ULCERATE - Vermis (Relapse) - Selection VS du 04/10/2013 @ 07h32
La Nouvelle-Zélande (le pays des All Blacks et des paysages du Seigneur des Anneaux), c’est loin. Très loin même. Alors quand un groupe néo-zélandais vient faire une tournée en France, on s’incline et on cherche à apprécier le groupe. C’est ce que j’ai fait lorsque ULCERATE était passé du côté de Nancy (à la place de Paris ! nananère !) à l’hiver 2012. Jusque-là le groupe ne m’avait pas emballé sur disque, mais sur scène leur Death atmosphérique, technique et chaotique, prend une toute autre dimension. Avec un Paul Kelland possédé et un Jaime Saint-Merat impressionnant (mais comment peut-on frapper autant de cymbales en même temps ?!), leur musique dévoile toute sa brutalité et son ambiance oppressante. Et réécouter un album studio après ça accentue encore la platitude certaine de leurs efforts sur rondelle. Si Of Fracture And Failure (2006) avait pour lui un côté brutasse et des chants plus variés que par la suite (lorsque Kelland reprendra le micro), il était plutôt linéaire. Une linéarité qui à mon sens desservira surtout les deux albums suivants, Everything Is Fire (2009) et The Destroyers Of All (2011). ULCERATE est capable d’être saisissant sur 2-3 morceaux une fois ces albums lancés, mais on se lasse très vite de cet empilement de dissonances. The Destroyers Of All s’essayait à des velléités plus atmosphériques mais la sauce ne prenait pas vraiment. Certains ont été conquis, ça ne sera pas mon cas et je préfère en rester à mes souvenirs Live, à me repasser le montage vidéo de 12 minutes que j’ai moi-même réalisé en me délectant des zooms sur le kit de batterie. Donc quand ULCERATE est monté en grade en signant chez Relapse et en annonçant un nouvel album intitulé Vermis, eh bien de prime d’abord j’en ai un peu rien à foutre (sauf si d’aventure une tournée est dans les cartons, et encore il faut qu’ils repassent près de chez moi…).

Et pourtant, quelque chose a changé.
Non pas au niveau musical, Vermis étant du ULCERATE pur jus avec toutes ses particularités (structures complexes, ambiances occultes, chant profond mais hargneux, dissonances, production étouffante, esprit « DEATHSPELL OMEGA meets GORGUTS meets NEUROSIS meets HATE ETERNAL »). La signature chez Relapse n’a en aucun cas calmé le groupe néo-zélandais qui signe ici son album le plus brutal depuis Of Fracture And Failure. Mieux encore, Vermis est le parfait compromis entre Of Fracture And Failure, Everything Is Fire et The Destroyers Of All. Rien d’exceptionnel à priori mais présenté comme ça, on sent déjà venir un certain aboutissement. ULCERATE pioche à droite et à gauche mais n’a jamais été aussi inspiré que sur Vermis, et est donc au sommet de son art. Alors pourquoi celui-ci me captiverait-il alors que je suis hermétique aux 3 albums précédents (même si Of Fracture And Failure fait tout de même du bien par où il passe) ? La réponse est simple : en virant ce qui fut pour moi le défaut principal de la musique du groupe. ULCERATE a en effet réussi à se sortir de sa torpeur linéaire pour pondre un album particulièrement foisonnant ou chaque piste réussit à avoir une identité propre, à ne pas ressembler comme deux gouttes d’eau à la suivante et/ou à la précédente, proposant des structures, breaks et riffs qui font mouche et qui rendent même Vermis… accrocheur, paradoxal pour un style voulu chaotique. On a même le droit à une intro et un interlude, preuve que cet album sera construit et étudié dans ses moindres détails. ULCERATE sort donc avec Vermis son manifeste, ode au chaos métallique qui a trituré le Death Metal pour en délivrer une version torturée, occulte et très noire, apocalyptique et sans pitié ni espoir.

L’intro "Odium" nous plonge donc dans l’enfer néo-zélandais à coups de mélodies désespérées et de rythmiques pesantes, et on distingue au milieu les éructations caractéristiques de Paul Kelland. Eructations qui vont vite se manifester au sein du très direct "Vermis". Le maelstrom de Death dissonant d’ULCERATE se met immédiatement en place, grâce aux nombreuses cassures et changements rythmiques, et les accélérations et blasts prennent vite à la gorge de même que les courts moments de calme très malsains posent une ambiance inquiétante. Ce morceau-titre est d’ores et déjà un bijou de brutalité contrôlée et ULCERATE ne laissera aucune chance à l’auditeur de s’extirper du chaos. "Clutching Revulsion" poursuit dans cette lignée mais nous abreuve d’une sacrée pelletée de riffs et de passages dissonants aliénants à souhait (surtout le final d’une noirceur sans égal), en plus d’assauts blastés très sévères. La tentation de décrochage, à mettre au discrédit des deux albums précédents, ne semble pas être de mise ici car ULCERATE est en forme. Et surtout, varie quelque peu son propos, en témoigne "Weight of Emptiness" qui est nettement plus axé sur les atmosphères, plus lent, plus dépouillé, plus pernicieux, mais toujours agressif et implacable lorsque c’est nécessaire. "Confronting Entropy", le single de l’album, contient tout ce que ULCERATE sait faire, avec la puissance et la fureur d’usage, de même que le goût immodéré pour les dissonances ténébreuses. Après l’interlude "Fall to Opprobrium" qui n’aurait pas fait tache sur n’importe quel album de DEATHSPELL OMEGA ou BLUT AUS NORD (sauf les premiers, bien entendu), ULCERATE va nous offrir un trio de haute volée pour que Vermis ne baisse jamais en tension jusqu’à son achèvement : "The Imperious Weak" laisse tout d’abord les différentes facettes des musiciens s’exprimer et notamment la pieuvre Jaime Saint-Merat, avant que la brutalité ne reprenne ses droits grâce à des schémas rythmiques monumentaux, pour un morceau particulièrement rentre-dedans au global ; "Cessation" joue avec les contrastes en remettant d’abord les dissonances et le tempo rampant au premier plan, avant de balancer les accélérations les plus violentes et les plus impressionnantes du disque ; et enfin le colossal "Await Rescission" qui clôt Vermis dans la pure apocalypse et le chaos, ULCERATE se lâche et n’a jamais été aussi sombre et étouffant que sur ce morceau, et à fortiori sur l’album entier.

En conclusion je vais tenter de faire un parallèle discographique (et non musical) avec le groupe suédois SHINING : Après avoir posé des bases classiques avec ses deux premiers albums, le groupe avait évolué à sa manière pour III: Angst - Självdestruktivitetens Emissarie et IV: The Eerie Cold, avant d’atteindre son firmament pour V: Halmstad qui est aujourd’hui devenu culte. En considérant la compil The Coming Of Genocide comme le premier album des néo-zélandais, ULCERATE suit le même schéma et a également pondu un cinquième disque qui est l’aboutissement de leur art, et qui pourrait bien devenir un classique. Everything Is Fire et The Destroyers Of All n’étaient finalement que des coups d’essai dans les deux facettes du groupe -la brutalité et l’atmosphère-, et avec Vermis ULCERATE a atteint la quintessence de son Death technique et chaotique qui est désormais parfaitement équilibré. Je pourrais faire un dropping de superlatifs tiré d’un dictionnaire de synonymes, mais cet album inespéré (pour ma part) des néo-zélandais tutoie le chef-d’œuvre, en tout cas il s’agit de leur chef-d’œuvre à n’en pas douter. L’inspiration est au top, la production également (toujours assurée par Jaime Saint-Merat donc très personnelle), et il n’y a rien à jeter de ces 54 minutes remplies de dissonances prenantes et bien dosées, et d’assauts sonores implacables le tout dans une ambiance noire, très noire, superbement mise en valeur par cette pochette malsaine. Des vers morbides pour un album qui, en étant bien plus contrôlé que PORTAL et consorts, est la parfaite bande-son de l’apocalypse et du chaos qui en découle, comme si un trou noir dévorait notre planète à toute vitesse et qu’on observerait le tout en flottant dans le vide astral. Amen.

http://www.ulcerate-official.com - 230 visite(s)

Bandcamp - 244 téléchargements


Rédigé par : ZeSnake | 18/20 | Nb de lectures : 16483




Auteur
Commentaire
Hans
IP:193.111.141.55
Invité
Posté le: 04/10/2013 à 08h13 - (109360)
Pochette et titre d'album inspirés Lovecraft. Album énormissime qui injecte une dose de brutalité à son prédecesseur.

pearly
Membre enregistré
Posté le: 04/10/2013 à 09h33 - (109362)
Une merveille...


... comme les trois précédents.



Warhammer
Membre enregistré
Posté le: 04/10/2013 à 09h53 - (109365)
il me le faut!!! Groupe incroyable, un chaos totalement maîtrisé.

cherokkee
Membre enregistré
Posté le: 04/10/2013 à 09h54 - (109366)
Si Gibert Joseph veut bien se faire livrer, je me jeterai sur ce disque... (allez comprendre)

Les précédents m'ont beaucoup impressioné mais je me laissait vite. Pour autant, ULCERATE fait partie de mes groupes "à suivre" car il ouvre une brèche.

GabinEastwood
Membre enregistré
Posté le: 04/10/2013 à 11h03 - (109368)
cherokkee < je suis passé hier midi à Gibert et il était en rayon

Drixé
Membre enregistré
Posté le: 04/10/2013 à 11h04 - (109369)
Bon sang que j'aime ce groupe !
Album énorme, difficile de faire mieux que les deux précédents, et pourtant c'est le cas. J'avais peur que le groupe ne commence à tourner en rond, point du tout !

Et comme le dit la kro, en live le groupe en impose, l'ambiance des skeuds est parfaitement retranscrite et ces messieurs sont des machines (mention ++ pour la pieuvre qu'est le batteur)

Bref, vive la Nouvelle Zélande !




The Quebekers
IP:173.178.184.65
Invité
Posté le: 04/10/2013 à 14h09 - (109376)
Pour moi ce disque est un cran au dessus du dernier Gorguts.

The Quebekers
IP:173.178.184.65
Invité
Posté le: 04/10/2013 à 14h10 - (109377)
...malgré tout très différent.

Sphincter Desecrator
Membre enregistré
Posté le: 04/10/2013 à 19h17 - (109380)
Si c'est le même groupe qui avait tourné avec NILE et KRISIUN en 2009, j'avais trouvé ça chiant au possible. Peut-être qu'une écoute de cet album me fera changer d'avis?

...
IP:193.111.141.55
Invité
Posté le: 04/10/2013 à 19h56 - (109381)
A vrai dire on s'en fout

Nekobibu
Membre enregistré
Posté le: 05/10/2013 à 11h19 - (109386)
DO WANT!



Jotun35
Membre enregistré
Posté le: 05/10/2013 à 17h43 - (109390)
Très bon album mais pas super fan de la prod que je trouve un peu brouillonne et qui ne rend pas du tout hommage au jeu de Jaime Saint-Merat.

Du coup je lui préfère le Gorguts (gros travail sur les ambiances, prod plus aérée et lisible) et le Zealotry, "The Charnel Expanse" (grosse surprise et plus foufou).

Donc oui chez moi Ulcerate est un bon groupe, mais clairement surestimé à mon humble avis.



Maxgrind
IP:2.8.136.81
Invité
Posté le: 05/10/2013 à 18h13 - (109391)
JAMIE Saint Merat, un peu de respect pour ce batteur spectentaculaire!

Sinon, comme quoi, les ressentis sont toujours différents (et tant mieux) :
- Of Fracture and Failure = pas du tout accroché
- Everything is Fire = chef d'oeuvre
- Destroyers Of All = dur de passer après EIF donc petite déception
- Vermis = à approfondir mais ça sent le chef d'oeuvre !

Sur la chro en général, je ne suis pas trop d'accord sur les reproches émis (concernant Everything is fire) et la comparaison avec Shining (car pour Ulcerate, il y a déjà eu chef d'oeuvre).

Pour ce qui est de Vermis, je continue d'approfondir mais d'emblée, je suis satisfait de ressentir à nouveau cette atmosphère sulfureuse et ce chaos. Album death de l'année pour ma part.

En espérant les voir en live en 2014 (ailleurs qu'au Hellfest) car le groupe prend tellement d'ampleur sur scène et déploie toute sa noirceur et sa brutalité!

PS ZeSnake : tu peux pas upload ta vidéo de Jamie Saint Merat sur youtube? 8D--

ZeSnake
Membre enregistré
Posté le: 05/10/2013 à 19h46 - (109392)
Jotun : ne me dis pas que tu colles une étiquette "surestimé" au groupe juste parce qu'il a eu un 18 sur VS... je connais ta sensibilité vis-à-vis de nos sélections...

Maxgrind: il a qu'a écrire son prénom en entier dans le livret et ne pas se cacher derrière un "J" !
quant à la vidéo : www.youtube.com/watch?v=tFPsIGzbeN0

Jotun35
Membre enregistré
Posté le: 05/10/2013 à 20h08 - (109393)
Je trouve bel et bien que 18 c'est très généreux, surtout vu la pléthore d'excellents album de death sombre et chaotiques sortie cette années... certains tirant un peu plus sur le black, certes... On peut citer Gorguts, Bölzer, Zealotry et Beyond qui à mon humble avis ont tous sorti un album aussi bon qu'Ulcerate, si ce n'est meilleur dans le cas des trois premiers.

Mais ce n'est pas tant pour ca que je trouve le groupe surestimé que parce qu'à chaque sorti il y a toujours un paquet de chroniques (pas seulement sur VS donc) et de gens pour qualifier leurs albums de chef d'oeuvre, qualificatif qui me semble exagéré. Je n'aime pas du tout DsO mais à la rigueur je peux comprendre qu'on qualifie certains de leurs albums de chef-d’œuvre dans le sens où ils ont apporté quelque chose de frais et de nouveau (pareil pour Gorguts)... Hors même si Ulcerate fait du bon boulot et sort de très bons albums relativement personnels, je n'ai jamais trouvé qu'ils apportaient un vent de fraicheur à la scène. Ils ont tout au plus encouragé la scène dans la direction du death chaotique (dont on voit bien l'essor cette année) mais le gros du boulot à déjà été abattu en amont par d'autres formations (Immolation, Gorguts, Cryptopsy, DsO, Ruins of Beverast etc).

Mais clairement cette album sera dans mon top 10 de l'année. J'essaye juste de nuancer un peu le propos de certains qui, je trouve, s’emballent un peu vite dès que l'on parle d'Ulcerate (ce qui n'est apparemment pas ton cas ZeSnake puisqu'à la base tu t'en foutais de cet album :P ).

Paul
IP:193.111.141.55
Invité
Posté le: 05/10/2013 à 20h15 - (109394)
Cet album est l'album de l'année. Point barre.

ZeSnake
Membre enregistré
Posté le: 06/10/2013 à 00h31 - (109397)
Jotun : que dire, si ce n'est que... ce n'est que ton avis et que tous les goûts sont dans la nature.

jvice
Membre enregistré
Posté le: 08/10/2013 à 17h26 - (109422)
Il est encore juste énorme cet album!



RBD
Membre enregistré
Posté le: 08/10/2013 à 20h52 - (109425)
Je suis fan depuis le premier album, et adorateur dès le suivant (comme un certain nombre d'autres !). En toute amitié je ne suis pas d'accord avec la prétendue linéarité des deux précédents, à part " TDoA" dans une certaine mesure à cause de son hermétisme et sa continuité très poussés. Mais je me joins à la constatation de ce que cet album fait une synthèse des trois en n'en retenant que le meilleur. C'est certainement un chef-d'œuvre, dont la densité fait que j'ai encore du mal à en discerner tous les contours malgré la familiarité des paysages (lunaires, les paysages…).
Toutefois il montre un défaut apparent à la première écoute, c'est qu'il ne surprend plus son auditeur comme les trois précédents pour des raisons différentes. C'est plutôt le plaisir des retrouvailles en pleine maturité, et je nuancerai ma notation d'un "cinq moins" sur cinq, seulement. Si j'ose dire, car cela reste vingt coudées au dessus de la moyenne du flot des sorties des derniers temps.




maxflat
Membre enregistré
Posté le: 08/10/2013 à 22h58 - (109427)
Ulcerate rules !

Bras cassé
Membre enregistré
Posté le: 28/05/2014 à 20h00 - (112305)
Plus je l’écoute et moins je le mémorise. Il n’en reste pas moins excellent et hypnotique.

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