ELOA VADAATH - Dead End Proclama (Noisehead/Season of Mist) - 12/12/2013 @ 07h56
Ce nom étrange à résonance mystico-mythologique est l’un parmi les 72 que donne la Kabbale au dieu des Hébreux. Il signifie « Celui qui voit tout et sait tout ». Et il est tentant de rebondir - non sans un brin de malice - sur le choix de ce patronyme. Pas sur son caractère original ou non, ça on s’en fout ! Non, pour se demander si cette formation transalpine a mis à profit cette prescience supposée pour entrevoir que son « avant garde technical & progressive death metal » mâtiné de black allait être un brin prise de casque pour le commun des mortels.

Car aborder sereinement et définir le plus clairement possible cet OVNI n’est pas simple. Il n’est ni plus ni moins qu’un véritable coup de massue sur le crane pas évident du tout à encaisser. Mais commençons par dire que Dead End Proclama est le second album et que le premier - A Bare Reminiscence Of Infected Wonderland - a reçu en 2010 un accueil mitigé. Les avis - assez rares toutefois - étaient soit des éloges dithyrambiques soit une grande perplexité. Les principaux reproches faits au quintet du Veneto étaient de faire preuve d’un éclectisme forcené et brouillon. Pour aller droit au but, de vouloir en faire trop en mêlant tous les genres du métal y compris extrême sans logique apparente. Ne manquaient plus à l’appel qu’un soupçon de gore et une pincée de grind et ils en avaient fait le tour ou presque !

Plaisanterie mise à part, Dead End Proclama suit à peu près la même recette et le constat sera donc le même : à force de tremper son croûton dans toutes les marmites, le groupe noie le quidam auditeur pourtant rompu à pas mal d’excès sous la masse confuse de toutes ces composantes. Si bien que ce dernier (le quidam) finit par ne plus savoir à quel démon se vouer. Tant de densité dans les compos, de luxuriance dans l’exécution conduisent à l’étouffement pur et simple.
Voilà pour le côté barré et hermétique de « l’œuvre » des italiens et son aspect le moins accessible.

Car, paradoxe des paradoxes, c’est malgré tout au milieu de ce fatras de styles que l’on trouve quelques idées fraîches à défaut d’être neuves et une certaine originalité dont l’utilisation du violon n’est pas la moins intéressante. Oui du violon et pas de claviers ! Pour autant, E.Vadaath n’a pas réinventé la poudre ; la scène avant-garde nous a déjà offert ce genre de singularité chez des formations comme Diablo Swing Orchestra ou Sleepytime Gorilla Museum.
En fait, et au risque de paraître contradictoire, cette mosaïque de genres croisés sans cohésion apparente a le mérite de nous secouer les neurones dans tous les sens. Et pris séparément, les 10 titres de Dead End Proclama se révèlent être intrinsèquement bien meilleurs que ceux du précédent album car mieux ficelés et parfaitement exécutés par des musiciens qui visiblement maîtrisent leurs instruments.

Il suffit donc pour en apprécier toutes les qualités, d’appréhender chaque titre comme une expérience musicale unique, différente de sa devancière et capable de constituer finalement une œuvre qui tient la route. Si l’on parvient à s’extraire de la notion même de concept ou d’unicité on passe un moment inoubliable servi par quelques pépites insoupçonnées.

Ça commence par Moloch, un instrumental de 2.30 mn qui installe d’entrée une ambiance sombre à souhait. On devine aisément que l’on n’est pas là pour rigoler. Ensuite vient le coup de poing dans la gueule : The Waking Prophecy. Pas le temps de respirer, on est immédiatement collé au plafond durant 5.30 mn par une succession de riffs et beats dépotés à la vitesse du son.
Quand on croit enfin pouvoir redescendre sur le plancher des vaches pour y apprécier un repos bien mérité, The Sun Of Reason Breeds Monsters en remet une couche avec les mêmes arguments et nous propulse à nouveau dans les airs le nez collé au plâtre. Sensations garanties !

Et l’on se dit que si la suite est du même tonneau, on va vivre des moments sportifs. Bien heureusement, Eloa Vadaath ménage le suspense et relâche la pression avec Vever, sorte de pièce folklo métallique au rythme lent, compte tenu de ce qui a précédé et permettant de souffler avant le retour de la prochaine tornade.

La suite, je vous la laisse découvrir. Tout le disque est l’avenant, alternant séquences furieuses et périodes d’accalmie imprévisibles où intervient l’inattendu violon, breaks intempestifs et chevauchées heavy classiques, chant clair ou « growlesque » voire « blaky », mélodies harmonieuses ou complètement dissonantes. C’est en tout cas une expérience assez unique, faite de tourments délicieux et de félicité trompeuse cependant pas à portée de toutes les oreilles.

Vous êtes prévenus et j’insiste, il faut de l’attention, voire de la concentration pour ne pas décrocher. Eloa Vadaath joue une musique exigeante et complexe. Mais il le fait avec suffisamment de sérieux pour que l’on accorde une fois les effets de la claque atténuée, une écoute attentive puis du crédit à un ouvrage qui ne sera de toute façon pas facile à vendre à l’auditeur lambda. C’est osé, culotté, un chouia mégalo, parfois impénétrable mais ça remue et ça interpelle au niveau du cortex limbique. Je l’admets volontiers, ce syncrétisme musical peut aussi en écœurer plus d’un. Mais n’est-ce pas cette impudence affichée que l’on attend d’un album et d’un groupe qui prétendent posséder un caractère bien trempé et une originalité clairement revendiquée ? J’ai bien ma petite idée mais…


Rédigé par : Karadok | 15/20 | Nb de lectures : 11529




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Commentaire
Moulinexxx
Membre enregistré
Posté le: 12/12/2013 à 11h29 - (110366)
Jolie kro !

Je viens d'écouter un extrait, c'est clair que ça part dans tous les sens mais c'est loin d'être désagréable et ça me semble plutôt cohérent.

Dans le genre "truc barré avec du violon", j'aurais également cité Unexpect.

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