INVERLOCH - Distance / Collapsed (Relapse) - 08/04/2016 @ 00h40
Fermez les yeux. Ouvrez grand vos esgourdes. Une note, fantomatique, résonne au loin. A moins que ce ne soit le souffle d'un vent glacial, drapé dans une brume épaisse. La tempête gronde. Un riff mastodonte, majestueux, qu'on croirait tout droit sorti d'une vieille galette d'INCANTATION illumine alors le ciel, le genre de bastos qui saisit sans ménagement par le bas pour mieux remuer le haut. Riff poli tout de même puisqu'il laisse ensuite la place à un solo que l'on jurerait interprété par le grand James Murphy. Puis la tempête s'efface, deux minutes plus tard, terrifiée par la volée de grêlons qui pointe derrière. De grosses billes dures et douloureuses qui viennent marteler vos pauvres cochlées, une plombée doom noircie par la tristesse et l'abnégation, il faut pourtant avancer dans cette obscurité. Mais pour aller où ? Dieu seul le sait.

INVERLOCH, lui, a une petite idée de la destination : le néant. Et pour cause, il en est revenu. Il a d'ailleurs déjà parcouru ce chemin tortueux il y a vingt-trois ans de cela, sous la houlette de DISEMBOWELMENT. Enfin, une partie puisque seuls Paul Mazziotta et Matthias Skarajew, respectivement batteur et bassiste, avaient alors contribué à la création d'un des plus grands albums de doom/death jamais imaginé : "Transcendance into the peripheral". Une heure de plongée dans un gouffre béant, à errer dans les ténèbres éternelles au son d'une section rythmique maléfique et perverse. Une lente, inéluctable descente dans les entrailles de la bête, que bien peu d'autres ont comme lui réussi à mettre en musique. A vrai dire, je n'avais pourtant pas franchement apprécié cette espèce de mélasse gluante à sa sortie dans les bacs. Tout comme j'avais banni plus tôt le "Into darkness" des New-Yorkais de WINTER, encore trop obsédé par le death sous sa forme la plus virile. Celui pour lequel je ne tolérais alors la moindre décélération, synonyme de trahison. Jusqu'à ce que je découvre sur le tard "Gothic" et "Pentecost", deux sombres oeuvres qui m'initieront aux charmes de la lenteur. Mais, autant se le dire dès maintenant, les admirateurs du quatuor Australien ne retrouveront pas ici ce son unique, boueux et mortifère, ni cette ambiance de fin du monde qui régnait tout au long de l'unique méfait enfanté par DISEMBOWELMENT. Et c'est pas plus mal. On touche pas aux morts.

Sans grande surprise, INVERLOCH évolue dans les mêmes sphères musicales que DISEMBOWELMENT. Il ne suffit que de quelques minutes pour s'en rendre compte, dès "Distance collapsed (in rubble)" lâché dans l'arène, une parfaite illustration du style pratiqué ici avec une ferveur intacte : un doom bien épais lourdement lesté de death comme en raffole ses copains de promo DUSK et EVOKEN. Qui ne rechigne pas à égrener quelques mélodies du plus bel effet ci et là. Mais à mon sens, c'est lorsqu'il choisit, comme sur "From the eventide pool" la plongée dans les abysses du doom, monolithique et sans retour, qu'il montre tout son potentiel. Comme si la lourdeur se suffisait à elle-même, écrasant de son poids tout espoir d'en sortir vainqueur. Sept minutes d'une beauté glacée, la froideur du marbre que l'on caresse à l'évocation de souvenirs que l'on pleure une fois la nuit tombée. Une symphonie monolithique et désespérée, hantée par les rugissements de Ben James et l'impeccable tenue d'une section rythmique qui tronçonne autant qu'elle envoûte. Du grand art. Tout comme la structure de "The empyrean torment", elle aussi majestueuse, un véritable voyage introspectif interrompu brièvement à la mi-parcours par un riff halluciné sponsorisé par le père Mc Entee. Avant de retrouver son indolence initiale, cette fois-ci plus solennelle comme si l'on sentait que la fin du voyage approchait. Et c'est le cas. "Cataclysm of lacuna", final idéal empreint d'une force tranquille, d'une sérénité sans faille dévoile une montée rythmique progressive. Une procession tournée vers la lumière, celle qui disparaît définitivement au bout du tunnel. Trop tôt, Trop vite.

Et c'est bien là le seul reproche que je ferais à ce disque. Sa durée, qui affiche à peine quarante minutes au compteur. J'aurais volontiers repris une version plus longue de "From the eventide pool" juste pour en développer encore et encore sa force de frappe ou un autre morceau du même acabit. D'autant que la production signée Joel Taylor est simplement monstrueuse, rendant justice à chaque détail de ce périple passionnant. Vous comprendrez mieux maintenant pourquoi je me sens un brin frustré à l'écoute de ce "Distance/Collapsed" magistral mais trop court. Un brin frustré peut-être... mais complètement tombé sous le charme obscur du quatuor de Melbourne.




Rédigé par : TarGhost | 16/20 | Nb de lectures : 6256




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Commentaire
TarGhost
Membre enregistré
Posté le: 08/04/2016 à 07h28 - (119791)
A noter que pour les plus motivés et/ou les frontaliers, INVERLOCH sera en tournée avec les joyeux drilles d'USNEA (Black/doom - Etats-Unis) le 15 avril au Magasin 4 de Bruxelles et le 20 avril au Jubez de Karlsruhe.

eyziel
Membre enregistré
Posté le: 08/04/2016 à 14h30 - (119801)
Super disque. Lourd et remplit de désespoir.
Très belle chro. A te lire, j'aurais cru à une note plus élevée TarGhost.

MrGuigui
Membre enregistré
Posté le: 08/04/2016 à 16h02 - (119802)
Cette claque, j'adore.

sioux falls
IP:90.54.3.225
Invité
Posté le: 09/04/2016 à 16h38 - (119805)
Un album monstrueux : va falloir s'accrocher pour faire plus baleze que INVERLOCH en 2016 en funeral doom !

Ivan Grozny
Membre enregistré
Posté le: 22/04/2016 à 21h28 - (119903)
Je souscris en tout point à cette chronique. Super disque, même si sa relative brièveté lui fait perdre quelques points. Je n'en sors pas lessivé comme c'est le cas avec Transcendence into the Peripheral de diSEMBOWELMENT, mais il en reste le digne héritier.



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