PERIPHERY - Juggernaut (Century Media) - 30/04/2015 @ 07h39
Troisième album pour PERIPHERY, qui a déjà choisi de s’affranchir de son schéma « nouvel album éponyme avec sous-titre » utilisé pour Periphery II : This Time It’s Personal, que l’on pensait pourtant pérenne. Mais cette fois-ci, c’est sûr et certain, PERIPHERY fait quelque chose de personnel, même si de nombreux clones existent, dont aucun n’arrivera jamais à la cheville du groupe de Misha « Bulb » Mansoor. Surtout que plus PERIPHERY évolue dans sa carrière, plus il devient un groupe mature qui a totalement maîtrisé son son et ses codes, proposant des œuvres d’une cohérence rare, à partir de presque rien pourtant (du MESHUGGAH mélodique à chant clair si l’on veut réduire grossièrement). Ceci au détriment de certaines choses et de certains pans de son art. Periphery (2010) avait donc séduit de par son côté alternativement foufou et aérien, mais alors que Bulb semble avoir fini de puiser dans son répertoire de démos (même si encore une fois, je n’ai pas creusé de fond en comble pour voir si des riffs n’ont pas été réutilisés), PERIPHERY lui continue à évoluer dans un registre volontairement soft et accessible, une sorte de Metal mainstream américain puisant bien évidemment dans le Djent pur et dur mais aussi dans l’émo (oui, soyons honnêtes). Periphery II : This Time It’s Personal avait donc démarré ce virage, et l’EP conceptuel Clear n’était annonceur de rien du tout de particulier, si ce n’est les morceaux plus classiques. Voilà donc Juggernaut troisième album de PERIPHERY qui, au premier abord, est un pur album de PERIPHERY, ni plus ni moins.

Mais voilà que les choses se complexifient. Juggernaut est un double album, séparé en deux parties, Juggernaut : Alpha et Juggernaut : Omega, sorties en même temps mais vendues séparement, tout du moins en Europe et au format CD (la seule vraie sortie « deux en un » que je connais est au format vinyle). Deux CDs crystal box avec fourreau perforé au logo du groupe, tout du moins pour les versions de Century Media, avec des bonus, un poster (youpi !) pour Juggernaut : Alpha et un DVD (avec un documentaire studio baptisé « Juggerdoc ») pour Juggernaut : Omega. Pourquoi deux albums alors que le contenu des deux aurait pu tenir tout juste en un seul CD, le groupe explique ça par un subtil concept que nous avions relayé dans nos news, et j’avoue encore une fois que je suis passé complètement au-dessus donc je ne vais pas m’attarder dessus. Mais le groupe travaille encore tout ceci et musicalement, cela se remarque facilement notamment grâce à quelques refrains et autres strophes de chant qui reviennent dans des morceaux différents, et sur les deux différents disques, ce qui était déjà le cas sur Periphery II : This Time It’s Personal mais on sent toujours qu’il a du travail pour faire quelque chose de bien composé et réfléchi. Classiquement, quand on parle d’un groupe qui a deux facettes (une plus technique, une plus mélodique) depuis ses débuts, on pense que ce double album va être l’occasion de livrer un album calme et un album bourrin. Eh bien pas du tout, même si l’on trouve au premier abord une vibe bien différente entre Alpha et Omega. Juggernaut est bel et bien à prendre comme un tout, PERIPHERY continue à voguer entre ses différentes humeurs mais maintenant ça se fait au niveau du sein même des morceaux, même si l’humeur globale elle est désormais assez éloignée de Periphery. Le groupe a fait ses choix de fond et de forme, pour le meilleur et pour le pire, pour l’approbation des lovers et l’agacement des haters.

Puisque le groupe sépare distinctement les deux parties de Juggernaut, commençons par nous attarder sur les particularités de Juggernaut : Alpha, premier disque qui se pose, dès les premières écoutes, comme une collection de hits, morceaux simples et potentiels tubes, de PERIPHERY. Ce qui est sûr, c’est que sur Juggernaut : Alpha est plus soft et « mainstream » que jamais, capitalisant sur la simplicité aérienne de Periphery II : This Time It’s Personal, même si le Djent est bien là. Spencer y fait étalage de ses capacités vocales, et même s’il a été particulièrement raillé ces derniers temps, le bougre progresse de sortie en sortie et même son chant hurlé, autrefois très poussif, devient plutôt efficace. Surtout qu’il sort à des moments cruciaux, où la musique s’emballe, entre les nombreuses lignes claires maîtrisées et appréciables appuyant les plans mélodiques, un tout qui fait aussi partie de l’essence de PERIPHERY. De beaux couplets et de beaux refrains sont au programme, dès l’entrée sur l’atmosphérique "A Black Minute" d’ailleurs, ensuite on se fera facilement happer par les couplets de "The Scourge", "22 Faces" et "Psychosphere", ainsi que les refrains de "Heavy Heart" et surtout celui de "Alpha", inoubliable dès la première écoute. Juggernaut : Alpha est donc un album à la cool, en témoignent les deux morceaux suscités pour la qualité de leurs refrains, et grâce à Spencer tout du long qui appuie les efforts mélodiques du groupe. Mais PERIPHERY reste une formation de Djent et "MK Ultra", second morceau de la tracklist, surprend d’emblée après "A Black Minute" : il aurait presque pu figurer sur Periphery et remet en avant le côté foufou du groupe, notamment grâce à ce final décalé qui ressemble à une sorte de musique d’ascenseur composée par PERIPHERY. Le groupe n’oublie pas d’être djenty et le montre avec l’enchaînement "22 Faces" - "Rainbow Gravity" - "Four Lights", où l’ensemble est plus percutant mais parfois convenu ("Rainbow Gravity" malgré les étonnants chœurs) ou se met subitement à repencher de trop vers MESHUGGAH (l’instrumental "Four Lights"). Mais on constate avec étonnement que le Djent de PERIPHERY se retrouve désormais avec des riffs globalement plus lourds. L’instrumental "The Event" sonne donc presque comme un interlude d’un album de Post-Metal bien pesant, et introduit "The Scourge" qui est un morceau très différent : le début est dans la lignée de l’interlude avec des riffs très appuyés, on navigue presque dans les eaux de TESSERACT et VILDHJARTA, avant que le groupe ne s’offre des riffs très mordants et un final très atmo. Le riche "Psychosphere" conclut Juggernaut : Alpha de la même manière, et si ce premier volet reste finalement un album classique de PERIPHERY avec ses hits et ses moments remarquables, on voit que le groupe a plusieurs cordes à son arc et propose d’autres perspectives, au sein de son Djent « mainstream ».

Une richesse qui va maintenant être développée pour Juggernaut : Omega, un album certes moins avare en moments plus djenty mais qui n’est pas non plus le véritable némésis de Juggernaut : Alpha. Si Alpha était l’album classique pour poser des compos accrocheuses et des tubes potentiels, Omega est lui plus contrasté et complexe, à défaut d’être véritablement expérimental ou plus rentre-dedans. Pourtant, paradoxalement, après l’intro "Reprise" qui reprend des lignes de chant de "A Black Minute", Juggernaut : Omega comprend LE tube de ce double disque en la présence de "The Bad Thing" : les riffs djent butent, Spencer est génial, le morceau déjà contrasté et complet. Peut-être même le meilleur morceau jamais composé par PERIPHERY ! Et les contrastes se font voir car le groupe enchaîne sur "Priestess", lui complètement dépouillé et majoritairement acoustique et mélodique, laissant Spencer s’exprimer pour une prestation assez touchante, surtout le refrain. Contrastes toujours vu que le groupe fait ensuite un revirage à 180° : "Graveless" repasse la seconde vers du Djent plus énergique, mais un peu trop classique pour le groupe, qui choisit alors avec "Hell Below", portant bien son nom, d’alourdir et d’assombrir considérablement son propos : PERIPHERY n’avait jamais été aussi massif même si ça lui fait plus ressembler à VILDHJARTA qu’autre chose… Un final électro-mélodique à nouveau décalé et incongru comme pour "MK Ultra", et le groupe va jeter ses dernières forces dans la bataille pour "Omega" et "Stranger Things", qui à eux deux totalisent plus de 19 minutes de musique ! "Omega" se pose presque comme le nouveau "Racecar", où les passages d’humeurs diverses et variées s’enchaînent, sous l’égide d’un djent efficace mais toujours aéré, et véritbalement riche avec un vrai travail de fond vu qu’en bout de course nous retrouvons l’excellent refrain de "Alpha" dans une ambiance plus épique que jamais. Pour "Stranger Things" le groupe retrouve alors son côté dynamique et bavard, mais tout comme pour "Omega" s’il arrive à accrocher son monde sans trop de mal, il semble surtout se contenter de faire ce qu’il sait faire, en empilant les riffs et mélodies, sans le panache nécessaire pour rendre ce type de morceaux longs irrésistibles. Mais PERIPHERY reste PERIPHERY et son Djent est de qualité, et Juggernaut : Omega montre donc un groupe en forme qui travaille ses compos et structures plutôt que de juste balancer des couplets et refrains radio, montrant un autre visage que Juggernaut : Alpha, mais pas totalement différent vu que les ingrédients restent les mêmes. D’ailleurs, concernant Juggernaut : Omega, on a souvent l’impression de réentendre Periphery II : This Time It’s Personal, dans une version plus cérébrale et fouillée, sentiment qui ne se retrouvait pas à l’écoute de Juggernaut : Alpha même s’il était dans le même esprit cool et mainstream…

Juggernaut est donc l’album de tous les paradoxes pour PERIPHERY. Qui, en dépit de légères innovations, reste un pur album de PERIPHERY, composé par un groupe au sommet de son entente entre membres si l’on en croit ce qu’ils disent sur le « Juggerdoc ». Juggernaut ne surpasse pourtant pas ses prédécesseurs, même si des moments forts sont une nouvelle fois présents, le groupe en est à son apogée niveau inspiration et talent (notamment Spencer) mais il fait surtout ce qu’il sait faire, et les nouvelles et bonnes idées sont hélas un peu diluées au milieu de tous ces passages classiques surtout que l’album est long (plus de 80 minutes pour deux disques). Des bonnes idées qui vont d’ailleurs repiquer chez les autres courants du Djent (l’atmo de TESSERACT, le côté sombre de VILDHJARTA, la lourdeur et l’efficacité de la frange Deathcore du genre)… On attendait peut-être de PERIPHERY qu’il continue d’évoluer en faisant sa propre sauce, mais ce qu’il fait actuellement, il le fait bien mais le groupe devra évoluer significativement pour ne pas tourner en rond, même si on s’est éloigné du côté imprévisible d’un Periphery pour voguer vers un Djent de plus en plus « mainstream », qui sait néanmoins pulser comme il faut. Juggernaut est pour autant le manifeste du style actuel de PERIPHERY, tout est dedans, mais s’il apporte de nouveaux morceaux croustillants et/ou magnifiques il n’est pas surprenant pour qui aura bien digéré Periphery et Periphery II : This Time It’s Personal. Alpha et Omega montrent alors des humeurs diverses, dans une même veine globale toutefois, aussi Juggernaut est à prendre comme un tout et les deux disques sont indissociables, même s’il faudra les acheter séparément… Ce double opus est finalement si bien goupillé que je n’arrive pas à avoir de préférence pour un des deux disques, enfin si mais ça change à chaque fois, donc mathématiquement on tend vers l’équilibre… Juggernaut n’est donc pas l’album le plus immédiat de PERIPHERY, il faut vraiment se plonger dans l’œuvre ce qui est paradoxal vu que c’est globalement l’album le plus « mainstream » du groupe. Mais cela démontre aussi que c’est un album riche, passionnant même si classique, et même si ce n’est peut-être pas leur meilleur effort il montre un groupe ambitieux qui a une certaine maîtrise du Djent qu’il a lui-même créé, offrant un album au minimum très bon. « Periphery, love that shit ! »



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Rédigé par : ZeSnake | 15/20 | Nb de lectures : 9743




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