OBSIDIAN KINGDOM - Mantiis (An Agony in Fourteen Bites) (Season of Mist) - 08/12/2014 @ 07h32
"Hard-to-classify heavy music with plenty of contrast".

Une fois n'est pas coutume, force est de reconnaître que ce credo fourre-tout relevé sur le bandcamp du groupe, cri du corps et du coeur que j'ai un temps soupçonné de marketo-esbrouffing, est un descriptif juste et bon. Descriptif qui devient d'ailleurs une évidence au fil des écoutes tant les cinq barcelonais sont habiles dans l'art de brouiller les pistes et de surprendre l'auditeur.
C'est vrai, je n'étais pas (tout à fait) dupe. Inconditionnel afficionado de la plateforme Bandcamp et du paquet d'artistes talentueux qu'elle charrie dans son sillage, j'avais déjà vu passer le nom d'OBSIDIAN KINGDOM au cours d'une de ces interminables recherches animées par la quête de la perle rare. Le plus surprenant est qu'il y a deux ans, date à laquelle le groupe proposait "Mantiis" sur Bandcamp, l'album ne m'avait pas forcément fait plus d'effet que cela. Certes, il y avait des indices de qualité dispersés ci et là : ces compositions ambitieuses aux structures alambiquées, cette atmosphère originale...mais pas de coup de foudre à l'horizon. A n'en point douter, la qualité moyenne du son en streaming y était certainement pour quelque chose. La relative saturation que j'éprouvais après de nombreuses heures passées sur le site, les yeux rougis et les oreilles sifflantes, nuisaient également à ma faculté de jugement. A l'instar de Phil ou Moundir qui entamaient une déforestation en règle pour dénicher le précieux totem lors du jeu d'orientation de Koh Lanta alors que celui-ci gisait à leur pied, j'étais passé à côté de l'essentiel.
Mais l'univers du groupe, intrigant et décalé, trahissait déjà une envie pressante de s'extirper de la masse et d'emprunter des chemins de traverse. Cet artwork signé par Ritxi Ostáriz (IHSAHN, ULVER) et Elena Gallen (Kulte, VICE), peuplé de collages et de personnages irréels, invitait au voyage, au mystère, à l'abandon. Il illustrait avec classe un concept sur le crime et ses terribles répercussions à travers des textes profonds et personnels, véritables montagnes russes chargées d'émotions passant en revue les champs lexicaux du désespoir et de la violence.

Deux ans plus tard, Season of Mist reprend les choses la où elles se sont arrêtées pour proposer une diffusion à plus grande échelle de cette oeuvre originale et métissée (initialement limitée à 500 exemplaires à sa première sortie). Car OBSIDIAN KINGDOM sait y faire lorsqu'il s'agit de créer des ambiances prenantes. Quelques notes de pianos, une guitare mélancolique et plaintive, un beat diffus paré de bidouillages électro. Bienvenue sur "Not yet five", morceau d'ouverture énigmatique qui cède sa place quatre minutes plus tard à un "Oncoming Dark" qui porte parfaitement son nom, merci pour lui. Un riff acoustique délicat déboule à la manière d'un KATATONIA dernière mouture puis les traits se figent, se durcissent pour virer temporairement sur un metal classieux parsemé de claviers. Riches et inventifs.
"Through the glass" annonce le changement. Maintenant. La tempête menace, le vent se lève, le black metal, inscrit dans les gènes du groupe, reprend ses droits. Le batteur bombe le torse et intensifie le mouvement avant de laisser place à un "Cinammon balls" bizarroïde, alliance réussie entre mélodies d'acier et dissonances improbables. MADDER MORTEM sort de ce corps ! "The nurse" et "Answers revealing" calment le jeu, la première avec ses relents presque jazzy et la seconde avec son riff éthéré, subtil qui montre une paire de gratteux rivalisant d'inventivité harmonique. Et ce saxo, sensuel et déluré, qui s’invite et tournoie sur un "Last of the light" ivre et tellurique, intervention pertinente qui contrebalance une section rythmique balayant tout sur son passage. Que dire aussi des quelques notes de piano qui introduisent ensuite "Genteel to mention", morceau de bravoure aux 3 ridicules minutes qui en mériterait au moins 10 pour laisser ses superbes mélodies exploser en apothéose tant le climax proposé par ce vocaliste à l'organe infaillible sur les parties claires, à l'instar d'un certain Garm sur "Bergtatt", est proche de la perfection.

Inspiration. Expiration. Envolée progressive embuée, intimiste sur "Awake until dawn". C'est alors le grand saut avec "Haunts of the underworld" et son solo héroïque aux faux accents OPETH-iens qui laisse la place dans la foulée à la sauvagerie délurée d'un "Endless Wall" puissant, entraînant, profondément métallique. Confusion, violence, calme, les sentiments s'entremêlent sans laisser de temps mort. "Fingers in anguish" se pare de contours étranges tant il fleure bon la schizophrénie par tous les pores. Camisole. Camisole. OBSIDIAN KINGDOM, qui est tu vraiment ? Ce solo, épique, superbe, technique qui magnifie un "Ball room" massif et grisant ? Ou cet être rampant, noir et inquiétant qui hante le final de "And then it was" avec ses claviers froids et distants, comme si DIMMU venait de s'enfiler un doublé Whisky/Neocodion dans le seul but d'oublier sa détresse post-Enthrone Darkness Triumphant. Qui est-tu, OBSIDIAN KINGDOM ?

Post black ? Metal prog ? Doom atmosphérique ? Drone ? Gnè ? "Mantiis" se joue des étiquettes pour les retourner l'une après l'autre, proposant ici un superbe tour de force, homogène, compact, unique, qui ne se dévoilera véritablement qu'après une bonne dizaine d’écoutes attentives. L'immersion dans le monde des espagnols sera alors totale, sans retour et vous n'aurez d'autre alternative que de vous laisser happer par cet "opéra rock" noir, sombre, épique, détaillé en 14 pièces de choix. 14 morsures qui distilleront leur délicieux venin au plus profond de vos esgourdes.

NB : Les plus téméraires et ouvert(e)s d'esprits d'entre vous pourront s'aventurer sur "Torn & burnt", relecture electro/IDM de certains des morceaux présents sur "Mantiis" (également disponible sur le bandcamp du groupe). Les remixes, assurés par LARVAE, DRUMCORPS, SUBHEIM et quelques autres frondeurs y sont de qualité.




Rédigé par : TarGhost | 16.5/20 | Nb de lectures : 9840




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Commentaire
grozeil
Membre enregistré
Posté le: 08/12/2014 à 19h18 - (115100)
Découverts en première partie de Solstafir sur l'actuelle tournée, j'ai trouvé ça suffisamment bien en live pour leur prendre ce cd. Aux premières écoutes, je n'ai pas ressenti la même chose qu'en concert, mais il faut que j'y prête plus d'attention.
J'avais pas fait le rapprochement avec Madder Mortem, mais c'est ma foi assez juste! En live, ça m'a (bizarrement) fait penser aussi au premier disque d'In The Woods, mais j'ai dû rêver (la bière était fraiche, pas trop chère et gigantesque, ceci explique peut être cela).
Après, de là à dire comme la bio/dossier de presse que c'est une révélation ou je sais pas quoi, mmmmhhh... On va se calmer un peu quand même :)



styx
IP:80.215.163.135
Invité
Posté le: 09/12/2014 à 06h49 - (115104)
C'est bon ça;)
Perso j'y vois planer l'influ des vieux Opeth tout le long, une bonne louchée de prog' aussi (pas du metal prog). Tout comme grozeil, je vais approfondir avant d'essayer d'y voir + clair.

Jotun35
Membre enregistré
Posté le: 16/12/2014 à 14h07 - (115191)
Découvert l'année dernière à la sortie de l'album (donc first press)... Ca fait depuis un bail que je n'y suis pas retourné. Mais cet album fait typiquement partie des CDs que j'écoute rarement mais que j'apprécie énormément une fois le CD enfourné dans le lecteur. Pas facile d'accès et nécessite d'être "d'humeur pour" mais clairement un bon album à forte personnalité!



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