UHRILEHTO - Viha Ja Ikuinen Vitutus (Hate Eternal) (Cold Blood/Adipocere) - 16/02/2002 @ 18h22
Quelque part la photo au dos du CD en dit déjà long sur l'état d'esprit qui anime ce groupe finlandais. Corpsepaints et veste en jean d'un côté, corpsepaints et tee-shirt de l'autre, corpsepaints et bombers du troisième. Pas franchement assorti tout ça si je m'y connais un minimum... On n'est pas vraiment surpris d'apprendre ensuite à travers une interview que l'album dans son entier a été "composé" en quatrième vitesse, même pas une semaine avant la date prévue d'entrée en studio. Vous avez dit bâclage ? D'autres parleront d'insouciance positive, encore faudrait-il parvenir à un résultat autrement plus tangible que ce patchwork claudicant que Coldblood Industries va sans aucun doute essayer de fourguer sous l'étiquette de "evil black metal le plus sadique de tous les temps". Inexistant n'est pas le mot pour qualifier le potentiel du groupe, mais du fait du contexte dans lequel l'album a vu le jour il eût été utopique de s'attendre à un petit bijou.

Pour faire court disons que Uhrilehto s'est choisi une approche rêche et tranchante sous la forme d'un black thrash dont le squelette doit beaucoup aux dinosaures que sont Bathory, Celtic Frost ou les premiers Samael. Sur le modèle simple et éprouvé du gros riff court et directeur le groupe transplante des synthés massifs qui s'occupent (comme bien souvent) des facteurs diversité et ambiance. Ces derniers déclenchent des maelströms orchestraux distingués dont le seul tort est de dépareiller trop violemment avec la rudesse des guitares. C'est un peu comme un succulent coulis aux framboises sur un gâteau de riz périmé depuis dix ans. Mais je vais arrêter avec les métaphores culinaires avant qu'on m'offre une toque et une cuillère en bois. Vous aurez compris que le doigté inventif du claviériste, bien en évidence dans les très bons instrumentaux, constitue à peu près toute l'utilité de l'album. Pour ne pas être trop sévère j'y ajouterai la bonne tenue des quelques solos sur lesquels l'évidente improvisation a miraculeusement porté ses fruits - mais qui ont un impact assez maigrelet sur le cours des morceaux. Pour le reste le black d'Uhrilehto a été par la force des choses taillé à l'emporte-pièce, à savoir trop de parties peu exigeantes répétées pour arriver à un temps de jeu convenable, même si le trio n'a pu amener la majeure partie des titres au-delà des quatre minutes par pénurie de substance fraîche.

A ce point de la chronique il convient peut-être de s'interroger sur le bien-fondé général d'une musique mise au point en deux temps et même pas les trois mouvements. Les exemples ne manquent pas de monuments édifiés dans l'urgence qui sont passés à la postérité. On pourrait même dire qu'en faisant jaillir d'une traite un morceau d'un esprit fertile on gagne beaucoup en fluidité et en lecture contextuelle, choses primordiales pour lesquelles l'épreuve des réarrangements s'apparente à un parcours du combattant dont elles ressortent assez rarement indemnes. Difficile de s'imaginer Nocturno Culto enfermé dans sa chambre pendant des semaines à faire bouillir son cortex avant de donner naissance à un "Transilvanian Hunger", et pourtant quelle chanson exprimant une atmosphère plus sincère, plus tranchante, plus froide, plus... juste ??? Oui c'est vrai, il n'est nul besoin de passer un morceau au crible et de le retourner mille fois sous toutes ses coutures pour arriver à un résultat exemplaire, tout comme le temps passé dessus est tout sauf un gage de qualité. Seulement voilà, dans le cas qui nous occupe c'est l'éternel dilemme vitesse contre précipitation.

L'album n'est pas issu d'un élan de spontanéité géniale et émérite, mais bel et bien de la pression d'être obligé de respecter les délais d'entrée en studio. La conséquence forcée est que l'on est confronté à un produit uni-dimensionnel s'il en est. Sans épaisseur, sans âme réelle. Jusqu'à deux ou trois écoutes ça peut passer mais après, le besoin de renouvellement (ou d'installation progressive d'une empathie identificatrice à un ou des éléments ou l'album dans son entier) ne rencontre pas l'écho escompté. Dernier détail, le chant pourrait sans problème râper un emmental entier en deux minutes chrono, ce n'est pas pour ça qu'il restera dans les mémoires. Je citerai pour les fétichistes le groupe de crétins (pseudo-)sado-masochistes qu'est Enochian Crescent comme une source très vraisemblable d'inspiration, consciente ou non. Nul doute qu'un certain public de curieux, de nostalgiques, de l'infi(r)me proportion de ceux qui n'en demanderont jamais davantage (et de tous ceux qui mettent un point d'honneur à acheter tout album qui met en scène, d'une façon ou d'un autre, une poitrine féminine sur la couverture) y trouveront leur compte. Pour ma part, sans être le moins du monde rebuté par le son et la patte d'Uhrilehto, je juge cet album insuffisant pour mettre la main au portefeuilles. Ce qui ne m'empêchera pas de garder un œil sur eux à l'avenir, car en mettant leur dilettantisme au placard ils pourraient surprendre.


Rédigé par : Uriel | 08.5/20 | Nb de lectures : 6851




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Commentaire
thorkel
Invité
Posté le: 22/02/2002 à 18h28 - (607)
et en + ils ont piqué pr le fond de la cover du cd celle de "my kantele" d'amorphis.. tssss

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