IQ - Road Of Bones (Giant Electric Pea) - 02/12/2014 @ 07h39
L’histoire de ce dandy du rock progressif britannique peut se résumer à un grand malentendu suivi d’un rendez-vous manqué. Au départ considéré comme une (pâle) copie de feu le Grand Genesis, il éprouva toutes les difficultés du monde à ce défaire de cette encombrante comparaison tant sur ses premiers albums le mimétisme avec la bande à Gabriel était flagrant (voix du chanteur et claviers).

L’aube de sa carrière connut également quelques fâcheux avatars. Le départ de son charismatique chanteur (Peter Nicholls), la défaillance d’un label, des choix de carrière pas toujours judicieux ont fait bien plus que ralentir une marche en avant que beaucoup voyaient pavée de succès. (époque du chanteur Paul Menel de 1985 à 1990).

30 années se sont écoulés depuis la sortie du premier album (Tales From The Lush Attic, 1983) et en dehors d’un indéniable succès d’estime, la vraie reconnaissance, celle qui vous installe pour longtemps sur l’Olympe, n’est toujours pas venue couronner une patience et une ténacité pourtant demeurée intacte.

A partir de Subterranea (1997) véritable petit chef-d’œuvre équivalant d’un Marbles pour Marillion, le groupe originaire du Hampshire a graduellement peaufiné sa musique pour l’amener à ce style classieux, raffiné et inimitable. Et avec 10 albums studio en 3 décennies de carrière, il ne risque pas la surchauffe ni la surexposition médiatique. Cette relative économie de production en a fait un orfèvre appliqué de ce rock progressif tant décrié auquel il n’a cessé de rendre hommage contre vents et marées.

Depuis Frequency en 2009, des choses ont changé chez I.Q. Le lineup déjà bouleversé subit une nouvelle fois quelques modifications significatives. Jon Jowitt le bassiste à cédé la place à un revenant, Tim Esau déjà présent de Tales From The Lush Attic en 1983 jusqu’à Are You Sitting Comfortably en 1989. Après un vrai faux départ en 2004 et une absence sur Frequency, Paul Cook le batteur est de retour. Les claviers un temps tenus par Mark Westworth (lui-même succédant à l’emblématique Martin Orford) le sont maintenant par Neil Durant, ex fondateur du très éphémère Sphere³. Toutefois, ce renouvellement au 3/5 de l’effectif reste finalement sans effet sur son potentiel créatif car l’entité I.Q demeure intacte et son pouvoir de transcendance a la faculté de se transmettre à tous les musiciens - revenants ou nouveaux venus - conviés à y participer. C’est une qualité rare et un atout majeur à l’heure où le précaire semble être inscrit durablement dans l’époque.

Renouant avec les grandes heures de Subterranea, The Seventh House et Dark Matter, IQ nous propose une œuvre crépusculaire, sans doute la plus sombre de sa discographie (la pochette en est un témoignage éloquent). Un état d’esprit qui correspond à celui du groupe au moment de sa composition. D’après l’aveu même des musiciens et contrairement aux apparences, The Road of Bones n’est pas un concept album. Néanmoins, il possède une unité thématique suffisamment forte pour le rendre cohérent.

"From The Outside In" (7’23) nous plonge d’emblée dans une atmosphère surnaturelle : sur fond de samples lugubres, on entend la voix de Bela Lugosi déclamer une célèbre tirade du Dracula de 1931 de Tod Browning. « Listen to them. Children of the night. What music they make! ». « Them » ce sont bien sûr les loups qui hurlent à la mort devant un Jonathan Harker terrifié et un Prince des Ténèbres plein de tendresse pour ces créatures de la nuit. Le décor est planté : dark, dark dark… mais surprise, soutenu par des claviers majestueux et une basse vrombissante, le morceau s’élève vers des sommets inattendus.

C’est aussi sur la basse mais également le xylophone puis le piano que s’appuie The Road of Bones (8’31). Le titre éponyme nous narre le parcours sanglant d’un serial killer dans une petite localité et du pouvoir de jouissance qu’il retire de la terreur qu’il inspire. Un parcours jonché des os de ses victimes avec lesquels il construit une route pour le moins macabre. Vous avez dit sombre ?

I.Q peut se vanter d’avoir composé des suites qui ont de l’envergure. Depuis "The Last Human Gateway", en passant par "The Narrow Margin" ou plus proche de nous "Harvest of Souls", c’est au moyen de ces longues pièces travaillées qu’il démontre toute l’étendue de son talent de compositeur. "Without Walls" (19’15) n’échappe pas à la règle. Aux commandes c’est un groupe qui côtoie les cimes, libéré de tout obstacle (ou mur) et sautille de nuages en nuages pour atteindre enfin le nirvana. La dramaturgie qui préside à sa progression est un modèle du genre. Les breaks et les ambiances se succèdent avec intelligence et fluidité pour terminer en éblouissante apothéose. Peut-être, sans doute l’une des meilleures suites écrites parmi les pépites précédemment citées.

Avec 5’54 "Ocean" est le titre le plus court de l’album version simple. Il n’en possède pas moins un charme propre aux compositions les plus ramassées du groupe mais non dénuées de profondeur. Ceci grâce aux claviers efficaces du nouveau venu Neil Durant et à la voix envoûtante d’un Peter Nicholls au firmament de sa forme.

Enfin, pour clore ce festival d’une ténébreuse beauté, le bien nommé "Until The End" déploie ses 12’ sur fond de nappes de synthés grandioses, d’une basse décidément très alerte et de changements de rythmes tous plus adroits et pertinents les uns que les autres. Si je vous ai peu parlé de la guitare, ce n’est pas parce que Mike Holmes est plus en retrait qu’à l’ordinaire. Ses riffs et ses soli sont toujours incisifs et percutants. Mais il se montre d’une sobriété et un d’un à-propos qui force le respect.

Le second CD est constitué des titres écartés de l’album principal pour manque de cohésion avec ceux du premier. Sincèrement, c’est un argument qui ne tient pas. Les qualités intrinsèques de ces 6 compos pour 49’ en font des titres au moins aussi bons et intenses que ceux du disque principal. Ils parachèvent l’œuvre de la plus belle des manières et si vous avez le choix entre les 2, prenez la version double. Vous ne le regretterez pas.

La production est au diapason de l’ensemble des dernières productions du groupe c'est-à-dire suffisamment moderne pour illustrer avec justesse une musique terriblement attachante, voire addictive.

Même si cela ne changera pas grand-chose à son statut, il est évident que l’année 2014 restera marquée du sceau du génie pour I.Q. Car la formation de Southampton vient tout simplement d’accoucher du meilleur album de sa déjà très longue existence (et pourquoi pas de l’année en cours ?). En un sens il réédite l’exploit accompli par son compatriote Marillion avec Sound That Can’t.

Be Made il y a deux ans. Et comme le troisième larron de cette trinité du renouveau affiche une forme éclatante (Pendragon), ceci confirme que les vétérans initiateurs de la seconde ère progressive (ou néo) sont loin d’avoir dit leurs derniers mots.




Rédigé par : Karadok | chef-d’œuvre/ | Nb de lectures : 10034




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Commentaire
Clitorine
IP:195.132.199.142
Invité
Posté le: 04/12/2014 à 11h40 - (115047)
Le style de cette chro' est chouette, mais putain les fautes quoi oO !

je pardonne, grâce au clip, judicieusement choisi.

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