WOODS OF DESOLATION - Toward the Depths (Northern Silence/Season of Mist) - 04/06/2012 @ 08h01
Jamais deux sans trois ! Une nouvelle fois ce vieil adage populaire se vérifie car voilà que débarque dans mon terrier la troisième édition du premier album de WOODS OF DESOLATION grâce à Northern Silence. Vous allez me dire que ça fait beaucoup pour un album à peine vieux de quatre ans. Je vous répondrai que c’est bien possible mais il s’avère que les précédentes éditions sont épuisées. La première sortie fut réalisée par un obscur label brésilien baptisé Hammer of Damnation et le second tirage limité à 500 fut l’œuvre de Dark Adversary. Il était certain que le projet prenant un peu d’ampleur, ces deux éditions allaient se retrouver assez vite « sold out » comme on dit. Enfin, de l’ampleur… On est bien loin d’un SHINING mais cette désolation forestière a su trouver le chemin sinueux des âmes désespérées.

Tirée à 1000 exemplaires, cette nouvelle sortie n’a pour toute nouveauté qu’une devanture repeinte. Il s’agit donc d’un joli gigipack avec un CD à la surface dorée. Personnellement, je trouvais que noir collait mieux à l’ambiance mais je n’ai malheureusement pas encore assez d’envergure pour imposer quoi que ce soit à Northern. En revanche, ils ont viré la photo d’arbres et là, je dis merci, oui merci car je n’en peux plus de ces arbres venant sournoisement ornés toutes les pochettes de mes disques tristes. Comprenez-moi bien, j’aime la mélancolie automnale d’une forêt mais à un moment je sens comme une overdose me saisir surtout que je viens d’une barre de béton grise et je peux dire que c’est largement aussi évocateur. Bon, les bois sont encore présents, un peu normal vu le nom du groupe mais ils sont perdus loin dans le sfumato. Au premier plan trône une silhouette noire et encapuchonnée qui enfin ouvre de multiples interprétations. On pense d’abord à l’image de la mort et puis son attitude affligée nous invite à penser que peut-être s’agit-il de nous une fois arrivé au bout de ce périple aux confins de la tristesse. Mon patron adoré me souffle que j’ai déjà écrit une tartine et que je n’ai toujours pas parlé musique ! Alors, parlons musique !

Etrange album que ce premier album pour ceux qui connaissent la discographie du combo car on a l’impression d’avoir à faire à un album de transition. C’est le lien entre d’une part ce Black dépressif fruste qui apparaît sur les démos et les splits et de l’autre ce Black flirtant allègrement avec des éléments Post-Rock/Shoegaze insufflant cette luminosité fragile au dernier album en date. L’effet est d’autant plus saisissant que deux chanteurs apparaissent sur l’opus. Il y a celui du passé, l’Anglais Phil Knight qui assure la majorité du travail avec ce « chant » étrange plus proche d’une narration au bord de l’agonie essayant de surgir péniblement de ce mur cafardeux. Et puis, il y a le futur avec l’apparition de Desolate (AUSTERE) sur le troisième titre et il faut bien avouer que le chant de ce dernier se marie beaucoup mieux avec la musique de D. Il ne sera guère étonnant de le voir assumer la totalité des parties vocales sur l’EP suivant. Notons que les deux membres d’AUSTERE vont finir par tenir une place non négligeable dans le destin musical de notre misanthrope. Desolate étant dans l’incapacité d’enregistrer le dernier album, D. se rabattit sur le deuxième membre d’AUSTERE, Tim/Sorrow avec qui il avait déjà croisé le fer l’année précédente au sein de GREY WATERS via un EP pleurant dans le giron du Rock/Shoegaze dépressif.

Autant prévenir tout de suite les groupies de Satan, ce n’est pas parce que c’est cru que l’on s’amuse à clamer à coup de blasts haineux que les chrétiens, c’est pas bien. Musicalement, c’est une descente languissante dans les fluides de la bile noire. Le rythme est lent même si quelques accélérations viennent porter quelques envolées poignantes. C’est le pas traînant plein de lassitude des affligés au travers de ces bruissements de guitares éplorées. Oui, du Black dépressif typique mais notre triste Australien possède quelques talents assez rares qui lui permettent de se hisser dans les hautes sphères de la neurasthénie musicale. D’abord, il a un vrai sens de la composition même si ces dernières sont effarantes de simplicité. En effet, il sait très précisément à quel moment il doit relancer l’intérêt de l’auditeur lors de ces longues pièces hypnotiques. Une accélération, un break ou une dérive mélodique vienne au moment opportun pour éviter de sombrer dans l’engourdissement si vite arrivé dans ce style particulier. Ensuite, D. accouche de la mélodie qui va venir vous poignarder sournoisement dans les tréfonds de vos entrailles. Difficile de résister tant et si bien que D. peut se permettre de faire tourner longuement tous ces leitmotivs émouvants. Et puis, il y a la petite touche originale supplémentaire comme cette influence Post-Rock/Shoegaze qui commence à poindre dans les recoins de certains sentiers boisés, ou comme ces passages acoustiques rustres et joués d’une main lourde et abattue avec ce goût de défaite ou encore comme le magnifique deuxième titre illuminé par ces orchestrations de cuivres conférant cette solennité funèbre.

Comme je l’ai dit, un premier album plus proche de l’esquisse contenant son lot de fulgurances mais aussi d’actes manqués. L’impression de voir l’artiste en plein travail tout en pressentant vaguement vers quelle destination il désire nous emmener. Destination atteinte sur le dernier album en date où D. réalise vraiment la mue de son projet en l’extirpant du dépressif classique. Néanmoins, l’amateur du style y trouvera largement de quoi sustenter sa soif de tristesse et l’album pleure largement dans le haut du panier.


Rédigé par : Dark Rabbit | Pour les tristes retardataires ou les mélancoliques étourdis/ | Nb de lectures : 11981




Auteur
Commentaire
chaussure
Membre enregistré
Posté le: 06/06/2012 à 18h15 - (102401)
mais quel étourdis, ou avais-je la tête ces derniers temps?..

je découvre, j'aime, je plonge dans le dernier, j'aime encore plus.



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