ECLECTIKA - The Last Blue Bird (Asylum Ruins) - 13/09/2007 @ 09h50
Plus qu’un groupe, ECLECTIKA est le projet d’un de ces acteurs de l’ombre discrets, autodidactes et avant tout passionnés qui oeuvrent à l’abri dans leur tanière, totalement imperméables aux modes et libres de toute considération purement mercantile. Après la sortie de la démo « Funeral Victorious March » il y a deux ans, Seb Régnier s’est rapidement rendu à l’évidence : s’il voulait voir un jour sortir le premier album d’ECLECTIKA, il ne faudrait, comme beaucoup d’autres avant lui l’on fait, compter que sur lui-même. Asylum Ruins, son label, est donc né de cette volonté de prendre le taureau par les cornes pour donner vie à son projet et de ne pas se contenter de pleurer sur la mauvaise santé de l’industrie du disque. Tout naturellement, la première sortie est donc « The Last Blue Bird », un album entièrement composé, produit et mixé par Seb qui, comme le laisse suggérer le patronyme du groupe, explore divers horizons musicaux chers au jeune chef d’entreprise au risque de dérouter les moins aventureux d’entre-nous.

Sur une base thrash/black, ECLECTIKA développe quelques thèmes devenus conventionnels à l’heure actuelle, mais qui il y a une quinzaine d’années, époque dans laquelle le groupe puise son inspiration, préfiguraient une révolution à laquelle le monde de l’extrême ne s’attendait pas. Venus de Grèce, soutenus par un label français, en l’occurrence Holy Records, des groupes comme SEPTIC FLESH et NIGHTFALL créaient ce qu’on a un temps appelé le « dreamy metal ». Un mélange de death, de thrash, de black parfois, doté d’un son caverneux et mélangeant vocaux extrêmes et voix d’opéra ou nappes de synthés symphoniques. Cette scène avait quelque chose de particulier, une sensibilité et peut-être une dimension mystique que n’avaient pas, malgré leur immense talent, les groupes suédois ou français tels qu’EDGE OF SANITY ou LOUDBLAST.

C’est dans ce domaine qu’officient les Bourguignons, et c’est sans surprise mais avec beaucoup de satisfaction qu’on retrouve ces lignes de guitares aériennes superposées à une rythmique sauvage, un chant féminin lyrique utilisé avec justesse et parcimonie, des vocaux masculins alternant les registres black (un halluciné, un autre haineux) et death. « Like A Scarecrow In A Human Fields », avec son intro au clavier façon « Enjoy The Violence » des regrettés MASSACRA, suivie d’une rythmique thrash bien épaisse relayée par un riff black soutenu par un tempo écrasant, rapidement rejoint par un chorus de guitare mélodique à la SEPTIC FLESH ouvrant la porte à un dialogue entre chant death et chant féminin, est l’archétype des compos d’ECLECTIKA. A la fois émotionnelles et lugubres, comme des entités psychotiques connaissant des accès de violence aussi soudains et imprévisibles que le sont ses périodes d’apaisement, elles naviguent constamment entre métal extrême et plus grand public à la THE GATHERING, avec quelques détours par le heavy metal (le solo d’intro de « Underhand Sophist ») et l’ambiant (l’instru « Asylum 835 » et la longue conclusion éthérée « Behind Antares »).

Il faut quelques écoutes pour se familiariser avec « The Last Blue Bird » et s’habituer à la production, qui semble de prime abord trop riche en basses, trop sourde. Mais un peu d’attention suffira pour apprivoiser les dix plages et bien vite, cette prod qui apparaissait datée se révèle parfaitement adéquate au style pratiqué, héritage direct de la scène grecque du début des années 90 et des travaux mystico/cosmico/symphoniques de LIMBONIC ART. Les compos sont riches mais simples, construites sur une rythmique solide qui laisse toute liberté aux autres éléments de se développer et donnent beaucoup de poids à ces chorus que j’évoquais plus haut. Il en ressort qu’on ne se perd jamais dans les méandres de ce concept album malgré la diversité des styles présents.

Ce premier album d’ECLECTIKA est une belle réussite et très encourageant pour la suite, dont l’éclectisme laisse entrevoir une multitude de possibilités. Espérons que l’oiseau bleu trouvera son public, il ne mérite pas d’errer seul dans le cosmos inquiétant reproduit sur la jaquette.


Rédigé par : Dungorpat | 15,5/20 | Nb de lectures : 10054




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