DRUDKH - A Furrow Cut Short (Season of Mist) - 07/07/2015 @ 07h04
Peut-on être et avoir été ? Est-il possible de maintenir un niveau de qualité égal après qu’un ou plusieurs de vos albums aient été considérés – à juste titre – comme des chefs d’œuvres, des pierres angulaires d’un style ou d’une scène ? Drudkh – groupe majeur de la scène BM slave – qui a inondé nos platines de moments de purs bonheurs, d’absolue félicité avec ses albums, en gros, de Forgotten Legends à Blood in our wells, son sommet, son pic, son cap, est-il capable, en revenant aux sources comme il le fait depuis Eternal turn of the wheel, de retrouver son entière capacité à éblouir, à charmer, à transporter l’auditeur comme à nul autre pareil ?

La réponse est, pour ma part, clairement négative. Et en te disant cela mon ami, je suis tristesse. Tristesse et colère. Drudkh, groupe vénéré parmi les vénérés, a pondu une demie-chiasse. Eternal turn… n’était pas une pépite. Mais après un Handful of stars pathétique et une expérience shoegaze minable (Old Silver Key), il s’avançait en sauveur des illusions perdues. A furrow cut short n’est pas mauvais en soi. Drudkh n’est jamais totalement médiocre, surtout quand il revient à ce qu’il fait de mieux, soit ces envolées mélancoliques trempées dans la nostalgie la plus belle qui soit, qui évoque autant les grandes plaines ukrainiennes battues par les vents que le départ des soldats au combat. Mais voilà, tout s’épuise. Même l’inspiration d’un combo qu’on a longtemps pensé à l’abri d’une telle mésaventure. Car, de fait, il arrive – et pas qu’une fois – que le temps paraisse bien long sur cet album qui frôle quand même l’heure.

Soyons honnête. Drudkh n’a pas perdu toute sa science comme par magie. "Cursed sons I" entame les hostilités comme à la grande époque, riffs qui tuent en tête, enrobage épique et nostalgique évoquant la Nature compris. Ce premier morceau est solidement bâti, selon des canons établis depuis bien longtemps maintenant. Le son est douillet, bien gras, profond et agréable comme il convient. Rien à redire. La voix, reconnaissable entre mille, est toujours dépositaire de l’agression mélancolique typique du groupe. Mais un premier souci pointe le nez. Alors que sur ses albums antérieurs « grande époque », un morceau pouvait tourner durant 10 minutes et qu’on en prenait plein les esgourdes, il arrive que là, les riffs tournent vite en rond. En gros, passé la moitié du morceau, on rêvasse à d’autres choses. Grave quand on s’appelle Drudkh. La faute à un manque de prise de risque, d’innovation… d’inspiration. Quand tout le propos est épuisé en à peine 4 minutes, pourquoi faire tourner 5 de plus ? Et même si le tout reste très correct, rapporté à un groupe de BM lambda, la pilule est évidemment plus difficile à faire passer pour Drudkh.

"Cursed sons II" est également plutôt agréable. On y décèle par instants, par phrasés, la touche Drudkh (le pont majestueux à 2’10, tout de guitares déchirantes fondues dans la masse). On pointe parfois – rarement – le génie qui animait la science du riff du groupe (l’autre pont à 4’40). Mais le tout est encore noyé dans une masse de structures empruntées, pataudes et finalement intéressantes uniquement par (maigres) moments. "To the Epoch of Unbowed Poets" repose sur des principes identiques. On identifie ce qu’on aimait chez Drudkh, ces riffs sauvages embrassant la Nature (l’intro, le pont vers les 4’), défiant le temps (les riffs vers les 1’10, gorgés de mélancolie ; "Embers" et ses riffs à 2’) et en appelant aux Anciens. Mais là encore, des riffs éphémères, perdus dans un océan de remplissage. D’autant plus regrettable que le titre en lui-même était porteur d’espoirs, dopé par le son plutôt chaud ("Embers").

On reste interloqué finalement par cet album. Car chaque titre, ou presque, comprend sa dose de riffs pertinents, de mélancolie dosée et de structures intéressantes. Mais chacun des morceaux est aussi empli de phrasés répétitifs sans conviction, de leads plus banals, de remplissage inutile. Interloqué, frustré et étonné car chaque titre évolue selon un mode opératoire identique ! Aucun ne sort du lot, aucun ne mérite le titre, ni la descente aux enfers. Et c’est peut-être là que le bât blesse.

On pourra s’étonner devant l’absence presque totale d’instruments folkloriques qui faisaient aussi le charme de la formation. Et devant l’utilisation bien trop parcimonieuse de la guitare sèche qui apportait encore son lot de nostalgie (elle est cependant habilement mêlée aux riffs sur "Embers"). Et quid encore des trouvailles qui enluminaient la musique du groupe ? On reste ici en terrain ultra balisé. Pire, passé "Embers", les trois derniers titres (sur sept au total) semblent inutiles tant leurs structures sont interchangeables, entre eux et avec des titres tirés d’autres albums du groupe ("Dishonour I" est très classique, il ne s’y passe pas grand-chose par exemple, outre de la tabasse un peu veine ; "Dishonour II" est plus lent, plus chiant aussi, tout comme "Till Foreign ground hall cover eyes…" le tout sur près de 10 minutes à chaque fois).

Je suis très partagé sur ce nouveau Drudkh. S’il recèle encore quelques riffs lumineux, si l’on peut encore identifier par instants la science du riff de la formation ukrainienne et si l’on se surprend à aimer toujours autant les envolées sylvestres du groupe, en revanche, il faut se rendre à l’évidence : Drudkh tourne en rond, recycle du riff à la pelle et semble avoir laissé son inspiration dans les décombres de la crise russo-ukrainienne. Dommage. Mais il est si difficile d’être après avoir autant été…




Rédigé par : Raziel | 13/20 | Nb de lectures : 8705




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Commentaire
mioumiou
Membre enregistré
Posté le: 07/07/2015 à 10h02 - (117180)
J'avais + ou - lâché le groupe après "Estrangement" et là je dois dire que j'ai été plutôt conquis.
C'est plus pagan que atmo (par le nombre assez conséquent de riffs entre autres) et quand certains disent que ça tourne en rond, moi je dis qu'au contraire, c'est plus varié qu'un "Autumn Aurora" par exemple.
C'est sûr que du coup ça perd un peu en ambiances mais en tout cas c'est varié.

raziel
Membre enregistré
Posté le: 07/07/2015 à 10h45 - (117181)
Autumn Aurora est un chef d'oeuvre. On en est très très loin, tant dans les riffs que dans les ambiances.

mioumiou
Membre enregistré
Posté le: 07/07/2015 à 11h46 - (117182)
On est d'accord. Mais moi je le prends comme il est et dans le genre pagan/atmo black , je suis désolé de le dire mais ce disque est une bombe. Vivons le présent.

Zebrowsky
Membre enregistré
Posté le: 07/07/2015 à 12h39 - (117185)
Ah pas d'accord! Handful of Stars est magnifique.

Nokturnus
Membre enregistré
Posté le: 07/07/2015 à 12h52 - (117186)
On est effectivement très loin des 4 premiers mais je trouve que celui-ci est leur meilleur depuis Blood in our Wells

GabinEastwood
Membre enregistré
Posté le: 07/07/2015 à 14h45 - (117189)
"Microcosmos" était franchement excellent, je le trouve sous-estimé comme disque, après c'est clair que ce qui a suivi "Blood in our wells" est moins bon que les premiers mais ça vaut encore le détour.

Pour en revenir à cet album je lui trouve les mêmes défauts que sur les deux derniers à savoir un manque de titres marquants et forts, et un vrai manque d'idées par moment.

Certes le groupe reste encore au dessus du lot de beaucoup de formations de black pagan, mais quand on sait de quoi il est capable on ne peut qu'être déçu, un bon album certes mais un de plus finalement ...



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