THY CATAFALQUE - Sgùrr (Season of Mist) - 04/11/2015 @ 07h29
6ème album, déjà aurais-je envie de dire, pour THY CATAFALQUE. S’il n’a été « révélé » que ces dernières années, le projet de Kátai Tamás œuvre pourtant depuis la fin des années 90, au départ dans l’underground le plus total. Des racines underground qui ont permis au hongrois, aidé au départ de son ami János Juhász, de se construire et d’évoluer. Un underground authentique qui a permis de faire éclore bon nombre de formations de Black-Metal est-européennes, forcément très peu connues, de par des initiés ou des éclaireurs principalement, mais des formations talentueuses voire originales et THY CATAFALQUE fait partie de ces deux catégories. Un projet qui s’est fait « connaître » par sa première signature avec un « vrai » label en 2009, le tchèque Epidemie Records, pour son 4ème album Róka Hasa Rádió. S’en est suivie une ascension fulgurante avec la signature chez Season of Mist suivie de la sortie de Rengeteg (2011). Mais les vrais décortiqueurs de l’underground auront surtout été frappés en son temps par Tűnő Idő Tárlat, sorti en 2004 dans l’anonymat le plus total, mais vite popularisé (à une échelle toute relative) comme un des albums les plus originaux et réussis de Metal avant-gardiste. Un chef d’œuvre qui concluait en quelque sorte la première période du groupe, complétée outre la démo Cor Cordium (1999) par les albums Sublunary Tragedies (1999) et Microcosmos (2001), des œuvres déjà intéressantes mais donc fortement underground, d’ailleurs presque reniées par Kátai Tamás il y a encore quatre ans de ça…

Après quatre ans d’absence discographique, voilà le nouveau retour de THY CATAFALQUE pour son second full-length chez Season of Mist, Sgùrr. Après Tűnő Idő Tárlat, le projet hongrois - désormais relocalisé en Ecosse - avait pris un petit virage, abandonnant un peu le pur Black-Metal pour se tourner vers un Metal toujours avant-gardiste mais d’obédience folk et mélodique, onirique et féérique, avec la participation d’un chanteur clair (Attila Bakos, de WOODLAND CHOIR, TARANIS et QUADRIVIUM) et aussi de Ágnes Tóth de THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT. Róka Hasa Rádió était un album particulièrement riche et enivrant, Rengeteg avait pris sa suite en rendant le propos THY CATAFALQUEsque plus simple et accrocheur. Kátai Tamás, qui produit toujours ses albums tout seul chez lui uniquement aidé de quelques invités, a des idées et du talent à revendre et en 4 ans d’absence, il est difficile de savoir à l’avance à quoi va ressembler sa nouvelle œuvre. Sgùrr débute par une intro à spoken-word, chose que l’on a l’habitude d’entendre chez THY CATAFALQUE, avant que l’album ne démarre par "Alföldi Kozmosz", où l’on retrouve sans surprise l’ambiance des deux derniers albums : côté folk assuré par grattes acoustiques et violons, boîte à rythmes très percussive et entraînante, puis somptueux claviers, tour à tout cotonneux ou psychédéliques, qui font le sel de l’ambiance si particulière du projet hongrois (d’origine) depuis un petit moment déjà. Un excellent et très beau morceau, classique mais magnifique, pour commencer, mais on remarque tout de même qu’aucune ligne de chant ne viendra troubler l’atmosphère de cette piste de 4 minutes. Et pour cause, cette fois-ci ni Attila Bakos ni Ágnes Tóth ne sont de la partie, ni sur ce morceau ni sur le reste de l’album. Un choix qui va, bien malgré lui, influencer le reste de la partition de Sgùrr, album qui risquera d’en surprendre plus d’un.

THY CATAFALQUE ne perd pas cependant ses habitudes vu que nous avons encore une fois droit à un morceau longue-durée, dépassant les 15 minutes, "Oldódó Formák A Halál Titokzatos Birodalmáb". Qui, de par son fond et sa forme, surprend à plus d’un titre. La production est déjà bien plus rustre et crue que celle de Rengeteg et Róka Hasa Rádió. Les riffs sonnent bien plus Black-Metal que récemment. Si Attila Bakos n’est pas de la partie, ici c’est Zoltán Kónya (ex-chanteur de GIRE) qui vient poser ses vocaux, des vocaux harsh bien évidemment, et quand Kátai Tamás reprend le relais c’est dans un registre très saturé. Les ambiances proposées par ce morceau forcément varié et fouillé sont plus mystiques que folkisantes ou atmosphériques, bien que toujours oniriques à souhait. Cependant des belles mélodies et des trémolos épiques se font remarquer. Il semble alors clair que, de par toutes ces composantes, "Oldódó Formák A Halál Titokzatos Birodalmáb" se rapproche plus de l’esprit de Tűnő Idő Tárlat, avec quelques touches de GIRE. De là à dire que THY CATAFALQUE va opérer pour Sgùrr un léger retour en arrière, il n’y a qu’un pas… Un petit "A Hajnal Kék Kapuja" pour se poser et Kátai Tamás confirme son retour vers le passé avec "Élő Lény", qui démarre d’ailleurs de manière bien incisive. Les riffs sont majoritairement crus, le chant (quand il se fait entendre) est bien raw voire halluciné, tandis que les breaks sont inattendus et que les claviers et autres mélodies virevoltent. Rien de nouveau mais il semble clair que THY CATAFALQUE retrouve le côté imprévisible et le goût pour l’expérimentation avant-gardiste bucolique dont il faisait preuve il y a presque 10 ans. C’est vraiment le THY CATAFALQUE d’antan que l’on retrouve au cœur de Sgùrr, ce qui est donc la surprise de ce 6ème album, tranchant avec les aspirations plus folk et accrocheuses de Róka Hasa Rádió et Rengeteg.

S’il faut encore une confirmation de ce revirement de paysage sonore, le court "Jura" répond présent : cette fois-ci, on a carrément affaire à du Black-Metal, avec sa rapidité d’exécution, ses blasts, son chant saturé et ses trémolos, la touche THY CATAFALQUE restant présente de par les sonorités originales. Un retour aux morceaux les plus incisifs de Tűnő Idő Tárlat voire carrément ceux de Microcosmos et Sublunary Tragedies. A partir de là, c’est un fait, Sgùrr est un quasi-retour aux sources, ce qui était totalement inattendu de la part de Kátai Tamás qui n’appréciait plus forcément ses propres efforts pré-Tűnő Idő Tárlat. THY CATAFALQUE se permet alors, une fois n’est pas coutume, un autre morceau particulièrement long, "Sgùrr Eilde Mòr", 16 minutes à la toise. Et prolonge l’effort de "Jura" dans un Black-Metal avant-gardiste underground, sur le début car on finit tout de même par continuer à explorer les sonorités et ambiances THY CATAFALQUEsques, mais on est définitivement retourné en Hongrie plus de dix ans en arrière, même si le « style » d’antan est légèrement remis au goût du jour. Et Kátai Tamás en profite pour encore une fois montrer son talent pour varier les paysages musicaux au sein de ces longues plages, presque à tiroirs, particulièrement riches, cohérentes et entraînantes, dès que les claviers mystico-psychédéliques, féériques et irréels sont de sortie mais pas seulement, surtout quand les riffs demeurent particulièrement inspirés et que des passages résolument épiques sont présents. Que ce soit dans un style folk-fantasy ou dans du pur Black avant-gardiste, avec ou sans chant clair, enrobé dans un son underground ou dans une production plus léchée, THY CATAFALQUE est toujours aussi unique, original, travaillé, enivrant, et au-dessus du lot.

Sgùrr se terminera comme il s’est commencé, avec le plus doux "Keringo", somptueux et presque symphonique, une parfaite conclusion tout en contrastes, accompagnée de l’outro "Zúgó" (du même nom que l’intro) avec un inattendu chant soprano. En 51 minutes, THY CATAFALQUE étonne donc son monde en prenant le contrepied du plus accessible Rengeteg et en revenant vers ses racines BM et underground, malgré qu’il soit toujours chez Season of Mist ; THY CATAFALQUE est et restera donc toujours un projet très personnel. Maintenant, il est clair que ceux qui avaient découvert THY CATAFALQUE avec Rengeteg et avaient apprécié sans trop de mal son prédécesseur Róka Hasa Rádió, risqueront d’être rebutés par cet album plus raw et psychédélique, plus dans l’esprit BM underground expérimental qu’était le groupe hongrois à ses débuts, même si des aérations sont toujours présentes. Le départ - ou plutôt la non-invitation - d’Attila Bakos et donc l’absence de chant clair change donc beaucoup de choses, faisant de Sgùrr l’album de THY CATAFALQUE post-Tűnő Idő Tárlat le moins accessible, le plus rustre, le plus « extrême ». Majoritairement instrumental, Sgùrr manque peut-être parfois de vocaux, même de vocaux féminins sachant qu’il y en avait déjà sur Tűnő Idő Tárlat, ainsi que de « tubes » même si ici les hits sont des hits Black-Metal (en particulier l’expéditif "Jura"). Plus de "Köd Utánam", "Kel Keleti Szél" et autre "Trilobita" donc, et pour le reste, tout aussi bonnes soient-elles, les longues pistes que sont "Oldódó Formák A Halál Titokzatos Birodalmáb" et "Sgùrr Eilde Mòr" ne valent pas les "Vashegyek", "Molekuláris Gépezetek" et surtout le chef-d’œuvre absolu qu’était "Neath Waters" (même si le final cosmique de "Sgùrr Eilde Mòr" se défend bien). Et si Sgùrr est plus roots et Black-Metal, les "Csillagkohó", "Az Ősanya Szól Ivadékaihoz", "Szervetlen" et "Őszi Varázslók" ne sont pas non plus égalés, même si seul le temps nous permettra d’établir une vraie hiérarchie. Vous l’aurez compris, Sgùrr n’est pas le meilleur album de THY CATAFALQUE, en partie dû à sa « régression » tellement surprenante que l’on attendait peut-être autre chose, et dû au manque de neuf car aussi créatif qu’il soit, Kátai Tamás utilise ici tous ses gimmicks et sonorités passées, en changeant leur équilibre dans le fond et la forme. Les chefs d’œuvres plus ou moins récents sont en l’état inégalables, mais Sgùrr pris tel quel n’en est pas moins un excellent album, toujours gorgé de moments forts, qui divisera selon les préférences de chacun et selon le rapport qu’on a à l’ensemble de la discographie de THY CATAFALQUE, mais ce 6ème album est encore une fois d’une grande qualité, d’une originalité à toute épreuve par rapport à d’autres, et continue à placer le projet hongrois sur le podium du Metal avant-gardiste, global comme underground.




Rédigé par : ZeSnake | 16.5/20 | Nb de lectures : 7999




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Commentaire
gloom
IP:193.57.67.241
Invité
Posté le: 04/11/2015 à 08h16 - (118528)
pas de selection ??? :(

Toinou
IP:78.193.232.226
Invité
Posté le: 04/11/2015 à 20h05 - (118543)
Au Sgùrr, c'est méga barré mais méga bon !

17/20

BLCKME
IP:86.218.122.242
Invité
Posté le: 10/11/2015 à 15h00 - (118607)
Pourquoi "mais", je dirais plutôt "donc".

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