THE LORDS OF SALEM - de Rob Zombie (Seven Sept) - 25/10/2013 @ 08h35
Le traitement des films de Rob Zombie en France est, il faut bien le dire, assez honteux. La Maison des 1000 morts est sorti chez nous directement en vidéo (trois ans après sa sortie en salles aux USA), The Devil's Rejects est sorti dans un circuit de salles très réduit (un an après sa sortie américaine), Halloween est le seul à avoir connu une sortie en salles digne de ce nom dans notre pays. Quant à The Lords of Salem, il connait le même sort que Halloween 2, le précédent long-métrage de Robert : une sortie directement en DVD/Blu-ray. Pendant ce temps, un paquet de films d'horreur/fantastique merdiques inonde nos salles...

Car c'est là où le bât blesse. Le cinéma d'horreur US est exsangue depuis plusieurs années. Embourbé dans le torture porn, le found footage, les remakes de suites de préquelles de reboots de franchises à bout de souffle (ce à quoi Zombie a d'ailleurs participé avec ses deux Halloween). Et au milieu de tout ça, il n'y a que deux vrais auteurs dans le cinéma d'horreur/fantastique américain actuel : Rob Zombie et Lucky McKee (May, The Woods et The Woman). C'est pour cela que la sortie d'un nouveau film de Rob Zombie, réalisé entre deux albums/tournées, est toujours un événement en soi.

Pour en revenir au dernier film (son cinquième) de notre ami Robert Cummings, The Lords of Salem, précisons déjà qu'il s'agit là du plus petit budget dont a bénéficié Zombie depuis le début de sa carrière cinématographique. Seuls deux millions de dollars lui ont été alloués (par les producteurs de Paranormal Activity et Insidious), mais il a pu au moins bénéficier d'une totale liberté artistique cette fois-ci.
Contrairement aux deux Halloween produits par les frères Weinstein (bien connus pour brider leurs réalisateurs, voire remonter leurs films), qui lui ont fait vivre un enfer sur Halloween 2. Film mal aimé des critiques et du public, mais qui mérite vraiment d'être réévalué. Après une relecture très personnelle du mythe de Michael Myers dans la première moitié de Halloween (excellent remake s'il en est, même si le dernier acte est moins prenant que le reste du film), Zombie a décidé avec Halloween 2 de continuer dans la veine du slasher basique qu'on pouvait voir dans le dernier acte du premier Halloween, mais en poussant les curseurs au maximum. Ce qui donne à l'arrivée son film le plus radical, sombre et brutal (et accessoirement le plus gore). Un film extrêmement percutant, superbement réalisé; un slasher qui se montre audacieux par moments, en faisant de Myers un vagabond et en incorporant des scènes purement abstraites, oniriques, qui préfigurent déjà The Lords of Salem.

Après les deux Halloween, Rob Zombie a eu la bonne idée de revenir à une œuvre originale, de son propre cru : The Lords of Salem. Au XVIIe siècle, à Salem, plusieurs jeunes femmes innocentes sont tuées pour sorcellerie. Parmi elles, une vraie sorcière -Margaret Morgan- jure de revenir se venger un jour. De nos jours, Heidi (Sheri Moon Zombie), DJ d'une station de radio, reçoit un mystérieux vinyle portant l'inscription « cadeau des Lords ». La diffusion de ce disque à la radio perturbe Heidi, qui se met ensuite à avoir des visions. Elle ne sait pas qu'elle a réveillé par la même occasion la fameuse sorcière tuée au XVIIe siècle à Salem...
Un pur synopsis de série B horrifique, presque cliché, mais comme toujours dans le cinéma, l'important n'est pas l'histoire mais le traitement.

Et dès le départ, via un prologue qui nous plonge directement dans un rituel satanique d'époque, Zombie affiche un premier degré total et une ferme croyance en ce qu'il filme. Le long-métrage déroule ensuite son histoire de possession, mais sur un ton et un rythme très particuliers. L'histoire contemporaine se déroule durant une semaine, pendant laquelle on suit le quotidien de Heidi.
Sheri Moon Zombie est pour la première fois l'actrice principale d'un film de son mari, et elle est plutôt convaincante dans ce rôle d'ex-junkie animatrice radio, qui n'arrive plus à gérer sa vie à partir du moment où elle a ces visions cauchemardesques, en lien avec le retour de Margaret Morgan. Une Sheri Moon que Zombie n'a, pour une fois, pas choisi de glamouriser : elle est amaigrie, avec des dreadlocks, habillée comme un sac la plupart du temps et particulièrement affaiblie sur la fin du film.
Au sujet du casting, rendons hommage aux trois sorcières contemporaines, toutes les trois remarquablement interprétées (notamment par Dee Wallace, déjà présente dans Halloween). Mais la plus impressionnante de toutes, c'est clairement Meg Foster (qui joue Margaret Morgan)! Totalement méconnaissable, que ce soit physiquement ou vocalement. Elle a d'ailleurs été vieillie et enlaidie pour le film (peu d'actrices américaines auraient accepté ça), au point que le seul repère pour la reconnaître sont ses yeux bleus délavés (qu'on avait pu voir dans Osterman week-end de Peckinpah et Invasion Los Angeles de Carpenter). Pour le reste, on retrouve ce bon vieux Ken Foree en animateur radio. Ainsi que Sig Haig et Michael Berryman, mais dans de très furtives apparitions, au cours de l'exécution de Margaret Morgan au XVIIe siècle. La majeure partie de ces scènes (qui apparaissent en flashback) a été coupée au montage final, à cause du décès de Richard Lynch pendant le tournage, qui participait à ce rituel mais dont les scènes ne furent jamais achevées.

Au niveau musical, Zombie a été relativement sobre sur la BO du film, qui, pour une fois, ne fait pas office de jukebox du rock des années 70. Les seuls passages remarqués sont un titre de RUSH dans la station de radio et ces deux morceaux du VELVET UNDERGROUND très bien choisis. A noter le petit délire black metal que s'est offert Rob avec ce groupe fictif qu'on aperçoit dans le film : Leviathan The Fleeing Serpent (composé de deux membres de son vrai groupe, John 5 - guitare et Piggy D - basse).
Concernant le reste de la BO, le score baigne dans une musique mélancolique et minimaliste, composée par John 5 et Griffin Boyce. Une bande son qui participe totalement à l'atmosphère lancinante du film.

En termes d'influences, The Lords of Salem peut rappeler par instants L'Exorciste de Friedkin ou Prince des ténèbres de Carpenter. Il s'agit d'un film à l'ambiance sombre et envoutante. A vrai dire, seules les scènes à la radio amènent un peu de légèreté, dans lesquelles on retrouve les dialogues croustillants et l'humour piquant de Zombie. Tout le reste du film étant particulièrement contemplatif et morose.
Soyons honnêtes, La Maison des 1000 morts et The Devil's Rejects criaient Tobe Hooper à chaque plan. Disons par là que l'influence des deux premiers Massacre à la tronçonneuse, Eaten Alive et The Funhouse est plus que prégnante dans le travail de Rob Zombie. The Funhouse (grand film méconnu s'il en est) a certainement dû le traumatiser, tant il recèle tout l'univers carnavalesque de Zombie. Mais sur The Lords of Salem, on pense surtout à Kubrick, au Polanski de Rosemary's baby et Le Locataire, ou encore à ce film culte et profondément étrange qu'est The Wicker Man de Robin Hardy.

The Lords of Salem est aussi clairement le long-métrage le plus expérimental de Rob Zombie. Cette histoire d'une jeune femme en train de perdre la tête, malgré le soutien de ses proches, notamment de son ami DJ (visiblement amoureux d'elle), est finalement un drame intimiste. Et au plus le film avance, au plus il baigne dans une ambiance onirique. Où l'on arrive plus trop à distinguer le rêve et la réalité, le passé et le présent. Avec une succession de visions dont certaines vont loin dans le malaise, comme celle du prêtre à l'église. D'autres sont plus imagées, voire picturales. On est parfois à la limite du ridicule, un peu comme Argento à l'époque de Suspiria et Inferno. Pour finir en apothéose totalement Kubrickienne (décor baroque + ralenti + musique de Mozart), avec des scènes dont l'imagerie surréaliste évoque le cinéma d'Alejandro Jodorowsky.
On peut d'ailleurs noter que The Lords of Salem est le premier film de Zombie qui ne soit pas foncièrement connoté 70's, que ce soit dans les décors ou le look des personnages.

Au niveau de l'esthétique du film et de sa mise en scène, on sent que le réalisateur américain s'est remis en question et a essayé d'innover. Comme par exemple sur la photo du film, étonnamment froide dans les scènes d'extérieur et contrebalancée par des couleurs chaudes en intérieur (comme pour signifier que le Mal est à l'intérieur de chaque demeure?).
De même que vous ne trouverez pas de plans caméra à l'épaule dans The Lords of Salem. Zombie adapte sa mise en scène au classicisme de l'histoire qu'il raconte (qui pourrait être un conte gothique en fait), elle n'est composée exceptionnellement que de plans fixes et de longs travellings. Une réalisation posée, qui permet de mieux entrer dans l'atmosphère du film, qui semble être un cauchemar éveillé du début à la fin.

Rob Zombie en a aussi profité avec The Lords of Salem pour traiter ses thèmes de prédilection de façon différente. Il s'intéresse toujours autant aux marginaux excentriques de la société américaine, mais au sein de la classe moyenne cette fois-ci, et non pas chez les rednecks/white trash. Les thèmes de la solitude et de la folie sont toujours présents mais traités de manière beaucoup plus triste et mélodramatique.

The Lords of Salem a décontenancé beaucoup de fans de Rob Zombie, qui préfèreraient sans doute que ce dernier leur serve The Devil's Rejects 2, 3 et 4. Mais Zombie est un auteur, qui n'a jamais fait deux fois le même film, et ce long-métrage s'inscrit dans sa filmographie comme l'une de ses plus belles réussites.
Depuis la sortie en salles de The Lords of Salem (qui n'a pas marché au box office américain), Rob Zombie a déclaré qu'il souhaitait s'écarter un peu du cinéma d'horreur, pour explorer d'autres genres. La preuve : son prochain film, Broad Street Bullies, parlera de hockey. Plus précisément de l'équipe de hockey la plus violente qui ait jamais joué. On ne se refait pas.


[Pour couronner le tout, Seven Sept nous livre un DVD/Blu-ray sans aucun bonus...]

La bande-annonce - 71 téléchargements


Rédigé par : Stéphane | / | Nb de lectures : 12745




Auteur
Commentaire
Seb On Fire
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 09h29 - (109641)
Pour moi, c'est son meilleur film.

Après j'ai jamais été vraiment du bonhomme.



SvartNjord
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 09h41 - (109642)
Ceux qui voudront un nouveau devil s reject en seront pour leurs frais. Une bonne surprise pour moi je trouve la comparaison avec le rosmary baby de polanski assez pertinente, avec cette ambiance malsaine et glauque



Seb On Fire
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 09h51 - (109643)
Polanski et Ken Russell sont clairement les deux références de Zombie. Y'a beaucoup du Locataire aussi.

Loufi
IP:90.33.48.48
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 09h59 - (109644)
On n'a pas du voir le même film. Je l'ai trouvé maladroit, bancal, grossier dans son montage et vraiment trop cheap pour être crédible. La fameuse scène finale m'a fait penser au navet "les morsures de l'aube" réalisé par Antoine de Caunes, c'est tout dire.
Bref, ce film nous a bien fait rire tellement on l'a trouvé pathétique du début à la fin. Et c'est pas faute d'être fan du bonhomme.

Seb On Fire
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 10h04 - (109645)
Bah c'est peut-être pour ça, moi j'avais tellement détesté les deux Halloween (pour le coup Halloween II es vraiment un navet dégueulasse) que j'attendais rien de spécial de ce film et j'ai été séché pat l'atmosphère, l'ambiance, l'esthétique etc etc même si tout est loin d'être parfait.

Loufi
IP:90.33.48.48
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 10h13 - (109646)
J'ai pas vu les Halloween par contre, donc je ne peux pas comparer.

AnusFraicheur
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 11h41 - (109651)
Pas mal, j'y ai retrouvé un certain esprit qu'on trouvé dans ses clips vidéo et qui étaient plus en retrait, voire complétement absent de ces films. Après, ça ne restera pas le film de l'année et je comprends tout à fait qu'on puisse bien s'emmerder en le regardant.



shom shom
IP:91.151.76.50
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 11h50 - (109652)
Tout a fait d'accord avec Loufi !
Maladroit et pompeux, n'est pas Kubrick qui veut.

Greg80
IP:90.58.176.131
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 12h09 - (109653)
Absolument malsain, fait pour l etre! Dans ce sens , le film est une réussite, c est glauque et blasphématoire, un film fait pour etre culte!

AnusFraicheur
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 12h20 - (109655)
aïe l'orthographe!
*qu'on trouvait
*qui était



Inquisitor
IP:88.161.78.7
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 12h28 - (109656)
@Greg80 S'il y suffit d'être glauque et blasphématoire pour être culte, alors c'est que tu n'as rien compris au 7eme art mon grand !

panzerfaust
IP:83.77.74.52
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 14h02 - (109660)
nul nul nul... j'ai dû m'y prendre à 4 fois pour arriver à la fin, tellement c'est grotesque. La palme du ricicule pour les voix pseudo "evil" des 3 vieilles... et l'autre bab j'ai envie de lui filer des claques du début à la fin du film. Au moins la pipe du curé et l'intervention du black metaleux m'ont bien fait rigoler (avec ambiance en carton-plâtre risible). Bref j'ai apprécié les précédents films de Rob, mais sur celui-ci je trouve qu'il pète plus haut que son cul et je revois franchement à la baisse son "talent". "n'est pas Kubrick qui veut" +1000

Phlogiston
IP:128.78.179.137
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 14h51 - (109667)
Un peu trop film de genre pour que j'accroche (je suis quelqu'un de simple) à 100%, néanmoins les qualités esthétiques du film m'ont touchées. Sheri Moon n'a pas été "glamourisée", mais faudrait vraiment y aller pour la rendre moche, par contre j'ai tjrs cru que c'était sa fille, je sais pas pourquoi. Pour le peu de références ciné que je peux avoir, la relation entre Heidi et ses voisines fait clairement penser à Rosemary's Baby. En tout cas rien d'étonnant à ce que le film n'ait pas marché.

darkangel91
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 17h16 - (109674)
bancale, fauché mais pourtant un charme certains

Bernard
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 19h13 - (109679)
"Mais sur The Lords of Salem, on pense surtout à Kubrick, au Polanski de Rosemary's baby et Le Locataire, ou encore à ce film culte et profondément étrange qu'est The Wicker Man de Robin Hardy."

Rien que pour cette phrase j'ai vraiment envie de le mater!

Excusez du peu pour les références (également citées dans des magazines spécialisés).

Haizatmi
Membre enregistré
Posté le: 25/10/2013 à 19h52 - (109680)
Très chouette chro, même si je suis pas tout à fait d'accord avec le deuxième paragraphe!

Par contre, l'absence de bonus, c'est vraiment dommage.

kurton
IP:24.201.153.76
Invité
Posté le: 25/10/2013 à 20h06 - (109681)
Perso j ai pas compris ce film, et je suis gros fan de RZ.
C est une ouvre visuelle, c est plus un tableau qu un film.

Youpimatin
Membre enregistré
Posté le: 26/10/2013 à 11h26 - (109689)
J'avais hâte de le voir aussi qu'elle ne fût pas ma surprise de voir cette coquille aussi creuse que du vent.
Alors oui, Monsieur veut nous montrer qu'il est un auteur, qu'il connaît ses classiques (Kubrick et Polanski en tête), qu'il sait composer des cadres et utiliser des décors mais il en oublie le principal : l'âme.
Son film est vide, ennuyeux et finalement très bancal. Encore un faux pas après les Halloween.





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