GRAVES AT SEA - The Curse That is (Relapse) - 01/06/2016 @ 07h43
Bras Cassé : Il y a toujours un fossé entre ce que l’on souhaite proposer, et que ce que l’on propose réellement. Les intentions de Graves at Sea sont louables, offrir une musique sludge/doom de qualité tant d’années après ses premiers émois. Même si le chant est typique de l’univers musical auquel les américains s’adonnent, ainsi que la démarche en elle-même, le rendu est tout autre. La production démesurément proprette ne sert malheureusement pas les intérêts du groupe, qui perd sa niaque, perd ce son rugueux pour un rendu presque plat et franchement sans aspérité. On se croirait face à n’importe quel combo x ou y, mais pas un vieux de la vielle. Leur talent de composition est en définitive presque secondaire tant cette prod’ relapsienne ne rend pas justice au quartet, et annihile toute bestialité. Il y a une grosse décennie, leurs sonorités brutes de décoffrage avaient fait leur effet, où les textes vicieux se mêlaient à des riffs implacables, sans temps mort, enrobés d’une atmosphère brutale. La prod’ d’aujourd’hui est beaucoup trop aseptisée pour ravir ; il y a donc un temps d’adaptation avant de pleinement profiter de ces 8 titres.

Une fois le choc de la prod’ accepté, place aux satisfactions amenées par ces longues compos, aventureuses, et franchement bonnes. Les darons barbus vivant dans la ville la plus hype des USA, la bien-nommée Portland, ont de la bouteille et savent manier leurs instruments. Ils ont le coup de rien nécessaire pour faire de cet opus un moment fort, ce qui peut laisser perplexe après un si long silence – juste entrecoupé du split partagé avec Sourvein en 2014 et de leur Ep sorti la même année. Le résultat est franchement bon. La tête dodeline tel le doom nous l’ordonne, le chant arraché est l’élément sludge par excellence, chargé de véhémence, puisque musicalement, pas un poil de barbarie où les riffs ne tabassent plus comme autrefois, seule cette voix apporte du malsain et de la personnalité à l’ensemble. Ce chant éraillé est hypnotique, très légèrement en retrait, son grain (m’)hérisse les poils. Les morceaux sont entrecoupés d’accalmies de très bon goût et d’arrangements complexes : arpèges à la guitare sèche presque aussi classe que Pallbearer, relents doom très prononcés, violoncelle dissonant, ambiances mortuaires, tension palpable, et davantage de soli que par le passé. Graves at Sea emprunte un chemin sinueux que la voix, classique mais très convaincante, amène à un niveau supérieur. Les paroles, typiques de cet univers, ne parlent ni d’amour ni d’eau fraîche, et les sempiternels sujets (alcool, drogues, et autres histoires de motards) sont bien présents ici, et divinement représentés par la cover ensorcelante d’Orion Landau.

The Curse That is a une remarquable gestion des temps forts. Tel un groupe de rock, les américains savent faire monter la tension pour exploser une fois à son paroxysme, une fois en transe, où le combo balance le riff ou la ligne de chant supplémentaire qui fait la différence. Immersif, The Curse That is l’est. Je me perds volontiers à l’écoute de cette galette, à l’imaginaire proche de son illustration. Au sujet des réclamations, qui sont tout de même bien présentes, hormis la prod’ déjà mentionnée, un petit coup de ciseau par ci par là pour alléger la masse n’aurait pas été de trop. La durée de 76 minutes est trop allongée, surtout que la dernière piste de 14 minutes constitue le morceau le plus dispensable, et presque pénible. On ne le répétera jamais assez, bien démarrer et bien terminer un album sont les clefs du succès. Ajouter à cela plusieurs riffs lambda qui auraient dû être retravaillés, et nous avons une bonne sortie qui aurait pu l’être bien davantage.

Autrefois pur produit underground, Graves at Sea ne l’est plus vraiment. Relapse gomme les particularités de ces poulains pour les faire entrer dans la matrice universelle de la standardisation. Les sorties se suivent et le problème persiste, inlassablement, pour tous ceux qui rejoignent la firme de Philadelphie… et ça devient fatiguant. Mais rendons gloire à Graves at Sea qui a tout de même su offrir une bonne récolte où chaque écoute fait davantage aimer ce petit nouveau. Oui, plus je l’écoute, et plus je l’adore, car il regorge de moments savoureux. Un jugement hâtif de votre part ne serait pas juste pour ce combo qui revient de loin !
Note : 15/20


Pamalach : On l'attendait depuis déjà plusieurs mois, le premier album de GRAVES AT SEA est désormais disponible chez Relapse Records. Formé en 2002 à Portland, Oregon, le groupe s'était déjà distingué sur un Split avec Sourvein en 2014 chez Seventh Rule Recordings. Repéré à l'époque par Greg Anderson de Sunn O))), le groupe a néanmoins pris le temps de poser ses valises pour travailler et nous proposer aujourd'hui "The Curse that is". Et quel travail... huit morceaux qui s'étalent sur près de 70 minutes de musique avec un pic à plus de 11 minutes pour la première chanson "The curse that is". Une entrée en matière qui au moins le mérite de poser le cadre...
Dans un registre Doom/Sludge, GRAVES AT SEA possède aussi selon moi un coté opiniâtre, progressif et alambiqué. Plutôt techniques, les musiciens s'amusent à faire des tourner des riffs étrangement achalandés et s'amusent des structures en construisant des cheminements tortueux, parfois difficilement accessibles. La violence du propos qui caractérise la plupart des chansons a parfois un petit coté black chaotique qui se voit majoré lorsque le groupe ralentit la vitesse et que la voix vient plonger encore plus bas dans les tréfonds des abysses musicales. Un coté Death Metal fait alors son irruption dans le dialogue musical et nous démontre si besoin était que GRAVES AT SEA baigne définitivement dans des eaux viciées de sang, de stupre et de cadavre putréfiés.
La présence de violons et de cordes, l'ajout de parties acoustiques n'empêche pas cet aspect sombre et inquiétant d'infester à chaque fois l'identité de chaque thème. A l'image de la pochette aux accents clairement occultes, GRAVES AT SEA traîne des apparats lugubres qui sont d'autant plus apparents qu'ils sont mis en valeur par des passages plus épiques et lumineux (le riff de "This Mental Sentence" est une ode à l'aventure et l'abordage).

Au coté long et parfois complexe des compositions s'ajoutent le coté écorché et tranchant des vocaux, l'omniprésence des mid tempos pachydermiques et l'aspect roboratif que peuvent revêtir les riffs de guitares. Bref, même si le son est chaud, clair et agréable cet album n'est pas facilement accessible du fait des exigences qu'il impose au auditeurs. Si le Split passait très bien de par son format, "The curse..." est beaucoup plus long à assimiler et à comprendre. Si elles ne sont pas inexistantes, les respirations prennent l'aspect de bouffées d'air salvatrices (notons le super passage sur "Dead eyes" et l'orchestration sur la fin de "Wacco 117") et amène du relief à "The Curse...". Cela sera la limite et le défaut de cet album, à savoir son coté dense et opaque auquel il faut se coller quelques temps avant d'en percer les mystères. Les écueils de la redondance sont rendus difficilement évitables au vu de la longueur de l'album, effet fortement dommageable quand on entend la qualité de certains passages et de certaines compo'. Ce premier album permet donc au groupe de poser les bases de son identité et de ses capacités musicales. Nul doute que le groupe se constituera rapidement son petit lot d'amateurs et gageons que si ils sont aussi travailleurs qu'ils le paraissent, ils vont surement nous surprendre avec le prochain.
Note : 13.5/20




Rédigé par : Bras Cassé & Pamalach | 14.25/20 | Nb de lectures : 5875




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