MINISTRY - From Beer To Eternity (13th Planet/AFM/Season of Mist) - 04/11/2013 @ 07h51
32 ans de carrière, 13 albums, 34 singles/EPs, 14 compilations/albums de reprises et remixes, 5 albums Live, quelques autres bricoles, il est donc temps pour MINISTRY de procéder à sa mise en bière et de s’envoler vers l’éternité.

32 ans de carrière (bon, dont un premier split entre 2008 et 2011) dont on ne va pas refaire ici la bio complète. De ses débuts New-Wave car Al Jourgensen ne voulait pas attendre que les labels lui forcent la main pour faire de la musique commerciale, à sa période Thrash-Indus qui a été à deux doigts de se conclure dans la débâcle totale, en passant par son âge d’or de pionnier du Metal-Indus et les albums plus « lourds » qui ont suivi, la bio de MINISTRY est mouvementée. Elle a également été marquée par deux décès, celui de Paul Raven en 2007 et surtout celui de Mike Scaccia en 2012, qui aura été le rebondissement de trop dans la carrière du groupe d’Al Jourgensen, seul membre présent depuis le début. Mike Scaccia qui a d’ailleurs passé l’arme à gauche alors que MINISTRY bossait sur From Beer To Eternity, qui sera donc finalement présenté comme son dernier (dernier dernier) album sans tournée, après un dernier dernier DVD Live chroniqué ici même.

Comment donc MINISTRY allait-il marquer ce qui est, cette fois ci c’est sûr, son épitaphe ? La facilité voudrait que l’on se retrouve avec un dernier disque de Thrash-Indus bourrin comme les deux épitaphes précédentes, The Last Sucker et Relapse, surtout que l’album a été enregistré à la hâte en décembre 2012. Eh bien restez bien assis : pour son dernier dernier dernier album, MINISTRY a choisi de changer deux-trois choses. D’un côté, ça fait plaisir, surtout que répéter le Thrash-Indus anti-Bush à l’envi devenait une entreprise franchement limitée (cf. Relapse qui s’engluait dans une auto-repompe bâclée et minable). D’un autre côté, c’est quand même dommage que MINISTRY se décide à « évoluer » pour son tout dernier album ! Point de révolution pour autant, From Beer To Eternity peut surtout d’apparenter à un album en particulier : Animositisomina (2001). Non pas pour la musique, cet album ayant été le prémice de la période anti-Bush, mais plutôt pour un esprit particulier, celui d’un MINISTRY qui savait varier son propos et ne partait pas dans le bourrinage intempestif comme il l’a fait les années suivantes et jusque maintenant. On retrouvera quand même un Metal-Indus incisif qui a fait la « gloire » de MINISTRY depuis Houses Of The Molé, mais aussi d’autres choses qui montrent que MINISTRY a également été un groupe d’une certaine richesse, qui savait expérimenter même si la plupart des fans ont longtemps attendu un Psalm 69 bis.

Le départ de From Beer To Eternity ne sera pas pour autant surprenant. Enfin un tout petit peu : dès "Hail to His Majesty" on reconnaît le MINISTRY post-2001, mais ce morceau d’ouverture mid-tempo et blindé d’électronique sonne plus comme une longue(tte) intro un brin psychédélique, malgré les assauts de voix fédérateurs d’Al. Pour "Punch in the Face", l’on retrouve le MINISTRY agressif de ces dernières années, mais ce morceau n’arrive pas à la cheville de ce qui avait été proposé sur Rio Grande Blood et The Last Sucker, ne rivalisant même pas avec un "Double Tap", et les leçons de Relapse n’ont pas été retenues même si on ne sent pas d’auto-repompe en particulier. Plus encore pour "PermaWar" qui sonne juste comme un "99%" bis, puis pour "Perfect Storm" qui montre surtout que MINISTRY a subi le poids des ans et fait preuve d’une certaine mollesse du bulbe. Al se réveille bien vite pourtant, grâce au dynamique et entraînant "Fairly Unbalanced" qui rappelle "Roadhouse Blues" de The Last Sucker, en un peu moins efficace toutefois (on peut pas tout avoir). Et la tension ne baisse pas, d’abord avec le bruitiste et inattendu "The Horror" qui se pose comme un interlude de luxe bourré de samples, puis avec l’archi rentre-dedans "Side F/X Include Mikey’s Middle Finger" qui malheureusement devient lassant sur la fin à force d’alterner samples et saturations tranchantes.

Jusque là, rien n’est foncièrement surprenant, mais plutôt que de répéter encore une fois les plans de Rio Grande Blood, MINISTRY choisit de varier les tempos et les ambiances, ce qui est un bon point dans l’absolu mais le résultat est tout de même assez inégal. Ce sont plutôt les 4 derniers morceaux qui vont surprendre et montrer un MINISTRY qui, en guise d’adieu, balance des trucs plutôt inattendus. "Lesson Unlearned" est une piste simple et efficace qui lorgne plus vers du REVOLTING COCKS, avec un côté frais et des chants féminins. "Thanx But No Thanx" propose une longue intro d’obédience dub avant de balancer une bonne poignée de riffs couillus. "Change of Luck" est vraiment le morceau le plus étonnant de From Beer To Eternity, introduisant des sonorités bluffantes et prenantes digne de la Goa Trance (!). Et après une fin de morceau épique, ce dernier dernier dernier album de MINISTRY se clôt avec "Enjoy the Quiet", qui fait quitter MINISTRY de la planète Terre non pas dans le silence mais dans un bruit blanc brumeux, comme si l’on voyait Al se prélasser les pieds à l’air sur une plage de sable blanc, mais la nuit et sous la pluie.

Et c’est fini, fini sur un album qui laisse tout de même un goût amer. Niveau Metal-Indus, MINISTRY n’avait plus d’idées et était même fatigué (surtout quand on ajoute à ça l’état de Al en concert), en témoigne une bonne partie de la première moitié de l’album qui n’a pas grand intérêt, même quand elle accélère la cadence. A ce niveau, tout était dit avec la trilogie anti-Bush. Maintenant, avec From Beer To Eternity MINISTRY montre également qu’il lui restait des perspectives du moment qu’il arrêtait de balancer ses riffs et ses samples à fond la caisse, et ajouter d’autres influences à leur Thrash-Indus aurait été salutaire. Mais c’est bien trop tard et on oserait même dire que From Beer To Eternity laisse un goût d’inachevé. Un album sympathique, bien meilleur que Relapse et qui fait que MINISTRY s’éteint en sauvant l’honneur, mais un album tout de même inégal où un bon tiers est à jeter. On retrouvera peut-être des bouts de "Lesson Unlearned" et "Change of Luck" dans un prochain REVOLTING COCKS, mais pour le reste MINISTRY nous dit « au revoir » avec un disque peut-être pas digne de son glorieux passé, ni digne d’être une épitaphe recevable, mais qui reste cool dans l’ensemble, et la cause de Al et sa compagnie semblait de toute façon perdue à jamais. La messe d’enterrement est dite, les convives peuvent jeter fleurs et terre sur la tombe et s’en aller.


R.I.P. MINISTRY 1981-2013

(Jusqu’à une éventuelle résurrection…)



Rédigé par : ZeSnake | 13.5/20 | Nb de lectures : 12357




Auteur
Commentaire
Bernard
Membre enregistré
Posté le: 04/11/2013 à 14h52 - (109784)
Hum... Un peu du même avis. Moins pourri que l'ignoble 'Relapse' et plus varié, mais je ne sais pour quelle raison ça tourne un peu à vide par moments.
Finalement Scaccia n'aura pas réussi à rallumer la flamme sur les 2 derniers albums, bien au contraire.

Crom
IP:82.122.164.63
Invité
Posté le: 04/11/2013 à 20h36 - (109785)
Infâme cet album : une escroquerie à l'état pure, prouvant que Al est bel et bien fini.
"Relapse" malgré ses défauts reste écoutable mais là, putain au secours.

ouaih
IP:92.132.229.210
Invité
Posté le: 11/11/2013 à 11h22 - (109881)
de la daube !

Onche
IP:195.25.226.1
Invité
Posté le: 22/11/2013 à 13h26 - (110006)
Pour moi, le meilleur depuis Filth Pig. Un retour aux sources jubilatoire, certes très différent de Rio Grand Blood et The Last Sucker. Ça m'amuse beaucoup de voir le groupe s'aliéner ses fans des années 2000 après avoir exactement la même chose en 96 avec Filth Pig puis en 2005 avec RGB. Jourgensen prétend que son objectif est de faire chier tout le monde avec ce groupe. Il s'en sort à merveille.

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