Le blog de NICOLAS - RANKO - MULLER - 19438 affichages

L'auteur du livre "Abécédaire pour les musiciens en galère et ceux qui les voient ramer" et batteur du groupe SVART CROWN (ex-OTARGOS, ARTEFACT et plein d'autres) vous invite à le suivre sur son blog au sein de VS-webzine !



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La course à la mort
publication le : 01/02/2012

Vous connaissez Death Race 2000 ? Pour ceux que ça intéresse, il s'agit d'un vieux film (1975) de série Z avec Sylvester Stallone, dans lequel il faut rouler dans des caisses futuristes en pulvérisant des mecs pour marquer des points. Bref, un film stupide au scénario écrit en deux minutes par un illuminé entre deux fournées de « ribs », et réalisé par l'iconoclaste Paul Bartel, qui a remis le couvert en 1982 avec un crime cinématographique au titre aussi fabuleux que ce que son affiche est laide, « Eating Raoul. » Notez que dans Death Race 2000, il y avait aussi David Carradine, acteur connu pour son rôle de moine Shaolin dans la série « Kung_fu », et décédé dans des circonstances abracadabrantes en 2009 à Bangkok, les burnes solidement attachées par une cordelette.

Bref, la « Course à la mort de l'an 2000 », c'est un peu ce qu'on fait, nous, les batteurs de death metal. On ne sait pas trop pourquoi on le fait, mais on le fait. Chronologiquement ce n'est pas tout à fait exact, parce qu'on peut considérer que cette ascension frénétique vers les limites du click date d'il y a très longtemps. Et même si les John Longstreth, Tim Yeung et autre George Kollias défient aujourd'hui les lois de la physique, ils ne sont pas les premiers, loin de là, à s'être dit que jouer de la batterie le plus vite possible pourrait les propulser au panthéon des batteurs d'exception.

Alors, qui c'est qui a commencé? Lars Ulrich ? Dave Lombardo ? Ian Paice? Que nenni, chers amis. Le père fondateur du break supersonique, l'architecte séculaire du frisé nucléaire, c'est un certain Buddy Rich. Un type mort depuis des années, qui n'a jamais connu l'avènement des groupes canadiens hyper techniques à la Beneath the Massacre ou Cryptopsy, et qui n'a jamais rentré un gravity blast. Un blaireau, quoi. Mais un blaireau sans qui on ne serait rien, parce qu'il a presque tout inventé en matière de batterie extrême. Disons qu'il fut le premier à exploiter l'instrument jusqu'au bout de ce qu'il est possible d'en tirer, en terme de vitesse, d'acrobaties, de puissance, aussi. Un vrai maboule, qui faisait des bastons de batteurs contre ses potes, notamment Gene Krupa, la légende des big-bands, l'un des seuls qui pouvait rivaliser avec le maître.

Donc voilà, vous avez compris, on y est. La batterie comme terrain de jeu pour définir qui pisse le plus loin, déjà, dans les années 60. Sauf qu'à l'époque, les compétiteurs sont en costume, les dames de l'assistance sont maquillées, et entre deux roulements de caisse claire, des types en veste à queue de pie servent des petits-fours. Classe.

Aujourd'hui, la Rangers (pour l'intègre) ou la New Rock (pour l'esthète) ont remplacé le mocassin en pécari, et le sandwich au jambon a supplanté le canapé aux fruits de mer, mais l'enjeu reste le même : qui c'est le plus rapide ? Parce que même si l'amateur de musique lambda ne s'intéresse que rarement à la vitesse d'un blast-beat, le musicien, lui, ne peut pas s'empêcher de faire des comparaisons. Pour des raisons inexplicables, le plus souvent. Est-ce si important de savoir que le morceau « Sacrifice Unto Sebek » a été enregistré à 265 bpm ? Et pourtant je le sais, et j'ai pas eu besoin de chercher l'info sur la toile (je l'ai vérifiée, par souci éthique, mais je le savais avant). Je n'essaierai jamais de jouer ce machin, mais un jour, j'ai voulu savoir à combien ça allait. Par voyeurisme, par jalousie, par curiosité. Parce qu'il le fallait. Et pour me dire « putain, le con, 265 !!! » Fascinant.

« Sacrifice Unto Sebek » n'est pas mon morceau préféré de Nile, loin de là. Et Nile n'est pas non plus mon groupe préféré. Mais je sais qu'il y a des amateurs du groupe qui adorent leur musique justement parce que ça bourre à mort, et que le concept « riff assassin incompréhensible -blast beat de l'enfer » séduit une certaine frange du public metal. Et c'est quelque part un cercle vicieux : si les gens aiment Nile, peut-être qu'en allant encore plus vite et plus loin, un autre groupe pourra surfer sur une vague de succès en marche. Mais est-ce vraiment le bon calcul ? Parce qu'il faut déjà être capable de faire mieux, ou pire, comme vous voulez, et il faut aussi garder à l'esprit que si le public a supporté le colossal flot d'informations d'un groupe talentueux comme Nile, rien ne dit que les mêmes fans sauront trouver leur bonheur dans la musique d'un autre groupe qui s'essaiera à la surenchère.

Mais il y a bien une chose de sûre et certaine : en allant toujours plus loin, plus vite, vers les sommets de la technique, on n'élargit pas son public, et on ne crée pas forcément de la bonne musique. Par contre on pisse loin. Il y en a pour qui c'est suffisant. Il y en a qui considèrent que c'est grâce à ça que la pratique d'un instrument évolue. Il y en a qui pensent que c'est débile et qui en font des tonnes pour expliquer que c'est pas important de savoir qui c'est le plus balèze. Et il y en a qui s'en branlent, mais alors...complètement. Finalement le plus dingue, c'est qu'on arrive toujours, entre nous, à parler de musique, alors qu'on a des manières si différentes de l'appréhender. En fait, c'est beau, pour ça, le death metal.
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En galère de sponsor...
publication le : 13/01/2012

Chers amis, le musicien moderne qui a choisi de s'exprimer avec une rage saine dans l'univers du Metal possède pas mal de points communs avec les sportifs. Mais attention : pas David Beckham, ou Sébastien Loeb, et encore moins Tiger Woods, le sportif le mieux payé du monde avec ses 75 millions de dollars aspirés tout autour des fairways du monde pendant la saison 2010-2011. Oui, ça fait cher le birdie, d'autant qu'il a jamais aussi mal joué que cette année. Non, le musicien Metal, c'est plus un véliplanchiste, un pilote de bobsleigh, un champion de badminton ou de tir au pistolet : un mec qui pourra être aussi balèze qu'il le voudra, mais qui aura toujours beaucoup de mal à rentabiliser sa discipline.


Heureusement, dans ce monde mal fait pour les passionnés qui ont commis l'erreur de s'éloigner de la culture mainstream, il existe un système de partenariat pour pratiquer son art en s'affranchissant de certaines contraintes matérielles. On appelle ça le sponsoring, en musique on dit plutôt endorsement. En quoi ça consiste ? C'est pas très compliqué : un mec qui joue beaucoup, devant beaucoup de monde, ou qui joue très bien, ou tout ça à la fois, peut proposer à une marque d'instruments de lui filer un coup de main. Il se retrouve avec un instrument entre les pattes, qu'il trimballe partout, il appose le logo sur tous les supports qui le concernent (livrets, web, affiches de concets, etc...) pour faire de la pub, et tout le monde est content. Belle théorie s'il en est.


Décrocher un deal avec une marque, c'est tout sauf impossible. Dès qu'on sort un peu le nez de son local, qu'on pond un disque et que le groupe assure un minimum, il est raisonnable de commencer à prospecter un peu partout. Beaucoup diront « non », mais il y en aura souvent un, qui trippera la musique du groupe, qui aura besoin de bonnes gueules desséchées pour les placarder dans un catalogue, ou qui sera touché par la démarche et qui trouvera une petite place dans son roster. Du moment que l'artiste a quelque chose d'un peu solide à proposer, il n'y a pas de raison pour qu'il ne trouve pas une marque avec qui faire affaire.


Alors, où est le problème, me direz-vous ? Non parce que, si je vous parle de ça ici, c'est à double dessein. En premier lieu, pousser ceux qui parmi vous y songent sans y croire à franchir le pas de la fameuse « endorser application » (du nom des formulaires en ligne,qu'il faut remplir, et qu'on trouve la plupart du temps sur les sites des marques convoitées). On ne sait jamais, et si vous ne demandez rien à personne, ESP, TAMA, GIBSON, TRACE ELLIOT et consorts ne viendront jamais vous chercher. Mais aussi, je voudrais attirer votre attention sur la nature de ces fameux contrats, qui ne sont que très rarement de vrais endorsements, mais plutôt des deals un peu bâtards, certes utiles, arrangeants, mais pas forcément salvateurs.


Ne rêvons pas, jouer du brutal death et avoir un « full deal », soit un contrat où la marque file du matos gratuitement, c'est une quasi-utopie. Non, Derek Roddy ne paye pas ses cymbales Meinl et non, Trey Azagthoth ne galère pas pendant des mois pour réunir le fric nécessaire à financer ses Ibanez 7 cordes. Par contre, à titre d'exemple, pour que vous saisissiez bien la nuance, Fotis Benardo, le batteur de Septic Flesh (et si y a bien un groupe qui cartonne en ce moment, c'est bien Septic Flesh), il paye la moitié du prix de ses accessoires, notamment de sa double pédale de furieux fabriquée en Pologne par un type de deux mètres de haut, que j'ai croisé, très saoul (lui, pas moi) au Brutal Assault. Par contre, la plupart des mecs un peu connus ont effectivement des deals, mais qui ne leur permettent que d'avoir de substantielles réductions sur le matériel. J'ai pas les noms, mais quand vous les croisez, posez-leur la question, ils vous répondront, ça fait partie de leur rôle de parler de la marque qui les soutient.


Nous en France, on est pas bien lotis. Le Metal n'intéresse pas les marques, ou plutôt les distributeurs. Parce que figurez-vous que chez nous, à moins d'avoir un endorsement complet, c'est pas la maison mère qui sponsorise, mais le distributeur. D'ailleurs, c'est souvent précisé dans la fameuse « application form », ou dans le mail type que le site vous renvoie : « please contact your local distributor ». Des distributeurs qui font ce qu'ils peuvent, mais qui n'ont pas le pouvoir de filer gratuitement des instruments.

Alors, finalement, c'est quoi, un bon deal ? Ben je dirais qu'un bon deal, c'est un arrangement qui permet d'avoir du bon matos pour pas trop cher, du matos avec lequel on se sent bien, et qu'on sera heureux de défendre. Mais le top, c'est de travailler avec des partenaires impliqués, parce que ça change tout. Des mecs attentifs à nos besoins, des gens disponibles, qui répondent au téléphone ou aux mails, qui se démènent pour que la collaboration se passe bien. Et vous savez quoi ? En général, c'est pas dans les grosses boîtes qu'on les trouve, ces mecs-là.

Avant de signer quoi que ce soit, posez-leur la question : « je viens chez vous, je vous file de la thune pour jouer avec vos instruments parce que MEME SI C'EST LA MOITIE DU PRIX ça reste cher (ne perdez jamais ça de vue), qu'est ce que vous pouvez faire pour moi, en dehors d'un beau rabais ? » Y a des mecs qui tueraient père et mère pour économiser 30% sur une Les Paul. Y en a d'autres qui s'en branlent tant qu'ils jouent avec une bonne guitare, mais qui apprécient d'avoir un peu de contact avec les gens qui travaillent avec eux. Chacun est dans son rôle, chacun a une façon bien propre de fonctionner. A nous, musiciens, de se trouver une place dans tout ce bordel, parce qu'on aurait tort de s'en priver. Allez, tous sur photoshop, vous me faites un beau dossier de presse ! Mais c'est pas moi qui relève les copies.
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