SPACE BONG - Deadwood To Worms (Art As Catharsis) - 16/12/2015 @ 07h19
Est-ce que tirer un bang dans l’espace défonce plus que sur terre ? Voit-on les étoiles de plus près ? Comment fait-on pour l’appel d’air, pour que la beuh se consume, ou même pour recracher le médicament que tes poumons viennent d’absorber ? Pour la problématique purement logistique, est-ce que la NASA te laisserait monter dans une navette avec un bang ? Comment fait-on pour cacher la beuh dans ses chaussettes en portant des bottes spatiales ? Et puis une fois la douille tirée, les chances de confondre la terre avec une comète, ou même de ne pas arriver à rejoindre la navette sont finalement trop grande. Tirer une douille ne serait-il finalement pas plus simple sur terre ? Le sextet australien se pose beaucoup de questions existentielles –à moins que ce ne soit moi- que peu malheureusement sont à même de répondre. Pour notre plus grand bien, ils laissent un témoignage poignant de leur passage sur terre et de leurs esprits vifs au sein de 5 longs morceaux tournant autour de l’athéisme, l’alcool et la défonce en général, et la liberté. Tous ces sujets sont amplement d’actualité. Et pas besoin d’être défoncé pour trouver Deadwood To Worms excellent.

Les insulaires savent faire résonner une bonne chanson de Metal, plus précisément 5 savoureux morceaux de sludge avec de très forts relents de doom presque rituel, et une pointe de drone. Un passif lourd issu de plusieurs années de désintoxication, d’isolation, de train de vie en dehors des clous et de toute forme de socialisation, laisse forcément des traces à chacun de ses membres. Space Bong sort son second opus Deadwood To Worms, empreint de sincérité, et heavy as fuck. Il est pour ses protagonistes tout autant une remémoration affective du leur lourd vécu qu'une libération, nous permettant de comprendre pourquoi cette musique est si bourrue, sous tension et à la franchise si palpable. Les 2 chants bousillés par la fumette, les textes désespérés, et cette ode à la fraternité élaborent le cahier des charges idéal pour un combo sludge. Au moins, les australiens abordent des sujets qu’ils connaissent, et y mettent leurs tripes.

La basse omniprésente ne fait pas semblant, et son pote tape sur les peaux comme un primate pour encadrer les titres longs et enivrants (4 dépassent les 10 minutes). Les guitares sont fuzzy et s’autorisent des soli parfaits, difficile cependant de savoir qui fait quoi entre les 2 gratteux, le sentiment d’entendre une seule guitare ne me lâche pas pendant l’écoute de ce disque. Non, ce n’est pas préjudiciable, pas plus que l’alternance de chant, qui laisse perplexe, ni l’un ni l’autre ne se démarque réellement. On sent plus un collectif, un groupe de potes donc, plus qu’un réel combo, puisque certain ne semblent pas débordé d’activité. Mais ils sont là, et c’est leur présence qui compte.

Tout respire le sludge, de la lenteur pachydermique aux saveurs de beuh qui émanent de chacun de ces titres, des paroles simples abordant les thèmes chéris, aux samples de films et ses classiques insultes en english slang, de ces patterns de batterie issus d’une époque où le feu n’existait pas encore, à la saleté de ce couple de voix relativement raw, ou encore à cette production chaude et underground enrobant avec soin les forces déployées par les gars d’Adelaïde. Le beat est lent, corroboré par cette grosse proportion d’instrumental nonchalant qui installe cette ambiance typique. Space Bong ne sort pas des sentiers battus, et ne bouleverse pas l’idée que l’on a du sludge, mais excelle dans le petit périmètre au sein duquel il exerce, et surtout, quitte à me répéter, œuvre avec franchise. Toutes les variantes du sludge ont le vent en poupe depuis une petite décennie, mais le sludge pur et dur rame et n’arrive pas à bon port, snobé par notre scène. Les meilleures sorties de ce style sont issues de labels confidentiels, et il n’y a aucun débat possible sur le sujet. Tout ici me rappelle AlgomA, petite merveille canadienne sortie l’année dernière, offrant un vrai bon album de sludge, lui aussi sorti dans le quasi anonymat.

Deadwood To Worms est probablement ce que j’ai entendu de mieux cette année dans le style, et un véritable plébiscite pour la scène underground. Fumez-en !




Rédigé par : Bras Cassé | 15,5/20 | Nb de lectures : 7111




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