NECROBLASPHEME - Belleville (Dooweet) - 26/10/2015 @ 07h22
Je me revois là, dans mon canapé, une molle et heureuse couch potato zappant entre les chaînes de la TNT jusqu'à tomber entre deux bâillements sur une rétrospective des différentes émissions de télé-réalité qui ont marqué les années 2000. Des nympho-cinglées en string de "l'île de la tentation" aux prétendantes amourachées d'un musculeux golden boy du "Bachelor" en passant par la pantalonnade-imposture du futur ex-marié de "Mon incroyable fiancé", j'ai pu me délecter pendant une bonne heure bien peinard de ce pan juteux de notre patrimoine télévisuel. Et c'est là que le parallèle m'a explosé en pleine face : Laurent Ournac, NECROBLASPHEME...bon sang mais c'est bien sûr !

Je m'explique. "Destination nulle part" m'avait fait sauter la boîte crânienne avec son brutal death monstrueux, alternant blasts usainboltiens et grooves imparables, magnifié par une production massive des Drudenhaus studios : voilà qui faisait de cette galette un mètre-étalon en terme de brutalité made in France. Oui, pour sûr, rien de foncièrement révolutionnaire la dedans, mais quel pied j'avais pris à m'enfiler ce condensé de brutalité bovine ! Nous y voilà donc, ce "Destination..." est à l'image du personnage ventru interprété par Laurent Ournac dans "Mon incroyable fiancé". Foncièrement attachant sous son air rustre et renfrogné, charismatique entre deux pets lâchés comme une déclaration d'amour au petit déjeuner ! Le genre de bougre qui retourne n'importe quel rallye sponsorisé par Famille Chrétienne en une ode à la grivoiserie et par la même à la joie à de vivre. Du bonheur en fait.

Sur "Belleville", c'en est fini des élucubrations brutal death licencieuses. Je m'en étais douté à l'écoute du précédent EP "XXVI : the deeper, the better" qui montrait déjà un NECROBLASPHEME résolu à aller brouter d'autres vertes prairies tout en restant bien installé dans son carré brutal death mega groove. Le groupe a encore évolué depuis pour ne pas se contenter de régurgiter à l'identique une plâtrée de death furibard comme il savait si bien le faire. Mais il joue désormais dans des horizons musicaux où je ne l'attendais pas forcément, un univers certes plus personnel mais dépouillé de sa substantifique moelle : la sauvagerie. Un univers propre et aseptisé, sans aspérités, un resto d'autoroute où NECROBLASPHEME a troqué son aligot-saucisse contre une barquette de merlu pané ratatouille. Quarante minutes, dix morceaux, enfin six plutôt et quatre interludes dont aucun ne sort du cadre.

Prenons les vocalises, tiens. Autant les grunts de Yann sur "Destination..." sont en parfaite adéquation avec le massacre en règle imposé par la section rythmique, autant sur "Belleville" ils sonnent forcés et surtout dépareillés avec les velléités modernistes du combo. Une nouvelle orientation qui voit le groupe s'aventurer sur un metal plus organique qui croise riffs lourds et plans plus aériens, où quelques touches black plus timides percent de temps à autre derrière une carapace goudronneuse. Le tout sonne comme une rencontre improbable entre GOJIRA et YEAR OF NO LIGHT. Mais sans la force de persuasion, perdue quelque part entre le gris et le noir aux côtés de quelques voix claires saupoudrées au compte-goutte, d'une poignée de blasts égrenés avec parcimonie. Il se dégage en fait de "Belleville" une ambiance particulière, une ambiance étrange de fin du monde qui se tisse autour d'interludes ambiants dont il est difficile de saisir l'intérêt.

Les écoutes attentives et répétées ne changeront rien pour votre obligé : certes, la cuvée NECROBLASPHEME 2015 est loin d'être mauvaise et comporte d'ailleurs quelques instants bien prenants comme les embardées épiques de "The grande boars haunting" ou les choeurs lumineux de "Such a lot" mais elle navigue aujourd'hui dans des eaux troubles où celle-ci ne règne plus en maître. La nouvelle orientation du quintet ne m'évoque plus ces instants de puissance et de bonheur partagés à son écoute. De là à dire que le groupe ressemble aujourd'hui à ce même Laurent Ournac dépourvu désormais de sa légendaire grivoiserie dans la série "Camping paradis", il n'y a qu'un pas... que je ne franchirais pas. Pas encore.

A côté de ce constat mi-figue, mi-raisin, rien à redire sur la production atomique façonnée une nouvelle fois par les mimines expertes de Francis Caste dans son antre des studios Sainte Marthe. Pas la moindre doléance non plus sur le superbe artwork "vieille France" signé Dehn Sora (qui vient de sortir son premier artbook chez Cyclic press pour rappel) qui invoque à la fois le champêtre et la tradition dans des armoiries qui fleurent bon la nostalgie d'un temps révolu. Voilà. Ce sera tout en ce qui me concerne au sujet de ce nouveau NECROBLASPHEME dont je n'ai toujours pas réussi à trouver les clés. Oui, je suis resté en rade, sur le palier. Avec le recul, peut-être que j'aurais dû forcer le verrou... encore fallait-il que je puisse le crocheter.




Rédigé par : TarGhost | 12/20 | Nb de lectures : 8545




Auteur
Commentaire
Maxgrind
IP:78.122.6.150
Invité
Posté le: 26/10/2015 à 09h03 - (118411)
Très bonne chronique et 100% d'accord avec !

Pour moi, Necroblaspheme n'est plus.

Deadpool
Membre enregistré
Posté le: 26/10/2015 à 11h27 - (118413)
Déçu également par cet opus, XXVI annonçait une orientation vénère et hybride, et voilà que Belleville est un album de black/death presque trop propre dans laquelle Necroblaspheme a également perdu sa personnalité. Je pense qu'Hugo Moerman n'y est pas innocent, son implication dans Glaciation a engendré un très bon album, mais a causé la perte de Necroblaspheme.

Triste je suis, j'aurais vraiment voulu aimer cet album !!

huhu
IP:193.227.178.5
Invité
Posté le: 26/10/2015 à 13h33 - (118415)
Avec un titre d'album pareil on ne pouvait que craindre l'embourgeoisement

dantes
IP:85.165.51.31
Invité
Posté le: 26/10/2015 à 14h17 - (118416)
@huhu: Ou a des chinoiseries ?

Diefod
IP:213.245.157.157
Invité
Posté le: 28/10/2015 à 08h09 - (118435)
D'accord avec le Chro. J'avais de grandes espérances pour cette nouvelle livraison, je trouvais l'évolution entre destination nulle part et XXVI pertinente et percutante.

Mais sur Belleville, pas envie d'y revenir, où est passée la hargne? J'ai l'impression d'entendre du Klone qui aurait remis de la distorsion dans ses guitares. M'en vais pleurer un coup tiens...

Lleus
IP:89.156.80.139
Invité
Posté le: 31/10/2015 à 11h07 - (118489)
LA déception de l'année pour moi...

Lleus
IP:89.156.80.139
Invité
Posté le: 31/10/2015 à 11h07 - (118490)
Et excellente chronique au passage.

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