DYSTOPIA NÅ! - Dweller On The Threshold (Avantgarde) - 26/10/2015 @ 07h21
Avec ce groupe norvégien, la dystopie c’est pour tout de suite (et avec un point d’exclamation s’il vous plaît), mais ça va tout de même se faire en douceur. Formé en 2010 par des musiciens ayant évolué dans des groupes obscurs et peinturlurés de BM norvégien (GRIMNE, VARDEGRAV, HINSIDIG), DYSTOPIA NÅ! ne donne pas pour autant dans le TNBM, pas du tout d’ailleurs. Comme il est plus ou moins taxé d’avant-gardiste, la logique voudrait qu’il soit rattaché à, ou ait au moins comme influences, la scène locale du genre, ARCTURUS, VED BUENS ENDE et consorts. Eh bien pas vraiment non plus ! Si la bizarrerie de certains de ses travaux renvoie au Metal d’avant-garde, DYSTOPIA NÅ! est une formation nettement plus assimilable au mouvement Post-Black. Syklus, leur premier album sorti il y a 4 ans, était en plein dans cet esprit, atmosphères cotonneuses, trémolos, chant shoegaze et toute la panoplie du Black à casquette, à chemises bariolées et à petites lunettes. Mais les membres de DYSTOPIA NÅ! ont tout de même les cheveux longs, et ne vont pas en rester à un « Black »-Metal uniquement aérien. Certains passages de Syklus le prouvaient déjà, versant plus dans le Black progressif, avec certaines expérimentations. Toujours chez Avantgarde Music, Dweller On The Threshold va essayer de montrer une autre facette de DYSTOPIA NÅ!, qui est en pleine évolution.

Tempo soutenu, vocaux Black rocailleux, atmosphères diverses et toujours feutrées, synthés ou effets et instrumentations acoustiques, façonnent les bases du Post-Black-progressivo-avantgardiste de DYSTOPIA NÅ!. Dweller On The Threshold bénéficie déjà d’une meilleure production que Syklus, premier album dont il ne garde pas forcément tous les éléments, ou du moins en bonifie une partie. Progressif dans sa composition (notons également que l’album est divisé en trois parties) et la longueur de ses morceaux, avant-gardiste pour bon nombre de sonorités sidérantes, Black dans tous les éléments extrêmes (riffs et vocaux arrachés), Dweller On The Threshold est aussi un album résolument atmosphérique, tempérant la violence du Metal et proposant de nombreuses pauses ou passages tout simplement plus posés. Un très beau morceau comme "Through Mirrors, Darkly" est là pour le prouver, qui se permet même de proposer un somptueux final futuriste après de nombreux atermoiements atmo, histoire de montrer toutes les humeurs de DYSTOPIA NÅ!. Cette piste suivie de l’interlude acoustique "Moment of Lucidity" conclut la première des trois parties de l’album, « First Encounter », qui commençait sur les chapeaux de roue avec l’excellent "Doppelgänger", assurément la sensation de cet opus avec son riffing très entraînant dès les premières secondes, ses sonorités avant-gardistes bluffantes, ses arrangements et enchaînements de haute volée et surtout son ambiance mystique à souhait. Un effort prolongé par les deux beaux interludes que sont "Intruder/Ephialtes" (presque digne d’un THY CATAFALQUE) et "Shadowcasting Horologe" (carrément PINK FLOYDesque période The Wall croisé avec du Black atmo allemand, qui signe l’apparition d’un chant clair plus maîtrisé que celui de Syklus), prouvant aussi que DYSTOPIA NÅ! a assurément travaillé son second album sur le fond et sur la forme.

De belles promesses hélas quelque peu ternies par la suite de l’album et ses deux autres parties, assez hétérogènes. "Winding Stares Into Nothing", qui ouvre le chapitre « Vertigo », retrouve la vibe Post-Black de Syklus, pour un morceau très mélodique, d’obédience Post-Black US ou même dans l’esprit du ENSLAVED le plus cool, sans grand panache ni intérêt, avec un chant clair à nouveau un peu moyen. Quelques fulgurances de synthé sont à noter, mais DYSTOPIA NÅ! n’est pas forcément en réussite quand il donne dans le pur Post-Black, d’ailleurs je dois avouer que je n’avais énormément apprécié Syklus. Les expérimentations et variations des norvégiens vont leur permettre de se rattraper, avec l’ambiant très prenant de "Lucidity (Phase II)" et le court mais véritable morceau qu’est "Cold Is the Colour", plus sombre et lourd mais toujours dans un esprit BM progressif/avantgardiste. Place ensuite au troisième et dernier acte, « The Gogol Awakening » (…), lui aussi mi-figue mi-raisin : "My Eyes Are the Atoms of the Sun" est à nouveau un morceau de Post-Black banal, trop cliché, trop aérien, flanqué d’un break rose bonbon interminable, et lorgnant même du côté du Rock. Dweller On The Threshold va heureusement bien se terminer avec le fleuve "Final Encounter" dépassant les 13 minutes, qui sans retrouver la verve des morceaux de la partie « First Encounter » va permettre à DYSTOPIA NÅ! de montrer toutes ses capacités au sein d’un morceau très travaillé où il y a de tout, entre atmosphères épiques et moments « extrêmes » prenants.

Dweller On The Threshold dépasse nettement Syklus en allant plus chasser sur les terres avant-gardistes, dommage que de par sa séparation en 3 parties qui font varier les humeurs, ce second album de DYSTOPIA NÅ! soit assez inégal du haut de ses 62 minutes. Un excellent départ avec les splendides "Doppelgänger" et "Through Mirrors, Darkly" ainsi que leurs « interludes » connexes, mais ensuite les norvégiens se fourvoient quelque peu dans un Post-Black assez dispensable, juste relevé par quelques bonnes idées et un grand final tout de même croustillant à défaut de pousser encore plus loin les expérimentations. DYSTOPIA NÅ! a pour lui son originalité, surtout pour ce second opus à la fois plus progressif, plus avant-gardiste et plus atmosphérique, dont les influences ne sont pas si évidentes que ça à déceler (si ce n’est ENSLAVED, sans doute). Mais ce n’est pas nå que le groupe va atteindre son aboutissement, hésitant trop entre ses deux composantes prog/avantgarde et Post, la seconde étant encore héritée de Syklus, indubitablement. On retiendra ce qui est le plus novateur et le plus avant-gardiste de Dweller On The Threshold en espérant que le groupe continue dans cette stricte direction pour le futur, toutefois il est difficile de ne pas voir un grand potentiel là-dedans, et si pour l’instant DYSTOPIA NÅ! aurait pu se limiter à un EP (ou un album plus court) avec ses meilleures idées, Dweller On The Threshold de par son aspect riche et travaillé dans l’ensemble mérite l’attention de tous ceux qui aiment quand les norvégiens s’adonnent à des progressions croustillantes sur une base BM.




Rédigé par : ZeSnake | 14.5/20 | Nb de lectures : 7565




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