GLORIA MORTI - Kuebiko (Willowtip) - 28/04/2016 @ 07h05
Houlà, je ne suis pas loin du mea maximum culpa, pour bien commencer cette chro. J’avais toujours mal jugé GLORIA MORTI et ceci encore plusieurs temps après avoir chroniqué Lateral Constraint (2012), qui avait d’ailleurs bien rapidement rejoint ma boîte à chaussures à promos (c’est une Kappa). Bon il est vrai que la première période, matérialisée par Lifestream Corrosion (2004) et Eryx (2008) ne trouvera plus jamais grâce à mes oreilles avec son DIMMU BORGIR version gros death en mousse. Ensuite, j’avais toujours considéré les deux albums suivants, Anthems Of Annihilation (2010) et Lateral Constraint comme des grosses bourrineries sans grande âme ni intérêt. Mais bon, allez savoir pourquoi, les premières bribes de Kuebiko, qui arrive après quatre ans d’absence des finlandais, ont titillé ma curiosité. Déjà parce que le groupe est désormais signé chez Willowtip, plus habitué à des trucs tordus qu’au Death/Black extrême et moderne de GLORIA MORTI. Ensuite parce que les premiers extraits dévoilés étaient bien bons et montrent un groupe qui semble avoir évolué, sur le fond et sur la forme. C’était la moindre des choses après 4 albums après tout, mais de fil en aiguille j’ai ressorti Lateral Constraint de la boîte à chaussures, et j’en ai profité pour régulariser son prédécesseur Anthems Of Annihilation à pas cher. Et c’est qu’avec le recul, il est quand même pas mal le GLORIA MORTI des années 2010, certes parfois inutilement bourrin mais tout de même grandement efficace, avec une fois qu’on a creusé quelques menus hits (la triplette d’entrée "The Solution Called War"-"Awakening of A Discordant Machine"-"Infiltration" sur Anthems Of Annihilation ; des brûlots comme "Lex Parsimoniae", "Aesthetics of Self-Hyperbole" ou "Non-Believer" sur Lateral Constraint, entre autres…). Typiquement le genre de groupe pas très finaud mais qui fait du bien par où il passe, et qui a réussi à trouver une petite identité en dépit de quelques défauts de forme (cette prod bien compressée), au final.

Bon. Pour GLORIA MORTI, fini les concepts futuristico-apocalyptico-guerriers et place à autre chose. Kuebiko va d’ailleurs rapidement former un tout qui va nous montrer le « nouveau » GLORIA MORTI, groupe qui cependant n’hésitera toujours pas à nous montrer de quel bois il se chauffe. Mais même si la sauce reste un peu la même (sorte de mélange entre VADER/BEHEMOTH, le PANZERCHRIST de Regiment Ragnarok et du Black mélodique finlandais), le quintette finlandais va changer les dosages. Au pilonnage moderne va donc succéder quelque chose de plus sombre, plus glauque, plus sale et malsain quelque part. On passe du champ de bataille futuriste avec force robots armés à une cave bien humide, où des humains ont subi les pires sévices imaginables. Ce n’est pas pour rien que le premier single tiré de Kuebiko se nomme "Josef Fritzl", du nom de l’autrichien ayant séquestré et violé sa fille Elisabeth pendant une vingtaine d’années. Plus tourmenté et donc plus violent que jamais, GLORIA MORTI va ici révéler un album plus viscéral et vengeur. Les claviers (bon, qui ont toujours été noyés dans le mix) sont presque abandonnés même s’ils restent là, tout au fond, comme une musique lointaine que l’on entendrait au fin fond de la cave fermée à double tour et par un solide cadenas. La musique de GLORIA MORTI va donc prendre un tournant nettement plus noir, les mélodies étant majoritairement remplacées par des arpèges et dissonances bien inquiétantes, ou des trémolos assassins pour une atmosphère d’absence d’espoir. Et, cerise sur le gâteau, le groupe va aussi quelque peu varier ses tempos, tempérant le mitraillage intempestif dont il avait fait preuve sur ses précédents efforts. Mais attention, quand il dégobille, GLORIA MORTI ne le fait pas à moitié. Kuebiko est donc l’album à la fois le plus désenchanté, le plus varié mais aussi quelque part le plus extrême voire le plus primaire disque des finlandais. Chapeau bas !

"Syntymä" (chanté en finnois) est une vraie-fausse intro (un peu à la manière de "Prelude" sur Anthems Of Annihilation) vu qu’après les samples vocaux, c’est bien le Metal qui prend place. Et GLORIA MORTI nous surprend vu qu’il évolue pour commencer dans le registre épique dont il a parfois fait preuve avec brio par le passé, avec force trémolos et leads. Mais l’ambiance sombre se met malgré tout en place, apocalyptique à sa manière, dans le noir plutôt que sous le feu. "The Foul Stench of Vomiting Blood" lance véritablement les hostilités avec un riffing qui ratiboise sec. GLORIA MORTI est en forme, a également amélioré sa production ici d’une rare puissance, et surtout son Death/Black est particulièrement bien goupillé, se servant de l’efficacité et de la brutalité du premier et des apports riffiques et vocaux du second. Tout comme pour les deux précédents albums une fois bien assimilés, on se prend vite au jeu de ces blasts, de ces rythmiques tranchantes et de ces grosses voix. Sauf que l’atmosphère est bien plus sombre et graisseuse, les arpèges occultes bien placés sont là pour le prouver en plus d’une certaine urgence des compos et d’un son bien glaireux. GLORIA MORTI est inspiré dans tous les domaines et enchaîne alors deux monstruosités : "Josef Fritzl" est un morceau absolument décapant aux accélérations d’une brutalité sans compromis, assurément le titre le plus bourrin jamais écrit par les finlandais, au refrain magistral et aux blasts terrassants (cet assaut énormissime à 1’35 !). Génialement jouissif et "Chimeral Form" emboîte alors subtilement le pas au vieil autrichien, après une intro vicieuse c’est un véritable déluge de riffs incisifs, où les finlandais démontrent une certaine aisance technique d’ailleurs, qui réservent des passages archi-efficaces mais aussi des compos plus chaloupées particulièrement entraînantes. Un morceau différent, mais qui se pose aussi comme une des tueries de cet album mortel.

A la manière de Anthems Of Annihilation, GLORIA MORTI a donc proposé un trio d’entrée parfait. Mais si leur troisième album s’étiolait ensuite, Kuebiko va s’en sortir en variant les plaisirs. Très ambiancé, et donc résolument glauque et malsain, "Death by A Thousand Cuts (Lingchi)" s’autorise donc un tempo plus soutenu du plus bel effet, qui laisse donc plus de place au chant possédé et aux artifices mélodiques (et même aux claviers), mais aussi à quelques petites accélérations subtiles, et les finlandais finissent par frapper là où ne les attendait pas à l’occasion d’un final hyper violent qui prend à la gorge, nous clouant au mur par un millier de lames. Après un sample de transition histoire de respirer un peu, "Case No. 1102162" continue dans la lignée de la première partie de "Death by A Thousand Cuts (Lingchi)" avec un tempo légèrement plus lourd et « aéré » (tout est relatif) avec à nouveau des claviers plus présents, et toujours des arpèges assurant une ambiance morbide. Mais avec la voix rauque de Psycho en point d’orgue, GLORIA MORTI est toujours agressif à sa manière, même quand il ne blaste pas sans arrêt, et quand il reprend son souffle épique à l’occasion d’un refrain bien enlevé. Enfin, on ne va pas trop niaiser non plus, et "Gallows Built in Rows" fait repartir la cadence à coups de rythmiques ultra-massives, le groupe faisant juste des pauses à l’occasion d’un refrain bien halluciné, ou de solos bien sentis. Le troisième single "Executioner" est peut-être un peu trop classique et longuet (Kuebiko est l’album le plus long du groupe, 49 minutes) mais reste plaisant, et enfin GLORIA MORTI se fait plaisir en terminant sur "The Termination of All Bonds", conclusion de pas moins de 12 minutes (!) et ceci sans ghost-track à la noix, juste du pur GLORIA MORTI pendant 12 minutes, passant par toutes les humeurs et se lâchant niveau technique.

Alors que Anthems Of Annihilation et Lateral Constraint étaient plus sympathiques qu’indispensables, GLORIA MORTI signe avec Kuebiko son premier album véritablement intéressant, vraiment bon voire tout simplement excellent. Piochant avec verve et rigueur dans le Death et le Black, le quintette finlandais a trouvé la formule imparable, un Metal extrême et brutal qui sait un peu se retenir, pour davantage soutenir sa violence lorsqu’elle montre les dents. Et une ambiance blackisante de premier ordre qui sert avec brio les thématiques. Si le plus remarquable chez ce groupe reste surtout le bourrinage qui d’ailleurs souffre un peu de quelques redondances, il faut bien avouer que sur ce point Kuebiko sonne souvent comme une bonne grosse branlée, et est un album particulièrement efficace qui, en gagnant par ailleurs en variété, est nettement moins lassant que ses prédécesseurs. Rien de révolutionnaire mais un disque qui fait plus que son office, hachant menu mais vous regardant aussi saigner de temps en temps, et s’en délectant bien d’ailleurs. Inspiré dans les compos, les voix, les ambiances et le son, ce cinquième album de GLORIA MORTI est donc une retentissante réussite. Surtout venant de la part d’un groupe peut-être injustement calé en seconde division, qui méritait mieux et qui a surtout su évoluer avec brio pour ne plus rester cantonné au Metal bourrin bas du front, même si cela reste son fonds de commerce et ça fonctionne encore. Un potentiel tardivement révélé finalement, Anthems Of Annihilation et Lateral Constraint étaient certes déjà corrects une fois les années passées mais c’est bien Kuebiko qui place définitivement GLORIA MORTI comme un beau petit monstre de Death/Black extrême, certes un peu mélodique mais ici plus sombre et gras que jamais. Gloire à la Mort !




Rédigé par : ZeSnake | 16/20 | Nb de lectures : 5921




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Commentaire
Moulinexxx
Membre enregistré
Posté le: 28/04/2016 à 16h58 - (119936)
Ca a l'air sympa, merci pour la découverte.

Par contre, va falloir un jour que le petit monde du Metal arrête de sur-exploiter ce passage d'Apocalypse Now ("Horror...") sur lequel débute cet album. Déjà entendu tellement de fois !

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