GRORR - The Unknown Citizens (ViciSolum) - 27/11/2014 @ 07h55
Aussi atypique qu’il puisse être, MESHUGGAH est pourtant une grande source d’inspiration pour bon nombre de formations de Metal. Copiée, décortiquée, réarrangée, mélangée à d’autres choses diverses et variées, sa musique complexe a servi de base à un paquet de groupes, donnant finalement naissance à la scène Djent. Des groupes bien d’chez nous s’y sont mis aussi, cependant bien avant l’explosion de PERIPHERY et consorts et d’une manière bien particulière. Hormis les clones comme ????, SWIM IN STYX ou BULWERIA BIFAX, nous avons donc pu voir apparaître en nos contrées des formations d’inspiration MESHUGGAH, mais ceci au milieu d’autres influences, piochant dans le Groove, l’Alternatif et le Metal progressif. Ce qui nous a donné une bonne poignée de groupes, notamment autour de la Klonosphère, pratiquant un Metal dur et complexe, mais groovy et raffiné, style que l’on peut qualifier de « French Metal » vu qu’il est rapidement devenu caractéristique de notre douce France. KLONE (celui des débuts), HACRIDE, OM MANI, CLAMPDOWN et consorts ont fait perdurer ce Metal qui basiquement s’est présenté comme un mélange de MESHUGGAH et TOOL, avec souvent une personnalité bien marquée au milieu des riffs syncopés et des ambiances feutrées.

Depuis, le filon s’est un peu tari, entre groupes qui ont disparu ou qui ont changé de voie. GRORR, originaire de Pau, est pourtant apparu, discrètement, en 2011 avec Pravda son premier album arrivant 6 ans après sa formation. Pas de doute, il y a encore 3 ans le groupe se positionnait clairement comme un nouvel avatar du « French Metal », entre Math-Metal qui cogne et vibes alternatives et progressives. Mais là aussi, il y aura évolution pour un groupe qui dès le départ ne semblait pas vouloir être un simple combo de Metal groovy et syncopé. Anthill (2012) marquera l’évolution fracassante de GRORR qui en deux temps trois mouvements basculera dans le camp du Metal ethnique. Son Metal situé entre MESHUGGAH et GOJIRA se verra alors orné de moult sonorités orientales, ethniques et folkloriques, au sein d’un concept-album sur les insectes. De l’originalité et de la personnalité à revendre, même si ça n’a pas été suffisant pour que le groupe se fasse vraiment remarquer en dehors des sphères de l’autoproduction, groupe qui devait encore affiner ses efforts pour proposer un album parfait. Deux ans plus tard et une signature chez le label suédois ViciSolum, et GRORR est prêt à exploser au grand jour avec son troisième album nommé The Unknown Citizens.

Après le très ethnique et fouillé Anthill, GRORR opère un léger retour en arrière pour The Unknown Citizens qui va remettre la percussion polyrythmique au premier plan, sans négliger les sonorités particulières apportées sur Anthill. Le MESHUGGAH de Destroy Erase Improve et Nothing va donc servir de base rythmique pour cet album percutant mais travaillé, trouvant des échos de la période Amoeba de HACRIDE, des débuts de KLONE ou hors de nos frontières des deux premiers albums de TEXTURES. Ceci peut paraître convenu surtout à cause de l’émergence en masse de groupes de « Math-Metal » de ce genre ces dernières années, mais GRORR a bien un truc en plus. Déjà, le groupe s’offre un nouveau concept, qui va mener les différents mouvements de cet album. The Unknown Citizens est inspiré de poèmes de W.H. Auden, ce qui nous donne un album divisé en 3 parties de 3 morceaux chacune, « The Fighter », « The Worker » et « The Dreamer », pour au bout 9 morceaux qui forment en fait 3 entités musicales distinctes. Distinctes car ambiances, sonorités et esprit global vont changer d’une partie à l’autre, nous donnant au bout un album bien plus varié que Pravda et Anthill. GRORR a déjà pour lui une grande cohérence, une belle science de composition et d’arrangement pour mener à bien un concept-album, et surtout ce qui est aussi important dans le Math-Metal : l’efficacité.

Avec une grosse prod, moderne mais abrasive et surtout puissante, GRORR va nous abreuver de plans syncopés certes classiques mais redoutables. C’est ce goût pour le riff syncopé qui tue qui va mener les 3 morceaux constituant « The Fighter », le groupe choisissant donc de distribuer des coups de poing d’emblée. "Pandemonium" se pose d’entrée comme un monolithe particulièrement percutant, le jeu de batterie à contre-temps typique fait mouche et va d’ailleurs participer grandement à l’efficacité de cet opus. Les polyrythmes s’enchaînent pendant 6 minutes et l’ensemble se révèle totalement accrocheur sur la durée, grâce à la voix Kidmanienne (en plus grave) de Bertrand également, mais aussi grâce à la nouvelle particularité de GRORR que sont ces éléments symphoniques majestueux, me faisant penser au meilleur de SENMUTH. « The Fighter » se pose donc comme la trilogie la plus originale de GRORR, mais également la plus efficace, la plus accrocheuse voire la plus réussie. "Facing Myself" prolonge alors le plaisir symphonico-polyrythmique (le départ explosif du morceau est assez énorme) et Bertrand a une première occasion de se mettre en vue grâce à son très bon chant « alternatif ». Même chose pour "Oblivion" qui clôt cette première partie d’album en toute beauté, alternant riffs syncopés terribles et superbes passages posés, le tout dans cette étonnante ambiance majestueuse.

On change de paysage pour « The Worker » vu que dès l’entame de "Don’t Try to Fight…", nous retrouvons les sonorités ethniques qui émaillaient Anthill. Mais GRORR n’oublie pas non plus les MESHUGGeries et va ici nous livrer ses compositions les plus entraînantes. Même si finalement le clonage de MESHUGGAH n’est jamais loin, nous ne sommes pas loin du meilleur clonage possible, mais GRORR ne s’arrête pas à ça et fait mouche grâce aux éléments ethniques rafraîchissants et au chant très bien amené, qui se fait fédérateur. Sombre mais aéré et cognant dur, "Don’t Try to Fight…" est un des temps forts de The Unknown Citizens. Là aussi le plaisir est prolongé par l’excellent "You Know You’re Trapped…" qui est le hit de cet opus, maniant à la perfection le côté ethnique comme la grande ponte du genre qu’est KARTIKEYA, avec cette même faculté de nous entraîner dans un splendide paysage folklorique sur fond de gros Metal qui tache. Un peu à la manière de HACRIDE qui mariait son Math-Metal progressif avec du flamenco, GRORR lui fait son office avec une atmosphère plus orientale mais avec la même réussite. Et le groupe de Pau continue son œuvre dans la continuité avec "But Still Hope…", mariant toujours avec classe un Math-Metal incisif avec de jolies instrumentations ethniques. C’est vraiment au sein de « The Worker » que l’on retrouve toute la singularité et le talent de GRORR.

On passe de nouveau dans un autre décor pour les trois derniers morceaux de The Unknown Citizens constituant le triptyque « The Dreamer ». Au pays du rêveur, l’univers sera logiquement plus doux et GRORR va alors assagir son propos. Si les grattes syncopées envoient toujours du lourd, le tempo se calme et le chant devient majoritairement « clair », faisant montre des belles capacités de Bertrand dans ce registre et ce dès le beau refrain de "Unique". L’aspect folklorique sert désormais de toile de fond et est bien moins « dansant » qu’au sein de « The Worker ». GRORR est donc multi-cartes dans son propre art, mais les 3 pièces de « The Dreamer » ne sont pas ce que le groupe fait de mieux sur cet opus. L’ensemble est plus épique mais souffre de quelques longueurs, en plus d’un petit côté « j’ai déjà entendu ce riff syncopé et/ou cette mélodie quelque part mais je sais plus où » qui finit hélas par ressortir, mais la qualité reste au rendez-vous que ça soit dans les ambiances feutrées de "A New Circle" (notamment grâce au chant posé et maîtrisé) ou le groove lancinant et dépouillé de "Alone At Last". Si tout n’est pas encore parfait à 100%, l’œuvre totalement cohérente et très travaillée qu’est The Unknown Citizens nous prouve que GRORR n’est pas passé loin du véritable tour de force et que quoi qu’il en soit, il a su ici créer la surprise en surpassant déjà ses précédents albums.

Alors bien sûr l’influ MESHUGGAH fera encore une fois jaser, comme elle fait jaser parmi tout le Djent depuis environ 5 ans. Mais comme tout le « French Metal », GRORR a su capitaliser sur les bases MESHUGGesques pour livrer sa vision du Math-Metal. Après un Pravda trop classique et un Anthill convaincant mais dont l’aspect ethnique fourre-tout pouvait rebuter, GRORR a trouvé son équilibre grâce à cette excellente œuvre qu’est The Unknown Citizens. Du Math-Metal un peu déjà vu mais particulièrement efficace, mixé à du Metal ethnique bluffant partagé entre envolées symphoniques et folklore couillu ou plus doux, le tout présenté sous forme d’un concept trilogique parfaitement amené, et l’affaire est dans le sac. Comme beaucoup de ses compatriotes englobés dans le « French Metal », GRORR a du attendre son 3ème album pour confirmer, et la confirmation est bien là. Le groupe de Pau a prouvé qu’en 2014 on pouvait encore partir sur une base MESHUGGAH pour faire quelque chose d’original et d’unique, et surtout quelque chose de réussi, qui brille à la fois par sa percussion polyrythmique et ses velléités ethniques. Du beau boulot pour un bel album, pour un groupe talentueux qui n’est déjà pas loin de son firmament, et qu’il ne me reste plus qu’à féliciter pour cette excellente œuvre qu’est The Unknown Citizens.




Rédigé par : ZeSnake | 16/20 | Nb de lectures : 11210




Auteur
Commentaire
cyril_glaume
Membre enregistré
Posté le: 27/11/2014 à 09h09 - (114949)
L'un des tous meilleurs albums français de 2014 (avec les derniers Trepalium et Hardcore Anal Hydrogen!)



gaspode
Membre enregistré
Posté le: 27/11/2014 à 09h31 - (114950)
Plutôt d'accord avec la note et la chronique. Le djent m'a toujours laissé de marbre et j'ai découvert le groupe via VS récemment.

... charmé par le chant et les ambiances, j'aime beaucoup cet album en fait.

On effectivement ici en présence d'un album extrêmement travaillé sur tous les aspects (artwork, sonorités, etc.)

Maxgrind
IP:83.195.209.254
Invité
Posté le: 27/11/2014 à 09h50 - (114951)
J'ai arrêté au bout du 3ème morceau.

Le chant m'est insupportable et musicalement, même si c'est pas mal, ça ne casse pas des briques.

Moulinexxx
Membre enregistré
Posté le: 27/11/2014 à 10h47 - (114953)
Superbe album, tout simplement.
Puissant, épique, ambiant, mélancolique, tout ce que j'aime !
Chronique un peu longue mais juste.



ralph
IP:84.99.129.233
Invité
Posté le: 27/11/2014 à 11h11 - (114954)
Deuxième écoute du streaming pour ma part, et désolé mais j'accroche pas.
Je trouve que sur beaucoup de points c'est une régression par rapport à Anthill (que je trouve très bon).

Rythmiquement c'est moins original et plus Djent : plein de groupes de double-croches saccadé sur la grosse corde à vide.
Et surtout la rythmique est moins bien intégrée à la composition, ils mettent ce qu'ils veulent comme ambiance par-dessus, c'est aventureux certes, mais on n'a souvent l'impression d'écouter deux morceaux en même temps et au final on se dit qu'ils auraient pu mettre une rythmique Thrash ou Polka et ça auraient pas changé grand-chose au morceau.
D'ailleurs la chronique n'arrête pas de parler de l'influence de Meshuggah mais cette utilisation de la polyrythmie (comme une base plutôt en retrait pour mettre plein d'ambiances dessus) bah c'est Djent à mort mais pas du tout Meshuggah (eux chaque riff polyrythmique contient sa propre mélodie).

Après même en termes d'ambiance j'ai pas été scotché, les cuivres j'aime pas du tout, et je préférais les instruments traditionnels d'Anthill, là ils ne jouent rien de mémorable.

Bon le chanteur est toujours aussi bon (surtout en clair), et y'a des passages sympas, mais en lisant le track-by-track jme suis demandé s'ils n'avaient pas voulu mettre le concept trop en avant au point de faire rentrer la musique dans le concept et non l'inverse, ce qui donne des choix musicaux intéressants et expliquables si on s'intéresse à l'univers décrit par le groupe, mais qui ne produisent pas forcément des morceaux qui "sonnent".


PS : "et consorts ont fait perdurer ce Metal qui basiquement s’est présenté comme un mélange de MESHUGGAH et TOOL"
Alors peut-être que ces groupes ce sont présentés comme ce mélange, mais en tant que fan de Tool, je cherche toujours Tool dans ces groupes que tu cites...

Godfroid
IP:109.210.12.65
Invité
Posté le: 29/11/2014 à 10h28 - (114989)
Merci d"avoir mis un nom sur un des styles de metal qui m'insupporte le plus apres le heavy metal moulburnes : le djent.
Apres les ambiances sont pas mal mais ca reste hyper convenue et ce chant! On se croirait a la fin des 90!
Et stp le serpent, laisse TOOL en dehors de tout ca, merci.

trompettepette
IP:83.112.119.157
Invité
Posté le: 30/11/2014 à 22h25 - (115004)
Les trompettes clavinova c'est chaud, dommage... l'idée de mettre des cuivres aurait pu me plaire, mais là ça prend pas...
Je suis sûr que 2 ou 3 étudiants du conservatoire pourraient avec joie souffler un coup dans le cor et la trompette en studio sur ce type de musique, au moins pour l'enregistrement. Après pour le live, c'est encore une autre histoire

Monster 666
IP:92.134.157.17
Invité
Posté le: 01/12/2014 à 19h02 - (115013)
C'est osé comme album. A la première écoute j'étais sous le coup de la surprise et je n'ai pas tout compris. Mais au fil du temps cet album me plait bien et j'aimerai voir ce que ça pourrait donner sur scène.
Petit bémol pour le chant qui dans l'ensemble est assez intéressant, mais parfois un peu redondant

YOMI
Membre enregistré
Posté le: 15/01/2015 à 19h49 - (115410)
j'ai pas encore écouter celui la mais j'ai été conquit par le précédent! je vais bientot me jeter sur celui si !

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