V.L.E. - Book of Illusions Chapter Three (Autoproduction) - 01/06/2003 @ 22h56
And now for something completely different… V.L.E. (lire Virtual Listening Experience) remet le couvert pour une troisième fois avec un nouveau recueil d’audio-art frappé du sceau du voyage. Ce volet marque le retour des guitares metal mais aussi et surtout affermit la technique de semi-improvisation employée pour donner naissance à cette musique calquée sur les émotions du moment, en cela qu’on a désormais davantage l’impression d’écouter des morceaux organisés et délibérés plutôt que des captures panoramiques étirées en boucles. OK, je sais que ça ne veut pas dire grand chose à partir du moment où on n’a pas le contexte en tête, donc je vais m’en tenir à essayer de décrire l’indescriptible. « Chapter Three » s’ouvre, comme ses deux prédécesseurs, sur le morceau « Kano », une façon intéressante de montrer que, malgré leurs différences plus que manifestes, chacun des trois cycles est relié au deux autres par une union immatérielle née de la constance du modus operandi. Suivent avec « The Arrival » cinq minutes de dérive stratosphérique qui ramènent au « Chapter One ». Le morceau est traversé par la longue traîne gémissante d’une guitare qui vacille telle un ivrogne entre l’aigu et le muet sur un chemin rectiligne délimité par des rangées de guitare acoustique stables et inchangées si ce n’est par un toucher plus appuyé par moments afin de signifier qu’on passe à un autre des tronçons symétriques du morceau. Pas de paroles, mais des vocaux masculins vaporeux qui contrebalancent discrètement les courbures aléatoires de la ligne centrale. Le léger inconvénient de ce titre est qu’on a la sensation de le prendre au vol en plein milieu et de le quitter avant la fin, ce qui n’a en soi rien de tragique, mais d’une certaine façon n’est peut-être pas le meilleur choix pour permettre à l’auditeur de rentrer de plein pied dans l’album. A vrai dire peu importe étant donné que de toute façon toute acclimatation durable est enrayée par l’amplitude extrême d’humeur d’un titre à l’autre. Le morceau suivant « Crimson » est justement un curieux exemple de contre-pied stylistique. Il fait en effet cohabiter des effluves de synthé très « light » et propices à la flânerie spirituelle avec une impénétrable muraille de guitares archi-saturées criblée de hurlements fauves et… sans batterie (ou alors tellement mal produite qu’elle ne donne pas signe de vie). Un confrère de Metal Observer a synthétisé ceci très prosaïquement en évoquant un croisement entre Burzum et Pink Floyd, thèse que je reprendrai bien à mon compte si elle n’était pas aussi farfelue et si la réalisation n’en laissait pas autant à désirer – en effet, la prise de son au niveau des guitares est pour le moins défectueuse : passe encore qu’elles sonnent comme un filet d’eau versé sur une plaque chauffée au rouge (c’est quasiment un paradigme qui aide à forger le caractère de bien des albums), il est déjà plus difficile à avaler que leur continuité soit entrecoupée de nombreuses dépressions de volume que j’ai du mal à imaginer voulues. Après deux morceaux, donc, la situation semble plutôt mal embarquée et on se demande si à trop vouloir privilégier l’instinctif et jongler en temps réel avec les extrêmes, V.L.E. n’est pas en train de se brûler les ailes sur le principal : l’exécution technique. Heureusement, il reste suffisamment de matériel pour sauver l’enjeu, mais quelque part l’ardoise négative de ces deux morceaux s’avère difficile à effacer. Le reste de l’album voit donc V.L.E. reprendre des couleurs et proposer une suite de schémas majoritairement low-tempo, tirant de la sérénade aux chandelles jusqu’à la semi-ballade plus pêchue, en passant par toutes sortes d’états émotionnels dirigés par un synthé économe d’envolées mais toujours aussi bien maîtrisé : crainte, recueillement, arrêt, transport… Le train est presque statique et le profil général tend à puiser dans le fond spacieux des grandes intuitions psychédéliques des 70’s, alors bien sûr les embryons de black metal dépareillent, mais V.L.E. c’est tout ça : une musique plus ou moins « easy-listening », bienveillante pour les sens, que l’on croit reconnaître et situer d’emblée, mais qui à y bien regarder ne ressemble vraiment à rien de ce qui se fait d’autre, et brouille insidieusement les frontières des genres en ayant l’air ne de pas y toucher. Mes coups de cœur iront à « Ancient Song Set Ablaze », « The Surest Path » et surtout « Fornever » où la fusion entre le charme désarmant de l’instrumental et le circonstanciel des vocaux atteint son point de gravité. Dans l’œuvre initiatique encore jamais tentée que V.L.E. s’efforce de mener à bien, « Chapter Three » n’est encore qu’une étape qui, à mon sens, exploite insuffisamment et les capacités de musicien du personnage, et les possibilités de combinaisons instrumentales ou d’escalade transcendantale qu’offre le côté éminemment empirique du procédé. C’est néanmoins un guide touristique trois étoiles pour couvrir en imaginaire une multitude de territoires soniques hétérogènes… Suffit de commencer le voyage à la plage 4 pour éviter de se soumettre à un désagréable a priori…


Rédigé par : Uriel | 13,5/20 | Nb de lectures : 6480




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