PYRES - Year of Sleep (Autoproduction) - 07/10/2013 @ 07h57
Je connais cette galette par coeur, son univers, son riffing, la structure de ses morceaux, ses gimmicks, sa production, ses moindres recoins finalement. J'avais le sentiment de la connaître alors que je n'avais toujours pas fini l'écoute complète de ce premier effort. C'est triste d'obliger son auditoire à faire une croix sur un quelconque effet de surprise. Les canadiens de Pyres sont malheureusement de ceux-là, de ceux dont les albums des aînés ont tellement tourné, qu'instrument en main, ils reproduisent trait pour trait ce qui orne nos discothèques depuis tant d'années. Le combo vient de Toronto mais doit avoir les yeux qui brillent lorsqu'ils pensent aux états du Sud des USA, particulièrement la Géorgie.

Pour les présentations, nous sommes dans un de ces quartiers hipster de Toronto. Vous savez ce genre de coin où les moustachus se rejoignent, l'air cool, chemise à carreau entr'ouvertes laissant apparaître nombre de tattoos. Pyres créé sa musique là où fourmillent les pubs et salles de concert underground, où la faune locale vient confronter son look et ses décibels. La scène Metal de Toronto est disparate, avec quelques bons groupes (Blood Ceremony, Nadja, Cancer Bats...) mais pas suffisamment pour lui permettre de se démarquer. Elle voit encore la province voisine, le Québec, écraser la scène artistique nationale et offrir ce que le pays a de meilleur en terme de Metal (et d'art en règle générale).

Crevons donc l'abcès tout de suite. Mes reproches concernant Year of Sleep sont peu nombreux mais envahissants. Et d'une, l'admiration pour John Baizley et les premiers travaux de Baroness (les 2 premiers EP jusqu'à Red Album surtout) sont édifiants. Du riffing à la structure progressive des titres, en passant par l'enregistrement, tout rappelle le quatuor de Savannah et plus particulièrement les gimmicks de son leader. Et de 2, le manque de personnalité de ce jeune combo canadien. Cette remarque recoupe clairement la première, et s'adresse d'ailleurs à une importante frange des sorties surfant actuellement sur ces sonorités. Le sentiment d'avoir un pot-pourri des idées déjà développées par cette scène m'ennuie. Je pourrai citer pêle-mêle une ribambelle d'autres groupes qui ont pu influencer l'écriture de ces 6 titres. Mais vous avez saisi l'idée, avec ce riffing heavy jeté au sein de structures progressives, flirtant avec le sludge propret des nouvelles scènes.

La frustration des premières écoutes est bel et bien là, le manque de caractère saute aux oreilles, il est presque impossible de se concentrer sur le reste car l'esprit est accaparé par ce à quoi il ne devrait pas avoir à penser. Mais il ne faut pas tout voir en noir et nos gaziers ont cependant quelque chose dans le ventre. Ils offrent un rock sludgy agréable tel qu'on le fait actuellement, c'est-à-dire dans sa version propre, loin du sludge originel crado, sans une goutte de core non plus, ni même le sludge contemplatif/atmosphérique. Non, le leur est quelque peu progressif et très rock, renforcé par cette guitare très Baronnessienne et cette voix de camionneur. Bon, un jeune camionneur tout de même, et bien élevé. Pas de vomi sur la chemise, juste les tattoos et la barbe, avec un léger manque de vécu. Ce timbre ne sort pas encore du lot et gagnerait à être davantage rugueux. La rythmique est solide et permet à la guitare de développer un univers soigné, au long de titres oscillant entre 5 et 10min, où le gratteux triture son instrument avec l'envie de bien faire. La production bien balancée aide à mettre en valeur cet enchevêtrement de riffs, véritable vitrine de Year of Sleep. Pyres ne crache pas encore toutes ses tripes, mais offre une base instrumentale exécutée avec doigté, pas forcément alambiquée mais tout de même aventureuse. Oui, une belle base instrumentale, prenant une part conséquente où notre quatuor a presque plus d'atouts à faire valoir dans cette configuration musicale.

Ne jetons pas la pierre à Pyres ("il a tout de même marqué de beaux buts durant sa carrière"), qui offre un premier effort perfectible, se cherchant un son et une identité, mais qui ravit tout de même en posant les bases d'une musique attachante. Espérons juste qu'ils arrêtent de copier ce que nous connaissons et écoutons tous depuis un paquet d'années, pour donner leur propre version de ce genre musical si trendy de nos jours. Bombe le torse jeune padawan et pars au front, je sens que tu as encore beaucoup à offrir.

Bandcamp - 92 téléchargements


Rédigé par : Bras Cassé | 14/20 | Nb de lectures : 10932




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