NOCTE OBDUCTA - Umbriel - Das Schweigen Zwischen Den Sternen (MDD) - 19/04/2013 @ 09h07
Ca fait toujours plaisir d’apprendre totalement par hasard qu’un de ses groupes préférés s’apprête à sortir un nouvel album, surtout quand on entonne « mais j’étais même pas au courant ! » lorsqu’on le remarque. C’est donc dans le catalogue de mai 2012 de Nuclear Blast, en zieutant vite fait les pages de chroniques, que j’ai appris que NOCTE OBDUCTA allait sortir un nouvel album fin juin 2012, moins d’un an après Verderbnis - Der Schnitter Kratzt An Jeder Tür, ce qui est surprenant même pour un groupe historiquement prolifique comme NOCTE OBDUCTA. Je sais bien que leur label MDD est avant tout une distro, mais à l’heure de facebook et des nombreux sites/webzines relayeurs de news, un minimum de promo ne fait pas de mal, quand bien même MDD a fini par envoyer un promo de Umbriel - Das Schweigen Zwischen Den Sternen à la rédaction de VS. Mais à ce jour, aucun extrait n’a été diffusé officiellement, et il a longtemps fallu creuser sec -Google et les forums allemands- pour avoir des infos supplémentaires sur ce 9ème album de NOCTE OBDUCTA. Car en plus, la sortie de ce disque a été sans cesse repoussée, et il ne sortira finalement que début mars 2013 ! Seul le catalogue en ligne de Nuclear Blast permettait de suivre l’évolution de la date de sortie, le groupe lui préférant botter en touche sur son facebook, déclarant que l’album sortira quand il sortira, et parlera plutôt de ses dates de concert. Enfin bon, Umbriel - Das Schweigen Zwischen Den Sternen (littéralement « le silence entre les étoiles ») est enfin sorti et c’est l’essentiel, même si l’impatience, succédant à la surprise initiale, a grandi.

Et je chouine là-dessus parce que je trouve toujours que ce groupe allemand existant depuis 1995 n’a jamais eu la renommée qu’il mérite, véritable chantre du Black atmo allemand au son avant-gardiste très personnel, inventif, prolifique et souvent très original et conceptuel. Le peu de promo fait autour de la formation menée par Marcel « Traumschänder » Breuer me désole. Mais il faut dire que son BM très particulier n’est pas non plus fait pour toutes les oreilles. Pourtant, Verderbnis - Der Schnitter Kratzt An Jeder Tür (2011) jouait la carte d’un retour à un Black plus cru et agressif tout en continuant les expérimentations et autres travaux sur des sonorités particulières. Mais là, NOCTE OBDUCTA va s’autoriser un petit retour en arrière, sur ce qui avait directement précédé Verderbnis, à savoir la période la plus progressive et la plus atmosphérique du groupe, matérialisée par le fantastique Sequenzen Einer Wanderung (2008) et par l’album légèrement bancal de l’éphémère projet DINNER AUF URANOS. Ce n’est pas pour rien que l’on retrouve le nom même de ce projet pour un titre de morceau-fleuve, et Marcel dit lui-même être fasciné par la 7ème planète du système solaire. D’ailleurs les paroles d’Umbriel prennent souvent une tournure cosmique. La musique joue donc sur les progressions et les ambiances autour d’un BM bluesy toujours marqué de la patte acoustique de Marcel Breuer. Mais ce n’est pas tout et la saturation est également à l’honneur, même si l’agressivité n’est pas de la partie. Marcel, arborant un T-shirt KYUSS LIVES sur les photos promo, présente Umbriel comme un croisement entre Sequenzen Einer Wanderung, 50 Sommer - 50 Winter l’unique album de DINNER AUF URANOS et Verderbnis, mais comportant également des touches de Schwarzmetall - Ein Primitives Zwischenspiel (2001) et Stille - Das Nagende Schweigen (2003).

NOCTE OBDUCTA reste toujours le même et son touché reste reconnaissable entre mille. Marcel ajoute d’ailleurs que cet album montre que DINNER AUF URANOS est NOCTE OBDUCTA et que l’inverse est vrai aussi… et que les deux restent DESÎHRA, le premier nom de NOCTE OBDUCTA. Si l’on s’attend presque à avoir affaire à un pont entre toutes leurs sorties, on remarque que la réalité est plus complexe que ça. Non, NOCTE OBDUCTA va se baser sur son passé pour faire quelque de nouveau et différent encore. Et l’innovation saute à la figure dès que "Kerkerwelten - Teil I" est lancé et que les sonorités résolument psychédéliques débarquent. Encore plus lorsque le second morceau, "Gottverreckete Finsternis" (tiens, c’était le sous-titre de leur premier album Lethe (1999)… chez ce groupe, tout est toujours lié) balance quelques guitares fuzzy. NOCTE OBDUCTA aurait-il ingéré des champis, trop tiré sur le THC, pris des substances en intraveineuse, avalé des cachetons en forme de Pokémon, ou tout à la fois ? Aurait-il trop écouté ELECTRIC WIZARD et consorts ? Non, Marcel et ses camarades de jeu -le batteur Matze (qui joue également du… Thérémin), le bassiste Heidig, le guitariste/chanteur Stefan, les invités au chant Flange et (comme toujours) Torsten d’AGRYPNIE- se la jouent surtout PINK FLOYD. Mais avec les particularités propres de leur BM atmosphérique, qui est donc ici résolument progressif et toujours avant-gardiste. Imaginez un groupe comme AGALLOCH qui déciderait de jouer du Black allemand tout en voulant résumer la carrière de PINK FLOYD de A Saucerful Of Secrets à Wish You Were Here vous donnera une vague idée de ce peut donner Umbriel. Enfin, si NOCTE n’a pas de secrets pour vous, vous comprendrez bien assez vite que les allemands veulent surtout se la jouer psyché et un brin cosmique. Bref, inutile de dire qu’Umbriel est l’album le plus expérimental, et surtout le plus perché, de NOCTE OBDUCTA. Il va falloir se plonger dans l’ambiance singulière de cet album pour en saisir l’essence, album qui oscille entre guitares bluesy typiquement Marcel Breuer-iennes, passages plus crades et saturés assurant l’aspect BM, et pérégrinations atmosphériques diverses et variées portées par différents types de chant.

Démarrant par un passage au piano très minimaliste, "Kerkerwelten - Teil I" va donc ouvrir Umbriel grâce à des guitares acoustiques mélodiques et des effets et synthés psychédéliques enfumés très prenants. Le Black-Metal va ensuite prendre ses droits grâce à des trémolos bien sentis, et un chant crié doublant un chant clair rondement mené. Mais c’est bien l’aspect posé, atmosphérique et mélodique qui prédomine, nous montrant bien que nous n’allons pas avoir affaire à un NOCTE OBDUCTA énervé. Pourtant, "Gottverreckte Finsternis" assombrit nettement l’ambiance, porté par des guitares mid-tempo bien lourdes, un chant narré au ton grave et les éructations Black de Torsten. Mais l’ambiance est toujours mystique, psychédélique et tortueuse, nous faisant ici penser à KAMERA OBSKUR, un projet bien obscur auquel Marcel avait participé en 2011. NOCTE OBDUCTA nous plonge dans les abysses pour mieux nous extirper vers la lumière, c’est ainsi que "01-86 Umbriel", dont le nom évoque la date où la sonde Voyager 2 a survolé pour la première fois la planète Uranus, sonne quasiment comme un "Welcome to the Machine" version NOCTE OBDUCTA : le départ électronique, les leads cotonneux, tout y est à l’exception de synthés remplacés par des guitares mélodiques et l’absence de chant. Voyager 2 a scruté Uranus dans ses moindres détails et nous allons pouvoir y organiser un dîner (même si ça serait un peu compliqué d’installer tables et tonnelles sur une planète gazeuse) : "Dinner auf Uranos" est donc la première longue pièce d’Umbriel, 14 minutes au compteur. 14 minutes somptueuses faites de sublimes mélodies acoustiques, d’un splendide chant clair en allemand, de montées saturées très épiques, et de bon nombre d’effets psychédéliques divers et variés, le morceau prenant une tournure carrément ambiante au bout d’un moment, avant de se terminer en un final chanté accrocheur digne du meilleur de… DINNER AUF URANOS.

Après ce voyage entre les étoiles, revenons sur terre avec le plus terre-à-terre "Mehr Hass". Un morceau résolument Black mais toujours dans ces sonorités bluesy crades et toujours mid-tempo, néanmoins clairement affilié à Verderbnis, et bénéficiant de l’apport de Torsten qui fait ici le chant principal. Accrocheur grâce à d’excellents riffs, ce morceau est vraiment en marge du reste mais permet de montrer toute la variété et l’inventivité de NOCTE OBDUCTA, qui parvient à conserver les amateurs de leur strict côté Black dans son sillage. On repart de nouveau vers la lumière pour "Leere" qui est le second morceau fleuve d’Umbriel : un peu plus de 14 minutes. Et à nouveau, les mélodies de gratte acoustique et le chant clair (dont je ne sais toujours pas qui en est le performer, Stefan à priori… ou Marcel lui-même) vont être en vue au sein d’une plage particulièrement atmosphérique, marquée par un long break aux synthés légèrement médiévaux (ce qui nous donne une bonne illustration musicale de la pochette) avant un final aux trémolos et riffs salvateurs. On poursuit l’aventure avec "Ein Nachmittag Mit Edgar" : vu le nom du morceau, cette piste composée en 2006 est une pure œuvre de DINNER AUF URANOS avec son côté Rock et plus cool qui lui est propre. Elle aurait pu figurer à l’aise sur 50 Sommer - 50 Winter, ce qui signifie que ce n’est pas la pièce la plus intéressante de Umbriel car trop classique, moins psychédélique et trop longuette, dommage. L’album va se terminer en formant une sorte de « boucle » : "Reprise Dinner auf Uranos" reprend comme son nom l’indique un pan ambiant de "Dinner auf Uranos" en plus cosmique encore ; et "Kerkerwelten - Teil II" va être tout simplement la suite de sa "Teil I", clôturant l’album en y réinjectant des trémolos épiques, et toujours les chants variés et les fantastiques mélodies de Marcel mariées aux effets progressifs et psychédéliques qui font tout le sel d’Umbriel - Das Schweigen Zwischen Den Sternen.

Et qu’en penser dans l’ensemble ? Umbriel est tellement inaccessible qu’il faut vraiment faire l’effort de se plonger dedans, pourtant il se base sur des choses assez faciles d’accès et accrocheuses au premier abord (mélodies enivrantes, chants maîtrisés, riffs bien sentis ici et là, batterie parfaitement dosée), mais NOCTE OBDUCTA a créé un mélange déroutant avec une ambiance singulière. Cela ne veut pas dire que Umbriel est raté, bien au contraire. Mais à vrai dire, même si je le trouve très bon, je ne saurai être à 100% catégorique dessus. Mieux que 50 Sommer - 50 Winter, moins bon que Sequenzen Einer Wanderung, voilà pour la comparaison brute et c’est un bon compromis, d’ailleurs je précise que ma note n’est pas à prendre de but en blanc. Un album de Black atmosphérique progressif très particulier qui nécessite une immersion à chaque instant, et aussi de connaître l’« art » Marcel Breuer/NOCTE OBDUCTA sous peine d’être vite perdu au milieu de ces sonorités originales. Mais une fois que l’on parvient à se laisser emporter (dans un état second ?) par ces mélodies acoustiques et ces atermoiements psychédéliques et progressifs, Umbriel se pose comme une franche réussite et un dépaysement musical total. NOCTE OBDUCTA continue donc à expérimenter et à faire étalage de tout son talent pour, même si à mon humble avis Umbriel n’est pas ce que le groupe a fait de mieux, mais on en est pas loin et de toute manière il y a suffisamment de bonnes choses à signaler ici, dont le goût toujours immodéré pour les magnifiques mélodies acoustiques. Si vous investissez pour Umbriel, n’hésitez pas à vous procurer le digipack qui en plus de comporter des liner-notes de Marcel (en allemand certes) qui vous expliquent la genèse de l’album, présente une pochette différente plus jolie et une texture cartonnée inédite, faite de ce papier recyclé qui orne parfois l’arrière des bloc-notes, vous savez celui sur lequel vous vous amusiez à relier les plus gros grains lors des cours ennuyeux de fac. Dernière chose, je constate que j’ai encore pondu un pavé (ça faisait longtemps), mais NOCTE OBDUCTA c’est du bon et il y a des choses à dire, et de toute manière quand on aime on ne compte pas ses mots.

http://www.nocte-obducta.de - 179 visite(s)

Kerkerwelten (Teil I & II) - 142 téléchargements


Rédigé par : ZeSnake | 16/20 | Nb de lectures : 12063




Auteur
Commentaire
damikachu
Membre enregistré
Posté le: 19/04/2013 à 12h23 - (107068)

L'extrait est très tentant... je pense que je vais craquer, merci pour la découverte.

Sinon, quel(s) autre(s) albums pour commencer avec ce groupe ?

panzerfaust
IP:188.60.184.164
Invité
Posté le: 19/04/2013 à 13h37 - (107073)
@damikachu : pour moi la meilleure période est "stille" et "nektar". du black atmo qui peut rappeler les travaux d'Empyrium, avec une touche plus agressive.

ZeSnake
Membre enregistré
Posté le: 19/04/2013 à 16h17 - (107076)
les deux "Nektar" restent les albums les plus accessibles donc idéaux pour commencer, mais je garde une préférence pour les deux premiers albums "Stille" et "Taverne" qui restent abordables du moment qu'on est habitué au son plus rugueux. rien n'est à jeter mais les autres albums sont plutôt à part, surtout "Sequenzen..." et... celui-ci.

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