NIGHTBRINGER - Ego Dominus Tuus (Underground Activists/Season of Mist) - 09/10/2014 @ 07h43
Depuis qu’il traîne ses guêtres dans le petit monde du Black-Metal, à la lisière de l’underground et du BM plus « populaire », en marge de la majorité des productions USBM, NIGHTBRINGER a eu le temps de se faire un nom mais n’a pas vraiment eu le loisir de décoller. Après un fantastique Death And The Black Work (2008), le groupe américain avait stagné, stylistiquement et en qualité. Mais si Apocalypse Sun (2010) demeure un album parfois grandiose, Hierophany Of The Open Grave (2011) marquait, avec le recul, un coup d’arrêt. Si je l’avais apprécié à sa sortie, je le trouve aujourd’hui assez ennuyeux. Pour ne pas sombrer dans la routine ou se faire oublier dans une sorte de seconde division, NIGHTBRINGER doit évoluer, se renouveler, au moins montrer qu’il a encore de l’inspiration. Ego Dominus Tuus, deuxième album à sortir chez Season of Mist’s Underground Activists, doit confirmer les progrès qu’a fait le groupe avec le split avec ACHERONTAS sorti en 2012. Pour cela, il n’y a pas le choix, il va falloir sortir du carcan « Black occulte à trémolos et à grosses voix », sans pour autant en perdre son identité. L’entreprise est risquée et la marge de manœuvre de NIGHTBRINGER semble réduite, entre évolution trop tranchante à forte probabilité de plantage et redite définitive qui ne mènerait plus à rien.

Mais le fait est là, avec Ego Dominus Tuus, NIGHTBRINGER évolue, à son rythme et à sa manière, mais évolue quand même. La base reste cependant la même. Nous sommes toujours en présence de cet étrange Black à l’ambiance très noire et occulte, porté par les vocaux possédés de Naas Alcameth et Nox Corvus, à la production étouffe-chrétien qui drape les compos dans un certain chaos maîtrisé, compos faites d’incessants leads, même si de ce côté le groupe ne retrouve pas le paysage sonore blindé de trémolos de Apocalypse Sun, confirmant l’équilibre qui avait été trouvé avec Hierophany Of The Open Grave. Les changements ne sont donc pas spécialement musicaux, ils interviennent surtout au niveau de l’atmosphère globale du disque. Il semble clair qu’avec Ego Dominus Tuus, NIGHTBRINGER ne s’est jamais montré aussi majestueux, aussi épique, aussi puissant, aussi monumental. La noirceur et l’occulte sont toujours là, mais si lors des précédents albums on se retrouvait plongé dans une messe noire éclairée par quelques bougies, ici nous sommes plutôt au cœur d’un temple qui brille de mille feux, éclairé de toutes parts, laissant apparaître l’opulence des offrandes au Malin, l’or et le diamant. Erebor laissé aux mains de Smaug, mais en version USBM en somme.

Après l’intro "Prayer of Naphal" digne des ambiances d’ÆVANGELIST, NIGHTBRINGER jette toutes ses forces dans la bataille pour "Et Nox Illuminatio Mea In Deliciis Meis", qui d’emblée se pose comme un des meilleurs morceaux du combo. L’accélération initiale doublée par l’ambiance apocalyptique dévaste tout sur son passage, une déferlante de démons sur fond de musique martiale et violente. NIGHTBRINGER se distingue désormais par des blasts saisissants et des montées d’ambiance prenantes, tandis que derrière les guitares lead s’en donnent à cœur joie et Naas Alcameth et Nox Corvus éructent leurs invocations comme à leur habitude. 9 minutes (tout pile) à couper le souffle, avec des ralentissements permettant aux passages salvateurs de mieux nous prendre par surprise à la gorge, NIGHTBRINGER n’est pas loin du sommet de son art noir. La messe occulte se poursuit sans transition par "Lantern of Eden’s Night" et la tension ne baisse pas, marquée par ces assauts blastés assez ultimes (le départ est juste énormissime). Mais, hélas et 666 fois hélas, encore une fois NIGHTBRINGER a du mal à exploiter son potentiel sur album entier et finit par lasser par linéarité, en faisant toujours la même chose, ne parvenant plus à pondre un autre morceau génial qui sortirait du lot, retrouvant son défaut particulièrement gênant qu’est la redite.

Entre des interludes ambiants très bien menés ("Call of the Exile", "Salvation Is the Son of Leviathan"), NIGHTBRINGER ne fait donc qu’aligner des morceaux qui n’apportent plus grand-chose, trop convenus pour le groupe (tous les gimmicks sont là), même si l’ambiance de Ego Dominus Tuus change (un peu) des précédents albums (cf. les claviers lugubres de "Where Fire Never Dreamt of Man"). Les accélérations soudaines bien que prévisibles font toujours leur petit effet ("Things Which Are Naught", "I Am the Gateway"), mais d’autres morceaux comme "The Witchfires of Tubal-Qayin" se traînent en longueur et sont un tantinet ennuyeux. Pire, les 12 minutes de "The Otherness of Being" qui clôturent l’album sonnent surtout comme des chutes studio de tout ce que le groupe a pu produire depuis 2008 et Death And The Black Work, album qui semble toujours inégalable, NIGHTBRINGER avait tapé fort à l’époque et 6 ans après, il ne surprend plus. Ego Dominus Tuus a pour lui un peu plus de puissance et plus d’ambition pour le paysage sonore, mais le groupe reste encore capable de mieux, ici fondamentalement il se contente encore d’aligner ses compositions et arrangements de Black okkvlte sans regarder plus loin que le bout de son nez. La performance reste à saluer et NIGHTBRINGER reste assez unique en son genre, que ça soit dans le microcosme USBM ou dans un domaine plus vaste du Black, restant au-dessus d’un certain nombre de formations. Si tout l’album avait été de la trempe de "Et Nox Illuminatio Mea In Deliciis Meis" et "Lantern of Eden’s Night", NIGHTBRINGER aurait pu livrer son manifeste mais passé ce départ en fanfare le groupe américain ne fait plus peur à personne, pour au bout un album qui peut juste être mis au même niveau que Apocalypse Sun, toutefois supérieur à Hierophany Of The Open Grave qui est à oublier. Après avoir comparé le groupe à EMPEROR et MARDUK, Season of Mist continue à fumer le chichon en citant DARK FUNERAL et DIMMU BORGIR comme potentiels points de rapprochement à NIGHTBRINGER (il faut m’expliquer où ?!), mais ces derniers se suffisent à eux-mêmes. Les américains restent un monstre de BM occulte qui sait t’embrigader parmi les disciples de Satan grâce à un paquet de trémolos et deux talentueux maîtres de cérémonie, mais qui passé un premier album époustouflant n’ont jamais su exploiter correctement l’énorme potentiel qui sommeille en eux.




Rédigé par : ZeSnake | 14.5/20 | Nb de lectures : 11238




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Commentaire
gloom
IP:193.57.67.241
Invité
Posté le: 09/10/2014 à 08h19 - (113921)
la dernière piste "The Otherness of Being" est un putain de monolithe !
excellent album pour ma part qui colle une bonne mornifle à la concurrence !
perso il sera dans mes tops !

Will
IP:90.41.22.190
Invité
Posté le: 09/10/2014 à 18h21 - (113931)
L'influence de Dark Funeral, n'en déplaise au chroniqueur, est palpable. Les suites d'accords rappellent furieusement les suédois, voire Setherial également.
Pour ma part, un excellent disque, viril et inspiré.

zozo
Membre enregistré
Posté le: 11/10/2014 à 11h34 - (113964)
Moi qui n'est plus trop impressionné par les sorties black en ce moment, j'ai craqué sur le côté grandiloquent - et assumé - de ce disque massif...

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