MURMUR - Murmur (Underground Activists/Season of Mist) - 26/03/2014 @ 07h57
La scène Black-Metal américaine (justement baptisée « USBM ») a toujours été particulière, entre sa mauvaise réputation face aux puristes du Black européen, ses projets versant pourtant dans du BM bien trve et roots, ses groupes devenus facilement « hype » ou encore ses formations plus expérimentales et bizarroïdes. C’est dans cette dernière catégorie que va s’intégrer MURMUR, nouvelle trouvaille des fouilleurs d’Underground Activists. Black-Metal, hmm ? Le look des 4 musiciens ne colle pas franchement avec l’univers d’un JUDAS ISCARIOT. Certains vont hurler, on risque d’être encore en présence d’un groupe de BM bobo. Oui, les petites lunettes et le béret, c’est pas très grim tout ça. Mainlining The Lugubrious (2010), le premier album de ce groupe existant depuis 2007, œuvrait donc dans une sorte de Black expérimental, où le son typiquement USBM à la LEVIATHAN ou KRIEG se retrouvait agrémenté de trucs plus tordus, m’évoquant parfois THE RUINS OF BEVERAST mais montrant surtout de multiples influences qui allaient au-delà des sphères du Metal extrême et même du Metal tout court.

Pour ce second album éponyme, les choses vont évoluer mais pas dans le sens de ceux qui auraient espéré, après l’écoute d’excellents morceaux de Mainlining The Lugubrious comme "The Fall" ou "Murmux", que MURMUR se pose comme un nouveau LURKER OF CHALICE ou TWILIGHT (celui de Monument To Time End parce qu’entre nous, le dernier, bof bof). Point d’USBM un peu expérimental mais tout autre chose, qui va mettre en avant les influences qui apparaissaient en sous-couches dans Mainlining The Lugubrious. Des indices ? Un des musiciens pose avec un t-shirt MAGMA et Murmur présente un bonus-track qui est une reprise de "Larks’ Tongues In Aspic, Part II" de KING CRIMSON. MURMUR va donc plutôt s’orienter vers un Rock progressif expérimental et déglingué en version « Metal » et « extrême », teinté d’autres influences comme du Noise Rock ou du Jazz fusion, et finalement du Black-Metal il n’y en a presque plus voire tout simplement plus du tout, passé le début du morceau d’ouverture "Water from Water" chant Black, saturation, blasts et riffs/trémolos agressifs sont abandonnés et le seul reste de BM semble plutôt être le côté cradingue et un peu sombre de l’ensemble. J’avoue que je vais avoir du mal à commenter Murmur par rapport à ses influences directes (j’ai pas franchement de compétences dans le Rock expérimental des 70’s), et quand le sticker de l’album vend un peu trop de rêve (« pour fans de VIRUS, VED BUENS ENDE, ORANSSI PAZUZU, DØDHEIMSGARD, NACHTMYSTIUM », euh, mouais), on se retrouve avec un album pas facile à appréhender et à digérer mais non dénué d’intérêt.

MURMUR œuvre donc désormais dans un Metal expérimental, souvent barré, plutôt technique (la batterie est un régal), parfois atmosphérique, majoritairement instrumental (malgré la présence de chant clair remarquable), assez varié, et tout à fait réussi. Cela vire parfois à la démonstration, mais l’ensemble est toujours exécuté avec cohérence même si on sent que le bœuf/impro n’est jamais loin. La production est crue -pas dans le sens roots- et surtout très organique, authentique et à l’ancienne, ce qui ravira à coup sûr les amateurs de ce son, même si MURMUR ne vire pas dans le passéisme, plutôt dans l’hommage ou dans un savant dosage d’influences, avec un soupçon de personnalité dans cet aspect plus « Metal », brut et dur, où l’on sent tout de même que le groupe a des racines BM. L’on se laisse vite emporter par le travail guitaristique très progressif (et même bien mélodique par moments), bien accompagné par basse et batterie (et claviers/orgues) pour un ensemble bien travaillé et fignolé. Murmur est donc un album riche de presque une heure (reprise finale de KING CRIMSON comprise), où morceaux ont des longueurs diverses (de 3 à plus de 11 minutes), cependant on s’attardera plus sur la globalité de l’album car aucune piste en particulier ne se dégage, hormis le fleuve "Al-Malik" qui résume bien tout ce que MURMUR a à proposer, avec classe et avec beaucoup de contrastes (entre parties rythmées et moments plus posés). Un album riche dont on peut surtout retenir quelques moments forts, comme le départ cradingue avec un chant « avant-garde » de "Bull of Crete" (là je veux bien admettre le côté VIRUS et cie), les breaks du même morceau où les instrumentistes savent bien se mettre en valeur, les grattes acoustiques et les synthés cosmiques très cool de "Recuerdos", les bizarreries diverses et le côté « saccadé » des deux parties de "Zeta II Reticuli", ou encore les particularités purement progressives de la reprise de KING CRIMSON qui me semble fidèle à l’originale.

Bon étant donné ma très très très faible connaissance du Rock prog/expé des années 70 je ne saurai dire si ce que pratique MURMUR a véritablement un intérêt pour les fans du genre, si c’est du bon dans le style, si ce n’est qu’un photocopiage d’influences diverses ou si l’aspect relativement plus Metal et dynamique colle ou pas avec le style de base. Mainlining The Lugubrious montrait que MURMUR aurait pu devenir un groupe intéressant d’USBM à la LEVIATHAN mais les autres influences du groupe ont pris le dessus pour Murmur, un album éponyme qui semble justement poser une nouvelle identité pour ce quatuor de Chicago. Je regrette donc un peu le virage pris, mais si je n’écouterai pas Murmur tous les jours il faut tout de même avouer que cet album est plutôt séduisant. Loin du pur hypster bobo black, MURMUR s’offre un album expérimental et « musical » bien fait qui fait étalage d’un certain talent de composition et d’influences remarquables, pour un album qui se laisse apprécier au fil des écoutes, surtout pour le côté technique, après une première approche déroutante. Il est sûr que ce n’est pas forcément recommandable à ceux qui veulent du strict USBM même le plus barré, mais MURMUR trouvera facilement son public parmi les metalleux ayant quelques goûts avisés en prog/jazz des seventies et parmi toutes les influences que le groupe peut revendiquer. Ça change un peu et c’est une belle performance à saluer, en somme.




Rédigé par : ZeSnake | 15/20 | Nb de lectures : 12016




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Commentaire
Bernard
Membre enregistré
Posté le: 26/03/2014 à 08h50 - (111499)
Influences Genesis (période Peter Gabriel) dans les structures?


MoiZ
IP:79.98.60.226
Invité
Posté le: 26/03/2014 à 12h45 - (111502)
du BM bobo ahahah

Reflebe
Membre enregistré
Posté le: 26/03/2014 à 17h25 - (111503)
Un des mes gros coup de cœur de ces derniers mois. A noter qu'une bonne partie des références prog du groupe sont à chercher du coté du mouvement RIO (Rock In Opposition avec des groupe Univers Zero, Eskaton, Art Zoyd... Le prog le plus expé et le plus dark qui soit) ce qui est plutôt rare.

C'est sur qu'il ne s'agit du BM le plus conventionnel qui soit mais je trouve qu'ils en gardent quand même les aspects occultes et la prod un peu crade (mais audible).



Reflebe
Membre enregistré
Posté le: 27/03/2014 à 17h29 - (111516)
BM de bobo, bien sur! Murmur c'est ultra hype et ils ont au moins autant de fan facebook que Dimmu Borgir!

Ce qui faut pas lire...

Ellestin
Membre enregistré
Posté le: 28/03/2014 à 20h35 - (111549)
l'influence King Crimson ressort bien au-delà de la reprise. C'en est presque gênant pas moments. Cela dit leur tambouille fonctionne plutôt bien, les passages noise sont fichtrement efficaces et bien amenés.

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