Jacques Sirgent - Erzsebeth Bathory : Le sang des innoncentes (Camion Noir) - 10/01/2014 @ 08h20
La première fois que j'ai entendu parler de la Comtesse Elisabeth Bathory (Erzsébeth Báthory en hongrois), c'était dans la chanson de VENOM "Countess Bathory" sortie en 1982 sur l'album "Black Metal".
Un peu plus tard, dans le fameux Thema qu'avait consacré ARTE au metal à la fin des années 90, j'avais vu une interview de l'impayable Cronos qui expliquait combien "Il trouvait fascinant l'histoire de cette folle qui croyait que pour rester jeune il fallait qu'elle tue des vierges et se baigne dans leur sang !". Plutôt en forme, le gaillard surenchérissait "Nos sociétés ont oublié toutes ces vielles histoires… donc nous, nous les remettons au gout du jour (...) Quand ils ont détruit les murs du château de la comtesse, ils ont trouvé des milliers de corps entassés... et personne ne l’arrêtait... imaginez ça de nos jours !".
Bon, si je cite Cronos dans cette chronique, c'est parce que les propos du chanteur/bassiste sont assez révélateurs de ce que l'imaginaire collectif à retenu de l'histoire de la comtesse... une légende sanguinolente assez peu cohérente avec la réalité de ce qui s'est probablement passé à l'époque.
Bien loin de moi l'idée de fustiger le bassiste/chanteur de s'en être tenu à la version "spectaculaire" de l'histoire... car il n'est certainement pas le seul artiste à s'être engouffré dans la brèche !
Car lorsqu'on se penche sur l'histoire de la comtesse, on s’aperçoit qu'il y a beaucoup de zones d'ombre, beaucoup d'irrégularités qui ont été commises lors de son procès et que beaucoup d'interrogations subsistent sur sa culpabilité. Beaucoup d'historiens sérieux se sont penchés sur l'histoire de la comtesse et tous s'accordent à dire que si la Comtesse a été emmurée, ce n'est certainement pas pour ses supposés meurtres... ou bien parce qu'elle était une vampire ! Et c'est donc sous cet angle historique et factuel que "Erzsebeth Bathory : Le sang des innocentes" aborde les choses.

Ici, c'est le notoire et respecté Jacques Sirgent qui se colle au mythe de la Comtesse. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il est l'auteur de plusieurs ouvrages liés au vampirisme et est certainement un des plus éminent spécialistes francophones de Dracula & Co. Il a en outre ouvert le premier musée des Vampires et des monstres de l'imaginaire à Paris et ne craint pas de décortiquer les mythes et légendes pour en extraire les éléments véraces. C'est précisément ce qu'il fait ici en s'attaquant au mythe de la Comtesse.

Véritable icône de la culture populaire horrifique, la Comtesse n'a a bien sur pas seulement inspiré VENOM. On se souvient bien sûr de l'album "Cruelty and the Beast" de CRADLE OF FILFTH qui lui a consacré tout un album concept, plusieurs groupes de Black Metal... et bien sur toute une myriade de films d'horreur (on compte de "I vampiri" de Ricardo Fredda en 1956 à "La comtesse" de Julie Deply en 2012 près d'une quinzaine de films qui se rapportent au mythe de la Comtesse). Erzsebeth Bathory reste un personnage incontournable de la mythologie Vampiro/Horrifique qui aura inspiré beaucoup d'artistes, musiciens et auteurs.
Mais qu'en est il réellement des événements et faits historiques sur les actes qu'a commis Erzsebeth Bathory ?
D'une manière claire et plutôt concise, Jacques Sirgent se propose de répondre à cette épineuse question en découpant son écrit en trois parties distinctes, une se proposant d'expliciter le contexte historique de la Hongrie de cette époque, une plus conséquente retraçant un peu les difficultés et les souffrances des femmes au moyen âge, et la dernière enfin, se centrant autour des documents restants du procès de la Comtesse Bathory.
Il n'oublie pas bien sûr de parler de la psychologie particulière et de l'histoire de la Comtesse, sans chercher à nier les difficultés qui ont été les siennes mais sans essayer de l'excuser à cause de son parcours difficile.

Plus on parcourt le livre et plus on découvre qu'on sait finalement assez peu de choses sur la Comtesse (il n'y a par exemple aucun portrait d'elle qui ait été fait de son vivant).
Les éléments historiques mis en lumière ici montrent surtout qu'elle a été victime d'une sorte de complot/machination visant à la réduire au silence autant pour des raison politiques que religieuses et idéologiques.
A l'époque, l'expéditive "justice" ne s’embarrassait pas de paperasses et avait vite fait de torturer le paysan lambda pour lui soutirer des aveux... même s'il n'avait strictement rien à voir avec l'affaire.
Au vu des méthodes employées par les bourreaux, faire avouer tout et n'importe quoi même au plus fidèle des serviteurs n'était qu'une question de temps.
Et c'est grâce à ces cruelles méthodes que des milliers de femmes ont été envoyées au bûcher, soupçonnées d'être des hérétiques ou des sorcières. A ce titre la retranscription d'une partie du "Discours des sorciers" de Henry Boguet en 1603 (grand maître en théologie et rhétorique responsable de justice de la ville de Saint Claude au 16 siècle) est tout simplement ahurissante.
En gros, il explique que si il est nécessaire d'avoir des preuves solides avant d'arrêter quelqu'un... il y a des cas où ce n'est pas possible car le suspect pourrait se douter de quelque chose et ainsi déjouer les plans de l'enquête ! Mieux valait donc l'arrêter et "interroger" les témoins afin de faire toute la lumière sur la réalité des événements.
Sauf qu'avec ce type d'individu, par interroger, il fallait comprendre torturer et par "arrêter", il fallait comprendre "condamner". Les affreux avaient donc les coudées franches pour faire à peu près ce qu'ils voulaient... et c'est ce qui s'est passé pour la Comtesse qui à l'issue d'une véritable parodie de justice s'est retrouvée emmurée à vie.
Jacques Sirgent n'élève cependant pas Bathory au rang de Sainte, l'ouvrage ne cachant pas la violence qui l'habitait.

Je vous laisse néanmoins quelques surprises et vous recommande donc cette lecture de "Erzsebeth Bathory" : Le sang des innocentes" si une approche moins "spectaculaire" et plus factuelle de l'histoire vous intéresse.


Titre : Erzsebeth Báthory : Le sang des innocentes.
Auteur : Jacques Sirgent
Nombre de pages : 239 pages
Prix : 30 Euros
Collection : Camion Noir



Rédigé par : Pamalach | Cannot stop the Bathory/ | Nb de lectures : 12130




Auteur
Commentaire
grozeil
Membre enregistré
Posté le: 10/01/2014 à 09h29 - (110671)
Ah bah merde, ta chronique m'a donné envie de me le prendre (ça fait bien longtemps que j'ai pas été au Camion acheter autre chose qu'une pizza) ;)

GabinEastwood
Membre enregistré
Posté le: 10/01/2014 à 15h52 - (110682)
Excellent bouquin d'un monsieur très sympathique et toujours très documenté.



ZeitGeist777
Membre enregistré
Posté le: 12/01/2014 à 12h56 - (110690)
En effet, Jacques Sirgent est sympa et documenté. Il doit être le numéro 1 de la culture vampirique en France. A lire avec le Maurice Perisset.

Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 13/01/2014 à 15h41 - (110699)
M'a vraiment l'air intéressant ce bouquin, et vu que j'aime l'histoire, le sang et les "vampires", hé, hé, hé... :)

Ajouter un commentaire

Pseudo :
Enregistrement Connexion






Niveau de modération : Commentaires non modérés par l'administration du site

Ce commentaire est soumis à la lecture et à l'approbation des modérateurs. S'il ne suit pas les règles suivantes : Pas de pub, pas de lien web, pas d'annonces de concerts, il ne sera pas retenu. Plus d'infos

Proposez News | VS Story | F.A.Q. | Contact | Signaler un Bug | VS Recrute | Mentions Légales | VS-webzine.com

eXTReMe Tracker