SYMPHONY X - Twilight in Olympus (CNR/InsideOut) - 21/11/2015 @ 19h36
C'était dans l'air depuis un moment... En 1998 le metal dit traditionnel a pris sa revanche sur l'adversité et tout ceux qui s'étaient empressés de l'enterrer. Professionnalisme et productivité. Qualités techniques supérieures et créativité débordante. Face à une génération pleine de ressources et particulièrement remuante, il était bien question d'un nouvel âge d'or. Dans un tel contexte, le blackout n'avait plus de raison d'être. En France le développement des samplers dans la presse écrite et le soutien indéfectible de passionnés comme Olivier Garnier (Mr. CNR) ont largement contribué à nous ouvrir les yeux et les oreilles. Après l'accueil discret mais favorable accordé au phénoménal The Divine Wings of Tragedy, les Américains étaient attendus au tournant. Bénéficiant pour la première fois d'une couverture promo digne de son talent, Symphony X a dévoilé son 4ème album, Twilight in Olympus. Pas de suspens, ce classique dans la catégorie power/prog néoclassique reste l'un des préférés des fans, nombreux étant ceux à avoir découvert le groupe avec lui. Mais ne vous fiez pas aux apparences, il n'est pas ce qu'il aurait du être. Retour sur une période trouble.

Jusqu'ici les Américains ne souffraient pas seulement d'un manque de promotion, mais d'une distribution limitée. Aussi étonnant que ça puisse paraitre, en dépit de l'important succès rencontré par The Divine Wings of Tragedy, Symphony X était encore distribué en import aux Etats-Unis. Michael Romeo raconte: "Nous avons reçu des offres plus ou moins valables de différents labels, mais pour des motifs qui lui appartiennent, notre maison de disques japonaise n'a pas tenu à y donner suite. J'ignore ses raisons et j'avoue avoir du mal à saisir son raisonnement.
Elle doit, entre autres, avoir peur des répercussions financières que pourraient avoir des importations US sur son marché. Mais il y a autre chose derrière son refus.
" (Hard Rock mag n°34 de mai 1998) Une remarque pertinente, Zero Corporation cessant ses activités l'année suivante, rendant de ce fait sa liberté à Symphony X. Pourquoi en parler? Succès de The Divine Wings of Tragedy + déboires du label = pressions sur les Américains pour qu'ils enchainent au plus vite avec leur 4ème album. Et c'est un fait, Twilight in Olympus est sorti rapidement, à peine plus d'1 an après son illustre prédécesseur. Pour un groupe privé de scène, le délai peut sembler gérable, mais, on va le voir, les problèmes se sont accumulés.

Premier fait marquant, l'accident de Michael Pinnella qui manque de perdre 2 doigts. Le claviériste devant être opéré, l'enregistrement est retardé le temps de sa rééducation. Ensuite les tensions entre Michael Romeo et le batteur Jason Rullo atteignent leur paroxysme, ce dernier prenant la porte au début des sessions d'enregistrement. Dans l'urgence, les Américains se tournent vers une vieille connaissance de Michael Pinella: Thomas Walling. Un contexte stressant dont nous parle Michael Romeo: "Les Japonais nous avaient imposé une deadline très stricte qu'il nous fallait à tout prix respecter et nous avons dû nous priver de certains titres dont Twilight in Olympus, une chanson assez longue, plus épique. (NdF: + de 20 minutes selon Metallian) Il nous restait une semaine de studio et nous avons décidé de ne pas la gâcher en l'enregistrant à la va-vite. Nous n'en aurions pas été satisfaits à 100%. Nous avons donc préféré nous concentrer sur les titres déjà enregistrés que nous avons peaufinés." (Hard Rock mag n°34 de mai 1998) Heureusement cette composition sera recyclée, devenant après lifting Rediscovery Part II, la conclusion épique du fantastique V: The New Mythology Suite (5ème album paru en 2000). Ouf. Reste un soucis, d'ordre musical cette fois.

Donner suite à un chef d'oeuvre tutoyant la perfection n'est déjà pas une mince affaire, alors dans des conditions aussi difficiles... Sacré défi. Composé sous pression et enregistré par la même équipe, Twilight in Olympus se situe comme on pouvait s'y attendre dans la droite ligne de The Divine Wings of Tragedy. Cependant les paroles ont pour la première fois été écrites avant la musique. Le bassiste Thomas Miller et le chanteur Russell Allen s'en chargent. Through the Looking Glass se réfère à une nouvelle de l'auteur britannique Lewis Carroll qui n'est rien de moins qu'une suite des Aventures d'Alice au pays des merveilles. Pour Lady of the Snow, Thomas Miller s'est inspiré d'une figure populaire du folklore japonais: Yuki-onna. Des Néerlandais de Within Temptation aux Finlandais de Whispered, nombre de groupes ont également abordé ce thème. A la production, le duo Steve Evetts &
Eric Rachel
rempile pour la 3ème fois consécutive, toujours sous le contrôle de Michael Romeo. La garantie d'un travail bien fait. Dommage qu'on ne puisse pas en dire autant du visuel de Dan Muro (Dream Theater, Morbid Angel), absolument catastrophique. Superpositions grossières de formes primaires pas à l'échelle (l'épée au dos du livret), couleurs vomitives... Pouah.


Michael Pinnella / Thomas Walling / Michael Romeo / Russell Allen / Thomas Miller

Placés sur des samplers (voir ICI et LA), In the Dragon's Den et Orion - The Hunter ont fait forte impression.
A raison, on y reviendra plus tard. Mais aussi étonnant que ça puisse paraitre, l'entame de Twilight in Olympus est décevante. Loin de la fougue d'Of Sins and Shadows, Smoke and Mirrors semble avoir été directement pioché dans le répertoire d'Yngwie Malmsteen. La relecture d'une Sonate de Beethoven en plage 3 va également dans ce sens. Retour en arrière et perte de personnalité? Aïe. Symphony X reprend des couleurs avec Church of the Machine, mais là aussi quelque chose cloche. Démarrer la plage 2 par un blanc de 40 secondes est un mauvais choix, d'autant plus que ce titre s'achève de façon abrupte. Alors bien sûr, musicalement ça reste du (très) haut niveau, mais j'ai vite pris l'habitude de zapper ces morceaux pour débuter à la plage 4, car c'est bel et bien avec In the Dragon's Den que tout commence. On retrouve dès lors ce groupe généreux, inspiré, celui qui emporte tout sur son passage grâce à son alliage unique de feeling et de technicité. Irréprochables, ces compositions font honneur au contenu de The Divine Wings of Tragedy (ma découverte du groupe). Avec plus de temps et de sérénité, ces griefs auraient sans doute été gommés par les Américains, j'en suis convaincu. Quoi qu'il en soit, rien d'insurmontable pour nous ou de préjudiciable pour le groupe. Heureusement.

In the Dragon's Den. La voila l'entame carton dont Twilight in Olympus avait besoin. En moins de 4 minutes, Symphony X nous offre un concentré de son savoir faire. Si trouver un remplaçant à l'excellent Jason Rullo semblait difficile, les Américains ont déniché la perle rare avec Thomas Walling dont l'attaque sur ce morceau est monumentale. Derrière on retrouve le riffing punchy, la qualité du chant et des choeurs hérités de Queen, l'enchainement de soli de guitares, claviers et basse... Tout est parfait. Globalement Twilight in Olympus présente un groupe à l'écriture affinée, plus fluide et concise, avec une bonne alternance de phases rentre-dedans et de passages progressifs à la Kansas. Même chose pour le fantastique Russell Allen dont le spectre vocal parait plus vaste et maîtrisé. Cette 2ème partie d'album est un vrai régal, à l'image de Through the Looking Glass dont les 13 minutes passent comme une lettre à la poste. De refrains mémorables en passages instrumentaux de toute beauté, The Relic et Orion - The Hunter confirment que l'on tient un grand disque. Les Américains nous réservent une dernière surprise avec la ballade Lady of the Snow. Le duo Romeo/Pinnella nous plonge dans la culture japonaise, à coup de guitare acoustique façon shamisen et de savoureuses parties de piano. Du grand art (sans fade out).

Compte-tenu des circonstances, les gars du New-Jersey nous ont offert le meilleur d'eux-même. S'il ne vole pas la couronne de son intouchable prédécesseur, Twilight in Olympus se contente d'être un bon album d'un grand groupe. C'est déjà beaucoup. La décennie s'achève dans la tourmente pour Symphony X. Alors qu'en coulisse Zero Corporation tente de capitaliser sur leur succès [réédition de l'album solo de Michael Romeo et sortie de la compilation Prelude to the Millennium], le groupe doit faire face à la défection de sa section rythmique. Victime d'une longue maladie, Thomas Miller quitte Symphony X l'année suivante. Technicien hors pair, compositeur, parolier et cofondateur du groupe, son départ m'a d'autant plus attristé qu'il n'a plus fait parler de lui par la suite. Son redoutable remplaçant Michael Lepond ne sera pas aussi investi. Opposé à l'idée de tourner, Thomas Walling rendra sa place derrière le kit à Jason Rullo. L'entrée dans le nouveau millénaire est synonyme de nouvelle ère pour Symphony X qui poursuit un objectif bien précis: conquérir la scène.

In the Dragon's Den: https://www.youtube.com/watch?v=oY8bVGskB6g
Lady of the Snow: https://www.youtube.com/watch?v=PiP3RRkQolY


Rédigé par : forlorn | 1998 | Nb de lectures : 1007


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Commentaire
Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 22/11/2015 à 17h21 - (31798)
N'ayant du groupe que "The Damnation Game", faudrait que je me penche un peu plus sur leur discographie... en tout cas, bien sympa leur incursion dans le folklore et la musique japonaise... :)

Arioch91
Membre enregistré
Posté le: 23/11/2015 à 13h48 - (31799)
J'ai connu le groupe avec Divine Wings Of Tragedy et en suis tombé raide dingue pendant des mois !

Quand Twilight est sorti, je me suis rué dessus mais déjà, la magie de Divine était passée et je n'ai pas retrouvé totalement tout ce qui m'avait plu dans Divine.

Twilight reste cependant un très bon album.

Quant à Symphony X, j'ai complètement décroché lorsqu'ils ont sorti V. Je n'ai pas du tout aimé cet album qui m'a désintéressé du groupe.



Murderworks
Membre enregistré
Posté le: 29/11/2015 à 20h09 - (31806)
Un album sous estimé par beaucoup de monde. Il n'arrive certes pas à la cheville de son prédécesseur mais reste quand même un très bon album, et " In the dragon's den " est effectivement une tuerie. Il est évident que le groupe est moins inspiré sur ses derniers albums, mais ils arrivent toujours à m'accrocher l'oreille ( j'aime beaucoup " V " moi par contre ).

Sans compter que j'ai eu la chance de les voir sur scène et là par contre ils mettent tout le monde d'accord. Technicité imparable, bonne humeur, un Russel Allen dont le chant se fait plus mordant que sur album et une entrée sur scène avec " Of sins and shadows " justement, bref la grosse baffe.

Sinon bonne chronique comme d'habitude.

Le Chef
Membre enregistré
Posté le: 04/12/2015 à 17h01 - (31807)
Que de bons souvenirs de cette période.
Sinon oui c'est un très bon album avec un groupe encore au top à l'époque!
La pochette, et bien justement dans sa mocheté elle en devient belle :)



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