OVID'S WITHERING - Scryers Of The Ibis (Autoproduction) - 14/01/2014 @ 08h01
Dans le Metal américain, il y a de sacrés nerds. Certaines pages facebook de groupes tournent plus à la rigolade qu’à la promotion de la musique. Ainsi, entre deux posts parlant musique (la leur ou celle des potes), on peut trouver sur la page facebook d’OVID’S WITHERING les exploits de leurs membres dans des jeux vidéo typés MMORPG et aussi un tas de conneries et de memes issus de la culture 4chan. Ils ont même un jour relayé une vidéo de FADADES ! Oui, le Métal alsacien frontière Allemagne/Suisse a été cité du côté de la Floride. Mais ce qui passionne surtout OVID’S WITHERING, c’est Dolan, ce meme qui est une sorte d’ersatz mal dégrossi de Donald Duck, mis en scène dans des comics fait maison à l’humour très scabreux, volontairement rédigés dans un anglais écrit par un attardé mental. Dolan est devenu un emblème pour le groupe qui en a même fait des t-shirts, avec la mention devenue culte : « OVDI PLS ».

Au-delà de toutes ces plaisanteries des internets, OVID’S WITHERING fait donc de la musique, et bien évidemment dans un genre fortement marqué par toute la culture web 2.0 voire 3.0 et tous les updates de la 2.0 : le Djent/Deathcore. Houlà, que de gros mots ! Mais concernant OVID’S WITHERING, le résultat est plus complexe que ça. Ce groupe formé en 2010 s’autoqualifie de « Theatrical Tech Metal ». Ce qui nous donne dans l’absolu une sorte de Djent/Deathcore symphonique mais la réalité est toujours plus complexe car nous sommes bien loin d’un WINDS OF PLAGUE. A l’instar d’AKELDAMA qui a sorti plus tôt cette année (2013, on approche de la fin de l’année et les publications vont passer le 31) l’excellent Everything Beautiful, OVID’S WITHERING est du genre à bouffer à tous les râteliers. Djent classique à la PERIPHERY ou plus expérimental à la VILDHJARTA, Sumeriancore (pour tous ses aspects : les plus techniques VEIL OF MAYA, les plus « blip blip » BORN OF OSIRIS, les plus couillus AFTER THE BURIAL), Deathcore progressif façon SLICE THE CAKE, Death technique moderne à la THE FACELESS, Deathcore à clavier genre MAKE THEM SUFFER, tout un tas d’autres trucs Djent/Deathcore et bien sûr un tas de groupes de Metal sympho, tout y passe dans un joyeux foutoir, foutoir qui est tout de même rigoureusement contrôlé. Remarqué avec son EP The Cloud Gatherer en 2012 puis par deux singles, il est temps que OVID’S WITHERING passe sur le grill avec un full-length, album ambitieux de plus de 72 minutes, j’ai nommé Scryers Of The Ibis.

Il ne va donc pas être évident de se retrouver dans la mixture proposée par OVID’S WITHERING qui au premier abord est tout sauf digeste. Les plans Metal oscillent en permanence entre Djent coolos et Deathcore bien gras, et on retrouve rarement deux fois la même chose à l’instar d’un EVER FORTHRIGHT. C’est déjà pas mal mais la particularité d’OVID’S WITHERING, c’est d’accompagner tout ça avec pléthore d’accès symphoniques/orchestraux et quelques bidouillages électroniques, qui témoignent de la passion du groupe pour l’epicness et les jeux vidéo plus ou moins vintage (leurs influences vont en gros de Zelda à World Of Warcraft). Cela se traduit par des envolées de claviers qui se marient parfaitement aux nombreux riffs syncopés/techniques, et surtout par des breaks à chant Black posant une ambiance digne de CARACH ANGREN, influence citée par le groupe d’ailleurs ! Ne manque plus qu’un bon chant et c’est l’excellent JJ « Shiv » Polachek de 7 HORNS 7 EYES qui s’en charge, son chant Deathcore rauque est d’ailleurs pour moi un des meilleurs du marché. OVID’S WITHERING a posé les bases, présentes dès The Cloud Gatherer, et va montrer qu’il a de la ressource pour poser son « Theatrical Tech Metal » sur un album de 72 minutes composé de 12 pistes passionnantes.

Pistes qui même si elles ont sensiblement la même base, se distinguent aisément par les ambiances ou orchestrations proposées plutôt que par les riffs, surtout là pour assurer l’assise rythmique et metallique même si certaines parties, plus techniques ou accrocheuses, retiennent l’attention dès les premières écoutes. "Earthshaker I" ouvre donc Scryers Of The Ibis dans un déluge blastant, suivi de riffs djent bien punchy et de moult bidules symphoniques et électroniques. D’emblée, OVID’S WITHERING nous balance un de ses meilleurs morceaux et on est directement plongé dans l’album, en se laissant entraîner par quelques passages assez jouissifs, ainsi que par l’excellent chant de JJ et bien sûr les claviers foisonnants, le tout empaqueté dans une grosse production qui pète bien (logique pour le genre). OVID’S WITHERING va ensuite enchaîner les pépites avec une certaine science du « j’en fous partout mais je reste cohérent », ce qui va nous donner des morceaux énormes comme "Oedipus Complex" qui est couillu à souhait (le passage bien allumé à 3’10 est génial) et parfaitement structuré et arrangé, "Murder to Dissect" assez lourd et monumental (l’intro est majestueuse, le refrain simple est imparable, les mélodies sont magnifiques), et "Exile" qui démarre par une splendide intro électronique avant de balancer riffs et orchestrations assez martiales et très variées. OVID’S WITHERING nous a montré ce qu’il sait faire, et avant la tuerie et single "The Reckoning. The Summoning. The Purge." en forme de démonstration parfaite (on aura même le droit à des synthés à la LIMBONIC ART), le groupe va aussi dévoiler une facette plus efficace de son « Theatrical Tech Metal », avec le quatuor plus percutant et donc plus orienté Deathcore/Djent mais toujours contrasté de par l’usage des claviers, "Winter in Tomis" - "Acheron" - "The Omen of Lycaon" - "Falsehood of Blasphemous Voices" (comportant une partie de chant clair d'excellente facture, la seule de l'album avec le court passage pendant "Winter in Tomis"). Scryers Of The Ibis se clôturera par le plus coolos "Panikon Deima", mais on a tout de suite envie de rappuyer sur « play » au cas où on aurait loupé quelconque subtilité dans cet album dense et florissant.

Scryers Of The Ibis n’est pas exempt de petits reproches, si l’ensemble est personnel et original il se base tout de même sur un fond Djent/Deathcore classique mais exécuté avec classe et inspiration. En 72 minutes, quelques longueurs apparaissent et les deux instrumentaux du disque, l’appendice "Earthshaker II" et l’interlude "The Gods of Shepherds and Flocks", sont plutôt dispensables et font un peu retomber la tension même s’ils contribuent à l’ambiance du disque. Bien que contrôlé, le groupe ne tient pas forcément en place et parfois le syndrome du collage de plans peut se faire ressentir, avec une impression de passer du coq à l’âne par moments. Mais pondre un album d’une telle densité était tout sauf facile, et il conviendra surtout de saluer la performance globale, surtout pour un premier album, d’OVID’S WITHERING. Cet album était attendu par les fans et OVDI (pour les intimes) a réussi son coup (on leur a souvent demandé avec des « pls »), livrant un excellent album souvent jouissif et entraînant, qui est probablement ce qui se fait de mieux en Djent/Deathcore « à clavier » aujourd’hui, avec des influences sympho bien digérées et intégrées, bref l’étiquette unique « Theatrical Tech Metal » n’est pas volée. Jamais kitsch comme WINDS OF PLAGUE et BORN OF OSIRIS, et ne négligeant ni l’aspect rentre-dedans et efficace propre au Deathcore ni la technique inhérente au Djent (et à la frange progressive du Deathcore), OVID’S WITHERING a réussi à trouver un équilibre malgré la densité de son propos, plutôt fignolé et ambitieux, et résolument « nerd » jusque dans la musique finalement. Ce n’est pas un disque digéré en deux écoutes et d’aucuns trouveront que c’est « too much », et même si c’est légèrement le cas Scryers Of The Ibis est un album détonant et assez énorme, qui représente une certaine idée de la « performance » dans le milieu du Djent et du Deathcore.

http://www.facebook.com/ovidswithering - 194 visite(s)

Bandcamp - 99 téléchargements


Rédigé par : ZeSnake | 16/20 | Nb de lectures : 11410




Auteur
Commentaire
ennemi juré
IP:93.14.83.221
Invité
Posté le: 14/01/2014 à 09h36 - (110709)
Bonne chronique. Un album excellent et assez complexe.

Moulinexxx
Membre enregistré
Posté le: 14/01/2014 à 11h04 - (110711)
D'habitude ce n'est vraiment pas le genre de truc que j'écoute, mais il faut reconnaître que c'est vachement bien foutu, riche, surprenant, et avec de bonnes ambiances.

WithinThePoutre
IP:92.151.88.57
Invité
Posté le: 14/01/2014 à 15h34 - (110716)
Excellent un album, peut être un petit peu long et je suis un peu gêné par le son de la boite à rythme, mais quelle puissance! Et les mélodies font mouche à chaque fois, avec une prod plus soignée que leur premier EP, je dis bravo!

Syfreak
Membre enregistré
Posté le: 14/01/2014 à 19h52 - (110722)
Découvert par hasard il y a peu et c'est vraiment une bonne surprise !



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