STONER ROAD - de Julien Heylbroeck (Actu S-F) - 03/12/2014 @ 07h41
Dans cette chronique il sera question de musique mais pas que car même si elle joue un rôle prépondérant dans son intrigue, Stoner Road est avant tout un roman de fiction. Une histoire construite autour de la culture et de l’imagerie qui entoure le stoner rock à savoir le désert, les bagnole, la drogue, les petites pépées et le rock’n’roll bien évidemment. A partir de là, l’auteur brode une histoire de genre, une série B dans le sens le plus noble du terme. Voici un petit aperçu de l’histoire : « Josh Gallows, alias Doc Défonce, file au volant de sa Pontiac sur les routes désertiques de Californie. Direction la prochaine generator party illégale où il compte bien reconquérir Ofelia, sa jolie chica mexicaine. Sauf que, arrivé sur place, le junkie constate que la fête a salement dégénéré et que sa nana pointe aux abonnés absents. Sa seule piste : retrouver les groupes qui ont joué ce soir-là. Mais lesdits rockers se révèlent peu coopératifs et le laissent pour mort en plein soleil. Il ne doit son salut qu’à Luke Lee, un redneck pur jus qui, lui, recherche sa sœur... Ainsi démarre la quête de cet improbable duo lancé sur les traces d’un mystérieux groupe de stoner rock mexicain. »

Dès les premières lignes, on remarque le style de l’auteur qui s’il n’est pas un grand styliste ou formaliste possède un vrai sens de la narration. Sans en faire des tonnes, dans un style dépouillé et sec, il parvient à poser un univers, avec des mots simples mais précis, nets et cassants comme un coup de caisse claire. Josh Gallows est un anti-héro typique de la littérature de gare américaine, on s’y attache très vite et malgré sa condition de junkie notoire, on tremble et on frémit avec lui. On comprend sa quête et ses motivations : retrouver sa belle perdue dans les limbes d’une generator party, sorte de rave version stoner dans lesquelles on boit, on fume, on se drogue et on baise au son des accords de groupes de stoner. Le live est bourré de références au style, dont l’auteur est un grand fan et chaque chapitre porte le nom d’un morceau des plus grands noms du genre allant du stoner rock au doom en passant par le rock psyhé. D’ailleurs, une playlist officielle téléchargeable ou écoutable en streaming sur toutes les plateformes légales est fournie en fin de livre. On y retrouve entre autre Kyuss, Kadavar, Electric Wizard, Queens Of The Stone Age, Orange Goblin, Vista Chino, Fu Manchu, Red Fang ou Master Of Reality pour ne citer que ceux-là.

Le livre se lit facilement et, de par son style très imagé et cinématographique, convoquent certains grands noms de la série B américaine et du cinéma de genre comme Monte Hellman, Bryan Yuzna, Rob Zombie, Walter Hill ou le Robert Rodriguez des débuts, celui qui faisait de bons films. Outre les personnages principaux, l’histoire présente des personnages disparates, reclus, freaks et autres consanguins terrés dans l’Amérique profonde qui sont ici mis en lumière. On se souviendra longtemps de ces frères siamois qui n’apparaissent pourtant que sur quelques pages mais qui mériteraient un spin’off rien qu’à eux. L’histoire mélange les genres : road movie, fantastique, stoner comedy, buddy movie mais aussi love story car le but ultime de Josh Gallows est de retrouver la belle Ofelia perdue dans les enfers du bad trip, des generator party et de cet étrange groupe qui inonde ses fans d’acids. Stoner Road est une habile et jubilatoire relecture stoner du mythe d’Orphée ainsi que du grand mythe américain de la frontière. Josh doit descendre en Enfer rechercher sa belle tout en traversant la mythique frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, symbole fondateur de tout un pan du cinéma de genre américain.

Stoner Road est un très bon livre de genre écrit par un amoureux du genre qui se lit avec du stoner plein les oreilles, la playlist loin d’être un vulgaire gadget apporte un vrai plus lors de la lecture du livre et se marie parfaitement avec les mots de Julien Heylbroeck (par ailleurs auteur de plusieurs livres parus dans la collection Trash et créateur de Green Tiburon, le plus cool des héros masqués). Bien rythmé, simple et efficace, le livre réussit le parti de mixer une face réaliste proche du western moderne et des chapitres totalement surréalistes tout entiers dédiés aux trips sous acide de son héros. Mélange des genres, style direct, références classiques et contemporaines, galerie de personnages, et gros sons, « Stoner Road » à tout pour plaire et s’impose comme un vrai plaisir de lecture pour les fans de genre, de stoner et pour les lecteurs curieux. Maintenant Monsieur Heylbroeck, si je peux me permettre une suggestion, on veut une histoire de vikings rythmée par une playlist à base de Bathory et consorts.




Rédigé par : Seb On Fire | The Action Is Go/ | Nb de lectures : 9825




Auteur
Commentaire
VS-papy
Membre enregistré
Posté le: 03/12/2014 à 17h37 - (115032)
J'ai ça dans ma pile à lire !

Asteroïd
IP:90.15.131.29
Invité
Posté le: 03/12/2014 à 18h03 - (115033)
Ah! ah! ah! dans ma librairie habituelle, ils l'ont mis au rayon "science-fiction" !!?

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