WOLVES IN THE THRONE ROOM - Celestite (Artemisia) - 07/08/2014 @ 08h46
Les black-metalleux ont toujours eu un rapport très particulier avec l’ambiant. Une fois passé le blocage du « no fucking keyboards », c’est vite devenu la foire, hors groupes de Black Sympho bien entendu. Sont apparus bon nombres de formations de Black atmosphérique ou même de Black ambiant, qui ne lésinent pas sur les ambiances à renfort de nappes de synthé. Mais ce n’est pas ça qui nous intéresse réellement pour le coup. Ce sont plutôt les groupes ou projets qui ont donné dans le 100% ambiant. Et ceci a commencé assez tôt, au sein même de la scène norvégienne, avec notamment les projets NEPTUNE TOWERS (de Fenriz) ou WONGRAVEN (de Satyr) et surtout BURZUM avec ses fameux albums ambiants, tradition perdurant pour sa récente carrière, bien que les choses avaient déjà commencé avec l’inoubliable "Tomhet" de Hvis Lyset Tar Oss (1994) ou encore cette curiosité qu’était "Rundgang Um Die Transzendentale Säule Der Singularität", interminable piste ambiante de Filosofem. La « mode » n’est pas restée cantonnée à la Norvège, et nombre de musiciens BM à travers le monde se sont essayés à l’ambiant. Difficile d’être exhaustif mais citons par exemple DARK AGES, le projet de Roman Saenko (HATE FOREST -qui a fait des stuffs ambiants aussi !-, DRUDKH), TRIST le projet de Aran de LUNAR AURORA, même SAMAEL a fait de l’ambiant dans un registre différent (avec le disque Lesson In Magic #1 qui accompagnait le mésestimé Era One), et plus proche de nous Les Légions Noires ont aussi accouché de disques ambiants sous des noms de projets imprononçables… Même Dagoth d’OTARGOS a eu son petit projet d’ambiant, SAGITARIUS ALPHA. Bref, partout où il y a du Black Metal, il y a peut-être de l’ambiant pas très loin…

Bon, avouons que pour la plupart des projets le résultat est moyen voire pas terrible, écouter des synthés saturés est particulièrement crispant pour les oreilles. De plus les disques et projets du genre sont loin, très loin de faire l’unanimité chez les auditeurs de BM qui, c’est bien normal, attendent plutôt de leurs musiciens favoris qu’ils pondent des riffs blasphématoires et des vocaux grim. Mais on peut trouver de bonnes choses, un peu basiques parfois, mais sincères. Repartons un peu au sein de la scène qui mélange BM et ambiances, en particulier la scène atmosphérique américaine. Et en particulier WOLVES IN THE THRONE ROOM, ce groupe de « Beuhmeus » en chemises à carreaux fan d’écologie, leader autoproclamé d’une scène particulière dénommée « Cascadian Black Metal », ramification de ce que nous aimons appeler le « Black à casquette », le Black pour non-Blackeux à la base, le Black pour gars à cheveux courts s’habillant en polo rose, le Black pour Seb On Fire (et un peu Velvet Kevorkian aussi). Bref, un groupe de « Black » pas comme les autres, pas comme les norvégiens en tout cas, le « Black 2.0 » comme se plaît à l’appeler Arte. Donc, quand un groupe de Black « pas comme les autres » se décide lui aussi à faire un album d’ambiant, ça sera de l’ambiant « pas comme les autres ». De l’ambiant ? Nous vous présentions Celestite en disant « qu’aucune batterie ni ligne de chant ne devrait y figurer ». Cela peut faire fourre-tout mais le doute a fini par se dissiper à l’écoute des premiers extraits. Oui, WOLVES IN THE THRONE ROOM va nous sortir un album garanti 0% Black et 100% ambiant à synthés. Chacun son tour après tout. Et WITTR, en bon groupe volontairement à la marge du BM habituel, va livrer sa vision de « l’album ambiant fait par des blackeux ».

La plupart des projets ambiants de Black-metalleux se résument souvent à une accumulation de synthés, plus ou moins chiante, avec bien peu de références pour justifier le fait de sortir un Korg ou un Bontempi, comme ça, sans prévenir. Celestite va donc aller bien plus loin que ça. Ici, il y a un véritable background, des influences identifiables, et digérées. Mais tout d’abord, fondamentalement, Celestite c’est comme n’importe quel album d’ambiant « fait par des BMeux », c’est des nappes de synthés qui posent une ambiance nocturne et dépouillée. Mais WOLVES IN THE THRONE ROOM a ajouté quelques trucs en plus. Des cuivres et instruments à vent par exemple, apportés par des contributeurs, Steve Moore de EARTH et SUNN O))) notamment, ainsi que Randall Dunne de SUNN O))) également qui s’est chargé de toute la production de cet « album ». Tout cela pour des passages dronesques en plus du strict ambiant à synthés, car le drone, c’est un peu l’ambiant 2.0… Petits plus sur la forme mais aussi sur le fond. C’est qu’on sent ici un bon nombre d’influences des scènes électroniques les plus progressives et éthérées, ou des choses plus classiques qui vous rappelleront les compils « Synthétiseur » (aparté, mais rien que pour le fun et en souvenir desdites compils que je possédais sous ce format, j’aurai poussé le vice à commander Celestite en K7… si elle n’était pas déjà sold-out, c’te hype…). Les VANGELIS et JEAN-MICHEL JARRE (oui, oui) par exemple. Mais aussi des artistes comme TANGERINE DREAM, influence qui semble être assumée. Je manquerai de références de ce côté, mais pour le reste ça peut aller chercher loin, de PINK FLOYD à diverses périodes (genre A Saucerful Of Secrets et Meddle) ainsi que… BURZUM. La boucle est bouclée et WOLVES IN THE THRONE ROOM a accouché d’un album d’ambiant « fait par des Black métalleux » particulièrement travaillé et saisissant.

Celestite est d’ailleurs présenté comme un « compagnon instrumental » à Celestial Lineage censé « étendre les dimensions cachées derrière l’univers de Celestial Lineage ». Mais ce n’est pas non plus la version ambiante de Celestial Lineage, ou un album « superposable » comme avait pu le faire NEUROSIS (même si je n’ai pas tenté l’expérience…). Celestite suit son propre schéma mais bien sûr, il y a des liens avec ce que WOLVES IN THE THRONE ROOM a pu faire par le passé. Les nappes de synthés sont en réalité déjà typiques, on avait déjà pu entendre ces sonorités au sein de morceaux tels que "Cleansing" (Two Hunters), "Crystal Ammunition" (Black Cascade) et bien sûr les interludes et autres passages ambiants de Celestial Lineage. C’est sur cette base que WOLVES IN THE THRONE ROOM a accouché de l’univers ambiant et électronique de Celestite. Pour avoir une idée de l’ambiance, il suffit de se plonger dans le décor de la pochette. C’est assez simple, Celestite c’est un peu la bande-son d’un observateur d’étoiles, une nuit d’hiver dans la forêt, avec le ciel partiellement dégagé. C’est résolument cristallin, éthéré, stellaire, glacial mais vivant, envoûtant et prenant. Une pureté et une clarté rarement atteinte dans l’ambiant « fait par des sombres metalleux ». Un bon album à se mettre au casque pour regarder l’annuelle nuit des étoiles filantes. On aurait certes jamais imaginé ça de la part d’un groupe de Black-Metal, mais WOLVES IN THE THRONE ROOM a ici trouvé l’âme qui faisait tant défaut à tous les albums d’ambiant « F.P.D.B.-M. ». La réussite s’annonce totale pour qui fera l’effort de se plonger dans cet univers dépouillé mais passionnant.

Celestite n’est pas un monument hermétique. En 47 minutes découpées en 5 plages, il n’en fait pas des tonnes. Le début de l’album est vide, le froid s’installe, enveloppe l’atmosphère, les étoiles apparaissent discrètement au bout de quelques instants de "Turning Ever Towards the Sun". Les nappes de synthé très éthérées posent leur symphonie progressivement, laissant le temps à l’auditeur de s’immerger dans l’ambiance. Les cuivres et flûtes accompagnent la danse et le paysage sonore vire bien vite à l’Electronica, en mode vintage, avant de repartir dans de l’ambiant dronesque quasi-cosmique, presque apocalyptique. Certains passages sont particulièrement beaux et touchants, rien qu’avec ce départ de presque 12 minutes WOLVES IN THE THRONE ROOM a déjà rempli le contrat d’une partie de son œuvre singulière qu’est Celestite. "Initiation At Neudeg Alm" est pour ainsi dire un « tube » d’ambiant. Comme il me l’a été soufflé par un commentaire sur SoundCloud, c’est presque une sorte de thème de « Tron L’Héritage » en mode sombre et nocturne, fait par des beuhmeux et leurs synthés magiques, qui n’hésitent pas non plus à partir dans le pur drone comme le montre ce morceau plutôt accessible de 6 minutes. Du bel œuvre, limite épique quand les synthés se lâchent. Si Celestite est séparé en mouvements bien distincts, c’est tout de même un ensemble cohérent et le plus classique "Bridge of Leaves", surtout fait de montées de synthés, porte bien son nom puisqu’il va faire le pont entre le début de l’album et la pièce majeure de l’album qu’est "Celestite Mirror". Un miroir époustouflant de 14 minutes, véritable morceau à tiroirs absolument fantastique et passionnant de bout en bout. Le souffle stellaire d’entrée est prenant à souhait, et c’est après que ressortent toutes les influences majeures de WOLVES IN THE THRONE ROOM pour cet effort ambiant, du Krautrock/Prog-Psyché à l’ambiant déjà existant dans la scène BM en passant par l’electronica cristalline. Tous les sons de synthés sont géniaux, ce morceau à rallonge se permettant même d’être assez accrocheur par moments, proposant même une ambiance assez féérique dans sa troisième partie, avant un final assez majestueux qui s’étiole parmi les étoiles environnantes. Celestite va alors se terminer en douceur avec "Sleeping Golden Storm" histoire que la nuit des étoiles soit belle, sorte d’outro de luxe, la piste la plus calme, la plus « vide » en un sens, la plus dépouillée dans le bon sens du terme, le parfait générique de fin pour un voyage astral onirique, couché dans l’herbe dans la forêt en se laissant emporter dans un trip mystique en zieutant le ciel étoilé, bien placé sous la bande de la voie lactée.

Au-delà de toutes les considérations sur le style et sur la scène qui pratique le style, WOLVES IN THE THRONE ROOM a accouché d’un Celestite tout bonnement magnifique, qui peut se suffire à lui-même. Mais le contexte est particulier et le groupe tente quand même de lier cet « album ambiant » au reste de sa discographie. Dans le fond, WOLVES IN THE THRONE ROOM ne révolutionne pas pourtant le monde de l’ambiant. Les influences sont assez évidentes, les sonorités pas forcément originales (même si la collusion eletro-prog vintage / drone sonne assez inédite lorsqu’elle est mise en place), mais en dépit de quelques longueurs logiques le groupe américain a tout de même accouché d’un disque totalement réussi. En revanche, le monde particulier du « BM qui fait de l’ambiant (ou essaye d’en faire) », lui, est complètement révolutionné. Celestite, notamment de par son réel background et de par sa composition, est donc l’album que les Varg Vikernes, Fenriz, Saenko et consorts auraient probablement rêvé de faire. Donc il est facile de déclarer que Celestite est, et de loin, le meilleur album d’ambiant « fait par des gars qui d’habitude font du Black-Metal ». On adhèrera ou pas à la démarche, et il est sûr qu’il faut aimer un minimum l’ambiant à synthés/electro/drone pour apprécier Celestite à sa juste valeur, et donc ne pas attendre ne serait-ce qu’un soupçon de Black-Metal là-dedans, même le plus atmosphérique. Mais pour qui saura passer le blocage du « ambiant rime avec chiant », Celestite est un tour de force de la part de WOLVES IN THE THRONE ROOM (que j’appréciais sans plus dans sa version Metal), une énorme surprise, un disque tout simplement beau et magique.



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Rédigé par : ZeSnake | 17/20 | Nb de lectures : 12498




Auteur
Commentaire
gulo
IP:83.206.196.72
Invité
Posté le: 07/08/2014 à 12h33 - (113141)
Ou alors on adore l'ambient, et on trouve ce disque super chiant.

matthieullica
Membre enregistré
Posté le: 07/08/2014 à 17h01 - (113143)
On peut aussi adorer l'ambiant et trouver ce disque super chiant.

Disque écouté et chronique lue attentivement.

N'importe quelle musique de relaxation parue chez Nature et découvertes au rayon "yoga" ou "cosmique" peut égaler ce disque. Et ce n'est pas insultant.

Absolument rien de nouveau sous le soleil de l'ambiant pour ma part.

"Celestite, notamment de par son réel background et de par sa composition, est donc l’album que les Varg Vikernes, Fenriz, Saenko et consorts auraient probablement rêvé de faire. "

Concernant Varg, je ne crois pas. C'est d'avantage l'atmosphère médiévale ou les éléments naturels, organiques qui l'attirent. La narration d'un autre temps. Rien de céleste, cosmique dans l'approche.

Pour ceux et celles qui voudraient goûter à l'ambiant qu'aurait pu produire un "black metalleux", sans pour autant que l'artiste ait côtoyé cette scène, je recommande chaudement NORTHAUNT "Barren Land ".
Un disque où l'on plonge dans le grand nord, les fjords, les glaciers... une ambiance qui sied davantage à l'essence même du black metal. Une ode à la Nature et son immensité, son vide.

Pour en revenir au cosmique, je citerai PREDOMINANCE "Nocturnal Gates of Incidence". Plus proche du disque chroniqué qui nous intéresse ici.

matthieullica
Membre enregistré
Posté le: 07/08/2014 à 17h06 - (113144)
De l'ambiant susceptible de plaire à un amateur de black métal : APOPTOSE "Nordland"

Deadpool
Membre enregistré
Posté le: 07/08/2014 à 19h06 - (113146)
J'ai beaucoup aimé cet album également !

Raph
IP:90.44.10.139
Invité
Posté le: 08/08/2014 à 12h37 - (113155)
Merci pour les conseils Matthieu, je vais aller écouter ça :)
Pour ma part, je le trouve agréable à écouter cet album, mais je ne suis pas un expert en ambiant...

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