NEHËMAH - Light of a Dead Star (Oaken Shield / Adipocere) - 07/05/2002 @ 11h07
Le tableau que nous renvoie l'actualité ces derniers temps n'a pas grand chose de bien réjouissant. Enfonçons des portes ouvertes : aux quatre coins de la planète les tensions et les haines s'étirent au-delà du point de non-retour ; entre nos murs la seule perspective à court terme est une mascarade électorale que l'on peut résumer à l'équation " impunité zéro " + " zéro SDF " = " zéro idée "... Ca vous donne envie de rester scotché aux news vous ? Et dans tout ça, pourquoi ne pas passer une couche de vernis noir supplémentaire ? Une catharsis comme une autre après tout, dont s'acquittent les quatre jeunes gueules de spectres de Nehëmah avec un incontestable à-propos. Présentés comme les nouveaux fers de lance du black metal français, Nehëmah sont surtout des résurrecteurs chevronnés pour ce qui est de raviver le souffle agonisant d'une certaine idée de la musique extrême. Mais ne nous perdons pas dans les formules et cernons bien l'essentiel : ce qui fait aujourd'hui défaut à beaucoup d'artistes auto-proclamés intègres, c'est la faculté de se projeter corps et âme dans le sein de leur musique. Car même sincérité, talent et bonne volonté ne font pas toujours tout. Parvenir à faire le lien entre un ouvrage donné et un état d'âme est plus difficile que l'on croit, tant ces petits soubressauts émotionnels qui animent une existence sont ténus et parfois insaississables. C'est pourquoi on se retrouve fréquemment confrontés avec des albums plus ou moins dépersonnalisés, tout au mieux déséquilibrés où l'on a l'impression tenace qu'une partie des morceaux sont des broderies tissées à la hâte avec une matière qui ne se justifie pas tant par le cœur du musicien que par sa technique, son savoir-composer et le besoin inaliénable de créer pour créer ou pour boucler un enregistrement. C'est ce qu'on appelle du remplissage lorsque le fossé entre ces morceaux et les plus consistants saute trop aux yeux. Où je veux en venir, c'est que " Light of a Dead Star " me donne par contraste dans son entier l'impression satisfaisante et régulière d'un album où chaque ton, chaque virgule est une expiration prenant naissance au plus profond de la conscience des musiciens, ce qui fait que ce qui sort des enceintes sonne comme une extension fidèle de leur intérieur. Et cet intérieur est une geôle calfeutrée inondée des clameurs sans âge de la colère et de la rancœur. Ce qu'elle dégorge un black aigre et glaçant comme un cri lancé du fin-fonds de la lie originelle pour ne jamais s'éteindre. Nehëmah, c'est manifeste même s'ils sont tributaires d'une image controversable et à n'en pas douter de suffisamment de ragots imbéciles, ne sont ni des poseurs pseudo-evil ni des faussaires de Burzum ou Darkthrone lorsque ces derniers baignaient dans l'envoûtement trop vif pour durer éternellement d'une musique instinctive, belle (non je ne suis pas cinglé, je le pense) et vierge de compromissions. Je pense que le nommé Corven qui est responsable de l'ensemble de la composition a saisi cet esprit à plein et est parmi les plus aptes à le reproduire. Ici pas de superflu ni de dogmatisme, juste de l'authenticité à fleur de peau. Les changements de rythme sont plus que discrets, les seuls véritablement significatifs que j'ai relevé sont des parties intermédiaires se situant dans " Across the Lanscape ", à la fin de " Misty Swamps " et surtout au milieu du titre pivot " Nehëmah in Vulva Infernum ". Dans celui-ci on a d'abord une mise en jambe lourde qui me fait songer à ce titre lent de type marche de guerre qu'avait Marduk sur " Nightwing ", puis une plage nihiliste interrompue par un hurlement soudain, comme non prémédité, suivi d'un riff lent et misanthropique qui fait planer une tension ultime. Sans cela les titres sont donc dans l'ensemble longs et monotones, mais pas dans le sens ennuyeux, plutôt dans le sens photographie poignante d'un modeste paysage brumeux figé et de ses infimes altérations au cours du temps. La variété est présente cependant, car Nehëmah imposent à bon escient des schémas et des tempos différents d'un titre à l'autre afin de ne pas faire ressembler l'écoute de cet album à une longue torpeur dont on ne ressort qu'au crissement du lecteur indiquant la fin du CD. Tantôt lents et hypnotiques, tantôt d'allure modérée et venimeux (" Across the Lanscape ") ou pour finir plus rapides et véhicules de vocaux emportés (" Light of a Dead Star "), les titres sont tous des modèles dans leurs genres respectifs, d'autant plus qu'il n'est absolument pas question de jeu approximatif ou rudimentaire, les intelligents nœuds de guitares et les lignes de basse distinctives se chargent de le faire savoir en se répartissant adroitement l'espace sonore. Naturellement à ce niveau de la chronique vous n'espérez plus que l'album puisse bénéficier d'un son bien clinquant à la Abyss, et vous faites aussi bien... Le contraire n'est pas vrai non plus, à savoir que le son est suffisamment sélectif pour les besoins d'une telle musique et qu'il n'est pas nécessaire d'avoir quinze pétards dans le nez pour affirmer fièrement qu'on a entendu une ligne de basse. D'ailleurs on ne le répétera jamais assez, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise production - je fais l'erreur assez souvent moi-même - mais seulement des productions qui mettent un album en valeur ou qui le desservent, n'en déplaise à ceux qui pissent de mépris dès qu'une piste n'est pas exactement cantonnée dans son couloir de tonalité et de volume bien rectiligne (et là je vais encore passer pour un réac' qui pense que la carrière d'un groupe s'arrête à sa première démo... ce qui n'est pas bien loin de la vérité dans certains cas isolés). En somme, Oaken Shield n'a pas toujours déniché que des perles, et sorti du prometteur Blodsrit et du singulier Mystic Forest / Eikenskaden je dirais même qu'ils n'avaient pas encore soutenu grand-chose de comestible (cf. les très dispensables Valar ou Vultyr...). Mais à force de creuser et de faire l'effort louable de mettre le pied à l'étrier des jeunes valeurs émergentes, il est bien légitime que la subdivision d'Adipocere se retrouve récompensée avec un groupe doué digne de faire plus que de la figuration à l'échelon international - ce qui se produira si Nehëmah bénéficient du soutien adéquat pour se faire un nom sur des marchés habituellement assez fermés aux artistes hexagonaux (je pense notamment à l'Allemagne où France + metal = Trust et puis basta !). Une frange du public ne sera pas difficile à conquérir avec cet album, le plus dur sera comme bien souvent de confirmer car on peut se demander si après un disque aussi fort et intense Nehëmah - a fortiori Corven - pourra donner autant la prochaine fois et arriver à un résultat aussi abouti. Mais la musique n'est pas qu'une question de spéculations ou de calculs. Heureusement !


Rédigé par : Uriel | 15/20 | Nb de lectures : 7551




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Commentaire
Beurk
Invité
Posté le: 08/05/2002 à 17h34 - (758)
où s'arrete la chronique et commence le delire pseudo-littéraire du chroniqueur....étrange étrange...

Stefan - Mystic Forest
Invité
Posté le: 08/05/2002 à 20h25 - (762)
Il dit du bien de Mystic Forest, moi ca me va :) !!!!

Uriel
Invité
Posté le: 10/05/2002 à 13h25 - (771)
Je ne délire pas et je ne fais pas de littérature, juste quelque chose que j'espère approchant du journalisme musical, ce qui n'exclut pas de sortir d'un cadre informatif pour essayer de faire passer au mieux les choses ressenties à l'écoute d'un album. Ceux que ca fait chier ont leurs raisons, il leur reste la note.
Deuze, je n'ai jamais écouté Mystic Forest, cher ami! Par contre ton "Black Laments Symphonie" trône encore et toujours à proximité de ma chaîne pour m'aider à trouver le sommeil ;-)

Stefan - Mystic Forest
Invité
Posté le: 12/05/2002 à 16h30 - (778)
Moi j'aime bien tes chroniques, surtout celle de Tidfall :) !!! Et puis il faut etre taré pour écouté du Eikenskaden de toute facon ! D'ailleurs le 2eme devrait sortir d'ici 2-3 mois et il est encore plus "Eikenskaden" que le 1er :) ... a suivre ...

Grimlord
Invité
Posté le: 12/02/2003 à 00h40 - (2123)
A quand la chronique de "Shadows from the past"?

frokost metal
Invité
Posté le: 03/04/2006 à 10h25 - (26761)
à écouter au fin fond d'une forêt, au petit matin, l'orsqu'on est plongé dans la brume.
pas d'autre posologie admissible

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