LORELEI - Ugrjumye Volny Studenogo Morja (BadMoodMan/Solitude) - 11/03/2014 @ 07h55
Comme nous sommes en plein dans les JO de Sotchi -enfin au moment où j’écris ces lignes (sinon y'a aussi les jeux paralympiques, au pire on parle pas mal de Vlad en ce moment)-, parlons un peu Russie. La Russie et son côté toujours « approximatif » qui est raillé quotidiennement sur les internets, une mauvaise réputation qui a déteint sur la musique et en général, les groupes russes bénéficient de bien peu de considération. Pourtant ces dernières années les russes ont su se sortir les doigts du fion et des groupes originaux et méritants sont apparus. Je pourrai citer KARTIKEYA et SENMUTH qui sont mes favoris mais d’autres formations pourraient être mentionnées selon les références et découvertes de chacun. En voici une nouvelle qui appartient à une catégorie bien particulière, celle du label local Solitude Productions, spécialisé dans le doom/death, funeral ou non. Beaucoup de formations russes y figurent et elles ne valent hélas pas toutes le coup d’oreille, toujours dans un photocopiage à peine voilé de SKEPTICISM, SHAPE OF DESPAIR, ESOTERIC et consorts. Mais sur la division BadMoodMan Music -qui pour rappel regroupe tout ce qui n’est pas du « true » doom/death-, voilà un groupe moscovite plutôt original et intéressant, j’ai nommé LORELEI.

Formé en 2003 et auteur d’une démo et d’un EP, LORELEI ne sort son premier full-length qu’en août 2013, soit 10 ans après sa formation. Ce groupe a donc peaufiné sa musique qui est au premier abord assez particulière. Avec un concept marin et une inspiration tirée de la renaissance et du romantisme (notamment les poèmes de Francesco Petrarca), LORELEI pratique un doom/death mélodique, gothique et symphonique. Rien d’exceptionnel mais le groupe a la particularité de compter dans ses rangs une soprano, Ksenia Mikhaylova, qui se charge donc de refrains féminins très opératiques d’autant que l’intégralité des paroles de LORELEI sont en russe (et le livret intégralement en cyrillique, ce qui est pas très pratique pour faire du karaoké…). Pour le reste c’est du doom metal mélodique agrémenté de nombreuses envolées de claviers, avec des tempos bien évidemment appuyés mais jamais ralentis pour faire morbide. Un doom symphonique et mélodique entre les trucs finlandais et EYE OF SOLITUDE avec plus de claviers et du chant d’opéra, voilà ce qu’il y a au menu du restaurant russe.

Rien de bien mirobolant mais en ce qui me concerne, il y a un petit truc qui va faire toute la différence. J’ai parlé du chant féminin mais je n’ai pas parlé du chant principal, en russe également, qui est bien évidemment growlé. Il est assuré par un invité répondant au pseudonyme de E.S., leader du groupe WHO DIES IN SIBERIAN SLUSH également signé chez Solitude Productions, qui prête aussi sa voix aux groupes A YOUNG MAN’S FUNERAL, DECAY OF REALITY et FORBIDDEN SHAPE. Et alors, mazette, quel growl ! Ce mec, c’est Mikko Kotamäki, Mikael Åkerfeldt, Tobias Netzell, Sébastien Pierre, Alexander Högbom et Daniel Neagoe réunis, oui rien que ça et j’exagère à peine. Quelle puissance mes aïeux ! Et le pire c’est qu’il n’avait rien d’impressionnant au sein de WHO DIES IN SIBERIAN SLUSH. Pour moi, E.S. fait presque tout l’intérêt de Угрюмые волны Студеного Моря, c’est tout simplement le meilleur growl doom/death que j’ai entendu. Je suis à chaque fois estomaqué par ce growl si rauque, si profond et si prenant sans être glaireux, surtout que la sonorisation des vocaux est très bonne -ce qui n’était d’ailleurs pas forcément le cas de WHO DIES IN SIBERIAN SLUSH. Et dire qu’il n’est qu’un invité ! Sans ça LORELEI perdrait donc pas mal de son intérêt mais pourtant, les musiciens du groupe ont quelques ressources qui vont faire de Угрюмые волны Студеного Моря un album digne d’intérêt dans toutes ses composantes.

Tout le monde n’y trouvera certainement pas son compte, le doom/death pratiqué est bien peu true, trop bien produit, mélodique sans être sirupeux, mais les claviers peuvent paraître too much, la batterie est assez binaire et d’aucuns trouveront que le chant soprano russophone fait « casserole ». Le 3ème morceau de Угрюмые волны Студеного Моря, "Тенью безликой", compile d’ailleurs tous ces défauts avec des claviers kitsch au possible (même si le pire se trouve sur l’interlude "La Vita Fugge E Non S'arresta Un'ora") et d’affreuses longueurs, mais c’est en ce qui me concerne le seul accroc de l’album. Après l’intro de rigueur, "Холод безмолвного зимнего леса..." nous fait directement découvrir les growls exceptionnels de E.S., sur fond de jolies mélodies que n’auraient pas renié un SLUMBER, et de breaks à clavier qui posent l’ambiance si particulière de l’album. Le morceau-titre est le morceau le plus classique de l’album mais demeure une très belle pièce de doom/death mélodique (avec des accès sympho du plus bel effet), de toute manière le meilleur est à venir avec la seconde partie de l’album. "Не ведая темных пределов печали..." est le morceau le plus abouti de Угрюмые волны Студеного Моря, mélodies et arrangements symphoniques sont parfaits et E.S. est à son firmament, de plus LORELEI parvient à assurer dans le registre des mélodies accompagnées par les rythmiques, ce qui rend certains passages terriblement accrocheurs (à 3’45 puis à 6’58). "Холодный призрачный рассвет..." est un morceau plus sombre, plus direct et un peu plus lourd, ce qui amène un peu de variété avant l’excellent final qu’est "Рай потерян...", à nouveau flanqué de passages rythmiques couillus (à 1’52 puis à 5’18 et à 6’40) et proposant de somptueuses mélodies et envolées épiques, plaisir prolongé par l’outro de l’album qui le clôture dans une certaine cohérence.

Il est clair que Угрюмые волны Студеного Моря n’est pas exempt de défauts, quand il s’agit de faire des arrangements symphoniques la tâche est parfois ardue et certains claviers sont limite-limite, on aurait envie de dire « à la russe » mais hormis "Тенью безликой" qui montre un peu tout ce qu’il ne faut pas faire, l’ensemble est trop bien goupillé pour pouvoir mettre une caption moqueuse « RUSSIA » sur cet album. Et de toute manière cette première œuvre de LORELEI est en grande partie portée par E.S. qui est pour moi le meilleur growleur doom/death du marché (ce n’est que mon avis et si vous n’êtes pas d’accord, j’attends vos références…). Mais les musiciens de LORELEI savent également proposer des mélodies de premier choix et des pistes très bien construites, faisant de Угрюмые волны Студеного Моря un album au minimum intéressant de doom/death mélodique et symphonique, pour moi c’est assurément LA découverte du genre en 2013. Reste à améliorer quelques points sur la forme et j’espère que pour la suite, E.S. sera de nouveau de la partie, mais quand bien même Угрюмые волны Студеного Моря serait un « one shot » il restera gravé dans un coin privilégie de ma mémoire. Russia FTW !



http://vk.com/loreleiband - 139 visite(s)

Bandcamp - 81 téléchargements


Rédigé par : ZeSnake | 15.5/20 | Nb de lectures : 11544




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Commentaire
Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 11/03/2014 à 19h22 - (111327)
Pas mal du tout comme groupe et comme growleur... :)

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