eric Bell à la guitare et Brian Downey à la batterie. C'est là en quelque sorte un autre témoignage précieux des tout débuts de Thin Lizzy. Ces chansons durent en moyenne 3 minutes et se trouvent (à l'exception d'une) aisément sur Youtube. Il y a notamment les premières versions de 'Saga of the Ageing Orphan' et 'Dublin' ; plus globalement il s'agit de pistes folk bien ancrées dans leur époque ('It's Really Worthwile'). C'est reposant et agréable à l'oreille.

Pour le reste de l'histoire de Thin Lizzy sans Phil (hum...) il y aurait des choses à dire mais elles ne me semblent pas essentielles à ce dossier.


Anecdotes, hommages et autres infos sur Phil Lynott


* Au moment de l'enregistrement de "Shades of a Blue Orphanage" (1972), Phil faillit quitter Thin Lizzy pour former un nouveau groupe en compagnie de Ritchie Blackmore et Ian Paice (qui évoluaient tous les 2 dans Deep Purple à ce moment là). Il décida finalement de privilégier la carrière de son propre groupe ; toutefois en proie à de graves difficultés financières, Thin Lizzy accepta sous le couvert de l'anonymat, la proposition d'un businessman allemand, d'enregistrer des reprises de...Deep Purple. Phil, Eric Bell et Brian Downey s'investirent dans le projet nommé Funky Juction. Lynott y tient seulement la basse, le chant revint à Benny White (du groupe Elmer Fudd) habitué aux covers de Deep Purple et surtout clone vocal de Ian Gillan.
En définitive, le 'disque' de Funky Juction contient 5 reprises, 3 'impros' (dont une reprenant 'The House of the Rising Sun') et la relecture d'une vieille chanson de country/blues.
Phil, Eric et Brian furent payé 1000 livres pour enregistrer l'album (qui ne fait à aucun moment mention de Thin Lizzy), capté en une journée après tout juste 2-3 heures de répétition.

* Phil publia 2 livres de poésie, "Songs for While I'm Away" (1974), comprenant 21 poèmes qui sont la plupart des textes de chansons de Thin Lizzy. Il fut édité à 1000 exemplaires.
Le 2ème volume nommé "Philip" est lui sorti en 1977.

* Il a été en 1978 juré du concours de Miss Monde.

* Phil était un ami proche du footballeur nord-irlandais George Best.


* Quelques similitudes sont parfois établies par son entourage, entre Phil et Cúchulainn, héros de la mythologie celtique irlandaise, qui apparaît dans les histoires du Cycle d'Ulster. Référence est d'ailleurs faite à Cú Chulainn sur le titre 'Roisin Dubh'. Cúchulainn est mort jeune mais est depuis resté dans la légende !

* A l'automne 1990, Gorham et Downey se retrouvèrent pour enregistrer parties de guitares et de batterie d'un single hommage à Phil, 'Dedication', afin de commémorer la 5ème année de sa disparition. 'Dedication' avait initialement été écrite et enregistrée (en démo) par Phil et Laurence Archer, à l'époque de Grand Slam. On peut donc entendre Lynott chanter sur ce single.

* En 2005, une statue en bronze grandeur nature de Phil a été dévoilé sur Harry Street à Dublin.




Petite sélection de vidéos supplémentaires (live ou documentaires)


Thin Lizzy - Whiskey in the Jar (UK 1973) : https://www.youtube.com/watch?v=ETcbH0V6Miw
Il s'agit d'une performance filmée lors du passage du groupe sur la BBC.

Thin Lizzy live at Midnight Special (1976) : https://www.youtube.com/watch?v=QreSqOBDPWI
Plusieurs titres furent joués durant cette émission musicale américaine qui se tenait sur NBC. En l'occurrence, Jailbreak, Emerald, The Boys Are Back et Rosalie/Cowboy Song

Thin Lizzy - Cowboy Song (Live at The Rainbow 1978) : https://www.youtube.com/watch?v=jpBTgmPgFxs

Thin Lizzy live at Sydney Opera House (29 octobre 1978) : https://www.youtube.com/watch?v=KmBy48YJKd4
Une partie de ce concert mémorable qui s'est déroulé devant plus de 25000 personnes.

Thin Lizzy - Baby Drives Me Crazy (France 1982) : https://www.youtube.com/watch?v=b5vpeN1gUJA
Tout le charisme de Phil en un morceau.

Je conseille également 2 documentaires afin d'en savoir plus sur Phil et la carrière de Thin Lizzy.

Thin Lizzy – Behind the Music (42 min.) : https://www.youtube.com/watch?v=_WBNMVBACcU.
Phil Lynott – The Outlaw (1h25) : https://www.youtube.com/watch?v=39bici5Vh2k.


Bonus




Phil qui rejoint sur scène de façon improvisée Rory Gallagher à l'été 1982.




2 monstres sacrés du rock.




Avec Brian May et Freddie Mercury.




En compagnie notamment de Tony Iommi, Ozzy Osbourne, Eddie Van Halen, etc.



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1ère partie dossier Phil Lynott/Thin Lizzy par gardian666
publication le : 04/01/2016


Philip Lynott est décédé le 4 janvier 1986 des suites d'une pneumonie et d'une insuffisance cardiaque, à l'âge de 36 ans.
A travers ce dossier, son parcours musical et celui de Thin Lizzy, qu'il a mené durant près de 15 ans, sont évoqués à l'aide de faits et de petites critiques subjectives.
Loin d'être exhaustif, cet article a pour but de rendre un humble hommage à un charismatique musicien en proie à des dépendances aux drogues qui allaient avoir raison de lui.
Toutefois, il est question ici d'évoquer avant tout le meilleur de Phil et faire (re)découvrir une carrière brillante, dont l'influence n'a jamais cesser de perdurer, avant et après sa disparition.


La jeunesse de Phil et les prémices de Thin Lizzy


Né à West Bromwich près de Birmingham le 20 août 1949, Philip Parris Lynott est l'enfant hors mariage d'une jeune femme irlandaise (Philomena Lynott) alors à peine âgée de 19 ans et d'un homme guyanien, Cecil Parris. Élevé à partir de l'âge de 4 ans du côté de Crumlin (banlieue de Dublin) chez ses grands parents maternels, Philip Lynott est bercé durant son enfance et adolescence par les disques de Motown Records, un label spécialisé dans les artistes de soul et de rhythm and blues grand public.

A tout juste 16 ans, Phil occupe la place de chanteur dans un groupe de reprises nommé The Black Eagles ; le batteur de la formation ? Un dénommé Brian Downey (qui allait devenir le batteur de toujours de Thin Lizzy). Rien d'étonnant toutefois, Brian étant un ami d'école de Phil. Entre 1965 et 1968, il perfectionne son apprentissage du chant enchaînant des petits groupes qui ne dureront jamais longtemps (Liffey Beats, Kama Sutra, etc.).

En 1968, la carrière musicale de Phil Lynott prend son essor. Il rejoint en effet Skid Row, combo de blues/psyché rock mené par le bassiste Brendan 'Brush' Shiels. Auteur de 2 albums au début des années 1970, ce Skid Row est surtout connu pour avoir été le premier groupe 'professionnel' dans lequel a évolué, pendant un court laps de temps, un certain Gary Moore. Malgré un petit succès rencontré avant même la publication d'un full-length, Brush estime que le problème de Skid Row s'appelle Philip Lynott : il chante faux.
Pour ne pas se fâcher avec son ami, Brendan Shiels a l'intelligence de lui acheter une basse Fender Jazz et surtout de lui donner quelques leçons, permettant à Phil une première approche sérieuse de la 4 cordes.

'Évincé' de Skid Row, Phil décide cette fois de former son propre groupe avec l'aide de Brian Downey. Nous sommes en 1969 et les prémices de Thin Lizzy se nomment Orphanage. La formation est un quatuor avec outre Phil au chant (et occasionnellement à la guitare rythmique) et Brian à la batterie, Joe Staunton à la guitare et Pat Quigley à la basse. Alternant compositions personnelles et reprises (Jeff Beck, Bob Dylan), Orphanage sera l'histoire d'une poignée de mois jusqu'à cette fin d'année 1969 qui voit Lynott et Downey faire une rencontre décisive : celle avec le guitariste Eric Bell, ancien membre notamment de Them, le groupe ayant lancé la carrière de Van Morrison. Pour le petit aparté, les 3 hommes font connaissance grâce au claviériste Eric Wrixon (rip), également ex-Them. La rencontre se fait dans un pub après un concert d'Orphanage, Bell et Wrixon proposant à Lynott et Downey de former un groupe.

Le talent d'Eric Bell (dont la réputation musicale n'est plus à faire à cette époque) vient faire écho à la confiance acquise par Phil pour occuper la double casquette de chanteur/bassiste ; c'est ainsi que sont remerciés Joe et Pat en place avec Orphanage. Nous sommes en décembre '69 et Thin Lizzy vient de voir le jour. Un patronyme choisi par Eric, dérivé du nom d'un personnage de comic pour enfants (The Dandy) nommé Tin Lizzie.

Des débuts sur la pointe des pieds


Un premier single 2 titres est émis en juillet 1970 sur le marché irlandais et se vendra à 283 exemplaires, devenus aujourd'hui collector. Avant même sa publication, Eric Wrixon quitte Thin Lizzy, laissant le groupe sous la forme d'un trio. Cela ne constituera pas une grande perte pour la formation qui débute l'enregistrement de son premier album en janvier 1971, juste après avoir signé un deal avec la structure Decca Records (The Rolling Stones, The Who).


Thin Lizzy - 1971


Capté en tout juste 6 jours, "Thin Lizzy" n'est certainement pas le disque le plus mémorable du groupe, il faut simplement le voir comme l'œuvre fondatrice de toute une carrière.
Phil y compose seul 7 des 10 titres et en coécrit 2 autres ; le contenu est une sorte de rock folk - celtic rock - rehaussé de sonorités blues et légèrement psychédéliques. La basse tient déjà un rôle prépondérant, répondant au jeu léché de Brian, presque virevoltant pour le genre. La section rythmique privilégiant parfois des passages 'improvisés', accompagne des guitares qui là aussi ne suivent pas un schéma très précis. Alternant notes acoustiques et électriques, ce premier album n'offre pas vraiment de riffs marqués et repose plus sur une interprétation délicate, en finesse ('Eire', 'Clifton Grange Hotel', la très douce 'Saga Of The Ageing Orphan'). A ce titre, 'Honesty Is No Excuse' est une jolie pièce, ma favorite du disque avec son mellotron tenu par Ivor Raymonde (rip), ancien spécialiste notamment des arrangements pour Dusty Springfield (et père, entre autres, de Simon Raymonde, ex membre de Cocteau Twins).


Phil Lynott / Eric Bell / Brian Downey (1971)


Si "Thin Lizzy" paraît à certains moments un peu confus, il dégage un petit vent de fraîcheur et de naïveté conférant à l'ensemble une honnêteté évidente ; en quelque sorte voilà du rock (folk/acoustique) brut, pas parfait mais impossible de ne pas ressentir là du potentiel. A ce titre il suffit d'écouter le jeu d'Eric Bell sur 'Return of the Farmer's Son' ou le vif 'Look What The Wind Blew In', la patte thin lizzy semble déjà gravée dans le marbre ! Un petit mot par ailleurs sur la prestation vocale de Phil, qui étale une belle partie de sa palette, offrant surtout des partitions mélancoliques et expressives, pleines de sensibilité. Un timbre reconnaissable entre mille, qui gagnera progressivement en chaleur et 'sensualité', duquel les mots sont parfaitement compréhensibles et les textes plus évidents à suivre.

Return of the Farmer's Son (audio)


Paru en avril 71, ce premier album est suivi 4 mois plus tard par un EP 4 titres, "New Day", qui ne rencontra pas non plus un franc succès.

Ce mini-album propose une suite à 'Remembering Part 1', la piste clôturant "Thin Lizzy" tel un jam rock limite bordélique ; composée par les 3 musiciens, 'Remembering Part 2' suit elle une structure simplifiée avec couplets + refrain et contient surtout une agréable trame musicale qui entre vite dans les têtes. Cette pièce aurait assurément eu sa place sur leur premier full-length, à contrario de la très dispensable 'Old Moon Madness', heureusement vite effacée par un 'Things Ain't Working Out Down At The Farm' vivace et entraînant, aux plans de guitares simples mais délicieux.

Remembering Part 2 (audio)


Shades of a Blue Orphanage - 1972


1972 voit Thin Lizzy faire la passe de 2 sans grand(s) changement(s) : line-up intact, même label et style musical, Phil composant 8 des 9 pièces d'un "Shades of a Blue Orphanage" pour le coup assez décevant. Ce 2ème effort longue durée apparaît à plusieurs reprises décousu à l'image de son ouverture 'The Rise And Dear Demise of The Funky Nomadic Tribes', 7 minutes d'un rock étrange doté de quelques bons passages mais s'achevant par exemple sur un solo de batterie incongru. Il n y a pour ainsi dire rien à retenir de cette pièce excepté un riffing pas vilain. Moins percutant, 'Buffalo Gal' à défaut d'être brillant, renvoie à leur premier album avec sa partition acoustique douce et un Phil appliqué dans ses lignes de chant. Presque déroutant, 'I Don't Want to Forget How to Jive' ressemble à une interlude country/folk pas désagréable mais bizarrement placée. Le piano y est tenu par Clodagh Simonds, une musicienne qui collabora plus tard avec Mike Oldfield et Steven Wilson. Autre pièce accompagnée d'un piano, 'Sarah' est un hommage très intime et sans éclat à la grand mère de Phil qui l'a élevée. Partant encore sur un rythme en finesse, 'Brought Down' laisse lui ré-entendre au fur et à mesure les guitares, en particulier des soli appréciés. Derrière, 'Baby Face' vient confirmer le retour à un rock presque 'hard', Thin Lizzy retrouvant un allant qui commençait sérieusement à faire défaut au disque.
'Chatting Today' et 'Call the Police' sont elles très moyennes pour ne pas dire plus, des compositions qu'il vaut mieux oublier, desquelles rien de mémorable ne ressort.
Enfin, après un démarrage de 7 minutes, "Shades of a Blue Orphanage", l'album, se clôt sur un morceau-titre de même durée ; là point de rock 'désordonné' mais un folk mélancolique évoquant la jeunesse de Phil en Irlande. Une chanson avec un arrière gout de nostalgie qu'il ne vaut mieux pas écouter dans un moment de dépression.

Personnellement, "Shades of a Blue Orphanage" est le moins bon disque de Thin Lizzy, celui à éviter si l'on souhaite découvrir le groupe.

Brought Down (audio)


Premier succès et carrière définitivement lancée



Eric Bell / Phil Lynott / Brian Downey (1972)


En cette fin d'année 1972, Decca Records décide de sortir en single une reprise par Thin Lizzy d'une célèbre chanson traditionnelle irlandaise, 'Whiskey in the Jar', popularisée quelques années auparavant par The Dubliners (une chanson déjà enregistrée en 65 par Joe Dassin et dans notre domaine plus tard, par Metallica en 1998). Si le groupe fut contrarié du choix imposé par le label, estimant que cette cover n'était pas représentative de leur son, le 'Whiskey in the Jar' version Thin Lizzy connu un joli succès dans les charts britanniques valant à la formation une participation à la célèbre émission Top of the Pops en février 1973. Depuis, cette chanson est devenue et est restée un 'classique' de Thin Lizzy et l'un des morceaux les plus connus de son répertoire.




Vagabons of the Western World - 1973


Malgré un certain gain de popularité, "Vagabons of the Western World", leur 3ème album publié en septembre '73 (2 mois après son enregistrement), peine à se hisser dans les classements d'albums. Pourtant il ne manque pas de qualité et me parait être l'œuvre de la maturité pour Thin Lizzy. Le groupe y exprime davantage son hard rock, à l'image de l'efficace single 'The Rocker' (coécrit par Bell et doté d'une longue série de soli impeccables) et du très bon morceau-titre, sans oublier ses racines rock bluesy ('Slow Blues'), folk et plus mélodiques (les jolies 'Little Girl in Bloom' et 'A Song For While I'm Away').

Gratifié d'un visuel assez 'tape-à-l'œil', réalisé par Jim Fitzpatrick (avec qui le groupe travailla jusqu'en 1980) - lequel pour l'anecdote, donna son accord en 2012 à Darkthrone pour l'utilisation de sa peinture "The Battle of Moira" (1980) dont une partie orne dans des couleurs différentes, la cover de "The Underground Resistance" - "Vagabons of the Western World" voit la participation de près de 15 musiciens dont Jan Schelhaas (Caravan, ex-Camel) à l'orgue et Fiachra Trench (musicien et compositeur ayant participé à plusieurs BO de films dont Pearl Harbor, The Boxer, The Tailor of Panama, etc.) aux magnifiques arrangements de cordes sur 'A Song For While I'm Away'. Pour le reste, pas grand chose de nouveau à relever, Brian Downey continue de s'éclater derrière son kit (il suffit de l'écouter sur 'Gonna Creep Up On You', morceau au demeurant assez moyen à l'exception de son long solo sublime) et la basse de Phil occupe toujours un espace important, et mène joliment les rythmiques.

"Vagabons of the Western World" est à mes oreilles bien supérieur à son prédécesseur et confirme un peu plus le potentiel du groupe. Potentiel qui commencera à être exploité pour de bon sur les 4 albums suivants, parus en à peine 2 ans !

The Rocker (audio) / Vagabonds Of The Western World (audio) / A Song For While I'm Away (audio)



Visuels complémentaires à celui de l'album


Près de 14 mois s'écoulent entre la publication de "Vagabons of the Western World" et celle de son successeur "Nightlife" ; durant ce laps de temps, beaucoup de choses changent chez Thin Lizzy : Eric Bell s'en va le 31 décembre 1973, malade physiquement et écœuré de l'industrie musicale. Il sera remplacé pour achever une tournée en cours, par Gary Moore, dont la carrière solo vient de débuter. Resté 4 mois au sein du groupe, Gary enregistra avec Thin Lizzy 3 titres parmi lesquels un bien connu des amateurs de la formation (et pas que). Toujours sur les routes, notamment pour une tournée en Allemagne au printemps '74, Thin Lizzy passe pour la première fois à un quatuor avec 2 guitaristes, Phil recrutant 2 hommes d'environ 25 ans considérés comme membres de sessions live.

Les concerts passés, il est temps pour Thin Lizzy de penser concrètement au futur immédiat. Son contrat avec Decca arrivant à sa fin, le groupe trouve une place chez Vertigo (LE label de Black Sabbath) puis recrute une paire de guitaristes permanente et devenue célèbre, Brian Robertson / Scott Gorham.
Le premier est un écossais de tout juste 18 ans et le deuxième un californien recruté après une simple audition. Doté d'un line-up et d'un environnement stables, Thin Lizzy a toutes les cartes en main afin d'exploser pour de bon. 'Malheureusement', "Nightlife" (novembre 1974) n'est pas la réussite attendue et sans être médiocre, s'avère plutôt déconcertant et souvent éloigné de ce que l'on pouvait attendre du groupe.


Thin Lizzy avec Robertson (cheveux bouclés) et Gorham (cheveux lisses) en 1974



Nightlife - 1974


Produit par Ron Nevison (qui plus tard travailla avec UFO, Ozzy Osbourne ou encore Kiss), "Nightlife" a été avec le recul, considéré comme trop soft et plat par les acteurs de l'album et plusieurs critiques presse. Il est évident que ce disque est très peu orienté hard rock, reposant sur un rock parfois édulcoré et accessible (à l'image de la légère ouverture 'She Knows') où c'est surtout Phil qui s'en sort bien, côté chant. Je ne parlerai pas de naufrage car je le trouve pas si mal, à l'image du court instrumental 'Banshee' ou du classique 'Sha-La-La' mais les critiques à son sujet me paraissent justifiées. Sur les (quelques) bons points, la formule des harmonies à 2 guitares popularisée par la paire Robertson/Gorham (qui influença nettement la doublette Murray/Smith dans Maiden) commence déjà à faire effet, les 2 guitaristes se répondant superbement sur 'Philomena' ou 'Sha-La-La'. Les 2 bonhommes arrivent aussi à faire oublier Eric Bell (pourtant extrêmement talentueux), et cerise sur le gâteau, la prestation de Gary Moore sur le célèbre 'Still in Love With You' est magistrale. Reste que niveau riffs, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent...
Je n'oublierai pas non plus que "Nightlife" contient aussi son lot de titres faibles, entre un 'Showdown' tout juste passable et des 'Night Life' et 'It's Only Money' assez mous et fades (malgré quelques arrangements classieux sur le morceau-titre). Rehaussé de claviers, piano et cordes frottées, 'Dear Heart' vient conclure dans des tons mélanco-mélodiques et de façon soignée l'album ; dans ce registre avec Phil au micro, Thin Lizzy a souvent su éviter la mièvrerie et le sirupeux. Même si 'Still in Love With You' me contredit quelque peu, le duo formé sur cette compo' par Phil Lynott et Frankie Miller (chanteur écossais ayant surtout connu un petit succès dans les 70's) accentuant l'aspect sensible et grand public de cette pièce.

Malgré cet adoucissement généralisé et un groupe plus carré dans son travail d'écriture, "Nightlife" fut un autre échec commercial.



Still In Love With You (audio)


L'âge d'or de Thin Lizzy


Heureusement, 1975 est assurément une année faste pour Thin Lizzy ; elle est marquée par la première tournée du groupe aux États-Unis, en support de Bob Seger et Bachman-Turner Overdrive. Toujours côté concerts, Thin Lizzy rejoint à nouveau Bachman-Turner Overdrive pour une série de dates européennes triomphale. Au printemps '75, le quatuor inchangé se rend aux Olympic Studios (utilisés notamment par les Who, les Rolling Stones ou encore les Beatles !) de Barnes dans la banlieue londonienne pour y enregistrer leur 5ème album, "Fighting", considéré à l'unanimité comme le disque où le groupe trouva définitivement son style et par conséquent un succès plus marqué.


Fighting - 1975


"Fighting" comprend 10 titres pour une durée avoisinant les 38 minutes et combine le meilleur des influences de Thin Lizzy, déjà maintes fois remarquées sur les précédents disques. Phil en charge de la production, l'album a la bonne idée de remettre en avant les guitares, particulièrement remarquées sur les excellents 'Suicide' et 'Wild One'. La paire Gorham/Robertson exprime un peu plus son potentiel, le duo se trouvant parfaitement pour combiner sur des phases mélodiques ou des enchaînements de soli splendides (cf. les 2 titres cités plus haut). Et si Lynott affirme un peu plus ses talents de compositeur, à l'image du mélancolique 'Spirit Slips Away' (aussi beau que touchant), "Fighting" a la particularité d'avoir 3 de ses titres sans Phil à la création. Évidemment il y a la cover de...Bob Seger, ce 'Rosalie' aussi devenu un classique et hit de la discographie du groupe. Plus loin, on note un 'Silver Dollar' signé B. Robertson, petite pièce entre rock, pop et country, et également 'Ballad of a Hard Man' en conclusion, que l'on doit là à S. Gorham. Cette dernière n'est pas une ballade, plutôt une bonne petite chanson de hard rock mid-tempo, aussi simple qu'entraînante dans son sillage.

A l'exception de 'Suicide', chaque compo dure 3 ou 4 minutes, on sent que le groupe va à l'essentiel avec des intentions (hard) rock plus marquées et appréciées ('For Those Who Love to Live', 'Fighting my Way Back'). Un morceau comme 'King's Revenge' aux sonorités folk évidentes maintient un certain entrain, délivrant au passage une poignée d'arpèges délicieuses.

Ce côté direct et chaleureux propre à la formation prend ici vraiment une dimension supérieure et la qualité régulière des soli commence aussi à faire des différences (ils apportent beaucoup par exemple à 'Ballad of a Hard Man'). Avec "Fighting", Thin Lizzy a trouvé pour de bon sa voie, et chaque instrument - donc musicien - parvient à s'exprimer au mieux de ses capacités. La réponse du public sera en partie à la hauteur, l'album devenant le premier du groupe à entrer dans les charts du Royaume-Uni, à une honorable 60ème place.



Wild One (video)



Jailbreak - 1976


L'année n'est pas terminée que Vertigo met une belle pression sur Thin Lizzy, leur donnant une dernière chance de cartonner avec un futur disque. Et malgré le poids de l'attente côté label, Phil & co allaient réussir à donner grande satisfaction à tout le monde quelques mois plus tard, à l'aide de "Jailbreak". Enregistré entre décembre 1975 et février 1976 en compagnie d'un nouveau producteur, John Alcock (qui avait déjà fait ses preuves avec les Who), ce 6ème album publié le 26 mars 1976 est probablement le plus emblématique et populaire de la formation.
Un succès en grande partie dû à 'The Boys are back in Town', hit connu de tous et n'ayant pas pris une ride en 4 décennies. Autre tube resté dans les annales, le morceau-titre symbolique et mémorable en ouverture d'album, aujourd'hui encore indémodable.
"Jailbreak" c'est aussi évidemment les intemporels 'Cowboy Song' et surtout 'Emerald', pièce fondamentalement heavy metal et magistralement écrite. D'ailleurs, cette dernière est une création collégiale, les 4 hommes sont responsables de ce pur joyau musical dont la 2ème partie, ce long enchaînement de soli et d'harmonies, fait toujours figure de régal auditif.
Dans un registre similaire, difficile de passer sous silence l'excellent 'Warriors', morceau hommage à Jimi Hendrix et plus particulièrement à son 'Are You Experienced'. Le final de 'Warriors' est un témoignage de plus de la complémentarité Gorham/Robertson qui se trouvent comme jamais sur ce disque et inscrivent définitivement dans les gènes du heavy metal, le twin guitar sound.

Entre de grands classiques de Thin Lizzy, le reste de "Jailbreak" s'en sort avec les honneurs, la doublette 'Running Back'/'Romeo and the Lonely Girl' prenant clairement un virage (hard) rock accessible pour ne pas dire commercial. Mais les arrangements sont soignés, les mélodies justes et le tout prouve l'insistance de Mr. Alcock auprès des musiciens pour qu'ils perfectionnent et ne négligent aucun détail des compositions.
Textuellement, celles-ci traitent de sujets divers, Phil donnant un petit côté science-fiction au disque, à l'image des morceaux 'Jailbreak' et 'Warriors', influencés notamment par la Guerre des Mondes de H.G. Wells. A ce titre, cela traduit le visuel de l'album où l'on voit un 'seigneur du mal' (evil Overlord) représenté par Jim Fitzpatrick, dont le but est de dominer les habitants de la planète Dimension 5. 'Angel from the Coast' est à propos d'un job dans la Mafia tandis que 'Cowboy Song' peut être vu comme une identification personnelle de Phi au mode de vie des cowboys (une figure solitaire). 'Emerald' évoque l'histoire violente de l'Irlande et 'Fight or Fall' est un hymne afro-irlandais de solidarité, Phil avec son ascendance mixte connaissait très bien le sujet.



Warriors (live audio BBC Sessions)


Le printemps et l'été 1976 devaient permettre à Thin Lizzy de conquérir un peu plus les USA ; et si le groupe a pu se produire à quelques reprises en premières parties d'Aerosmith, Rush et REO Speedwagon, il dû renoncer à une jolie tournée en compagnie de Rainbow, programmée pour juin '76. Phil tomba en effet malade et souffrit d'hépatite, entraînant l'arrêt des activités du groupe pour un certain temps. Malgré ses problèmes de santé, Phil Lynott ne se priva pas de composer une bonne partie du 7ème album de Thin Lizzy, un "Johnny the Fox" publié tout juste 7 mois après "Jailbreak".


Johnny the Fox - 1976


Les acteurs engagés y sont les mêmes que précédemment, Vertigo à la promotion, Mr. Fitzpatrick réalisant un superbe visuel et Mr. Alcock offrant une production solide, le disque ayant été capté entre les Ramport Studios (où Judas Priest enregistra notamment "Sin After Sin") et les Olympic Studios.
Musicalement, "Johnny the Fox" évolue dans la continuité de son prédécesseur ; s'il marqua un peu moins les esprits, cet album reste pour autant l'un des meilleurs du groupe à mon goût. Avec 'Don't Believe a Word' en hit, les très bons 'Johnny' et 'Massacre' en pistes hard rock impériales, 'Borderline' pour la touche mélodique poignante et 'Johnny the Fox meets Jimmy the Weed' en pièce centrale funky, le disque recèle encore de petites perles et maintient une qualité d'écriture irréprochable. Phil ne semble pas diminué par la maladie, affichant un peu plus de sensualité et chaleur dans sa voix, sans délaisser ses intonations mélodieuses (à l'image de l'easy listening 'Old Flame').
Atteignant tout juste les 35 minutes, "Johnny the Fox" s'assimile rapidement et ne contient que peu d'éléments à 'jeter'. La doublette finale 'Sweet Marie' / 'Boogie Woogie Dance' est juste un cran en dessous, la première citée étant une ballade un peu mièvre et la deuxième un...'boogie' rock sympathique qui ressemble plus à la face B d'un single qu'autre chose.

Des tensions marquèrent les relations entre Lynott et Robertson durant le processus d'écriture de "Johnny the Fox" ; celles-ci constituèrent une des raisons du départ de Brian quelques mois plus tard. Notons par ailleurs la contribution d'un certain Phil Collins (Genesis) aux percussions, dont l'apport est difficilement évaluable. Sa présence en tant qu'invité de luxe vient surtout de son entente et amitié avec Phil, Brian Robertson ne manqua pas de dire plus tard que la mention de Phil Collins était l'occasion d'inscrire un nom connu dans les crédits du disque...



Don't Believe a Word (audio) / Borderline (audio)


Ce qui est sûr c'est que "Johnny the Fox" rencontra également un joli succès dans les charts et accru un peu plus la popularité du groupe en Europe. Le public américain s'apprêtait de nouveau à être conquis en décembre 76 mais une péripétie banale (quoique violente) aux premiers abords allait en décider autrement. A une poignée de jours du début de la tournée, Brian Robertson se blessa à la main dans une bagarre alors qu'il tentait de protéger son ami Frankie Miller (évoqué un peu plus haut) d'une agression dans un club de Londres.

Thin Lizzy reporta de quelques semaines sa tournée, mais Phil n'ayant pas attendu le rétablissement de Brian, refit appel à Mr. Gary Moore. Étalée entre janvier et mars 1977, cette tournée aux US en ouverture de Queen leur permis de rencontrer un franc (et logique) succès. Dans la foulée, proposition fut faite à Gary de rester membre permanent de Thin Lizzy ; ce dernier refusa l'offre privilégiant le groupe Colosseum II où il évoluait notamment aux côtés de Don Airey et Neil Murray.


Suite et fin d'ici quelques jours...
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Rétrospective SAVATAGE par forlorn
publication le : 19/07/2015
Vous le savez, le Wacken Open Air approche à grands pas (du 29/07 au 01/08). A l'affiche de cette 26ème édition, il est un groupe dont la participation revet un caractère particulier: SAVATAGE.
Inactive depuis 2002, la formation américaine va se réunir le temps d'un show exclusif.
L'occasion est idéale pour consacrer une rétrospective à ce monument du heavy metal.
Au programme une biographie détaillée, suivie d'un passage en revue de la discographie.


BIOGRAPHIE:

1/ Avant 1983: la préhistoire

Les frères Oliva, Jon (né John Nicholas en 1960) et Criss (né Christopher Michael en 1963) grandissent au milieu d'instruments de musique. Bien que son premier amour soit le piano, Jon est un touche à tout, s'essayant également à la guitare et à la batterie. Conscient du talent de Criss à la 6-cordes, il choisit de privilégier le chant. En 1976, leur famille se fixe en Californie. Jon ne tarde pas à rejoindre un groupe, Metropolis, qui lui permet de faire ses premières armes sur scène. Après une très éphémère expérience au sein de Tower, Criss bosse avec Jon sur leur propre groupe: Alien. A cette époque, la réputation des frères Oliva n'est déjà plus à faire. En 1979, Alien devient AVATAR. Si le batteur Steve 'Doc' Wacholz (ex-Paradox) tire très vite son épingle du jeu, le line-up ne se stabilise qu'en 1981, à l'arrivée du bassiste Keith 'Thumper' Collins. L'année suivante, Avatar place 2 morceaux sur une compilation financée par une radio locale: WYNF 95. Dan Johnson de Par records les contacte.
La collaboration débute avec la sortie d'un single 3 titres qui devient vite collector: City Beneath the Surface. Cette réussite attire l'attention de groupes de tout le pays revendiquant le patronyme Avatar. A l'issue d'une séance de brainstorming, les Floridiens d'adoption choisissent de combiner Savage et Avatar pour créer un mot imaginaire: SAVATAGE.


2/ 1983-1986: des débuts difficiles

En avril 1983, le quartet s'enferme dans un tout jeune studio, le Morrisound, pour une véritable session marathon, enregistrant une 15aine de titres en moins de 24 heures. 9 sont sélectionnés pour figurer sur leur premier album: Sirens. Une bombe de heavy metal puissant et racé qui reçoit un excellent accueil, en dépit d'une distribution modeste (en import en Europe). En désaccord sur les chiffres de ventes (et donc le montant des royalties), groupe et producteur mettent un terme à leur collaboration. Sans budget et confronté à des problèmes de matériel, Savatage se retrouve dans l'impossibilité de promouvoir son album sur scène. Cette traversée du désert prend fin à l'été 1984 avec leur signature chez Atlantic records. Croulant sous les compositions, le groupe passe entre les mains expertes du producteur Max Norman (Ozzy Osbourne). Leur 2ème album Power of the Night sort en mai 1985. Un clip était prévu pour le morceau Hard for Love à condition de changer son intitulé. Refus des frères Oliva et abandon du projet. Entre temps, Dan Johnson a vendu les droits des premiers enregistrements du groupe à Combat records. En découle le cultissime EP The Dungeons Are Calling comprenant 2 titres du single d'Avatar et 4 inédits issus de la session d'enregistrement de Sirens. A l'issue de leur première tournée US, le groupe se sépare du bassiste Keith Collins au profit de Johnny Lee Middleton (ex-Lefty). Après leur découverte de l'Europe, Savatage met en chantier son 3ème album qui s'avère être son gros (très gros) point noir: Fight for the Rock. Cédant aux pressions d'Atlantic et confronté à un producteur habitué au Hard FM, Savatage se retrouve totalement dénaturé, privé de son énergie et de sa créativité (2 reprises et 1 réinterprétation sur 10 morceaux). Une véritable catastrophe surnommée Fight for the Nightmare qui se fait à juste titre défoncer par la critique. Certains ne s'en seraient pas relevés, mais les frères Oliva sont plus costauds que ça...


3/ 1987-1992: Paul O'Neill et l'âge d'or

Occultant l'album qu'ils sont censés promouvoir, les Américains donnent tout ce qu'ils ont sur scène. Et ça marche. En 1986 Savatage est dans tous les bons coups, ouvrant pour Motörhead, KISS et Metallica. Arrive alors LA rencontre qui va changer leur destin. A l'écoute des membres de Savatage, le producteur Paul O'Neill révèle leur potentiel sur leur 4ème album, le brillant Hall of the Mountain King. Très impliqué, il participe au processus de composition, poussant le groupe dans ses retranchements. Travaillant sur les contrastes, Savatage renoue avec l'énergie de ses débuts tout en développant ses aspirations mélodiques. Créativité, puissance, feeling, production et visuel d'excellente qualité, featuring du regretté Ray Gillen (Badlands, Black Sabbath, Blue Murder, Sun Red Sun)... cette fois c'est le carton plein. Hall of the Mountain King se vend à plus de 300 000 exemplaires et le groupe tourne un clip héroic-fantasy pour le titre de l'album. Savatage enfonce le clou en participant au World Devastation Tour, soit 7 mois sur les routes en compagnie de Megadeth et Dio. Un guitariste additionnel est recruté pour croiser le fer avec Criss Oliva, un certain Chris Caffery...


Avec Chris Caffery (à droite)

Après la tournée, Jon Oliva paye ses excès et entre en cure de désintoxication. En février 1989, Savatage retourne au Record Plant avec Paul O'Neill pour mettre en boite un 5ème album particulièrement attendu. Mais les sessions de Temptation Revelation se prolongent bien au delà des prévisions, à tel point que Savatage doit annuler une tournée européenne (n'assurant que 2 dates dont le Dynamo Open Air). En panne de soliste dans Megadeth, Dave Mustaine propose le poste à Criss Oliva. Ce dernier considère l'offre mais refuse de quitter Savatage, faisant le bonheur de Marty Friedman. C'est en décembre que sort le 5ème album, sous le titre de Gutter Ballet. Savatage atteint la maturité en explorant de nouveaux horizons progressif et symphonique. La palette vocale de Jon est plus variée que jamais. Au four et au moulin, Criss ajoute l'acoustique à son arc de compétences. Les thèmes abordés sont plus réalistes et contemporains. Une éclatante réussite mise en valeur par le clip consacré au morceau-titre. Crédité en temps que membre à part entière, Chris Caffery n'a toutefois participé ni à l'écriture ni à l'enregistrement de Gutter Ballet. Il accompagne néanmoins Savatage en Europe (tournée avec King Diamond).


Après une tournée US en compagnie de Testament, Chris Caffery quitte le groupe pour voler de ses propres ailes. Le noyau dur de Savatage retrouve Paul O'Neill pour l'élaboration d'un 6ème album conceptuel, Streets, dont le personnage principal ressemble étrangement à Jon Oliva. Adaptation d'une nouvelle écrite par Paul O'Neill en 1979, ce rock opéra dévoile un groupe de plus en plus subtil et raffiné, avec un piano omniprésent. Streets est parfois présenté comme le chainon manquant entre Queen et Queensrÿche. Atlantic supprime les phases de narration entre les morceaux pour ne pas avoir à publier un double album. Il faudra attendre 2013 pour découvrir Streets: A Rock Opera - Narrated Version. Confronté à la déferlante grunge, cet album ne rencontre pas le succès espéré, mais s'imposera sur la durée. Savatage enchaine une tournée en ouverture de KISS puis une autre avec Fates Warning et Vicious Rumors. Au grand désespoir de ses fans, Jon Oliva annonce en 1992 son retrait de Savatage. Souhaitant consacrer du temps à sa famille et à de nouveaux projets (Doctor Butcher, Trans-Siberian Orchestra, comédie musicale...), il cède le micro mais reste investi dans le groupe (composition/production).


Avec Zak Stevens (chemise blanche)

4/ 1993-1994: tragédie et renaissance

Déstabilisés, les fans de Savatage se scindent en 2 camps en découvrant son remplaçant: Zak Stevens (ex-Wicked Witch). La raison? Criss Oliva ne voulait pas d'un clone de Jon et souhaitait recruter un frontman charismatique capable de s'adapter à l'ancien répertoire tout en apportant du neuf. Toujours composé par les frères Oliva et Paul O'Neill, ce 7ème album est moins ambitieux que son prédécesseur, mais plus équilibré et homogène, avec un retour des riffs au premier plan. Si Zak Stevens s'intègre parfaitement à l'univers de Savatage, Steve Wacholz fait le choix décrié d'employer une batterie électronique. Quant à Jon, il assure l'intégralité des parties de piano/claviers (+ un peu de batterie). A noter que la pochette de Edge of Thorns représente la femme de Criss. Pour la tournée à suivre, 2 musiciens de session sont engagés pour palier aux absences de Jon Oliva, Chris Caffery et... Steve Wacholz, ce dernier se dirigeant lui aussi vers la sortie.
Survient alors l'impensable. Le 17 octobre 1993 un camion conduit par un chauffeur ivre percute la voiture de
Criss Oliva qui meurt sur le coup à l'âge de 30 ans (sa femme survit à ses blessures). Notre scène perd un compositeur inspiré, doublé d'un guitariste exceptionnel au style immédiatement reconnaissable.


Paul O'Neill, l'homme de l'ombre + R.I.P. Criss Oliva: 03/04/1963 - 17/10/1993

Aux obsèques de son frère, Jon Oliva prend la décision de revenir dans Savatage. En parallèle de l'album de Doctor Butcher (dans la lignée de Sirens, avec Chris Caffery), il compose en compagnie de Paul O'Neill un 8ème album aussi inattendu que miraculeux: Handful of Rain. Chris Caffery ne se sentant pas prêt à reprendre le flambeau, Jon Oliva sollicite Alex Skolnick. Rencontré 4 ans plus tôt lors d'une tournée commune, le guitariste a récemment quitté Testament et accepte de rejoindre Savatage. Si les crédits et la photo de l'album présentent le groupe, Jon Oliva s'est en réalité chargé de toute l'instrumentation (guitares, basse, batterie, piano/claviers), à l'exception des soli confiés à Skolnick et du chant assuré par Zak Stevens. A noter qu'il s'agit de la dernière collaboration avec Gary Smith, en charge de leurs visuels depuis Hall of the Mountain King. Beaucoup pensaient Savatage fini, Jon Oliva au comble de la douleur réagit en nous balançant l'un des meilleurs albums du groupe! Impressionnant, avec en point d'orgue l'usage du contrepoint sur le fantastique Chance et un hommage émouvant à Criss sur Alone you Breathe. Le clip du morceau-titre marque la fin de l'implication de Steve Wacholz dans Savatage. Son remplaçant se nomme Jeff Plate (ex-Wicked Witch). Réclamés par le Japon, les Américains s'envolent pour une mini-tournée historique immortalisée sur supports audio puis vidéo. Jon Oliva effectue bel et bien son retour sur scène. Dernier baroud d'honneur ou renaissance? L'avenir peut-il s'écrire sans Criss?


Avec Alex Skolnick (à droite)

5/ 1995-2000: une nouvelle ère symphonique

A peine rentré du Japon, Alex Skolnick privilégie une carrière solo partagée entre jazz et funk. Ce départ (en bons termes) laisse le champ libre à Chris Caffery, cette fois prêt à endosser le rôle d'axeman. Cependant la formule à 2 guitaristes étant une constate depuis des années, le groupe souhaite recruter un musicien expérimenté. Omniprésent à l'époque (Alice Cooper, Asia, Blue Öyster Cult, CPR, Widowmaker), Al Pitrelli devient le 6ème homme, complétant la team Savatage. Le 9ème album, Dead Winter Dead, est un concept sur la guerre en ex-Yougoslavie. Jon Oliva et Paul O'Neill ont concocté un hard symphonique classieux qui, comme Streets en son temps, ne laisse pas indifférent. Outre le retour de Jon Oliva au chant principal sur 2 morceaux, on note celui d'un homme de l'ombre, le claviériste Robert Kinkel (présent sur HOTMK, Gutter Ballet et Streets). Le succès inattendu de l'instrumental Christmas Eve (Sarajevo 12/24) sur les ondes accélère l'émergence du Trans-Siberian Orchestra. Fondé par le trio O'Neill/Kinkel/Oliva, cet alter-ego rock symphonique sort son 1er album l'année suivante. Une période faste pour Savatage, acclamé en Europe (1ère tournée française), qui en profite pour quitter Atlantic. 1995 est une année riche en sorties, car outre l'album et le live au Japon, un tribute live à Criss Oliva (Ghost in the Ruins) et la traditionnelle compil' de fin de contrat (From the Gutter to the Stage) voient aussi le jour.


Avec Jeff Plate et Al Pitrelli (2ème et 3ème en partant de la gauche)

1996 voit le noyau créatif de Savatage donner la priorité à TSO. Les guitaristes en profitent pour travailler sur divers projets, Chris Caffery envisageant une suite à Doctor Butcher (qui n'aboutit pas). Le 10ème album de Savatage se fait désirer et ne sort qu'à la rentrée 1997. Bénéficiant d'un superbe visuel signé Edgar Jerins, The Wake of Magellan (originellement nommé Poets and Madmen) est à nouveau un album concept, une histoire vraie servant de support à une nouvelle écrite par Paul O'Neill (les concepts étant développés sur le site officiel du groupe). Il marque un retour au style heavy progressif dominé par les riffs. Pour la première fois depuis la disparition de Criss, le duo Oliva/O'Neill ouvre le processus de composition au reste du groupe pour un résultat étonnemment conventionnel. Les gimmicks habituels sont de la partie (Jon au chant sur 2 titres, le contrepoint, les instrumentaux). Seule innovation, les parties vocodées sur Complaint in the System (Veronica Guerin), généralement décriées. Certains fans estiment que le dernier tiers de l'album relève le niveau. Après les tournées, le Trans-Siberian Orchestra reprend le dessus pour un 2ème album incluant tous les membres de Savatage. Il sort à la rentrée 1998. Face au succès croissant de TSO (dont le 3ème album sort en 2000), l'activité de Savatage ralentit. L'avenir de Jon Oliva & co ressemble à du rock symphonique illustrant des contes et chants de Noel...


Le line-up du dernier album studio: Caffery/Oliva/Middleton/Plate

6/ 2000-2002: le dernier chapitre

Cette situation favorise les envies d'ailleurs, la soif de riffs des uns et des autres nécessitant d'être étanchée. Chris Caffery participe ainsi au premier album des Allemands de Metallium. De son côté, Al Pitrelli ne peut refuser l'offre de Dave Mustaine de remplacer le démissionnaire Marty Friedman dans Megadeth. L'an 2000 voit également le départ de Zak Stevens, ce dernier fondant par la suite le groupe de power metal Circle II Circle. Réduit à 4 membres, Savatage n'a pourtant pas dit son dernier mot, Jon Oliva prenant à son compte l'intégralité du chant. Le 11ème et dernier album de Savatage se nomme donc Poets and Madmen et parait au printemps 2001. On ne change pas une équipe qui gagne [Oliva/O'Neill/Kinkel + un visuel très King Diamond d'Edgar Jerins] ni une formule qui marche, ce dernier album synthétisant le savoir-faire et les acquis du groupe. Particulièrement riche et hétérogène, il recèle son lot de pépites (comme le formidable Morphine Child). A noter la contribution d'Al Pitrelli et le featuring de John West (Artension, Royal Hunt). La signature chez Steamhammer offre au groupe une promotion honorable laissant augurer une tournée digne de ce nom. Pour lui donner la réplique sur scène, Jon Oliva recrute un inconnu, Damond Jiniya. Quant au guitariste chargé de palier à l'absence d'Al Pitrelli, le choix se porte sur Jack Frost (Seven Witches, The Bronx Casket Co.). Grand amateur du 'Tage, ce dernier prend un plaisir évident sur scène, espérant de tout coeur gagner ses galons de membre à part entière. Une cruelle désillusion l'attend, ce dernier étant viré à l'issue de la tournée sans en connaitre la raison. Son remplacement pour les festivals de l'été 2002 est assuré par Jeff Waters (Annihilator). Depuis SAVATAGE est entré en hibernation... jusqu'à cette annonce de reformation exclusive au Wacken.


Les musiciens live: Jack Frost, Damond Jiniya, Jeff Waters

7/ L'après Savatage

Voici les projets individuels les plus notables entrepris par les uns et des autres depuis 2002.

- Jon Oliva a successivement fondé Jon Oliva's Pain en 2003 (4 albums) et Oliva en 2013 (1 album).
Il est régulièrement invité à poser des lignes de chant ou de piano sur des albums.

- Steve "Doc" Wacholz. Le batteur originel de Savatage est réapparu en 1999 en participant à une éphémère reformation de Crimson Glory (l'album Astronomica) avant de disparaitre à nouveau. Depuis 2010 il a rejoint Reverence (1 album). Ce groupe comprend le chanteur Todd Michael Hall (actuel Riot et Jack Starr's Burning Starr) ainsi qu'un ancien guitariste de Tokyo Blade (figure de la NWOBHM).

- Johnny Lee Middleton. Le fidèle bassiste s'est longtemps contenté de sa participation à TSO, mais depuis quelques années les idées se bousculent. Il a ainsi sorti 2 singles en solo fin 2008 et rejoint John Corabi (ex-Mötley Crüe, ex-Ratt, ex-Union) dans le groupe Big Shooter en 2011.

- Chris Caffery. Le guitariste s'est lancé en solo dès 2003. Son 4ème album sort fin août. Parmi ses collaborations les plus marquantes on retiendra Doro (2002-2005), John West (2002, 2006) et Tim "Ripper" Owens (studio et live en 2009).

- Zak Stevens. Fondateur de Circle II Circle en 2002 (6 albums), le chanteur a participé à l'éphémère reformation de Wicked Witch sous le patronyme Machines of Grace (1 album). Il est régulièrement sollicité à titre de guest.

- Jeff Plate. S'il apparait sur des enregistrements de Chris Caffery, John West ou encore l'unique album de Machines of Grace, le batteur a surtout rejoint Metal Church en 2006 (3 albums).

- Al Pitrelli. Outre son implication dans Megadeth (1 album et des lives), le guitariste a fondé en 2001 le groupe O'2L (3 albums) et assisté en 2004 son compère Dee Snider (Twisted Sister, Widowmaker) dans l'organisation de l'opéra metal façon Halloween: Van Helsing's Curse (1 album et 1 live).

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DISCOGRAPHIE:

Voici les enregistrements studio, liste purgée des lives et autres compilations:

1983 - Sirens
1984 - The Dungeons Are Calling (EP)
1985 - Power of the Night
1986 - Fight for the Rock
1987 - Hall of the Mountain King
1989 - Gutter Ballet
1991 - Streets: A Rock Opera
1993 - Edge of Thorns
1994 - Handful of Rain -> voir la kro VS
1995 - Dead Winter Dead -> voir la kro VS
1997 - The Wake of Magellan
2001 - Poets and Madmen -> voir la kro VS

Maintenant un mot sur chacun:


visuel d'origine / réédition
1/ Sirens (1983)

Forts de l'expérience acquise sous le patronyme d'Avatar, les Floridiens délivrent un premier album redoutable, capable de tenir la dragée haute à la concurrence de l'époque et à une partie bonne partie de leur discographie à venir. Un heavy metal puissant et racé à la sensibilité européenne (Judas Priest, Mercyful Fate) révélant un potentiel important. Les frères Oliva possèdent leur propre patte, immédiatement reconnaissable.
Difficilement trouvable à l'époque, Sirens a connu de multiples rééditions depuis. Un classique.

Morceaux conseillés: Holocaust et Scream Murder



2/ The Dungeons Are Calling (EP 1984)

Enregistré en même temps que Sirens, cet EP en est le parfait complément. Plus ambitieux et varié, The Dungeons Are Calling a les faveurs des die-hard fans. Les rééditions ont depuis réuni ces 2 enregistrements.

Morceau conseillé: City Beneath the Surface



3/ Power of the Night (1985)

Signature chez Atlantic, production de Max Norman (Ozzy, futur Megadeth)... Savatage rejoint la cours des grands. Plus porté sur les mid-tempo, ce 2ème album présente un groupe en cours de maturation. La section rythmique est solide, le talent de Criss saute aux oreilles et le facétieux Jon glisse quelques synthés discrètement.
Dernier enregistrement avec le bassiste Keith 'Thumper' Collins.

Morceaux conseillés: Unusual et Warriors



4/ Fight for the Rock (1986)

Fumble critique et chute de nécropole pour cette bouse abominable. Titre, visuel et production ridicules... reprises stériles et relecture honteuse... Il n'y a pas grand chose à sauver de ce Fight for the Nightmare... Le groupe fera l'impasse dessus en concert et ne se laissera plus jamais influencer par un label. Premier enregistrement avec le bassiste Johnny Lee Middleton.

Morceaux conseillés: rien



5/ Hall of the Mountain King (1987)

L'album qui a tout déclenché. Savatage trouve son identité grâce à l'implication du producteur Paul O'Neill. Puissance et créativité retrouvées, grain de folie, excellente prod, super visuel... tout est là. Criss Oliva éclabousse les morceaux de sa classe, s'affirmant comme un guitariste de premier ordre. Quant à son frère sa polyvalence surprend au point qu'on en vient à se demander combien de chanteurs sont dans le coup.
Premier gros carton de Savatage qui leur permet de partir en tournée avec Megadeth et Dio.
Une référence qui accroche la 5ème place de mon Top 5.

Morceaux conseillés: Strange Wings (feat. Ray Gillen) et Prelude to Madness (pour la référence à Grieg)



6/ Gutter Ballet (1989)

Si l'on devait limiter Savatage à un album, ce serait probablement celui là. L'équilibre entre puissance et mélodie est trouvé, ça déborde de feeling et de personnalité, les instrumentaux sont sublimes (piano, guitare acoustique).
Entre heavy progressif et hard symphonique, Savatage tutoie la perfection.
Loupe la 1ère place de mon Top 5 de très très peu.

Morceaux conseillés: When the Crowds Are Gone et Hounds



7/ Streets: A Rock Opera (1991)

Sans conteste, l'album le plus ambitieux et personnel de Savatage. Celui qui a le plus divisé également. Un concept réalisé d'après une nouvelle de Paul O'Neill écrite en 1979 et dont le personnage principal a bien des points communs avec Jon Oliva. Possède son lot de morceaux inoubliables (Streets, New York City Don't Mean Nothing, If I Go Away) mais également un terrible ventre mou (plages 5 à 8). Se contente de la 4ème place de mon Top alors qu'il aurait pu prétendre à mieux. Mention spéciale pour Believe dont les paroles hanteront Jon Oliva pour le reste de sa vie (et nous avec).

Morceaux conseillés: Ghost in the Ruins et Believe



8/ Edge of Thorns (1993)

Dernier album avec le regretté Criss Oliva et première apparition de l'apprécié Zak Stevens en remplacement de Jon Oliva. Le groupe revient à plus de simplicité et réalise un album homogène, dont le seul défaut reste le choix de Steve Wacholz d'opter pour une batterie électronique. Extrêmement bien fait, l'album regorge de hits, dont All That I Bleed qui rejoint le panthéon des ballades de Savatage. Obtient sans forcer la 3ème place de mon Top 5.

Morceaux conseillés: Degrees of Sanity et All That I Bleed



9/ Handful of Rain (1994)

La perte de son frère inspire à Jon Oliva l'album le plus sombre et mélancolique de Savatage. Enregistrant toute l'instrumentation lui-même alors qu'il n'est plus censé faire parti du groupe (!), il nous gratifie de quelques unes de ses meilleures compositions, avec l'assistance de l'excellent Zak Stevens et du guitariste Alex Skolnick échappé de Testament. Apparition du contrepoint (futur gimmick du groupe) sur le fantastique Chance. Alone you Breathe se paye même le luxe de supplanter Believe de son trône de meilleure ballade du groupe. Essentiel.
L'album avec lequel j'ai découvert Savatage et bien évidemment mon préféré.

Morceaux conseillés: Chance et Alone You Breathe



10/ Dead Winter Dead (1995)

1er album de ce qu'on pourrait appeler le Savatage mark II avec la paire de guitaristes Caffery/Pitrelli, le batteur Jeff Plate, ainsi que Zak Stevens et Jon Oliva se partageant le micro. Nouvel album-concept sur la guerre en ex-Yougoslavie pour un hard symphonique préfigurant le Trans-Siberian Orchestra. C'est beau, parfois très beau, mais cet album manque de rythme et d'énergie. Trop sage.

Morceaux conseillés: Dead Winter Dead et Not What You See



11/ The Wake of Magellan (1997)

Nouvel album concept et retour au heavy, pour un album plus touffu et moins accessible qu'à l'accoutumé.
Les fans s'accordent à dire que le dernier tiers de l'album remporte la mise après une entame sans panache.
Palme de l'incongruité pour le brouillon Complaint in the System (Veronica Guerin) avec ses passages vocodés.

Morceaux conseillés: The Storm et The Hourglass



12/ Poets and Madmen (2001)

Dernier album enregistré à 4 (et demi) sans Zak Stevens et Al Pitrelli (occupé avec Megadeth). Une bonne synthèse du savoir-faire du groupe avec Jon Oliva seul au chant pour la première fois depuis 1991. Du power/prog efficace et varié contenant son lot de bons morceaux dont un classique instantané: Morphine Child.

Morceaux conseillés: Commissar et The Rumor


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Ainsi s'achève cette rétrospective. N'hésitez pas à commenter et partager vos anecdotes.
A quel moment avez-vous découvert Savatage? Par quel album? Quelles sont vos préférences?
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La carrière de RIOT et son défunt géniteur, le guitariste Mark Reale (1955-2012)
publication le : 29/12/2015


Le 25 janvier 2012, Mark Reale, guitariste, compositeur et surtout membre fondateur de Riot, décédait à l'âge de 56 ans des suites de complications liées à la maladie de Crohn dont il souffrait depuis des années. A travers ce petit article, nous rendons hommage à cet homme et surtout sa belle et conséquente carrière, qui s'étend sur près de 4 décennies et se 'résume' en grande partie à l'histoire de Riot. Sans équivoque, Mark Reale et Riot sont clairement des entités indissociables.
Et si Riot n'a jamais été aussi populaire qu'un Iron Maiden ou un Judas Priest, ce n'est certainement pas parce qu'il était moins talentueux...néanmoins l'influence du groupe new-yorkais s'est révélée conséquente sur de nombreux groupes de heavy metal, mais également ceux appartenant aux catégories du power metal et du speed metal.

Les années 1970 : fondation et débuts palpitants.


A tout juste 20 ans, Mark Reale alors guitariste de Kon Tiki (du nom d'un radeau construit par l'anthropologue norvégien Thor Heyerdahl dans le but de réaliser une traversée de l'océan Pacifique) et son ami batteur Peter Bitelli recrutent un bassiste et un chanteur : il s'agit respectivement de Phil Feit et un certain Guy Speranza. Riot est né. Phil ne resta que quelques mois, rapidement remplacé par Jimmy Iommi (à priori pas de lien avec Tony), toutefois le premier nommé pris part à la composition de certains morceaux et est ainsi crédité sur 3 titres de « Rock City ». Pour l'anecdote, lorsqu'il quitta Riot, il rejoignit notamment Billy Idol et Joan Jett & The Blackhearts.

Entre temps, un 2ème guitariste du nom de Louie Kouvaris intègre le groupe. Après l'enregistrement de quelques démos, il est temps pour Riot de réaliser un premier album ; c'est ainsi que « Rock City » voit le jour en novembre 1977. Sincèrement pour un premier essai de 33 minutes, le résultat est plus que honorable. La musique est à mi-chemin entre un hard rock décoiffant (le tube « Rock City » doté d'un superbe break, « Tokyo Rose ») et des sonorités purement heavy metal (l'excellent « Warrior », énorme référence pour la scène speed metal), la production si elle paraît aujourd'hui un peu vieillotte, n'en reste pas moins délicieuse et évidemment très organique. On peut y relever déjà de sacrés riffs et soli léchés (« Gypsy Queen », le solo de « Overdrive ») et la prestation vocale de Guy tient la route. Riot flirte parfois avec un hard rock 'mainstream' à l'image du final « This Is What I Get », au demeurant composition sympathique. Mark Reale a participé à la conception de chaque titre, toutefois il était toujours aidé par un ou deux autres musiciens dans son exercice. A noter que l'un des producteurs de cet album est Steve Loeb, propriétaire du Greene Street Recording au sein duquel plusieurs grands noms du hip-hop des années 80 notamment ont enregistré leurs disques (Run–D.M.C., Public Enemy, LL Cool J, etc). La collaboration Loeb/Riot dura près de 20 années, jusqu'au milieu des années '90...
Enfin, on y voit pour la première fois la mascotte du groupe orner la pochette de l'album, il s'agit d'un phoque nommé Tior (anagrame de Riot), parfois appelé Johnny. J'ai toujours trouvé les visuels avec le phoque kitsch, limite repoussant pour qui veut découvrir le groupe ; au final cela fait parti de l'identité visuelle de Riot et c'est encore le cas de nos jours.


« Rock City » permit à Riot d'ouvrir pour AC/DC et Molly Hatchet ; toutefois n'arrivant pas à suivre la cadence imposée par l'industrie musicale, le groupe se retrouve au bord de la séparation en 1979. Grâce à l'avènement du côté de l'Angleterre de la fameuse NWOBHM et le soutien d'un certain Neal Kay, DJ influent de l'époque qui a en quelque sorte fait découvrir Riot aux metalheads anglais (qui achetèrent des copies importées de « Rock City »), le groupe retrouve de l'allant et publie dans la foulée un 2ème album, « Narita », paru au mois de mai 1979...uniquement au Japon via l'importante société Victor Company of Japan (on peut voir sur la pochette de l'album quelques éléments se rapportant à la culture nippone). Les fans américains si ce n'est en import, patientèrent jusqu'à octobre '79 pour se le procurer. La production est donc confiée au duo Steve Loeb/Billy Arnell tandis que Louie Kouvaris est suppléé par Rick Ventura au poste de second guitariste.

En terme de compositions à l'exception de 2 titres (dont une reprise de Steppenwolf), tout le travail est réalisé par le tandem Speranza/Reale. « Narita » est dans la lignée de « Rock City », les riffs sont un peu plus appuyés (« 49er »), mais globalement nous sommes toujours à mi-chemin entre heavy metal et hard rock, un peu comme un Judas Priest à la même époque (« Kick Down the Wall » n'aurait pas dépareillé sur « Stained Class »). Le morceau-titre est lui un petit bijou de heavy instrumental, digne des grandes œuvres de Steve Harris avec Iron Maiden, tandis que le plus que sensuel « Hot for Love » me rappelle un Ufo avec un final...jouissif pour ne pas dire orgasmique. D'un point de vue guitares, « Here we come again » est assez exceptionnel et développe une qualité de soli impressionnante.

Les années 1980 : période active, split puis retour en pleine grâce.



Le début de la décennie marqué notamment par l'ascension fulgurante de Iron Maiden et l'explosion en Europe du nombre de groupes de heavy metal, est assez propice à Riot ; leur 3ème album « Fire Down Under » (1981) connaît un joli succès alors que la section rythmique a été modifié en '80 : exit Bitelli (batterie) et Iommi (basse), bienvenue à la paire Sandy Slavin/Kip Lemming, qui fut présente jusqu'au split du groupe en 1984. Il faut noter que sur cet album, Mark Reale n'est pas crédité sur chaque morceau, 2 ayant été entièrement écrits par Rick Ventura. « Fire Down Under » est le dernier album auquel pris part Guy Speranza, en proie à l'époque à un 'conflit interne' entre ses convictions religieuses et son implication dans le groupe. Il est décédé le 08 novembre 2003 des suites d'un cancer du pancréas alors qu'il n'était jamais revenu -à ma connaissance- dans le milieu de la musique, depuis 1981...ce 3ème effort de Riot est encore une fois riche dans les intentions, notamment ce début tonitruant qui voit le groupe enchaîner en moins de 6 minutes, deux de ses meilleurs morceaux : le hit « Swords and Tequila » et la petite bombe donnant son nom à l'album. Un peu plus loin, le speed « Run for your life » n'a rien à leur envier et les intonations vocales de Guy ont du en inspirer plus d'un (à commencer par Dickinson ?).

Si un titre comme « Feel the Same » (composé par Ventura) me paraît anecdotique, c'est tout le contraire de « Altar of King » dont les premières mesures très mélodiques (on pense avoir la première ballade de la carrière de Riot) s'effacent au profit d'une compo tout en dynamisme et dès plus entraînante. Dans un registre plus rock, le solide « No Lies » (autre morceau de Ventura) trouve sa place, à l'image de ces lignes de basse palpitantes.

Dans la foulée de la parution de « Fire Down Under », Guy quitte donc le groupe, remplacé par Rhett Forrester et le line-up restera stable durant 3 ans, le temps pour Riot de sortir ses 4 et 5ème albums, ainsi qu'un premier live 6 titres (1982). Si Rhett était également un bon vocaliste au timbre de voix percutant et plus rugueux que celui de Guy (même si sa prestation sur « Born in America » laisse davantage la place à un chant clair de bonne facture), son comportement scénique a été sujet à quelques critiques à l'époque. Après son départ de Riot, il continua la musique notamment avec Jack Starr (ex-Virgin Steele) et vécu un peu en France. Il fut tristement assassiné le 22 janvier 1994 à la suite d'un carjacking ayant mal tourné à Atlanta...





« Restless Breed » (1982) et « Born in America » (1983) contiennent 10 morceaux pour une durée avoisinant à chaque fois les 40 minutes ; c'est encore au sein du Greene Street Recording Studio que sont enregistrés ces 2 albums, marqués par des riffs un peu plus incisifs en écho au chant justement plus 'couillu'. Les hymnes ne manquent pas à l'appel (« Loanshark », « Wings of Fire », « Heavy metal machine »), Riot a toujours ce côté hard rock accessible et dans le même temps un vrai sens de la composition, à l'image du très bon « Restless Breed » composé par Mark et magnifié par le voix de Rhett. Il faut noter que le 4ème album de Riot est probablement celui dans lequel son membre fondateur s'est le moins 'investi', il est en effet seulement crédité sur 3 des 10 titres (dont 1 reprise de Eric Burdon and the Animals). Mark n'était donc pas vraiment un tyran de la composition et laissait le champ libre -même aux nouveaux musiciens- au moment de proposer de nouvelles idées.
Je trouve que ces albums sont un peu ceux de la 'maturité', les mélodies sont plus raffinées, davantage présentes sans pour autant ramollir les albums.

Si la qualité musicale est là, le succès a du mal à suivre malgré une prestation remarquée au Donington Festival en 1982, la 'faute' aussi à une confusion persistante entre Riot et Quiet Riot, ce dernier qui connaît justement en 1983 un joli succès avec leur reprise de Slade, 'Cum On Feel the Noize'. Qui plus est, Riot soufra clairement d'un manque de soutien de la part des labels de l'époque. Je ne m'étendrai pas sur la période de séparation que connut Riot de 1984 à 1986, durant laquelle Mark forma Narita pendant un bref moment en compagnie de membres de S.A. Slayer, pour de suite évoquer la renaissance du groupe en 1988 avec la sortie du culte et tout simplement excellent « Thundersteel ».





Autour de Mark, le line-up est constitué du bassiste Don Van Stavern (qui a joué dans Narita) compositeur à lui seul de plus de la moitié de cet album, le batteur Mark Edwards (ex-Steeler, ex-Lion) crédité sur 4 titres, les autres étant interprétés par un certain Bobby Jarzombek (Fates Warning, Halford, ex-Juggernaut, etc) et enfin au chant, le boulot est assuré par le talentueux et versatile Tony Moore. Riot prend là un virage plutôt marqué power metal, avec une voix haut perchée, des envolées vocales ahurissantes et tout en maîtrise ; la face A de « Thundersteel » est à mon goût parfaite de bout en bout (soit les 5 premiers titres), un enchaînement d'hymnes de heavy metal aux refrains mémorables, et des riffs qui se démarquent et sur des rythmiques incisives.

La face B est loin d'être mauvaise en particulier le superbe « Bloodstreets » (quelle intro et quels soli un peu plus loin !) et l'épique « Buried Alive (Tell Tale Heart) », je trouve juste un poil plus faible « Run for your Life » (qui n'a rien à voir avec le titre du même nom composé par Riot quelques années plus tôt) malgré encore un enchaînement de solis splendide. Si Tony s'avère performant, que dire des autres musiciens, impeccables dans leurs interprétations, on y ressent par exemple parfaitement toute la richesse du duo basse/batterie travaillant en totale harmonie.



Les années 1990 : Expérimentations et albums conceptuels au programme.



Riot démarre cette décennie avec un line-up stable et surtout un 7ème album qui s'avère être le plus expérimental de sa carrière. Premier élément à souligner, « The Privilege of Power » frise l'heure de musique ! Ensuite et caractéristique importante, Riot a travaillé avec une section de cuivres et pas n'importe laquelle ; celle du groupe culte Tower of Power, épaulée par le duo des Brecker Brothers à la carrière immense. Il en résulte un album de heavy que l'on pourrait qualifier de progressif, contenant de nombreux samples, parfois de longues introductions et abordant des thèmes pas forcément habituel pour Riot : le tueur Jeffrey R. MacDonald sur le 'bien' nommé « Killer » (enrichi de cuivres déchaînés) avec en invité vocal de luxe Joe Lynn Turner, les grosses industries comme Monsanto à l'influence certaine sur le monde, etc.

Intéressant et même passionnant, cet album regorge une fois de plus de compositions palpitantes : « Dance of Death » et ses touches orientales, au demeurant titre ébouriffant limite 'écœurant' avec son déluge de technicité, l'hyper efficace « Storming the Gates of Hell », le solide mid-tempo « Metal Soldiers », le très mélodique et chantant « Runaway », le speed « Black Leather and Glittering Steel » au riffing imparable, doté en plus de quelques variations de tempos bien senties. Histoire de bien nous montrer qu'ils sont de talentueux musiciens, ils reprennent en fin d'album le 'Race With the Devil on a Spanish Highway' d'Al Di Meola...rien que ça !

Pour l'anecdote, le visuel également surprenant pour du Riot a été réalisé par Don Ivan Punchatz artiste de science fiction et fantasy décédé en 2009 au CV conséquent (National Geographic, Playboy, Time, design du package du jeu Doom, etc).



Au rayon des changements de line-up, Van Stavern (basse) quitte le groupe, remplacé par Pete Perez qui resta jusqu'en 2007. Un second guitariste, Mike Flyntz qui avait déjà joué avec Riot à la fin des années 80's est intégré pour de bon. En 1992, Tony Moore n'est plus de la partie, remplacé par Mike DiMeo, peut être bien le chanteur ayant le plus divisé les fans de Riot. Personnellement, il me fait parfois penser à un Russel Allen (Symphony X) croisé à Johnny Gioeli (Axel Rudi Pell), bien qu'il ait commencé avant ces 2 là ; je le trouve bon dans ses capacités, ses lignes de chant manquent cependant un peu de variations et de profondeur (même si le ton est bon). Bref, voilà déjà 3 années que Riot n'a rien sorti et il ne paraît pas aussi simple que ça de produire un album après ces modifications de line-up significatives...et pourtant en 1993 c'est le dénommé « Nightbreaker » qui voit le jour.

Si Mark Reale reprend en partie le contrôle de l'écriture, l'album contient tout de même 2 reprises et une version ré-enregistrée du classique « Outlaw ». Les temps forts se nomment « Soldier » (quel refrain enchanteur), « Nightbreaker » un morceau-titre qui déménage [après la dénommée « In your Eyes » plus posée et pas spécialement marquante]. « Destiny » impose aussi un sacré rythme et si ses chœurs limite hard fm peuvent surprendre, ce titre reste de la bonne petite balle de heavy où les guitaristes brillent particulièrement. Le reste de l'album est correct, un peu plus hard rock que les 2 précédents albums (« Magic Maker », « Medicine Man »). Si je dois faire un petit bilan alors que la moitié de la carrière de Riot est dépassée, sur 8 productions, Riot n'a toujours pas sorti de mauvais album...

Le fait que nous avions tous ces problèmes et changements de line-up, tous ces hauts et bas, c'est que les personnes qui 'géraient' ma carrière me baisaient souvent. Pas seulement en terme d'argent, c'était aussi le fait que ces [sociétés] gars étaient comme des obsédés drogués, ils voulaient être en mesure de tout contrôler. (Mark Reale en 2009, au site Metal-Rules.com)



Après les expérimentations de « The Privilege of Power », la discographie des américains va connaître coup sur coup 2 albums conceptuels : « The Brethren of the Long House » (1995) et « Inishmore » (1998). Le premier dédié à la culture perdue des amérindiens est un très joli album, fort émotionnellement et malgré sa durée là aussi élevée (59 minutes), il s'écoute avec grand plaisir. Entre morceaux incisifs (« Glory Calling », « Wounded Heart »), ceux dans une veine power metal (« Rolling Thunder », la reprise de Gary Moore « Out in the Fields »), un « Blood of the English » bon mid-tempo hard rock, et compositions plus douces et mélodieuses (tel ce « Rain » digne de Rainbow, la ballade folk « Santa Maria » ou la reprise de « Shenandoah », chanson traditionnelle américaine de folk, composée au 19ème siècle), difficile de s'ennuyer...d'autant que le groupe a travaillé avec une petite section orchestrale et à cordes qui sans être omniprésente, renforce certaines atmosphères. Alors certes, cet album rappelle régulièrement le travail de Ritchie Blackmore, je le considère toutefois comme l'un des plus réussis de Riot.

A noter que c'est John Macaluso (ex-Ark, ex-TNT, ex-Yngwie Malmsteen) qui tient la batterie sur un peu plus de la moitié de l'album puisque Bobby Jarzombek joue lui sur 5 des 13 titres (dont l'intro qui est une reprise de la célèbre composition de Trevor Jones, ''The Last of the Mohicans'').

« Inishmore » est quant à lui un album dont les textes sont basés sur des sagas de mythes irlandais et celtiques. Musicalement, on retrouve un Riot en mode power/speed metal à l'efficacité certaine (le single « Angel Eyes », « Liberty ») et finalement en pleine période de révélation de toute la nouvelle scène power européenne, cet album tient bien la comparaison. Il n'intègre pas spécifiquement beaucoup de sonorités folkloriques (si ce n'est sur la toute fin), sent bon les 80's et reste assez classique, dans la forme et le fond (la doublette très dynamique « Kings are Falling »/« The Man » me fait penser au heavy anglais, et j'ai bien l'impression que ces titres sont eux-mêmes une sacrée influence pour toute la scène revival heavy actuelle...). « Inishmore » a une petite pointe de légèreté, je pense en particulier à ce « Watching the Signs » assez guilleret, m'évoquant un Thin Lizzy plus 'moderne'. Globalement, c'est l'un des albums les plus homogènes de Riot, surtout en comparaison avec les 3 précédents ; il m'apparaît sympathique mais tourne un peu en rond par moments (« Cry for the Dying », « Gypsy »).





Un véritable live complet, « Shine On » (1998) paraît chez Metal Blade, tandis que le line-up n'a pas bougé, le 11ème album de Riot nommé « Sons of Society » sort en septembre 1999. Pour la première fois en 10 ans, on a affaire à une production qui ne dépasse les 50 minutes ; je dois avouer trouver cet album un peu moyen, le bagage technique des musiciens nous en met heureusement plein les mirettes comme d'habitude : Perez/Jarzombek forment un tandem hallucinant, Reale/Flyntz ne sont pas en reste pour riffer et jouer des harmonies succulentes, tandis que DiMeo toujours autant impliqué dans le travail de composition se démène bien sur le front vocal (malgré encore des envolées parfois lassantes).

Les morceaux s'enchaînent sans réellement me marquer, si ce n'est l'excellent « Twist of Fate »...la (semi ?) ballade « Cover Me » traîne en longueur, rehaussé d'excellents solis, ce qui fait maigre ; pire, les 5 titres placés après la 'Cover Me' en question sont certes très rythmés, -« Dragon Fire », « The Law », « Time to Bleed » et autre « Somewhere »-, le problème c'est qu'ils se ressemblent un peu trop, en particulier les rythmiques et riffs interchangeables les uns avec les autres. Et les refrains sont pas 'glop' non plus...Léger faux-pas il y a, malheureusement le début des années 2000 confirma cette période plus décevante...

Les années 2000 : Riot s'essouffle.



3 années après un « Sons of Society » disons-le, décevant, Riot ne se relève pas vraiment avec un poussif « Through the Storm », plutôt orienté heavy/hard rock (« Chains (revolving », le très Ozzy Osbourne « Lost inside this World », la cover de UFO, « Only you can rock me »). En soi pas une production mauvaise, mais bien en deçà de ce qu'a pu offrir Riot au cours des précédentes décennies. Musicalement c'est aussi moins attrayant (excepté l'excellent instrumental « Isle of Shadows »), d'autant que Bobby a de nouveau pris ses bagages pour rejoindre le Metal God Rob Halford, en '99...son remplaçant est loin d'être un inconnu sans talent, c'est d'ailleurs un autre Bobby: Rondinelli (ex-Blue Oyster Cult, ex-Black Sabbath, ex-Rainbow, etc). Son jeu est moins démonstratif et plus rock, en accord avec les compositions qui exploitent parfois de bonnes mélodies (le morceau-titre). Personnellement, je commence à de moins en moins supporter les lignes de chant de DiMeo tout du long de « Through the Storm »...

En 2003, Riot enregistre « Army of One », dernier album avec DiMeo et premier avec encore un batteur différent, Bobby Rondinelli ayant quitté le navire ; c'est un certain Frank Gilchriest (Virgin Steele) qui occupe le poste jusqu'en 2007...avant que ce même Frank ne revienne dans Riot l'année dernière ! Mike DiMeo quitte quant à lui le groupe en 2004 pour privilégier le combo retro-rock The Lizards ; s'en suit une période de flottement, puis le recrutement du chanteur Mike Tirelli (de 2005 à 2007) et ce ne fut qu'en juillet 2006 que ce 13ème album vit le jour via le label allemand Metal Heaven. Celui-ci est plutôt orienté hard mélo/fm, et ce n'est peut être pas une pure coïncidence si « Army of One » sonne aussi heavy metal mélodique (avec notamment 1 ballade, « Helpin' Hand » exercice auquel nous a rarement habitué Riot). Plus long que les 2 précédents opus, il n'en reste pas moins que je le trouve plus consistant et varié, avec quelques grands moments au dessus du lot : je pense aux longs « Shine » (titre à tiroirs aux arrangement soignés) et « Alive in the City » ou « Stained Mirror », nouvelle composition instrumentale sublime qui met à l'honneur comme jamais les guitaristes.

2008 est l'année propice pour célébrer les 20 ans de ''Thundersteel'', toutefois les quelques concerts-anniversaires ne se déroulent pas avant l'été 2009 ; Tony Moore, Bobby Jarzombek et Don Van Stavern (rien que ça) sont donc de retour et un 14ème album avec pour line-up Reale/Moore/Van Stavern/Flyntz/Jarzombek est en plan pour fin 2009. Patatras, le 04 décembre 2009 Moore s'en va et plonge Riot dans le silence durant une bonne partie de l'année 2010...



Les années 2010 : Retour et fin.



...jusqu'au 28 septembre jour où le re-retour de Tony Moore (oui oui) est annoncé. Décidément, ces incessants changements de line-up difficiles à suivre ont quand même bien du ébranler Mark et l'entité Riot. Enfin, leur fameux 14ème album, au titre prémonitoire, « Immortal Soul » voit le jour à l'automne 2011, toujours sur le marché japonais en premier et sort en Europe pour Halloween via Steamhammer.

Le titre "Immortal Soul" est une sorte de testament de l'héritage de Riot ; nous ne mourons jamais, peu importe les circonstances. (Mark Reale dans une interview au site powerlinemag, le 08 novembre 2011).

Les problèmes de santé rencontrés par Mark s'étant aggravés depuis plusieurs mois, il dû se contenter d'enregistrer les parties de guitare rythmique, de seulement 4 des 12 morceaux composant l'album. Avec un line-up en or retrouvé porté par cette voix haut perchée très vive, Riot renoue sur « Immortal Soul » avec un excellent power/speed metal racé (« Still your Man », « Wings are for Angels », « Sins of the Father ») ; Mike Flyntz assure brillamment toutes les harmonies de guitares et nous pond des soli magistraux. Cela faisait à mon goût plus de 10 ans que Riot n'avait pas sorti un aussi bon album où toutes les compos présentent un réel intérêt et une créativité réussie. Alors que Riot pouvait légitimement prétendre à une suite de carrière sans remous, où une véritable reconnaissance n'aurait pas été de trop (notamment un peu plus en Europe), le destin en décida autrement il y a maintenant pile 3 ans. Depuis ce jour-là, Riot n'est plus mais son héritage et sa musique resteront pour toujours. Après plusieurs mois de deuil et une prise de recul évidente, les membres restants de Riot décidèrent de continuer l'aventure sous le patronyme Riot V, le chiffre romain signifiant que le vocaliste Todd Michael Hall est la 5ème voix que le groupe ait connu.



2014 voit le nouveau départ de Bobby Jarzombek et la ré-intégration de Frank Gilchriest, tandis que le jeune Nick Lee (ancien étudiant des cours de guitare de Flyntz) a la lourde tâche de ''succéder'' à Mark Reale au poste de guitariste. Fort heureusement, Riot V ne se contente pas de cachetonner en se reposant sur son illustre passé ; bien mieux que cela, il a composé et sorti à l'automne 2014 un « Unleash the Fire » magistral.

Un 15ème album composé par la paire Van Stavern/Flyntz qui rend admirablement hommage à Mark, de par sa qualité, la patte Riot très identifiable (surtout celle des 80's) et un line-up new look qui est parfaitement en place.

Sans doute possible, si un panthéon des musiciens du heavy metal existait, Mark Reale figurerait sur l'un de ces trônes. Je dirais simplement, merci monsieur Reale pour ta musique et que ton héritage perdure encore et encore.

"Durant sa jeunesse, Mark eu un fort intérêt pour le cinéma, les films étaient pour lui une grande passion. Mais c'est lorsqu'il entend quelques chansons à la radio que ses goûts changent. Il a rapidement aimé la musique des Beatles et de Cream.

Ses grandes influences sont George Harrison et Eric Clapton. Quand il avait 7 ans, son grand-père lui a acheté sa première guitare pour de la pratique basique, puis son père lui dégota une nouvelle guitare et un ampli, et sa passion pour la musique démarra pour de bon.

Dans la première moitié des années 70, ses influences incluaient Edgar Winter, Ronnie Montrose et Rick Derringer ; il aimait des artistes allant d'Al Di Meola à Deep Purple. Son style de guitare et sa passion pour l'écriture de morceaux qui racontent des histoires suffisamment profondes et émouvantes pour créer un lien sur la durée, avec les fans de Riot, sont 2 des meilleures facettes de Mark. Les fans se sentaient toujours connectés à lui, car les paroles de Riot étaient très proches de l'histoire de leur propre vie."
(propos tenus par Riot V quelques jours après le décès de Mark).

Pour la petite anecdote, une scène du festival espagnol Leyendas Del Rock porte le nom de Mark Reale.

Si RIOT a été la majeure partie de la carrière musicale de Mark, il joua et composa également à la fin des années 1990 et au début des années 2000 au sein de WESTWORLD, groupe de hard mélodique, emmené par le chanteur Tony Harnell (ex-TNT). Ce dernier était un proche de Riot depuis plusieurs années, régulièrement crédité pour les 'backing vocaux' sur albums.
Westworld se composait par ailleurs du bassiste Bruno Ravel (Danger Danger) et du batteur John O. Reilly ; à noter que Mark Wood (claviers & violon) membre fondateur du Trans-Siberian Orchestra a également contribué aux albums de Westworld.

Enfin pour finir, si je devais humblement vous conseiller 5 albums de Riot à écouter, je dirais "Fire Down Under", "Thundersteel", "The Privilege of Power", "Immortal Soul" (ou "Unleash the Fire") et "The Brethren of the Long House".

''Shine on through the darkest night
Your music is eternal
Through your soul has touched the sky
Through your songs you are immortal
You are immortal

Shine On Mark Reale.''
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Les 10 ans du VS FEST #1
publication le : 25/01/2015


Nous fêtons ce vendredi 21 mars 2014 les 10 ans du VS FEST #1, l'occasion de revenir sur cet événement qui a marqué l'histoire de VS-webzine !

Le flyer ci-dessus a été réalisé par un habitué du forum (overklems aka Clement Mauro d'OUTCAST) à la suite d'un concours sur le forum de VS où nous avions demandé aux lecteurs de créer et proposer leur Flyer pour le festival.




CONTEXTE



Laissons à Pierrick Valence (chanteur de SCARVE à l'époque, aujourd'hui chanteur/guitariste de PHAZM) le soin de présenter le contexte du festival :

"Nous sommes 10 ans en arrière, SCARVE vient de sortir son album culte, « Irradiant ».
GOJIRA devient comme nous très gros, on commence à tourner autant - voire même plus - à l'étranger qu'en France…
LOUDBLAST se reforme, avec Alex d'AGRESSOR dans ses rangs.
VS devient le nouveau media metal incontournable…
Nous avons conscience qu'il est en train de se passer quelque chose de fort, et que c'est la première fois qu'une salle comme La Locomotive se retrouve SOLD-OUT avec uniquement des groupes français !!!
C'était génial de vivre ça, faut pas oublier qu'à l'époque, on avait pas Facebook, tout ce qu'on avait comme moyen de communication, c'était les magazines et surtout VS !
Donc, jouer à guichets fermés sur un festival organisé par un webzine, c'était l'accomplissement d'un travail d'équipe, le symbole que notre pays avait une scène et un public digne de ce nom.
Merci à VS pour tout ça. C'est pas rien..."



Proposer une affiche 100% française était une pratique très peu courante à l'époque, on peut même oser dire que c'était quelque chose d'inédit.

Une certaine scène française naissait et la presse metal généraliste osait enfin (re-)parler de nos groupes dans leurs pages, leur donnant une réelle exposition.

Saluons ainsi ROCK HARD qui consacrait quelques semaines plus tard sa une à LOUDBLAST, GOJIRA & SCARVE.

Pour la petit histoire, la session photo qui a permis de faire les clichés que l'on retrouve sur la couv a eu lieu le jour du VS FEST#1.



A noter également, que l'intégralité du show de GARWALL a été filmée.

En 2004, il n'y avait pas de smartphone pour prendre des photos ou filmer des vidéos, c'est la seule trace vidéo du VS FEST#1. Cette prestation est disponible sur le DVD bonus qui accompagne le premier opus de GARWALL, "Black Beast", sorti chez Holy Records.





TEMOIGNAGES




Plutôt que de faire un long discours en se tapant sur le ventre pour finir par dire "C'était mieux avant", nous avons préféré donner la parole à des gens qui ont vécu ce festival sur scène ou dans le public.




Pierrick Valence (SCARVE): Je me souviens d'une ambiance totalement électrique pendant notre concert…

Si je me souviens bien, pas mal de gens s'étaient plaints de notre place sur l'affiche, ils auraient voulu nous voir plus haut !
Ce fut un concert génial pour nous, et je me souviens que le retour du public était énorme…
"Irradiant" venait de sortir, on avait le feu sacré !

Je crois que c'est ce jour-là que Moreno, qui était le nouveau chanteur de NO RETURN, a découvert les joies du micro HF, car il m'avait demandé de lui prêter le mien. Il était tout fou backstage, c'était cool.

On avait déjà joué à la Loco, avec Nile, c'était à l'époque LA salle qui rassemblait les métalleux à Paris.








Moreno Grosso (NO RETURN): Comment ne pas se rappeler de ce festival de folie, avec des groupes qui étaient heureux d'être là, on a tous joué avec la banane et de la fierté devant une Loco pour l'occasion changée en boîte de sardines, ça dépassait largement les 1000 personnes et ça l'a fait grave!!!
Souvenir d'une bonne organisation (n'est-ce pas Greg) et d'un catering plein de bon Bordeaux, on aurait dit une fête entre potes.
Pour moi la particularité de ce festival c'était l'aura positive et incroyable entre les groupes et le feeling fantastique avec le public, on s'est vraiment bien amusé.
Merci Greg et merci à toute l'équipe des "warriors" de VS pour avoir eu cette idée. VS RULES !!!


Rose Vignat (journaliste à HARD ROCK Magazine): Déjà dix ans qu'a eu lieu le VS Fest, ma seule et rapide rencontre avec le gourou de la secte Violent Solutions ! Et j'ai l'impression que c'était il y a à peine trois ans !!
C'est dans ces moments-là que l'on se sent véritablement vieux, lorsque le temps file à toute vitesse…
Le souvenir de cet évènement est d'autant plus vif qu'il rassemblait à l'époque des groupes que je suivais avec passion (Loudblast et No Return), que je découvrais depuis peu et dont je m'étais sévèrement entichée (Gojira et Scarve), de bons copains (The Old Dead Tree) ou des formations plus récentes que j'avais envie de découvrir en live (Garwall).
Autant dire que l'affiche ne souffrait pas le moindre mot d'absence, et vu la rumeur dans tout Paris et sur le net, on savait TOUS qu'il y aurait du monde à la Loco ce soir-là.
Un concert quel qu'il soit, mais un festival plus encore, lorsque l'on est un fan de musique c'est déjà un bon rassemblement de copains avec du bon son en fond, mais quand en prime l'affiche approche la perfection, ça promet quelques bons souvenirs, au minimum. Dans mon souvenir, cette soirée était excellente, remplie à ras bord, festive et surtout dédiée pour la première fois ou presque, intégralement à la scène française que j'ai passé des années à soutenir. Le VS fest reste dans ma mémoire un de ces rares moments où les groupes, l'ambiance et l'organisation font que l'évènement reste un bon souvenir pour toujours.


Alex Colin-Tocquaine (LOUDBLAST, AGRESSOR): C'était le 1ère date de la tournée Planet Pandemonium, c'était un moment très intense, où, j'ai revu de nombreux potes dont Scarve, No Return et Gojira...

Nous avons dignement fêté ça...

Public intense aussi dans le lieu mystique de la Locomotive...
un concert mémorable...


Laurent Merle (LISTENABLE Records): J'ai un excellent souvenir de ce concert à la Loco blindée, il faisait très chaud et c'est la première fois que je voyais GOJIRA dans une vraie salle. Ils m'avaient beaucoup impressionné, je les ai contactés par la suite..
Les chiens de SCARVE ont également donné un show fou et très accrocheur aussi. NO RETURN a fait headbanger toute la salle, LOUDBLAST s'est affirmé comme le parrain d'une scène en pleine évolution, déjà très créative et professionnelle.
Chaque groupe véhiculait un style musical différent avec beaucoup de conviction et d'identité.

De manière générale, tous les groupes ont donné de très bonnes prestations, il y avait une atmosphère très festive, très conviviale comme un bon repas de famille arrosé sans belle-mère.




Nico (THE OLD DEAD TREE): Je me souviens bien de cette journée, de notre arrivée à la Loco, de notre installation dans les loges et de l'effervescence qui régnait ce jour-là. Du concert que nous avons donné, et des prestations des autres groupes.
Tout le monde était ravi à l'idée d'en faire partie et cela se ressentait grandement dans la bonne humeur générale des personnes présentes. Et puis voir la Loco pleine à craquer pour une affiche 100% française, ça faisait vraiment plaisir !
Cette date était particulière pour nous car elle permettait à TODT de partager l'affiche avec de grands groupes de la scène française. Et puis ce type de concept apporte quelque chose de plus festif à ce type d'événements qu'un concert traditionnel, on a la sensation de participer à quelque chose d'exceptionnel.
Cela restera une de mes dates préférées.


MadThrash : J'étais présent à ce fameux VS FEST premier du nom.
Très bonne ambiance. Rencontre avec de nombreux VSeurs (dont mister Greg himself, et Loufi).
Comme d'hab , j'ai adoré la prestation de No Return (le premier concert de Boban, qui n'a pas été parfait ce soir-là, mais qui avait bien fait le job, avec très peu de répètes). Loudblast avait bien assuré, tout comme Scarve. Bonne prestation de Garwall que je ne connaissais pas très bien. Quant à Gojira , depuis ce jour, je sais que je n'accrocherai jamais à leur truc ...


DarkMickou : Disons que j'ai tellement squatté la Loco à cette époque que les souvenirs se mélangent un peu, mais je suis à peu près certain de mettre fait persécuter par la bande VS (euh...comme à chaque concert en fait...).
Huge claque by Scarve, époque "Irradiant" si je ne m'abuse, beaucoup de puissance bien qu'un peu déçu de certains problèmes de micros, le set de Gojira avait été un peu paradoxal, mais j'avais eu un petit orgasme sur un morceau dont il faudrait que je retrouve le titre, orgasme qui ne se répètera malheureusement pas lors de l'écoute maison...
Loudblast était un groupe de papys à l'époque (des gens de 30 ans quoi...)
Je pense aussi qu'au-delà des groupes, l'ambiance du concert y était pour beaucoup, tout le monde se mélangeait (j'me comprends... :razz: ), on sentait que les mecs sur scène n'étaient pas juste là pour prendre leur cachet (enfin il faisait bien semblant sinon), c'était l'occasion de faire de nouvelles connaissances et résultat on était chaud bouillant dans la fosse.


Zoliv : J'y étais, plein de bons concerts, plein de nouveaux potes (première fois que je rencontrais d'autres VSeurs ! Si ça ça en fait pas un concert spécial...), et je découvrais aussi Gojira ce soir-là.


GabinEastwood : Beaucoup de souvenirs de ce festival, d'abord c'est un de mes premiers concerts à La Loco (salle que j'ai énormément fréquenté jusqu'à sa fermeture), d'autre part je venais d'abord pour LOUDBLAST, dont le retour sur scène après une longue absence était énormément attendu.
Les Louds n'ont pas déçu jouant une setlist remplie de classiques, NO RETURN que je ne connaissais que de nom m'a vraiment botté et j'ai regretté qu'ils ne jouent pas plus longtemps. GARWALL fut une excellente surprise et c'est dommage qu'ils aient splitté par la suite, SCARVE a tout démoli et je me souviens d'une conversation très sympa au stand de merch avec Pierrick Valence ravi de voir l'accueil réservé ce soir-là. Par contre je me souviens que je me suis fait ..... royalement pendant GOJIRA (bon c'est toujours à peu près le cas aujourd'hui).


Velvet Kevorkian : C'était il y a 10 ans mais j'en garde un très bon souvenir. Pourquoi? Parce que c'était un affiche 100% française, avec en prime, des groupes que je venais de découvrir et que j'adorais. Parmi eux, il y avait GOJIRA, NO RETURN, et surtout SCARVE. Pour moi c'étaient les 3 gros groupes français qui tuaient tout à cette période et c'était nickel de les retrouver sur une même affiche. GARWALL fut une bonne découverte aussi.
Pour moins de 20 boules on avait le dessus du panier, organisé dans une Loco blindée.


Reblo : J'y étais aussi! Mais comme Darkmichou, à cette époque j'étais souvent à la Loco, du coup les concerts se mélangent un peu dans mes souvenirs (et puis ça commence à faire un paquet d'années...)
Je me souviens de la salle blindée de gens, l'ambiance bon enfant, les rencontres avec les Vseurs et Vseuses.
C'est surtout la prestation de Gojira qui m'a marquée, c'était la première fois que je les voyais, je fut époustouflée par l'énergie et la puissance scénique. L'engouement était tel que j'avais même réussi à faire slamer ma cousine non "métalleuse", moment épique :D



L'ENVERS DU DECOR



Derrière le nom du webzine se cachait une association nommée VS Prod qui a organisé de multiples concerts sur Paris. A la tête de cette association on retrouvait le duo Antoine (aka "Moussor") & Damien (aka "[eMp]") qui ont fait partie de la rédaction de VSwebzine pendant plusieurs années.
Pour tout savoir sur VS Prod et l'envers du décor, nous avons recontacté Moussor qui a gentiment voulu nous raconter les coulisses du VS FEST#1


Le VS FEST #1 fête ses 10 ans …
Antoine (aka "Moussor"): Hé oui 10 ans déjà. Pour ceux qui étaient à ce concert, ça semble si proche…
Oui nous avons plein de souvenirs de ce concert, mais tu sais c'est un peu comme un combat de boxe, on est tellement occupé toute la journée qu'on est comme dans un KO permanent, et les souvenirs sont ceux que nous avons notés ou que nous nous sommes racontés pour les ancrer un peu plus dans nos mémoires fragiles.
Laisse-moi d'abord planter le contexte : il s'agit de l'histoire de quelques passionnés, et d'une demande très forte de la part du public parisien de voir les meilleurs groupes français dans des bonnes conditions, à des prix abordables et de se retrouver en tant que communauté fêter le métal.
VS-Prod est né dans une conjoncture où les concerts Paris étaient rares. En effet, il y avait Garance qui faisait les plus grosses affiches, Base Prod qui avait son catalogue, Music Melodies (Mickey) qui faisait tourner le haut du panier de l'underground ou organisait des tremplins pour les groupes français et les petites assos comme Luna Frigidis au club Dunois dont je faisais partie ou l'asso de Marilyn qui officiait principalement au Gibus.
J'avais rencontré Damien quelques années plus tôt via mes activités dans Luna Frigidis et nous échangions sur une mailing-list, les Black-Wizards. Nous voulions quelque chose de nouveau, nous voulions du Gojira sur scène, dans une grande salle, en lieu et place de la sempiternelle tournée Morbid Angel/Marduk qu'on nous servait tous les ans, des affiches à rallonge avec des groupes d'ouverture plus que douteux.
Pour nous c'était clair, la formule était bonne, mais à la place de ces groupes, il nous fallait des formations françaises, jusqu'alors ignorées par les structures précitées. Et il fallait le faire nous-mêmes.
C'est en 2003 que nous avons créé l'association VS-Prod, de son vrai nom Sekhmet Management, nom emprunté au label du bassiste de Korum (Coprofago, Martyr, Capharnaum) qui partageait nos envies de faire bouger les lignes dans le Metal en France. Première tentative et premier succès pour l'association, un concert inédit et surprenant à la Locomotive réunissant Gojira et un line-up de 6 autres groupes. Résultat, 700 personnes en ce dimanche après-midi et un grand soulagement, un caprice très risqué devenu réalité d'enfants assez grands pour se gâter eux-mêmes.
C'est à ce moment-là que nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure, aidés par de nombreux membres tels que Sven, Anne G., Hub, Miesko, Sonia, Roberto et Véro (Khyrian) dont on se souvient tous des designs flambants (Sacré Grind, Converge, etc…), et bien entendu Violent Solutions avec qui nous avons décidé de créer une synergie plutôt novatrice pour l'époque, entre live et online.
Avec une équipe pareille et l'expérience de plusieurs concerts organisés à la Locomotive, c'est en pleine confiance que nous avons abordé cet événement, et tout s'est passé comme dans un rêve !


Les concerts VSProd


Comment avez-vous réussi à convaincre l'ensemble des groupes à participer à l'affiche ?
Pour construire une affiche comme celle-là, il faut évidemment partir d'en haut. Nous avions une excellente relation avec le manager de Gojira à l'époque (Richard Gamba), qui nous était reconnaissant d'avoir eu le courage de prendre le risque financier de mettre Gojira en tête d'affiche alors que personne n'osait le faire. Nous nous étions donc donné rendez-vous pour une deuxième date avec pour objectif de faire mieux que la première fois.
Et pour faire mieux, quelle meilleure solution que de rappeler la vieille garde ? Loudblast faisait son comeback, sortait un album et préparait une tournée. Nous le savions et ça tombait plutôt bien. Après une rapide négociation, nous avions nos deux têtes d'affiche, Loudblast et Gojira ! La vraie question qui nous a taraudés pendant des jours : « Qui jouera en dernier ? ». Par le respect qui caractérise si bien les membres de Gojira, ils n'ont pas fait la moindre histoire quand nous avons décidé de placer Loudblast tout en haut de l'affiche.
Ensuite c'était plutôt facile, Scarve était le chouchou de Violent Solutions Webzine auquel nous étions étroitement associés, The Old Dead Tree était un coup de cœur de nombreux lecteurs de VS et en particulier de Damien et moi qui avions vu en Manu une superstar. No Return était la caution Thrash de l'affiche avec des membres éminemment sympathiques (à l'époque Olivia, Boban ou Moreno) et Garwall était le groupe parisien le plus solide du moment avec un mélange très malin et équilibré de Heavy et de Black Metal.


A gauche : Antoine (aka "Moussor"), à droite Damien (aka "[eMp]")


En quoi cette date était quelque chose de particulier ?
Il s'est passé plein de choses sur cette date, une grande introspection pour nous tous. Nous avons entrevu ce que pouvait être le futur du Metal en France, et en tout cas un espoir.
La vraie nouveauté pour moi qui organisait des concerts depuis déjà plus de 4 ans, c'était la professionnalisation de l'équipe. Les contrats, la technique, l'agenda, les horaires, la salle, le buffet, la gestion humaine, tout était carré et efficace. C'est ce jour-là que j'ai décidé d'en faire mon métier.
Il y a eu d'autres anecdotes plus ou moins racontables, mais la plus mignonne je peux la partager. La jeune Anne, comptable de l'association, avait invité un mec à qui le spectacle avait visiblement déplu au point de partir et de laisser la pauvre en pleurs. Le cœur fendu par ses larmes de crocodiles, j'ai commis l'irréparable, un abus de bien social à hauteur de 20 euros pris directement dans la caisse de l'association et je l'ai poussée dans un taxi chargé de poursuivre son amoureux grincheux. Aujourd'hui ils fêtent leurs 10 ans d'union et ont un enfant !

Que sont devenus les anciens membres de VS Prod ?
Belle transition, figure-toi que tout le monde va bien !
Miseko, Hub, Roberto et Damien poursuivent leur carrière en informatique, Sven et Véro sortent toujours le Hard Rock Mag, je suis aussi en contact avec Anne qui fait son petit bonhomme de chemin et participe au nouveau magazine de Jean-Pierre Putters, Metaluna.
Moi comme tu le sais, ça va pas mal. Je ne suis pas le grand producteur que je rêvais d'être mais je suis fier de mon parcours. Tu sais j'adorerais refaire un mini-fest un jour, surtout que personnellement, je trouve que la scène française n'a jamais été aussi bonne, d'ailleurs ça vaut pour tous les styles de musique. Tous ces jeunes sont gavés de Youtube et de TV-crochets et même si je n'aime pas forcement ce qu'ils font, c'est techniquement parfait ! Mais pour être honnête, je doute que le public actuel de VS me suive dans mes choix. C'est difficile aujourd'hui de se baser sur des retours d'Internet pour construire quelque chose car une grande majorité des contributions n'est que trolls et critiques alors que les idées, les envies et les rêves sont moqués.
Je pense que c'est principalement dû au fait qu'aujourd'hui, tout le monde a les outils pour écrire un livre, faire de la musique, organiser des événements, faire de la politique depuis son salon, et ça donne l'illusion de pouvoir vraiment le faire et donc d'être légitime pour apporter une critique. Mais c'est humain et je me jette la première pierre en disant ça. Mais pour ceux qui ont encore envie, contactez-moi !
Merci Greg pour cette séance souvenir et on se retrouve dans 10 ans !
Ou un peu avant peut-être… qui sait ?



LIVE REPORT



Nous vous avons donné envie de revivre ce festival ?

Nous vous invitons à relire le Live Report du VS FEST #1 rédigé par l'équipe de Decibel Storm pour VS-webzine avec de nombreuses photos du festival !!

A lire également les live reports du festival sur les sites : Les Fils du Metal & Metal-Impact,


REMERCIEMENTS



VS remercie l'ensemble de l'équipe de VS Prod qui a rendu ce festival possible (Big up à Moussor, [eMp], Sonia, Roberto "Big Lebowski", Khyrian, Sven, et tous les autres).

VS remercie également tous les musiciens qui ont participé au festival, en particulier tout ceux qui ont pris le temps de contribuer à cet article : You Rules !

Un dernier merci à Khyrian pour son investissement, son aide et sa disponibilité pour la réalisation de cet article !
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Les Paroles
publication le : 18/07/2012

Après les excellents dossiers réalisés par Pamalach consacrés à la fonction de musicien dans le metal, VS s'est penché sur un autre aspect de la composition musicale au sens large: les paroles dans le metal.



Parfois on les lit, on les étudie, on les traduit ou alors on les ignore...bref, VS est allé questionner quelques acteurs de la scène française pour un peu savoir comme ils écrivent leurs textes, la manière dont ils procèdent pour coucher sur papier les pensées et les sujets qu'ils abordent, ainsi que plein d'autres points plus spécifiques...

Au menu, une première série de 4 interviews de 4 groupes évoluant dans des 'univers' différents:
- Julien Truchan - BENIGHTED
- Bruno Dolheguy - KILLERS
- Chris Mainpar - STRIKE BACK
- Arbaal - MALEVOLENTIA
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Les Chanteurs
publication le : 18/07/2012

Il est temps de clore notre dossier "Les musiciens et le metal" en allant vers ceux qui malmènent le mic autant qu'ils se détruisent les cordes vocales : Les chanteurs. A travers ce panaché de troubadours des temps modernes, VS vous propose cinq interviews passionnantes où nos amis hurleurs s'expliquent sans détours !

Jo - ATARAXIE


Guillaume Bideau – ONE WAY MIRROR/MNEMIC

Butcho - HELLECTROKUTERS/ex-WATCHA

Ulrich - OTARGOS

St Vincent - BLACKLODGE
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Les Bassistes
publication le : 18/07/2012

VS continue son tour de France des musiciens de metal avec nos chers amis les bassistes. Trop souvent et injustement mis au second plan, les bassistes sont pourtant d'une importance capitale dans la construction de l'identité sonore d'un groupe.

Place donc à 5 interviews de musiciens passionnés, pédagogues et investis qui ont pris le temps de répondre à nos questions pour ce dossier spécial "quatre cordes" !


Interview Welkin - ANGMAR

Interview Werther - DAGOBA

Interview JJ Moréac - MISANTHROPE

Interview Patrice Guers - RHAPSODY

Interview Fredreric Leclerq - DRAGONFORCE
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Les guitaristes
publication le : 18/07/2012

Du riff de "Smoke on the water" jusqu'aux plus étranges des expérimentations sonores, la guitare n'a cessé d'être l'instrument roi de notre petite musique chérie. VS continue son petit tour d'horizon des musiciens de metal Français en s'intéressant aujourd'hui aux guitaristes. Venant d'univers fort différents, voici donc SIX musiciens passionnés qui nous livrent quelques clés de leur son.

Interview Thomas Billerey de Minushuman

Interview Daniel Descieux de Lofofora

Interview Amduscias de Temple of Baal

Interview Stephane Forté

Interview Manu de Unsu

Interview Infestuus de Glorior Belli
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Les batteurs
publication le : 18/07/2012

Dans le metal, on les adore nos batteurs. Certains sont de véritables stars, parfois plus notoires et attendus que certains chanteurs et guitaristes. Mais je pose une question : Pourquoi regarder chez les autres alors que l'on a tout ce qu'il faut à la maison ?

Vs vous propose un dossier spécial "Les musiciens et le metal" avec chaque mois, un instrument et ses instrumentistes mis à l'honneur. Vous l'aurez compris, c'est les drummers qui commencent avec cinq interviews de cogneurs qui vont vous expliquer quelques petits trucs sur les grosses caisses et les baguettes...et tout ça au fond du temps siouplait !

Interview Kevin Foley

Interview Toki

Interview Dirk Verbeuren

Interview Brice Sansonetto

Interview Mario Duplantier
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