EBONY LAKE - In Swathes of Brooding Light (Les Acteurs de l'Ombre/Season of Mist) - 07/02/2012 @ 08h11
Mesdames et Messieurs,
Approchez, approchez…
N’ayez pas peur ! Venez voir la plus belle collection de phénomènes de la nature ! Venez admirer les monstres les plus fascinants arpentant ce misérable caillou !
Après un simple regard sur ces malheureuses créatures, votre vie prendra soudainement l’apparence d’un rêve !


S’il y a bien un groupe monstrueux, c’est EBONY LAKE ! Une fulgurance qui traversa la fin des années 90 de manière inattendue. Auteur d’un unique album en 1999, il est bien difficile encore aujourd’hui d’oublier la stupeur à l’écoute des sons issus de ce premier acte ; mélange improbable et déconcertant de Black symphonique, d’avant-garde, de Néoclassique, de folie, le tout illuminé d’un lyrisme Baroque. C’était tellement à part que cet acte isolé resta finalement dans le fond de nos consciences encore ébahies devant tant d’extravagance.

Douze ans plus tard, les Anglais décident de sortir de leur château victorien afin de donner une suite à ce premier méfait via nos compatriotes des Acteurs de l’Ombre qui aiment à nous proposer de l’iconoclaste. Ma principale crainte était de me retrouver devant ce nouvel album avec une vilaine sensation de désuétude car depuis, il y a de l’avant-garde et du Black torturé dans tous les sens qui ont coulé dans mes vieilles oreilles. Surtout que l’on s’aperçoit vite que les quatre derniers titres sont des réenregistrements de leur première démo. Autant en parler tout de suite, il s’avère que ce final s’intègre parfaitement avec les nouveaux titres qui précèdent seulement notera-t-on que les riffs exhalent le vieux parfum de caveaux d’un Doom/Death du siècle dernier.

Le monstre nouveau n’a rien perdu de sa folie bien au contraire. Apprêtez-vous à plonger dans un chaos aux couleurs de la démence mais édifié tel un opéra ou une comédie musicale. Au départ, on se voit submergé par ce fatras musical où tout semble se télescoper dans un collage réalisé par un schizophrène. Une multitude de vocaux vont et viennent, ça va du passage lyrique à des voix extrêmes, du récitatif à des chœurs en passant par des plaintes et des grognements inhumains. Mais la matière musicale se montre, elle aussi, complètement instable dérivant de parties orchestrales baroques à un simple clavecin horrifique, de cuivres funèbres à des riffs et autres arpèges hypnotiques, d’une ritournelle de piano déliquescent à des ruptures grandiloquentes pleines d’emphase. Une difformité faite musique où tout semble déglingué et dégingandé ; un méandre infernal dont on ne peut en sortir que complètement aliéné.

Oui c’est tortueux, labyrinthique et pourtant nous ne sommes jamais vraiment perdus. En effet, nos dandys ne se contentent pas d’enfiler des plans abscons sans avoir une vision d’ensemble. Non, au bout de ce voyage, on sort avec la sensation d’avoir voyagé d’un endroit à un autre. EBONY LAKE scénarise sa pièce de musique, nous invite à un opéra certes sacrilège mais un opéra tout de même avec tout ce que cela suppose d’évolutions narratives. L’ouverture est en force et vous cueille comme Jack l’éventreur happant une de ses victimes dans les recoins d’une ruelle sombre. Le départ vous noie sans prévenir dans son chaos virulent mais en avançant dans cette folie nous échouerons vers des accalmies où ne subsiste que le souffle du vent. C’est une histoire, avec ses temps forts et ses temps faibles et malgré le vernis confus on devine en filigrane une progression logique.

Il en va de même pour la musique car depuis tout ce temps le groupe a évolué et arbore un nouveau visage. En effet, malgré le chahut apparent qui résulte de ces compositions, le combo rattrape in extremis l’auditeur par l’utilisation de leitmotivs obsédants et hypnotiques qui vous agrippent au sein de ses tourbillons infernaux. D’autre part, un nouvel adjuvent apparaît dans l’EBONY LAKE de ce nouveau siècle et ce principalement lors de ce démarrage tonitruant. La musique se pare véritablement d’un cachet Industriel qui est souligné par l’emploi de ces riffs tournant jusqu’à l’hypnose. On sent un petit côté BLUT AUS NORD dans ce matraquage lancinant. Il suffit d’évoquer le premier titre qui fut dévoilé The Curious Cave of Deformities et dont la première écoute m’avait bien traumatisé, une véritable chute dans la démence pris que nous sommes entre ce pilonnage rythmique, la voix scandée d’un illuminé et des râles. Il y a quelque chose de véritablement effrayant comme si la folie, tapis au fond de ces lignes hypnotiques et de ce martèlement froid, nous guettait prête à se jeter sur nous.

Au réveil de ce long cauchemar baroque, nous aurons quelques fois surpris notre implication se faire moindre surtout qu’il est difficile de se remettre de cette amorce brutale. Mais en définitive à quoi bon juger une telle pièce ? A quoi bon donner une note ? Pour cela, il aurait fallu des points de comparaison pertinents or EBONY LAKE fut et demeure cet éclair de folie délirante qui ne s’entend nulle part ailleurs dans le Metal. Le genre d’œuvre qui ne peut laisser indifférent qu’on l’aime ou qu’on la déteste. Un acte atypique qui finit malgré vous par graver ses sombres monstruosités dans vos oreilles.

…Et la foule des badauds endimanchés poussa des cris d’orfraie lorsque le monsieur loyal tira les pans du rideau découvrant la créature la plus hideuse et la plus fascinante que le monde ait jamais vu !




Rédigé par : Dark Rabbit | L'Opera de la monstrueuse parade/ | Nb de lectures : 12139




Auteur
Commentaire
AnusFraicheur
Membre enregistré
Posté le: 07/02/2012 à 10h59 - (100294)
Bande-son parfaite de la Décadence.

gg
IP:2.8.239.141
Invité
Posté le: 07/02/2012 à 14h18 - (100300)
Merci pour la Chro:)

gulogulo
Membre enregistré
Posté le: 07/02/2012 à 17h54 - (100306)
très bon ; me reste à choper le premier à un prix décent



ennemi
Membre enregistré
Posté le: 07/02/2012 à 19h44 - (100307)
y'a un digipack

MoiZ
IP:82.231.216.51
Invité
Posté le: 07/02/2012 à 20h04 - (100308)
Perso, je trouve le premier bien bien meilleur, plus fou, plus barré et surtout plus brutal.

Bon ok, j'ai paumé mon cd du premire album mais dans mes souvenances tout était de l'accabit du premier morceau de du nouvel album... qui m'a marqué par l'alternance morceau monstrueusement décadent- respirant plus calme.

Par contre, pour ce qui est de la répétition des riffs je ne parlerais pas d'indus mais plutôt de doom, genre qui n'est pas que lent mais aussi extrêmement répétitif. Sauf que dans Ebony Lake, la répétition sert la folie et que dans le doom elle sert euh.. l'apathie? les drogues?

Et pour finir, je suis à la fois content et déçu de ne pas voir de note pour cet album.
Content parce que c'est Ebony Lake, que ça ne ressemble à rien d'autre et que c'est tout bonnement génial, l'un des rares groupes à te pondre des trucs bien techniques que tu sens directement dans ton âme (des musiciens, des vrais en somme..)
D&éçu parce que du coup, l'album ne sera pas en sélection vs (ce qu'il mérite) et beaucoup vont (encore) passer à côté. Et vu la qualité du groupe, c'est très très dommage. D'autant qu'ils étaient déjà plus ou moins passés inaperçu à l'époque.

Allez, un p'tit hero of the day pour Ebony Lake, il mérite grave, siouplait monsieur vs


mydrin
Membre enregistré
Posté le: 08/02/2012 à 08h00 - (100311)
A l'époque de sa sortie, j'avais revendu le précédent au bout de 8 jours, l'écoute du titre "The Curious Cave Of Deformities" ne me donne pas du tout envie d'aller plus loin :-((

Tartampion
IP:41.130.67.27
Invité
Posté le: 08/02/2012 à 09h57 - (100313)
Ahh...Pour moi le morceau The Cave...m'a donné très envie d'aller plus loin; mais les autres morceaux m'ont moins plus. En tout The Cave est vraiment unique, et très alléchant.

dimmu77
Membre enregistré
Posté le: 08/02/2012 à 10h29 - (100314)
tiens ils existent toujours ?

une chose est sûre depuis le 1er album, cela ne ressemble toujours à rien ^^

comme mydrin, l'album était vite reparti, pas compris le trip :)

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