ENDE - The Rebirth of I (Obscure Abhorrence) - 27/10/2015 @ 07h22
Ende n’est pas un groupe inconnu. Leur premier album - Whispers of a Dying Earth – laissait entrevoir de belles choses, tant sur le fond que sur la forme. Leur interprétation d’un BM traditionnel – associée au grain très spécifique d’un son râpeux à souhait – ouvrait les portes de suites ambitieuses. The Rebirth of I est de celles-là. Sans révolutionner le BM – ce n’est pas son but – Ende propose néanmoins un album de BM dépouillé de tout propos surabondant, de tout arrangement superflu et, à vrai dire, un album de très haute qualité. L’ambiance qui flotte sur chaque titre – entre Moyen-âge réinventé et visite de cryptes et caveaux humides – transcende littéralement cet album. Le BM de Ende n’est pas un appel aux Terres gelées ; il sent la terre et le végétal en décomposition, il s’apparente à une balade en forêt à l’heure de la pluie, les pensées perdues dans la mélancolie, l’esprit vagabondant dans la tristesse. Le BM de Ende n’est pas glace et guerre ; il est tout entier ruines, boue, magie noire et hiboux crucifiés sur la porte. En cela, il est remarquable.

"Den Glemte skogen" débute ainsi, sur le bruit du vent traversant un village abandonné, comme ravagé par la peste. Le son est excellent, légèrement grésillant, doté de la juste mesure de saleté adéquate, organique comme il se doit. Le titre est rempli de multiples informations, qui n’encombrent pas les structures mais au contraire les enrichissent (le hurlement des loups en fond, les petits arrangements sur la batterie, le mid-tempo qui alterne à bon escient avec les accélérations meurtrières). La prouesse vient ici de l’emphase que l’on sent sur l’ensemble du titre – comme sur ceux qui suivront – alors que ne figure aucun clavier, ni sample à cet effet (par exemple, la profondeur du son comme de la musique en elle-même dès l’intro de "Black sorcery of the great macabre" ou le souffle épique et guerrier qui traverse "Aux relents fiels", très beau morceau). Si la musique est différente, j’oserais une comparaison avec Sühnopfer pour l’ambiance et la coloration très médiévale des morceaux.

Le choix de l’alternance mid-tempo / accélérations n’est pas nouveau ; il est même propre au style. Mais ici, il fonctionne parfaitement, d’une part, en raison encore une fois de l’ambiance qui se superpose aux structures, d’autre part, d’une véritable science de la composition qui offre de ne jamais écouter le même titre répété à l’infini et, enfin, précisément de la variété des structures et des trouvailles dont elles regorgent (le bruit de la pluie, le hurlement des loups, les cloches sur fond d’averse…) qui enrichissent vraiment le propos. L’équilibre est parfait, qui met en valeur chaque instrument, chaque partie, chaque arrangement ("Black sorcery of the great macabre" en est un bon exemple, titre long et rampant, perclus de rebondissements, de relances rythmiques et de lancinances ; idem pour "Seul vers les ténèbres" où des leads entêtants croisent avec des sons de cloches austères ou des chœurs profonds ou encore sur "Une forêt de cadavres" où les croassements de corbeaux accompagnent un titre très violent mais aussi très mélodique, morceau superbe où la structure se meut entre agression et phrasés mélancoliques).

Les enchaînements entre les titres sont également travaillés. Ils participent de l’ambiance dont je parle depuis le début, en augmentant l’immersion de l’auditeur. Les deux morceaux de transition ("An Ode to Bathsheba" et "Channeling of the howling witch"), très mélancoliques, quasi désespérés, accroissent nettement ce sentiment de solitude de l’homme qui marche sur des chemins détrempés à la recherche d’un village ou d’une âme vivante aux alentours, des feux crépitant dans les champs dévastés. Ils constituent autant de respirations bienvenues faute de ponts dans les morceaux qui pourraient jouer un rôle similaire (sauf sur "Une forêt de cadavres", avec le très beau pont aux alentours des 4’). Ils permettent de basculer dans la seconde puis la dernière partie de l’album en douceur.

"May 1885" – morceau longue durée – vient clore l’album sur une ambiance funèbre faite de bruits de nature, de crépitements du feu et d’incantation lointaine. L’homme a fini par trouver son chemin, la folie l’a emporté.

Tu l’as compris, j’ai adoré cet album. A l’image du dernier Sühnopfer, de Peste Noire et de biens d’autres encore, Ende permet à la scène BM française de renforcer sa présence et d’asseoir, pour ma part, sa suprématie sur bien d’autres scènes européennes et au-delà. Un album équilibré, inspiré et riche d’ambiances immersives parfaitement restituées. Même la pochette est réussie, c’est dire.



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Rédigé par : Raziel | 17/20 | Nb de lectures : 8034




Auteur
Commentaire
gulogulo
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2015 à 08h22 - (118418)
Totalement d'accord - à part sur le passage sur la scène française : du black metal universel, dans toute sa pureté (non revendicative).



Ennemie
Membre enregistré
Posté le: 27/10/2015 à 09h11 - (118419)
Super!



EddiFist
IP:88.138.148.165
Invité
Posté le: 28/10/2015 à 09h35 - (118439)
Génial! Et de chez nous ^^

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