SYMPHONY X - The Divine Wings of Tragedy (CNR/InsideOut) - 09/02/2013 @ 22h14
Après avoir plus d'une fois évoqué la mise au placard du heavy metal au début des 90s, il est temps de parler initiatives et solutions. 1ère option: le miracle. Sortir une tuerie capable d'impacter un milieu focalisé sur les grosses machines US et l'extrême scandinave. Miracle qui ne s'est pas produit entre 1992 (Fear of the Dark) et 1996 (Holy Land). 2ème option: arrêter les frais. No comment. 3ème option: l'opportunisme. Evoluer soit, mais pour les bonnes raisons SVP. 4ème option: la passion. Il n'y a pas de meilleur moteur. Mais former un groupe solide et posséder une identité affirmée ne suffit pas, encore faut-il trouver les structures capables de vous promouvoir. Ce n'est un secret pour personne, faire du power/prog condamnait à signer avec des Allemands ou des Japonais. Outre certains détails logistiques (comme la barrière de la langue ou la distance) qui sont désormais peu de choses à l'heure d'internet, le principal problème rencontré était de se retrouver distribué en import dans son propre pays d'origine, d'être coupé des réseaux locaux. En dépit du gigantisme des USA et de son contingent de die-hard fans, de nombreux groupes en ont fait les frais, dont Symphony X.

L'aventure démarre lorsque le guitariste Michael Romeo, ayant soif de jouer une musique plus heavy, enregistre des titres instrumentaux. Envoyée à différents magazines US ainsi qu'à Mike Varney [grand manitou de Shrapnel records (pouponnière à prodiges de la 6-cordes) également investi dans le label prog Magna Carta], sa maquette va recevoir de bons retours et aboutir à un album solo: The Dark Chapter (plusieurs fois réédité). Mais là n'est pas l'objectif de Michael Romeo. Son souhait? Former un groupe de metal symphonique doté d'harmonies vocales à la Queen. C'est chose faite en avril 1994. Avec l'aide du bassiste Thomas Miller, Michael Romeo fonde Symphony X dans le New Jersey. Jason Rullo (batterie), Rod Tyler (chant) et Michael Pinnella (claviers) complètent la formation dont le 1er album éponyme va séduire le label japonais Zero Corporation. Quelques mois plus tard, Rod Tyler quitte le groupe mais leur recommande le fantastique Russell Allen. Pour l'anecdote le gaillard bossait dans un resto proposant des animations médiévales, une influence que l'on retrouve dans la musique de Symphony X. Ceux qui ont vu le film Disjoncté (Cable Guy en VO) de Ben Stiller avec Jim Carrey savent de quoi je parle.

Symphony X étant pour l'heure réduit à n'être qu'un projet studio, les Américains enchaînent en 1995 avec leur 2ème opus, le nettement plus abouti The Damnation Game. Un processus de composition maitrisé, un meilleur vocaliste et une production enfin digne de ce nom vont permettre à Symphony X de sortir de l'anonymat. Le fameux Olivier Garnier craque sur le groupe et lui offre un deal européen via sa structure CNR/Arcade (sous licence Inside Out). A l'aube de l'année 1997 l'existence de Symphony X est enfin révélée aux oreilles de l'Europe metallique. Il était temps! Sans ce soutien providentiel nous serions sans doute passé à côté d'un grand groupe et de l'un de ses meilleurs albums: The Divine Wings of Tragedy. Ma découverte de Symphony X s'est faite avec ce 3ème album et son monumental titre d'ouverture: Of Sins and Shadows. "Waaa le père Malmsteen a fait une cure de Pantera, c'est mortel." Qui n'a pas halluciné en découvrant ce monstrueux riff thrashisant qui de surcroit sonne toujours aussi frais? Là où Yngwie Malmsteen campe sur des positions aussi étriquées qu'éculées l'empêchant de se renouveler, Symphony X sonne moderne et ouvert sur le monde. Quand Dream Theater joue à qui sera le plus démonstratif, Symphony X affiche une cohésion et des compositions aussi profondes que gorgées de feeling.

La lecture des crédits confirme cette cohésion ressentie à l'écoute de cet album. Les 2 Michael (Romeo et Pinnella) composent l'essentiel de la musique avec des interventions régulières du bassiste Thomas Miller. Cet aspect démocratique se retrouve également dans les textes, principalement écrits par Russell Allen et Thomas Miller. Adolescent à l'époque, j'étais loin d'être versé dans le power/prog, avec moi aussi des idées préconçues, clichés et autres réticences. Mais hormis Angra je n'avais encore jamais été confronté à une telle réunion de talents dans ce créneau, avec des musiciens conciliant technique, feeling et créativité, tout en privilégiant un esprit de groupe à leur propre ego. Alors quand en plus ces mecs arrivent en un seul chef d'oeuvre à réhabiliter un genre que certains étaient pressés de ranger dans un musée (pour ne pas dire à la poubelle), on ne peut que s'incliner bien bas. Certes je conçois que les compositions à rallonge et les nombreux soli puissent effrayer un jeune gars ne jurant que par le deathcore, m'enfin l'expérience mérite vraiment d'être tentée, d'autant que la coproduction d'Eric Rachel et Steve Evetts est impeccable, tant dans la prise son que le mixage. Maintenant un mot pour chacun.


Thomas Miller / Jason Rullo / Russell Allen / Michael Romeo / Michael Pinnella

Outre le classicisme de ses soli (terme non péjoratif ici), on retiendra de Michael Romeo son sens du riff vraiment percutant, en alternance avec des arrangements au poil, comme ses parties acoustiques dans le génial The Accolade ou la mélodie aérienne sur les couplets de la somptueuse ballade Candlelight Fantasia (mettez le titre à 2mn26). Outre ses duels avec son collègue précité, Michael Pinnella nous offre une palette de sons relativement large, ses claviers proposant en fonction des thèmes abordés un caractère oriental (The Pharaoh) ou médiéval (The Accolade). On n'oubliera pas non plus ses superbes parties de piano. Jason Rullo est un excellent batteur, aussi puissant qu'inspiré, il n'en fallait pas moins pour accompagner une troupe à la technique redoutable. A ce titre le bassiste Thomas Miller est formidable. Outre son travail de composition déjà évoqué, la production comme les nombreux breaks le mettent particulièrement bien en valeur. On notera ses soli en ouverture des morceaux Sea of Lies et The Pharaoh. Enfin dernier cité, Russell Allen n'est pas le moindre des atouts de Symphony X, au contraire. A quoi bon enchaîner les superlatifs, il est fantastique d'aisance, de sincérité et de nuances. Il fait parti des tout meilleurs chanteurs de sa génération. Rajoutez les choeurs dignes de Queen versant parfois dans le sacré (l'épique morceau-titre et ses 20 minutes au compteur) et le tableau est complet.

Certains objecteront que les mecs de Symphony X n'ont rien inventé, mais ils ont réussi le tour de force de moderniser et surtout rendre plus accessible un genre qui était chasse-gardée des musiciens et des générations précédentes. Et ça ça mérite un grand coup de chapeau. Pour le reste c'est carton plein. Hormis le fait de devoir se familiariser avec le caractère généreux et bavard de ces instrumentistes, je ne vois pas ce qu'on pourrait leur reprocher. Ah si le fade out anticipé de Candlelight Fantasia (je monte le son à chaque fois héhé) mais c'est vraiment pinailler. The Divine Wings of Tragedy entame une trilogie de légende qui va propulser Symphony X au panthéon du power/prog. A noter que leur activité scénique ne débutera qu'aux dernières heures du XXème siècle. Quant à Russell Allen, il sera notamment honoré par Arjen Lucassen qui l'invitera à participer à ses projets, d'abord Star One puis Ayreon. En conclusion: Symphony X est une valeur sûre et The Divine Wings of Tragedy un classique. Vous ne connaissez pas? Mieux vaut tard que jamais...

Of Sins and Shadows: https://www.youtube.com/watch?v=3enWuHtTlwQ
Candlelight Fantasia: https://www.youtube.com/watch?v=Cdnx2z8YCgA


Rédigé par : forlorn | 1997 | Nb de lectures : 3017


Auteur
Commentaire
Jean
IP:82.226.201.57
Invité
Posté le: 09/02/2013 à 23h52 - (28881)
Mon album préféré de SX que ce soit la prod, compos ou le arrangements. Et puis il n'y a aucune musique à jeter sur l'album.

albert quequetos
IP:109.16.5.90
Invité
Posté le: 10/02/2013 à 01h21 - (28886)
Completement d'accord avec toi, y a rien à jeter sur ce disque
Qu'ils nous jouent cette album en intégralité au hellfest, merci d'avance

skyou
Membre enregistré
Posté le: 10/02/2013 à 01h26 - (28888)
Mémorable cet album, une révélation pour ma part! 20/20



ego
Membre enregistré
Posté le: 10/02/2013 à 06h23 - (28889)
Découvert sur le tard, mais alors quelle claque et quelle immense richesse mélodique ! Je ne me lasse pas encore d'en découvrir les méandres, sans parler des refrains imparables. Et je m'incline bien bas devant le boulot de Russell Allen impeccable de maîtrise dans tous les répertoires.



Bras cassé
Membre enregistré
Posté le: 10/02/2013 à 21h53 - (28913)
Super kro Forlorn, comme d'hab.
J'avais 16ans a sa sortie et c'est un des album qui m'a fait rentrer dans le Metal. Il est vrai qu'il frole la perfection, tout y est juste. Mais tout de meme j'ai une tres legere preference pour le suivant

vincesnake
Membre enregistré
Posté le: 10/02/2013 à 22h09 - (28915)
Idem, je préfère le suivant, surement parce que j’ai découvert le groupe avec. Mais, avec ce « The Divine wings of tragedy » et « V » on peut effectivement parler d’une trilogie ultime.

Qui a dit que la perfection n’est pas de ce monde ?





LDP
IP:92.103.42.210
Invité
Posté le: 11/02/2013 à 10h41 - (28918)
Bravo pour cette chronique.

J'avoue qu'en ce qui me concerne, c'est le précédent "The Damnation Game" qui reste mon album préféré de SX.
Il a un petit coté brut de décoffrage qui lui donne une spontanéité et une puissance que l'on ne retrouve pas sur "Divine wings of tragedy", ni sur les évolutions + prog de la suite des aventures du groupe.

Même si la comparaison Malmsteen / Dream Theater est pertinente, il faut noter que le succès de Symphony X en Europe a aussi bénéficié de l'essor de la vague power metal scandinave qui a fondé le genre "heavy avec un gros son qui tue" : un seul exemple : le monstrueux "In Your Multitude" de Conception (premier groupe de Roy Khan avant qu'il ne rejoigne Kamelot).

Enfin, il est à noter que M. Romeo a lui aussi participé également à Ayreon, pas seulement R. Allen : écoutez le solo monstrueux sur "Dawn of a million souls" sur l'album "Universal Migrator" : les deux compères se lâchent sur ce qui est un des morceaux les plus énormes de l'histoire du metal !

Arioch91
Membre enregistré
Posté le: 11/02/2013 à 11h16 - (28919)
Mon album préféré de Symphony X (je trouve le dernier d'un chiant, suis-je le seul ?).

Gros son, bourrés de rythmes et mélodies, gros riffs, des solis d'enfer mais ce qui surplombe le tout, c'est Russen Allen et sa putain de voix !!!

Il est absolument phénoménal dans le titre éponyme !



forlorn
Membre enregistré
Posté le: 12/02/2013 à 16h23 - (28923)
@ LDP: La perception que j'ai de Conception est celle d'un groupe culte dont les qualités auraient en bonne partie été découvertes après son split, suite au 'recasement' de ses zicos (Khan avec Kamelot, Østby avec ARK, Amlien et le batteur dans Crest of Darkness...). D'ailleurs je n'ai toujours pas abordé leur disco, faudra que je corrige cette lacune un de ces jours.

The Divine Wings of Tragedy fait parti de ces albums majeurs qui ont contribué à relancer le genre (notamment en France), donc j'ai du mal me représenter quels groupes de power scandinave auraient pu peser dans la signature européenne et la reconnaissance de Symphony X. Tu peux nous en dire plus?

Metallicum
Membre enregistré
Posté le: 14/02/2013 à 15h42 - (28925)
Album énorme, les titres The Accolade, The Divine Wings Of Tragedy et Candlelight Fantasia sont parmi les meilleurs du groupe. Mention spéciale à l'intro du titre éponyme et ses choeurs paradisiaques qui font monter instantanément au septième ciel tant c'est orgasmique ! Merci Symphony X, que je vous invite tous à aller voir au Hellfest de cette année en espérant qu'ils y jouent ce morceau de 19 minutes culte !



evil
IP:70.52.206.125
Invité
Posté le: 17/02/2013 à 05h08 - (28930)
oh! mon dieu que cet album est ennuyant!! Jamais réussi à l`écouter d`un bout à l`autre!!Pourtant j`ai essayé plusieurs fois!! Un ennuie mortel!!! J`ai fini par m`en débarraser pour 5$ quelques années plus tard!! Toutefois, Twilight in olympus m`a réconcilié avec le groupe!!

Syx421
IP:90.26.3.230
Invité
Posté le: 09/11/2013 à 00h17 - (30117)
Chef d’œuvre absolu, j'aime aussi les albums précédents puis jusqu'à V et the Odyssey depuis il faut reconnaître que le groupe a perdu en musicalité à vouloir moderniser son son, les 2 derniers albums sont chiants à l'image des solos de Romeo qui sont bcp moins mélodiques (quelques bons morceaux toutefois ... J'adore le SYX néoclassique, je supporte le SYX Power en souvenir des bons albums passés. J'arrête avant de chialer ;)

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