RECLUSIAM - Reclusiam (Autoprod.) - 27/06/2015 @ 21h05
Réputés pour la force de leurs convictions et leur intégrité, les héritiers de Black Sabbath ont offert au Doom ses lettres de noblesse. Au fil du temps, ce genre qu'on pensait immuable s'est pourtant remis en question, repoussant ses limites et se tournant vers l'hybridation (la grande force des années 90s). Après l'école Peaceville et ses rejetons gothiques... Après l'explosion stoner et ses délires vintages... Voici que débarque une véritable armée de pourvoyeurs de misère auditive. En Finlande, Shape of Despair prend la relève de Thergothon et Skepticism, suivi par une foule de challengers (Tyranny/Wormphlegm et l'écurie Firedoom). L'Angleterre succombe au malaise claustrophobique provoqué par Esoteric. La Belgique découvre les liturgies de Pantheist en alternance avec les projets de Stijn van Cauter (notamment Until Death Overtakes Me). La France n'est pas en reste avec Despond et Ataraxie... Même en Australie, Mournful Congregation propose une alternative à une tendance plus gothique (Avrigus, Chalice, Elegeion, Virgin Black). En ce début de millénaire, le Funeral Doom est au centre des discussions, LE sujet incontournable du moment. Profitons-en pour poser une question:
En dehors d'Evoken, y a-t-il eu d'autres groupes américains dignes d'intérêt dans ce créneau?

L'année 1999. Lynchburg, Etat de Virginie. Influencés par le trio Paradise Lost, My Dying Bride, Anathema, 2 jeunes multi-instrumentistes forment Necare, dont le patronyme signifie exécuter en latin. S'ils se partagent guitares et claviers, Ryan Henry prend en charge vocaux et basse, alors que Greer Cawthon s'occupe de la batterie. Thématiquement Necare traite des sujets habituels pour le genre: désespoir, crise existentielle, perte de la foi et rapport à la mort. Leurs sources d'inspiration? Principalement des poètes américains de la fin du XIXème siècle comme Algernon Charles Swinburne, Alfred Tennyson, Wilfred Owen. Ce projet studio enregistre 2 Demos avec l'aide de guests (chant féminin, violon, guitariste soliste) et signe chez les Finlandais de Firebox records, une jeune écurie particulièrement dynamique (Swallow the Sun, Mar de Grises). Sorti en avril 2004, le 1er album de Necare se nomme Ruin (voir la kro VS). Bien exécuté et produit, il souffre de longueurs et peine à se distinguer de ses modèles. Des défauts de jeunesse excusables, à charge pour le duo de corriger le tir pour l'album suivant.
Mais les Américains choisissent d'en rester là. Ayant troqué le kit de batterie pour le chant, Greer Cawthon se consacre à Vanquish, groupe de metal prog lui permettant de tourner et dont l'unique album sort en 2006.
Quant à Ryan Henri, il enchaine avec un projet solo. C'est lui qui nous intéresse.


Reclusiam: Chambre dans laquelle un moine se retire pour jeuner et prier dans la solitude et le silence.
Cette nouvelle définition latine annonce la couleur. Débarrassé du frein mélodique que représentait son ancien camarade de jeu, Ryan Henri peut développer des compositions à la fois plus heavy et plus sombre. Mais attention. Du funeral le plus ambient au drone le plus noisy, nombre de groupes ont tellement dilué leur formule qu'ils en sont devenus inconsistants. En repartant de zéro (sans label) dans un créneau où la concurrence est d'autant plus féroce que le niveau est particulièrement relevé, ce dernier n'a pas choisi la facilité. Mais point d'opportunisme chez lui, c'est une question de conviction. Preuve en est, la sortie d'une Demo-album éponyme, à peine 6 mois après Ruin de Necare. Ryan Henri ne destinait pas cet enregistrement à la vente, plaçant le tout en free download sur le site officiel de Reclusiam. Toutefois un certain nombre de copies a été pressé et distribué, y compris en Europe, via les labels Nothingness et PsycheDOOMelic records. Côté technique, Ryan Henri a de nouveau collaboré avec le producteur Jhon Ackerman. Quant au visuel, il est signé Alice Duke, qui a fait du chemin depuis (Voir ICI).
Pour les curieux, voici son site officiel.

Reclusiam comprend 3 longs morceaux ainsi qu'une outro instrumentale pour environ 45 minutes de funeral doom. Sur le plan thématique, Parasellar fait référence aux visions énigmatiques et délirantes provoquées par une masse cancéreuse sur le 6ème nerf cranien (tout un programme), Litanies of Rust and Decay évoque la ruine de notre civilisation suite à l'arrêt des machines, Enim Corpus Meum (Hill 60) dénonce le massacre de milliers de personnes pour la conquête de terres, quant à l'instrumental Scotoma, il s'agit d'un terme grec relatif à une altération du champ visuel (comme la présence d'un point noir). Musicalement Reclusiam se situe bien dans la mouvance funeral doom, quelque part entre les grands frères Evoken et les acclamés Shape of Despair. Mais si l'originalité n'est toujours pas de mise, le résultat apparait plus convaincant. Pour une raison simple. Reclusiam reflète à 100% ce que Ryan Henri a dans les tripes. Sa musique coule de source, naturellement et bénéficie d'une excellente prod. Tous les ingrédients du genre sont au rendez-vous: riffs pachydermiques parfois entrecoupés d'arpèges ou de leads, multiples couches de claviers aux sonorités variées, vocaux ultra-gutturaux, le tout saupoudré d'arrangements/samples judicieux.

1. Parasellar => voir ICI
2. Litanies of Rust and Decay => voir ICI
3. Enim Corpus Meum (Hill 60) => voir ICI
4. Scotoma => voir ICI

La cerise sur le gâteau reste la participation discrète de Laurie Ann Haus (spoken words fantomatiques à la fin de la plage 2). Qui ça? Une chanteuse bien connue de l'underground US (Garden of Shadows, Rain Fell Within, Ephemeral Sun, Ol Sonuf...) qui s'est plus récemment distinguée avec son groupe Todesbonden (dont le 2ème album se fait désirer) et en collaborant avec les Danois de Saturnus (l'album Saturn in Ascension). Egalement très active en dehors de la scène metal, Laurie Ann Haus a aussi fait parti d'Autumn Tears (néo-classique/darkwave) et contribué à nombre de musiques de films/documentaires/jeux vidéos (pour n'en citer qu'un, World of Warcraft: Cataclysm). Avec Reclusiam, Ryan Henri a réussi son pari, son petit succès d'estime s'accompagnant de la reconnaissance du milieu. En effet, peu de temps après, l'Américain est sollicité par Draconian (gothic doom). Appréciant la qualité de ses textes, les Suédois l'invitent à participer à leur 2ème album Arcane Rain Fell.
Ryan Henri est ainsi l'auteur du titre Expostulation sur lequel il a également posé sa voix.
Mais alors qu'on pense l'Américain sur une bonne dynamique, ce dernier disparait de la circulation. Il a semble-t-il cessé de s'investir dans la musique. Dommage... Si vous aimez le funeral doom, je vous encourage à découvrir Reclusiam pendant qu'il en est encore temps (voir les liens ci-dessus). C'est bien foutu.


Rédigé par : forlorn | 2004 | Nb de lectures : 746


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