KRIEGSMASCHINE - Enemy Of Man (No Solace) - Selection VS du 21/03/2014 @ 08h03
Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ?
Ich heule ; Aber meine Hilfe ist ferne…


Commencer par ce genre de petit discours énoncé en un chant religieux désespéré, c’est en général un signe distinctif du Black orthodoxe, genre qui a détourné les multiples symboles religieux pour mieux les attaquer. Pourtant, rien ne nous permettait à la base de dire que KRIEGSMASCHINE allait sortir, disons-le tout de suite, un véritable chef d’œuvre de Black orthodoxe. Ce groupe existant depuis 2002 est plutôt à considérer comme un side-project de quelques figures de la scène extrême polonaise, dont M. de MGŁA et l’actuel bassiste de HATE. Groupe qui a sorti une bonne poignée de démos/EPs/splits et un seul full-length, Altered States Of Divinity, sorti en 2005. Un bon disque de Black/Death polonais crasseux mais ça s’arrêtait là, même si le nom KRIEGSMASCHINE avait acquis une petite reconnaissance chez les amateurs de polonaiseries dans leur versant « cru » (donc à la ARKONA, MGŁA et consorts). Après un silence de 9 ans juste entrecoupé de deux splits avec SZRON et INFERNAL WAR, et alors que MGŁA a acquis une certaine renommée surtout grâce à son très plébiscité With Hearts Toward None (2012) et ses nombreux concerts, voilà que KRIEGSMASCHINE est de retour avec son second album Enemy Of Man, première sortie du label No Solace apparemment tenu par M. lui-même, nouveau personnage fort de la scène polonaise qui commence à multiplier les productions, mixages et masterings. Un retour inattendu qui n’aurait pas forcément été remarqué si KRIEGSMASCHINE n’avait pas sorti un album de la trempe de Enemy Of Man, ce qui renforce la surprise. Car prendre une telle claque avec un album qui, au premier abord, n’annonce rien de révolutionnaire, c’est une surprise retentissante qui va marquer le petit monde du Black orthodoxe pour quelques années au moins.

KRIEGSMASCHINE c’est une trinité impie, menée par M. qui s’est chargé de tous les instruments à cordes en plus de ses vocaux rocailleux, partagés avec Destroyer de HATE qui manifestement ne fait que du chant, un duo complété par le batteur Darkside qui officie actuellement dans MGŁA mais a participé par le passé à ANAL STENCH, CRIONICS, DARZAMAT, MASSEMORD ou encore THY DISEASE. Nous avons donc un line-up qui n’est pas si trve que ça, pour un album pas si trve que ça non plus, bénéficiant d’une production tout à fait claire, ce n’est pas avec Enemy Of Man que vous aurez un son roots à la ARKONA. De toute façon, ce genre de son qui est un peu une version plus moderne du Necromorbous avec un soupçon d’efficacité polonaise, est tout à fait adapté à un album tel que Enemy Of Man qui privilégie assez les ambiances. Album qui œuvre donc dans une sorte de Black orthodoxe dont les influences sont d’ailleurs évidentes, mais qui s’articulent autour de plusieurs particularités. Partagé entre morceaux relativement incisifs où l’agression Black est à l’honneur et pièces plus occultes posant une atmosphère typiquement « orthodoxe », Enemy Of Man est un album cohérent dans sa noirceur, noirceur qui n’est pas démoniaque et apocalyptique mais introspective et rituelle, du genre messe noire avec des bougies, un pentacle dessiné au sol avec du sang, une vierge à poil et tout et tout. Trêve de clichés et musicalement, KRIEGSMASCHINE réussit donc le tour de force de mélanger tous les courants du Black orthodoxe, de WATAIN à DEATHSPELL OMEGA en passant par les influences internes au groupe (MGŁA bien évidemment mais aussi le BM polonais en général) et tous les groupes qui ont façonné la scène orthodoxe comme MERRIMACK ou encore ASCENSION. Et d’ailleurs, je n’avais pas pris une telle baffe dans le genre depuis la sortie du Consolamentum des allemands. Enemy Of Man est un album qui va marquer les esprits, il n’est pourtant pas extrêmement original mais ce qui est sûr c’est que c’est, tout simplement, un des meilleurs albums de Black orthodoxe jamais sortis, voire le meilleur.

6 morceaux pour 46 minutes, KRIEGSMASCHINE a choisi de développer ses ambiances dans des pistes longues, et il ne faudra pas s’attendre à de la brutalité pure même si le groupe a su garder une identité « polonaise ». Enemy Of Man est plutôt un album à contrastes, toujours sous le joug d’un Black orthodoxe mettant en avant une noirceur rituelle. Et pour commencer, KRIEGSMASCHINE nous livre avec "None Shall See Redemption" une œuvre retentissante, marquante dès la première écoute. Passée sa courte intro grégorienne qui pose déjà l’ambiance, le trio déboule avec ses riffs rampants et blasphématoires, entre rythmiques puissantes et dissonances en tout genre, le tout porté par une production parfaite qui nous offre un son chaud et rocailleux, où tout est mis en valeur, de la batterie aux différentes couches de guitares en passant par la basse vrombissante et le chant. Du chant parlons-en vu qu’il fait aussi la force de ce monumental morceau d’ouverture. Incantatoire et sombre dans la lignée de MGŁA, il déclame des paroles orthodoxes très prenantes avec des accès plus hurlés prenant à la gorge. Le morceau est excellemment structuré et moments dissonants (que n’auraient pas renié un ULCERATE) alternent avec des passages plus appuyés particulièrement efficaces, et des trémolos épiques judicieusement placés. La dernière partie du morceau, précédée d’une montée en puissance à couper le souffle, est absolument ultime en étant notamment marquée par les rythmiques qui accompagnent les paroles en forme d’hymne (« None… Shall… See… Redemption ! »). En un peu plus de 8 minutes, KRIEGSMASCHINE atteint tout simplement la perfection en termes de Black orthodoxe, faisant un pont entre WATAIN et consorts, le DEATHSPELL OMEGA pré-Fas - Ite, Maledicti, In Ignem Aeternum et le Black polonais. Une performance exceptionnelle qui est déjà amenée à devenir culte.

Mais la suite de Enemy Of Man n’est pas en reste et ne va pas baisser en qualité à un seul moment, KRIEGSMASCHINE a lancé toutes ses forces dès le départ mais a encore d’autres cartes à abattre et va conférer à Enemy Of Man une variété bienvenue, ou chaque morceau a son identité et son impact. "Lies of the Fathers" poursuit avec une ambiance typique du Black orthodoxe, dissonances à l’appui, pour un morceau plus mid-tempo et aéré où chant toujours aussi noir et guitares lead mènent la danse. KRIEGSMASCHINE parvient alors sans trop de mal à aligner les compositions lancinantes, marquées par ces rythmiques particulières qui font le sel du morceau à partir de 2’. Ce morceau nous permet aussi de découvrir plus en détail l’excellent jeu du batteur Darkside, notamment grâce aux breaks qui permettent également de développer les atmosphères occultes du disque, qui sont toujours mises en valeur par les nombreuses dissonances qui mènent la fin du morceau. KRIEGSMASCHINE semble avoir choisi d’alterner morceaux efficaces et plages plus posées, c’est ainsi que "Farewell to Grace", après son départ tout en ambiances cosmiques et apocalyptiques, va aligner les compositions plus incisives accompagnées par des lignes de chant très accrocheuses et des dissonances plutôt entraînantes. Le tout nous donne le morceau le plus direct de cet opus, mais l’aspect orthodoxe et rituel n’est pas oublié pour autant, en témoigne le final aux samples hallucinés. Mais pour ce qui est de l’aspect « rituel », nous allons être servis grâce à cette étrange et originale piste qu’est "Asceticism and Passion", déroutante et longue mais totalement réussie. Les rythmiques y sont quasiment absentes pour laisser les leads dissonants s’exprimer, et surtout la batterie en mode tribal et percussif qui magnifie le jeu très subtil et inspiré de Darkside. Le chant, accompagné de passages narrés et de chœurs mystiques, est aussi l’attraction de ce morceau qui se pose comme la pièce la plus rituelle et introspective de Enemy Of Man, avec une véritable ambiance de messe noire ou de quelconque invocation satanique avec des bougies, un pentacle dessiné au sol avec du sang, une vierge à poil et tout et tout. Trêve de clichés et en suivant toujours l’alternance entre morceaux à atmosphères et morceaux plus « Metal », KRIEGSMASCHINE va poursuivre son œuvre avec "To Ashen Heavens", piste la plus rentre-dedans de Enemy Of Man même si la pure agression et la brutalité ne sont toujours pas de mise. Les rythmiques sont tout de même très percutantes, avec quelques passages salvateurs qui sont d’autant plus mis en exergue que les tempos et les ambiances sont variées au sein même du morceau. Et une nouvelle fois, le jeu de batterie est énorme, la basse est écrasante, et les chants font une grande partie du taf pour un groupe qui a réussi son truc à 100% dans toutes les composantes et dans les moindres détails, avec une qualité de composition et d’arrangement qui nous donne au bout un pur chef d’œuvre de Black orthodoxe.

Et Enemy Of Man va se terminer tout en douceur avec le morceau-titre, qui à l’instar de "Asceticism and Passion" va s’échiner à développer des atmosphères orthodoxes plutôt que de jouer du pur Black-Metal. Nous avons plutôt le droit à une longue outro de luxe, où les riffs se font plus lourds, et où leads et lignes de chant sont à nouveau rituelles à souhait. Un morceau en forme de montée vers la lumière qui s’arrête pourtant brusquement au moment où le tout semblait prêt à exploser, l’effet peut paraître frustrant mais il est à nouveau réussi, comme si on renonçait à une libération pour rester dans les ténèbres. On pourra y trouver quelques longueurs, tout comme dans l’ensemble de l’album en fait, mais c’est le seul défaut que je trouve à Enemy Of Man (en dépit d’un manque d’originalité dans la globalité) et pour ma part il est plutôt minime et anecdotique tant cet album est une pépite. Honnêtement, c’est la perfection absolue dans ce sous-genre du Black Metal empli d’atmosphères occultes avec une symbolique forte. Avec son artwork sobre et son côté underground dont seuls les initiés auront appris la sortie, Enemy Of Man est pourtant un album gigantesque, monstrueux, c’est un authentique chef d’œuvre. KRIEGSMASCHINE a en quelque sorte réussi à faire ce que WATAIN (et ses suiveurs) tente(nt) de faire depuis plus de 10 ans, en y ajoutant ses propres sonorités et influences (polonaises notamment). ASCENSION avait déjà réussi une superbe performance, KRIEGSMASCHINE va encore plus loin en livrant un album monumental où tout est à sa place, tout est parfait, tout vaut le coup. Il y a tout ce qu’il faut en termes de riffs sombres, d’atmosphères occultes, de dissonances prenantes et de chant incantatoire, le tout dans un haut niveau d’inspiration et dans une qualité de composition et d’arrangement rare, avec un équilibre, une variété et des contrastes savamment gérés qui forcent le respect. Dieu a abandonné les siens et la machine de guerre polonaise peut s’exprimer à loisir dans les ténèbres. L’ennemi de l’Homme triomphe alors avec cet album, déjà l’album de l’année 2014 en ce qui me concerne (je défie quiconque de faire mieux en 10 mois), et à fortiori l’album ultime de Black orthodoxe qui est amené à devenir un culte tant il représente un aboutissement dans les ramifications du Black-Metal. Amen.

"To Ashen Heavens" :




Rédigé par : ZeSnake | 18.5/20 | Nb de lectures : 14117




Auteur
Commentaire
gloom
IP:193.57.67.241
Invité
Posté le: 21/03/2014 à 08h15 - (111450)
la grosse mornifle black de 2014 !

cette voix de M., bordel, c'est quelque chose !
l'outro est effectivement géante !

d'ores et déjà dans mon top five 2014 !


Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 21/03/2014 à 09h48 - (111451)
Bon, au début, même si le morceau en écoute me semblait de qualité, je pensais que la note était tout de même un peu haute (bien que ce ne soit pas un reproche). Mais vu que la chronique est assez longue, j'ai pu me remettre ce morceau à l'oreille plus que de raison, et c'est vrai qu'au bout de trois écoutes, déjà, ça se rapproche du 18.5. Donc, même si je ne pense pas aller aussi haut dans la note, il faut bien reconnaître que c'est du bon !

Une remarque sur la chronique : elle est vraiment bonne mais qu'est-ce qu'elle est dure à lire ! J'en ai les yeux tout douloureux et j'ai dû sauter plus d'une ligne et abuser du retour en arrière pour pouvoir achever ma lecture... :)



Jus de cadavre
IP:90.32.173.4
Invité
Posté le: 21/03/2014 à 13h44 - (111462)
Oula ça pourrai me plaire tout ça, selon la chro ! On se situe ou par rapport à Funeral Mist ? (je peux pas écouter, pas de son...)

Bernard
Membre enregistré
Posté le: 21/03/2014 à 14h05 - (111463)
Deux morceaux dans les écoutilles et déjà ça me parle...

Je vais me prendre un petit moment pour lire en détail cette chro.

Mais déjà merci pour la découverte, ZeSnake.

ZeSnake
Membre enregistré
Posté le: 21/03/2014 à 15h17 - (111465)
@Jus : c'est moins crade que Funeral Mist, mais tout aussi 'religieux'

Yavor
IP:78.192.38.132
Invité
Posté le: 21/03/2014 à 21h23 - (111467)
Merrimack a façonné quelque chose ? tiens donc

Connard le cynique
IP:92.133.33.94
Invité
Posté le: 21/03/2014 à 21h43 - (111468)
La grosse claque black metal de ce début d'année.

ZeSnake
Membre enregistré
Posté le: 21/03/2014 à 23h18 - (111470)
@Yavor : je les ai cités eux parce que c'est les premiers qui me sont venus à l'esprit, ça aurait pu être quelqu'un d'autre (sans leur faire injure). m'enfin, ce n'est qu'un des 1000 groupes de Metal que tu n'aimes pas...

Yavor
IP:78.192.38.132
Invité
Posté le: 22/03/2014 à 04h08 - (111472)
Je n'ai rien contre Merrimack mais ils n'ont pas inventé grand chose...

Mhoilmo
IP:92.90.26.45
Invité
Posté le: 22/03/2014 à 16h18 - (111475)
On s'excite pour pas grand chose. La note est un peu too much pour une œuvre bien propre. 15/20

David
IP:213.251.189.203
Invité
Posté le: 23/03/2014 à 01h11 - (111478)
Je trouve même l'album assez convenu. Du sous-Deathspell Omega (certains dirons du Deathspell Omega mauvaise période, ça marche aussi), avec des trucs vite fait repiqué chez quelques polonais (Mgla, Plaga), mais globalement assez creux. Je vois pas comment ça peut devenir culte un truc pareil, tout à déjà été fait en mieux.

Si mes premières impressions étaient bonnes, elles se sont bien essoufflée avec le temps.

11/20 Pas plus.

Bernard
Membre enregistré
Posté le: 24/03/2014 à 09h51 - (111481)
Suis-je à côté de la plaque en disant que l'approche me fait aussi vaguement penser à Aosoth?...


Jotun35
Membre enregistré
Posté le: 25/03/2014 à 01h05 - (111490)
Ouais bon y'a vraiment rien à faire: le BM orthodoxe je trouve ça vite chiant.

BlackMass
Membre enregistré
Posté le: 25/03/2014 à 12h59 - (111494)
Disque qui boite sa race !
Dispo chez nous pour pas cher d'ailleurs =)



daminoux
Membre enregistré
Posté le: 03/04/2014 à 13h18 - (111619)
bizarement moi qui ne suis pas un grand fan de black je retrouve plus des ambiances proche de la scene post/noisecore comme breach.. excellent album .



Reflebe
Membre enregistré
Posté le: 24/04/2014 à 18h31 - (111883)
A l'écoute de l'extrait, j'aime beaucoup mais ça m'évoque tellement Deathspell Omega que ça en devient gênant... A voir sur l'album complet.

Bernard
Membre enregistré
Posté le: 15/05/2014 à 14h54 - (112110)
Après la X-ième écoute il est sûr que l'album va atterrir dans mon TOP3 de 2014! Toujours aussi bon, même meilleur à chaque écoute. Enorme!

away.alive
Membre enregistré
Posté le: 28/05/2014 à 21h10 - (112306)
très bonne découverte, et à noter que l'album est désormais disponible en vinyle. ;)

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