RAKOTH - Tiny Deaths (Elitist Records/M10) - 24/06/2003 @ 13h38
Drôle de prémonition que le nom du groupe réverbéré à l’envers sur la pochette en un « Htokar » sinistre à nos oreilles francophones… Comme si Rakoth eux-mêmes se liguaient pour faire écho aux haros de déception qui tombent comme des fantassins sous la mitraille depuis les quelques jours que « Tiny Deaths » a fait son apparition sur le champ de bataille de la presse metal (et des vautours du trading). Le label l’annonce haut et fort, sans que l’on sache s’il s’agit d’un éclat de fierté ou d’une amorce de dédouanage en cas d’échec : l’album va diviser tout le monde, des fans aux critiques. Etant moi-même l’un et l’autre, dois-je donc m’attendre à être fractionné, mitosé, schizophrénisé par un puzzle mental dépassant le cadre de mon imagination ?
Mettons tout de suite les choses bien à plat : partir à la rencontre de « Tiny Deaths » en ayant le colossal « Jabberworks » comme référence en tête, c’est courir au lynchage d’intention. De l’ancienne mouture du groupe russe, il ne subsiste pas assez de traits caractéristiques pour justifier un comparatif – vouloir à tout prix regarder en arrière, c’est préparer en bien pire le même genre de procès réactionnaire que certains collent sur le dos de Elend pour avoir « renié » leurs envolées orchestrales : ça peut se comprendre mais ce n’est pas une démarche honnête.
Alors qu’est-ce au juste que « Tiny Deaths » ? Est-ce un de ces aliens brouilleurs de pistes faisant passer la musique la plus anti-conformiste qui soit pour une innocente soupelette populiste ? Doit-on prendre peur à la perspective d’une quelconque vanité expérimentale bien opaque dont la clé est condamnée à prendre la rouille dans un recoin scellé de son cerveau créateur ? Doit-on partir du principe que « de toute façon c’est trop compliqué, autant économiser mon énergie pour aller cracher à la gueule du nouveau Metallica sur tous les forums du web » ?
Non. Rien de tout ça en fait. Loin de la forteresse imprenable, loin de la hantise de journaliste, « Tiny Deaths » n’élève aucune palissade particulière à son approche, et c’est à la rigueur ce qui déroute le plus à la première écoute. Je veux dire par là que la musique n’emprunte pas mille détours à 180°, ne regorge pas d’élucubrations techniques ni de sonorités inexpliquées. Si étrangeté il y a – et il y a – il faut la chercher bien à l’intérieur de l’enveloppe. « Tiny Deaths » est certes en soi un bras d’honneur au mainstream, mais il faut reconnaître que c’est tout sauf un album hostile.
Tout ce qui s’y déroule est reclus et intimiste, étonamment. Avancer dans « Tiny Deaths » c’est comme essayer de sprinter dans du coton : c’est trouble, laborieux et même ankylosé. En d’autres termes plus question de croire aux coups d’éclat en masse d’un « Jabberworks », inimitable flambeau du dark metal aux accents « sympholk ». D’une certaine façon les ingrédients principaux en ont tout de même été conservés – d’ailleurs on retrouve bien ce son mystique duquel le groupe nous a habitués à envelopper ses orchestrations – mais tout a été versé dans une grosse moulinette psychotropique, destructuré, malaxé et restructuré au ralenti. Enfin restructuré est un bien grand mot puisque la plupart du temps Rakoth jouent au grand écart avec des lignes de basse, de guitare et de synthé en totale indépendance l’une de l’autre, comme des amants déçus qui marcheraient de front sans jamais s’adresser un regard. De ce qui parvient le plus immédiatement à l’oreille, beaucoup se base sur les nuances du chant et – surtout – du narratif, par lequel transitent les émotions les plus variées, de la perplexité à l’abattement, en passant par la colère, etc.: en gros le vocaliste communique beaucoup sans toujours s’appuyer sur les voix instrumentales pour véhiculer son propos. La musique se résume souvent – au moins pour 50% de chaque morceau lorsque ce n’est continuellement – à un brouillard en sourdine que l’on imaginerait davantage en lointain appoint d’une quelconque errance visuelle dictée par l’absinthe qu’en véritable trame cohérente. On y pêche des fragments de doom, de blues, de folklore, de trip-hop et, ô prodige, une poignée de fièvres up-tempo (dont les cris black semblent presque déplacés en regard du reste), mais rien qui ressemble de près ou de loin à un point d’ancrage où fixer une impression globale, rien ou si peu qui émerge du domaine de l’idée, de l’embryonnaire, du contour. La flûte, tremblante, endosse parfois le rôle de la confidente dans les ténèbres, et c’est à elle que l’on doit les parties les plus mémorisables de l’album – à elle et à deux ou trois gracieuses marches au piano dont celle qui, sur « Horizon », convole bien malgré elle avec un improbable discours haché en Russe.
J’aimerais dire que l’effet produit est génial, sophistiqué, visionnaire… il l’est probablement, pour peu que l’on attaque « Tiny Deaths » sans préjugés et avec la bonne paire d’oreilles. Mais je vais être honnête, même avec la meilleure volonté et la plus grande attention sur une grosse dizaine d’écoute, je n’en retire qu’un désert de perplexité assommante, quelques satisfactions sporadiques (principalement dues à des flashs de reconnaissance nostalgique) et de trop rares occasions de transposer durablement mon esprit dans les méandres de ce délirium lunaire.
Rakoth poursuivent désormais des petits bouts d’instinct derrière la barrière créatrice qu’ils ont érigé entre eux et le monde. On ne peut même pas les taxer de pseudo-intellectualisme pédantique car, encore une fois, le langage en tant que tel reste quand même lisible pour tous – ce qui blesse c’est cette absence totale de fil d’Ariane, de clé sur le verrou… c’est l’incompréhension profonde où plonge une (post-)musique courageuse, dérangeante, sans précédent, mais aussi j’en ai peur sans utilité manifeste.
Maintenant, comme tout ça ne nous renseigne pas vraiment sur le potentiel véritable de ce CD, je ne vois pas grand chose de mieux que de m’imposer un menu auto-interrogatoire de cinq questions à choix fermé :
- Rakoth est un groupe talentueux :
OUI
- « Tiny Deaths » est un album original :
OUI
- « Tiny Deaths » peut se trouver un public de passionnés :
OUI
- « Tiny Deaths » est un album de fort bonne qualité :
OUI

- « Tiny Deaths » est chiant comme la pluie :
OUI


Rédigé par : Uriel | 12/20 | Nb de lectures : 7706




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Commentaire
Belila
Invité
Posté le: 24/06/2003 à 14h02 - (4168)
Mais où sont passées les compos envoutantes de Jabberworks ? :(

dark tranquilou
Invité
Posté le: 24/06/2003 à 14h02 - (4169)
je rajouterai pour ma part:
Les synthés sur le premier morceau ont un son abominable que même NAOS n'a pas réussi a égaler. Je ne connaissais pas rakoth avant mais là je dois avouer que j'y suis complètement hermétique. J'essayerai quand même l'album précédent.

Vinceroom7
Invité
Posté le: 24/06/2003 à 16h25 - (4174)
Ouin :'(

Je vais quand même essyer de l'écouter, on ne sait jamais...

Stefan
Invité
Posté le: 24/06/2003 à 18h13 - (4181)
Vraiment pas bon en effet... le groupe aurait il pris la grosse tete ?

mydrin
Invité
Posté le: 24/06/2003 à 21h21 - (4184)
c clair cet album est plus que moyen :-((

darkanar
Invité
Posté le: 29/06/2003 à 14h56 - (4258)
Bien dommage... surtout quand on connaît la qualité de "Jabberworks" et de "PLaneshift"

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