TAAKE - Over Bjoergvin graater Himmerik (Avantgarde/Adipocere) - 07/05/2002 @ 09h42
Certains acquièrent leur respectabilité dans l'ombre. En neuf années pleines à hanter le ciel au-dessus de Bergen, on ne peut pas dire que le nom de Taake ait démesurément franchi les limites des cercles d'initiés, et ce malgré un premier album en 1999 (" Nattestid ser porten Vid ") qui, de l'avis unanime des chroniqueurs, présageait d'un avenir fameux à la tête d'un mouvement black metal norvégien alors engagé sur une pente bien savonneuse. Uli Hoest (frontman de Taake) est un homme patient et perfectionniste qui aime à peaufiner ses créations sur la durée, c'est pourquoi l'album qui sort aujourd'hui se compose de sept nouveaux morceaux dont l'origine remonte jusqu'à 1994 et la version semi-finie à l'enregistrement de " Nattestid... ". De cette façon Taake sécurise pour ses fans ravis une atmosphère semblable au premier album tout en proposant de notables évolutions dans l'armature technique des morceaux, pour un résultat qui devrait (qui doit !) aboutir aujourd'hui à faire reconnaître Taake comme le fer de lance d'un black à la fois conforme à l'esprit primordial du genre et adapté aux exigences nouvelles d'un auditoire up-to-date qui tend à marginaliser les extrêmes. Que les mutations plus ou moins radicales des goûts et des mentalités soient un bien ou pas est laissé au jugement de chacun, en attendant la force majeure de Taake est bien de survoler les clivages : personne ne peut les accuser d'être des vendus, personne d'être des bornés sectaristes. Les morceaux avancent le plus souvent au pas de charge interrompu de temps en temps, toujours au moment opportun, par des breaks qui tombent comme des couperets de guillotine et annoncent ici une turbulence plus progressive, là (comme sur le morceau de cloture) une longue plage atmosphérique transpercée de guitares grinçantes et de chœurs lointains. La mélodie n'est pas un vain mot et Taake possède réellement le coup de main dans ce domaine, sachant varier les plaisirs - thèmes entêtants, leads acérés ou cascades de notes rondement élaborées - sans jamais faire de coupes franches dans la violence ambiante ou le climat de haine et de rudesse qui anime sa musique. Celle-ci réserve quelques détails déroutants au premier abord, comme le piano qui vient se greffer en appoint fidèle des guitares dans le premier morceau, ou cette amusante guimbarde qui déride l'ouverture d'un autre. On prend aussi note en tendant l'oreille que pas mal de rythmiques bénéficient d'un traîtement plus fignolé que les sempiternels beats uniformes propres au " true " black metal, ce qui a pour effet de rendre les compos très accrocheuses au moment souhaité. Je pense notamment au quatrième morceau et à son emballage final entre tempo heavy et saccadé et des guitares saturées partant dans une mélodie chaloupée peu en usage dans le style, une idée brillante dans sa conception et sa réalisation. J'ai aussi en tête en de multiples endroits des ryhtmiques plus power que black dans la forme, mais tout de même plus black que power sur le fonds, vous me suivez ? D'ailleurs tous ces petits trucs de prestidigitateur sont suffisamment bien " maquillés " pour échapper aux critiques à la gachette facile, notamment grâce à une production en or massif pour le style. Taake avait souhaité une production - je cite - " froide et orageuse à la bonne vieille manière norvégienne qui puisse s'adapter à la musique " : au Grieghallen, il l'a obtenu, sans doute au delà des espérances. Loin de brider le potentiel puissance des instruments, le mix les arme d'un bouclier de brouillard contre les dangers mécanisants d'une impression studio. Ce son à la fois rauque et énergique agit comme un prisme qui réverbère les vocaux explicitement black, donnant l'impression qu'ils attaquent de tous les côtés à la fois. " ... Bjoergvin... " est un vrai combat de hargne ancestrale et de convictions bien présentes, dont celle de redorer le blason écorné du black norvégien d'appellation d'origine contrôlée. Un album excellent de A à Z qui tombe à pic pour réconcilier tout le monde sous une même bannière et montrer qu'il y a aussi de l'espoir dans la scène actuelle pour ceux qui refusent de laisser moisir leurs racines sous des amas d'indifférence poussiéreuse.


Rédigé par : Uriel | 17.5/20 | Nb de lectures : 8537




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Commentaire
S.Hagall
IP:82.66.14.188
Invité
Posté le: 15/08/2008 à 16h41 - (60509)
Pas de commentaire pour cet album,étrange... Apparament les gens préfèrent débatre du body-painting de hoest... Donc, Bjoergvin, superbe album peut étre un poil moins bon que le Nattestid. Moins noir et triste mais plus propre, plus entrainent,plus entètant, plus catchy(j'ose...). Une perle du black norvégien comme on en vois plus. En fait, a mon sens, Taake est le seul digne succéseur des Emperor, Satyricon,Ulver et autre Enslaved... Une trilogie indispensable d'un groupe unique, tous simplement...

ankrys
IP:69.157.132.195
Invité
Posté le: 30/11/2009 à 23h47 - (78255)
sa prendrait des paragraphes dans ton texte, parce que cé dure a lire, je suis gelé.

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