VYRE - The Initial Frontier (Supreme Chaos/Cargo) - 22/04/2015 @ 07h12
Un peu d’ambition que diable ! Voilà que débarque VYRE avec un double-album, directement, sans démo. Osé, mais deux choses atténuent cette folle ambition : The Initial Frontier n’est pas réellement un double album, plutôt un album séparé en deux parties sorties à presque un an d’intervalle, bien que le tout ait été enregistré en mai et juin 2013 (seule la date de mastering diffère) ; et VYRE n’est pas un groupe de newcomers, cette formation allemande existant depuis 2011 compte notamment dans ses rangs 4 ex-GEÏST (EÏS désormais), et la plupart jouent/ont joué dans un kilo de formations, certes plutôt inconnues, mais un kilo quand même. VYRE ne débarque donc pas de nulle part, même si son thème de prédilection est le voyage dans le temps… Le tout pour du Metal bien allemand signé chez Supreme Chaos Records, qui nous a envoyé d’un coup les deux parties de The Initial Frontier, la première datant de novembre 2013, la seconde de décembre 2014, deux parties que je vais donc pouvoir traiter d’un coup d’un seul. Quand je parle de « Metal bien allemand », je n’évoque pas le Thrash à la KREATOR ni la NDH de RAMMSTEIN et consorts, plutôt la frange bien particulière du Metal extrême qui donne dans le Black-Metal mélodique, atmosphérique et quelque peu progressif.

Ce qui semble logique quand il y a des ex-GEÏST dans la danse, groupe de Black atmo allemand par excellence, même s’ils auraient pu faire tout autre chose. Mais VYRE est présenté comme avant-gardiste et est comparé à des formations comme ARCTURUS, ULVER, MANES et DØDHEIMSGARD. Si de légères vibes « futuristes » issues des premiers cités peuvent se retrouver au sein de The Initial Frontier, l’ensemble est tout de même dans l’esprit de leurs compatriotes d’AGRYPNIE et NOCTE OBDUCTA, dans une version plus moderne qui m’évoque parfois WANING, notamment grâce à l’unique voix rocailleuse. Mais riffs BM accrocheurs « à l’allemande », mélodies enivrantes et moments atmosphériques gorgés de synthés font le sel de l’art de VYRE, ce qui évoque aussi GEÏST à chaque instant, mais l’on pourrait aussi citer FARSOT, THORNGOTH et toute la clique germanique du même acabit… Dans une version plus progressive toutefois, avec des morceaux longs (de 8 à plus de 11 minutes), les deux parties de The Initial Frontier totalisant alors 95 minutes pour 11 morceaux. L’ambition est donc bel et bien au rendez-vous, et VYRE se pose bien comme une formation de Black avant-gardiste vu que les artifices apportés par les synthés et autres bidouillages électroniques sont tour à tour futuristes, dépaysants ou originaux. Mais niveau « Black atmo/mélo allemand », il y a déjà de quoi faire, tout est donc bien goupillé pour un double album très réussi qui signe peut-être le retour en force de Supreme Chaos, qui pour moi n’avait plus sorti, en dehors d’AGRYPNIE, quelque chose de vraiment intéressant depuis un bon moment.

Intéressons-nous d’abord à la première partie, simplement baptisée The Initial Frontier Pt.I et qui date de 2013. Une (très) courte intro et VYRE se lance directement dans des assauts de trémolos mélodiques et de blasts pour "The Initial Frontier", un départ à l’allemande donc. Mais bien vite, des ambiances presque psyché se posent, et le groupe joue avec brio la carte de l’alternance entre rythmiques à la AGRYPNIE/NOCTE OBDUCTA et envolées mélodiques quasi-épiques. La voix grave de KG Cypher est prenante et l’ensemble est parfaitement sonorisé pour le style, The Initial Frontier Pt.I démarre sur les chapeaux de roue, l’on découvre tous les éléments de base de l’art de VYRE dont ces subtils claviers qui à aucun moment n’envahissent l’espace, de discrets mais magnifiques chœurs se font également remarquer. Du bel œuvre qui se poursuit avec "Fragile Equilibrium", alignant les bons riffs entraînants et les superbes mélodies, avec des artifices légèrement futuristes en fond. Le groupe a déjà trouvé son équilibre au sein de longs morceaux passionnants qui ne se la jouent pourtant pas tiroirs, et s’autorise même ici des breaks prog’ limite FLOYDesques et jazzy à la fois, tandis que l’on retrouve ensuite de beaux moments épiques. "Coil of Pipes" démontre ensuite toute l’inspiration de VYRE grâce à des rythmes terriblement accrocheurs et des blasts bien sentis, les sonorités avant-gardistes sont en sus de plus en plus originales, on accompagne vraiment les allemands dans leur voyage interstellaire. "Digital Dreams" poursuit donc ce trip dans le temps en continuant dans l’originalité : les claviers se font plus sympho, du violoncelle se fait entendre, et ce morceau est dans l’ensemble plus mélodique et posé, avec un démarrage enivrant suivi d’une deuxième partie où VYRE en est à son paroxysme au niveau de l’aspect futuriste de sa musique (des voix robotisées du plus bel effet se font entendre), et décide aussi de se lâcher au niveau des mélodies. La première partie, souvent fantastique et au moins très réussie, de The Initial Frontier se clôt avec "Miasma" qui joue avec excellence le jeu du morceau lancinant et prenant à souhait, accompagné de sonorités très mystérieuses. Ce « premier album » de VYRE est donc dans l’ensemble un disque de haut niveau de Black atmo allemand en mode avant-garde futuriste. La révélation est au rendez-vous !

Sur cette belle lancée, VYRE nous a donc proposé en décembre dernier The Initial Frontier, Pt.II. On pouvait légitimement s’attendre à ce que le groupe poursuive son voyage à travers les étoiles et aille encore plus loin dans son aspect futuriste, mais les allemands vont plutôt nous la jouer « Avancée vers le passé », avec une seconde partie étonnamment plus classique. Ici, c’est donc plutôt le Black mélodique qui est à l’honneur, ce qui est sûr c’est qu’à aucun moment de The Initial Frontier, Pt.II le groupe ne va plus loin que ce qu’il avait proposé sur The Initial Frontier, Pt.I. Dès l’entrée sur "Naughtylus", VYRE laisse donc les mélodies s’exprimer, et les riffs plus acérés ou rythmés n’ont plus vraiment leur place, si ce n’est les trémolos « à l’allemande ». Les mélodies sont toujours belles et appréciables mais claviers et autres bidouillages mystiques ne se font plus vraiment entendre, hormis lors du break à violoncelle, ce qui est surprenant. La surprise vient d’ailleurs, avec la présence de quelques lignes discrètes de chant clair, tout à fait maîtrisé. "Diabolum Ex Machina" opte ensuite pour du mid-tempo agrémenté d’une ambiance à nouveau légèrement psychédélique par moments (mention spéciale au break onirique), ainsi que d’arpèges et de riffs directs qui me rappellent également WANING. On est donc dans un registre bien plus gras et décharné que le premier disque. Les claviers repointent le bout de leur nez pour le final plus NOCTE OBDUCTesque, et ils vont retrouver leur place pendant "RDR 66", morceau à nouveau plus rugueux et rythmé, plus Black mais toujours résolument mélodique, avec une nouvelle fois cet étrange chant clair qui se fait remarquer à des moments cruciaux. Et VYRE continue à surprendre, avec l’instrumental "For Carl" qui se distingue par son étonnant passage orchestral et son break très atmosphérique, au milieu d’un étalage de grattes mélodiques. Une belle idée hélas pas suffisamment exploitée, pour un second disque finalement bien inférieur au premier opus, souffrant de longueurs et d’un aspect un brin répétitif et trop convenu pour du Black atmo/mélo allemand, qui perd ici l’apport avant-gardiste bienvenu de The Initial Frontier, Pt.I. The Initial Frontier, Pt.II se clôt alors par "Neutronenstern", morceau hautement sympathique qui montre que VYRE a tout de même de grandes qualités pour faire du bon Black allemand, mais le groupe peut faire mieux quand il use de ses perspectives futuristes et avant-gardistes, et quand il ne se traîne pas en longueur.

Difficile de parler de régression vu que les deux parties de The Initial Frontier ont été enregistrées en même temps, pourquoi ne sont-elles pas sorties toutes les deux en même temps sous forme d’un véritable double album, je n’en sais rien mais toujours est-il que les qualités des deux disques sont diverses. The Initial Frontier, Pt.I est un disque tout bonnement excellent de Black atmo/mélo allemand qui s’offre des moments épiques et futuristes assez savoureux, au sein d’un ensemble parfaitement goupillé et passionnant ; The Initial Frontier, Pt.II marque le pas en faisant un pas en arrière vers un Metal mélodique plus classique, mais qui ne fait pas pâle figure face à d’autres albums du même style, loin de là, même si pris seul ce n’est pas non plus un indispensable du genre. Un diptyque qui a donc un peu le cul entre deux chaises au bout, mais un diptyque qui en vaut la peine pour peu que le Black atmo germanique est un de vos genres de prédilection avec les références que sont AGRYPNIE, NOCTE OBDUCTA, FARSOT et également GEÏST/EÏS bien évidemment. Mais intéressez-vous à The Initial Frontier, Pt.I en priorité, plus enivrant et plus riche, qui montre le meilleur visage de VYRE. Cependant si vous optez pour les deux disques, il est certain que vous serez comblés en termes de mélodies à l’allemande. Voilà ce que VYRE nous propose avec The Initial Frontier, un diptyque ambitieux qui a défaut d’être totalement abouti nous présente une formation très prometteuse qui, si elle creuse encore plus son aspect avant-gardiste, pourrait tout à fait révolutionner le petit monde du Black-Metal atmosphérique et mélodique Made In Deutschland.





Rédigé par : ZeSnake | 15.25/20 | Nb de lectures : 8253




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The Quebekers
IP:74.56.188.2
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Posté le: 22/04/2015 à 12h29 - (116558)
J'ai les deux albums, voyage très interessant.

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