ORDO BLASPHEMUS - Orgasme Ossuaire (Antiq) - 31/05/2016 @ 07h04
Même si l'exercice est relativement rare dans les chroniques musicales dès lors qu'il s'agit de revenir sur ses propos, je pense que j'ai été un peu dur dans ma chronique du "Chaotic Loom" d'ORDO BLASPHEMUS initialement parue en 2011 sur VS. Non pas que j'ai complètement changé d'avis sur le disque, mais si je devais la réécrire aujourd'hui, je serai plus précautionneux avec le coté armoire du disque. Il est certain que certains styles de musique ne souffrent pas d'approximations : on imagine mal un groupe de Djent ne pas travailler au clic et négliger sa technique. Cependant, le respect des conventions et des normes musicales n'est pas une règle capitale... surtout quand on veut faire de l'art plus que de la musique à proprement parler.
L'autre jour, je discutais avec un instrumentiste qui me disait que la musique extrême n'en était pas vraiment car, souvent, elle se foutait de l'harmonie, de la mélodie et des plus basiques fondamentaux qui régissent la musique. Toujours selon lui, ce "Je m'en foutisme" à la limite de la débilité mentale conduisait souvent une sorte de bruit difforme et diffus sans réelle profondeur musicale et à la limite de la diarrhée auditive. Pas évident de nier que dans certains cas, ce n'est pas vraiment éloigné de la vérité.
Cependant, je lui ai répondu que je comprenais son point de vue mais que si lui voulait comprendre ce qu'essayaient de faire de nombreux musiciens de la scène extrême, il fallait qu'il oublie ses histoires de normes, de barrières et de théories pour embrasser au mieux ce monde barbare qui a tant à offrir. Car oui, évidement, on peut faire de magnifiques chansons en restant dans un cadre donné, mais l'exploser et le réduire en miette pour s'amuser avec les copeaux de partitions, les bouts d'accord, et la tige du métronome peut aussi donner des résultats stupéfiants. C'est certainement en raison de ces blocages que certains mecs ne feront jamais rien d'autre dans leur vie que d'essayer de copier leurs mentors quand d'autres s'essayeront à des expérimentations où ils se casseront férocement la gueule mais où ils auront le mérite d'une démarche sincère et authentique. Et quelque fois, ces dégringolades donnent lieu à de grands moments de musique.
Pour le sujet qui nous concerne aujourd'hui, on pourra penser ce que l’on veut de cet « Orgasme Ossuaire », mais on ne pourra que difficilement mettre en défaut le travail autour de la conception de l’objet et l’accouchement de l’œuvre tant ses deux géniteurs semblent s'y être investis à fond.

ORDO BLASPHEMUS, c’est donc Antumnos et Lazareth qui se sont une nouvelle fois enfouis la tête et le corps sous un amas de linceuls suintant le malaise et empestant la mort pour nous livrer un nouvel effort blasphématoire. Premier élément intéressant à observer, la box de toute beauté, accompagnant la tape « Orgasme Ossuaire » intégralement conçue à la main par Antumnos. Antiq livre d’ailleurs un petit résumé de tous les instruments utilisés pour la conception de ces 100 boîtes en bois, réalisée sur un temps de six mois… inutile de vous dire qu'Antumnos a du passer quelques heures à se crever les yeux et à se brûler les doigts pour proposer un tel objet sortant autant de l’ordinaire. La box contient donc deux K7 audio, un poster (blanc ou noir), une carte et selon les versions/options un CD (reprenant les titres des deux albums) plus un t Shirt. DIY quand tu nous tiens... respect pour le travail et la démarche.
« Orgasme Ossuaire » s'inscrit à la fois dans la tradition des sorties exigeantes d'Antiq et dans la lignée de ce qu'avait proposé ORDO BLASPHEMUS jusqu’à présent... à la différence que leur précédente offrande ne m'avait pas parlé quand celle ci m'a beaucoup plus intrigué. Fondamentalement pourtant, et en apparence, le propos n'a pas évolué des masses. Le son est toujours aussi abrasif, le son de guitare toujours aussi dégueulasse, les approximations nombreuses et la difficulté pour distinguer quoi que ce soit toujours aussi "éclatante". Le travail des mises en places est toujours aussi négligé et la gestion du patrimoine violent de l'œuvre toujours agencé comme si les auteurs voulaient que cela ressemble à un chaos de lave incandescente déferlant sur la gueule des auditeurs. Quoi de neuf alors ?
Avant tout, et sans me taper un ego trip de merde, je suis plus en phase avec ce type de prod' qu'il y a quelques années. J'ai appris à davantage laisser le temps aux disques rugueux de s'exprimer pour qu'ils révèlent leur charmes. Il m'est aussi apparu de manière plus claire qu'avant qu'il valait toujours mieux, et je dis bien toujours, écouter un artiste qui trébuche qu'un technicien qui étincelle. Du coup, au fur et à mesure des écoutes, les sombres litanies d'ORDO BLASPHEMUS m'ont apparues de plus en plus intéressantes, de la même manière que des ossements leucodermes ne peuvent que se remarquer au milieu de la pourriture et des déjections. Dans l'essence même des propos d'OB émerge une parole profondément confuse, éraillée et irritante, une musique défigurée et des paroles hérétiques. Du coup, quels besoins ont les musiciens de se consacrer à la technique et la production quand ils ne souhaitent exprimer qu'anarchie, douleur et étrangeté ? Dès lors qu'on regarde le groupe par ce prisme, on comprend beaucoup mieux sa musique et on est plus apte à l'écouter.
Au départ je trouvais la guitare d'Autumnos quasi inaudible, la basse tour à tour omniprésente puis aux abonnés absents et les rythmes pour le moins mouvants. Mais au fur et à mesure j'ai entendu dans ces accords voilés à l'extrême une musique décrépite, déformée par une hideuse monstruosité et pleine d'une démoniaque énergie. Les tempos vont de la rapidité du blast beat à la dynamique d'une double pédale lancée à fond dans un mid tempo farfelu et si les breaks peuvent se montrer bancals, on finit par ne plus se préoccuper des pets foireux et des mucosités verdoyantes pour apprécier l'ensemble et ses contrastes.
De cette bouillie incandescente émerge quelque fois des mélodies étranges quand les riffs malsains développent une sorte de barbarie sonore au charme étrange. On ne sait jamais vraiment si on va être agréablement surpris où effectuer une nouvelle sortie de route mais de ce chaos anarchique finit par émerger un équilibre bancal soutenu par une ébriété contenue et des vomissements saccadés. Ça reste sale et repoussant comme une vieille odeur nauséabonde tenace mais au niveau du rendu, on peut pas nier que cela possède une singularité marquée et une personnalité certaine. Bien évidement certains trouveront le disque à chier et absolument insupportable à écouter mais je l'ai suffisamment creusé et écouté pour ma part pour devoir dire qu'il y a quelque chose qui m'intrigue dans tout ça, m'intéresse, me retient et m'interpelle. Attarde toi donc toi aussi cinq minutes avec ORDO si tu as envie d'écouter un black aussi râpeux et irritant qu'une bonne vielle lime effilée pleine de rouille.




Rédigé par : Pamalach | 14/20 | Nb de lectures : 6051




Auteur
Commentaire
TGW
IP:81.80.112.31
Invité
Posté le: 31/05/2016 à 09h02 - (120224)
Ton pote "instrumentiste" est un mongolien. J'imagine qu'il connait mieux la musique et qu'il joue mieux qu'un mec comme Rob Marcello. Et les "basiques fondamentaux" de la musique ils ont été explosés par des types vraiment moins influents que ton pote comme l'intégralité du mouvement dodécaphonique (Cf Shoenberg,...), ou la quasi intégralité des grands jazzmen (Holdsworth, Lane, ...).

pamalach
Membre enregistré
Posté le: 31/05/2016 à 10h30 - (120227)
Cette anecdote était surtout destinée à montrer combien certaines personnes peuvent être réfractaire à ce qu'ils écoutent/comprennent habituellement. Inutile de mêler les personnes trisomiques à tout cela.

TGW
IP:81.80.112.31
Invité
Posté le: 31/05/2016 à 14h34 - (120233)
""Je m'en foutisme" à la limite de la débilité mentale".
Corrige ce passage alors.

Le Corbeau
IP:185.24.153.101
Invité
Posté le: 01/06/2016 à 14h32 - (120247)
rroh... qu'est ce que c'est que ce relou? :S excellente chro sinon!

ICE MC
IP:176.151.212.226
Invité
Posté le: 02/06/2016 à 20h32 - (120271)
TGW c'est l'heure du dodo maintenant

loihli
IP:78.112.147.146
Invité
Posté le: 03/06/2016 à 22h49 - (120293)
Dommage pour la photo déformée !!
Chro franchement interessante, surtout quand on avait lu à l'époque le démontage en règle de Chaotic Loom

Bobbie
Membre enregistré
Posté le: 04/06/2016 à 23h03 - (120302)
Ouais, vraiment très bonne chro Pamalach, bien écrite et avec de bonnes reflexions. C'est le genre d'album qui serait facile à défoncer et tu fais la démarche de prendre l'album au sérieux et d'essayer de le comprendre. Perso d'après l'extrait, c'est un peu trop underground à mon goût mais, comme tu l'écrits très bien, mieux vaut une oeuvre bancale mais honnête qu'un produit bien carré mais sans réel propos.

pamalach
Membre enregistré
Posté le: 06/06/2016 à 23h28 - (120311)
Oui désolé pour la photo, cela ne rend pas hommage à la beauté de l'objet original...les coms me font plaisir en tout cas.

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