DIE KRUPPS - The Machinists Of Joy (Synthetic Symphony/Season of Mist) - 14/11/2013 @ 08h13
Récemment, nous avons loué CARCASS comme étant un groupe pouvant se targuer d’être le pionnier de deux genres musicaux (le Goregrind et le Mélodeath). Dans un autre domaine musical, DIE KRUPPS peut également revendiquer d’avoir fortement contribué à créer deux écoles. Alors qu’il avait débuté dans un style industriel et expérimental à la EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN, SPK, THROBBING GRISTLE… pour Stahlwerksymphonie (1981), le groupe allemand fut un des instigateurs de l’EBM avec Volle Kraft Voraus (1982). 10 ans après et alors que DIE KRUPPS ne se sera pas démarqué par sa présence discographique (un seul et court album, Entering The Arena, sortira en 1985 dans un style plus New-Wave), la formation allemande emmenée par Jürgen Engler signera un virage Metal et un nouveau cycle avec I (1992). Le groupe deviendra alors un des parents du Metal Indus européen, aux côtés de OOMPH! qui sortira son premier album la même année. S’en suivit une période plus prolifique marquée par 3 excellents albums, II : The Final Option (1993), III : Odyssey Of The Mind (1995) et Paradise Now (1997). DIE KRUPPS splittera aussitôt cette dernière galette sortie en bacs, et Jürgen Engler s’exilera aux states pour fonder DKAY.COM qui évoluera dans un style sans surprise très proche de DIE KRUPPS. Il en restera donc un groupe culte, éternel pionnier de la Neue Deutsche Härte et qui aura su pondre des tubes intemporels comme l’inévitable "Fatherland".

Naturellement, viendra le temps de la reformation, qui aura eu lieu en 2005, surtout pour des concerts anniversaire à la base. Et encore plus naturellement, se sera posée la question d’un nouvel album. Et c’est là que débutera une longue arlésienne, à grands coups de « l’album sortira dans 6 mois mais en fait non ». Sur VS, les premiers échos à ce sujet remontent à début 2008, suivant la chronique de la compil de réenregistrements Too Much History sortie en 2007. Ensuite on peut retrouver des news annonçant l’album pour mars 2011, l’automne 2012, avril 2013… mais que dalle. Outre les rééditions/remix de Volle Kraft Voraus, I et II : The Final Option, nous aurons eu le droit à des singles qui à chaque fois semblaient annoncer l’arrivée imminente de l’album (Als Waren Wir Für Immer en novembre 2010, Industrie-Mädchen en avril 2012, Risikofaktor en janvier 2013…) mais finalement rien de concret à chaque fois. Et c’est donc par un heureux hasard, à savoir Greg qui me faisait savoir qu’il avait cet album en promo, que j’ai appris la sortie de The Machinists Of Joy, le 8ème et tant attendu album de DIE KRUPPS, pour fin octobre 2013. Bon ben voilà. L’attente est enfin terminée, il ne reste plus qu’à découvrir ce que le trio allemand -Jürgen Engler, Ralf Dörper et Marcel Zürcher-, a à nous proposer 33 ans après sa formation très bruitiste.

Dès I, DIE KRUPPS les grands fans de METALLICA (ayant pondu un tribute qui aura été… moyennement apprécié) se sont jetés à corps et à cris dans le Metal et ont acquis une certaine reconnaissance chez les Metalleux, ayant donc droit de cité sur VS. Plus le temps passait, et plus le groupe était foncièrement Metal, aspect de leur musique électronique ayant atteint son paroxysme sur Paradise Now. Eh bien il est donc temps de tout reprendre de zéro ! Als Waren Wir Für Immer était nettement électronique mais cela ne présageait rien de spécial pour l’album à venir (surtout qu’il ne débarquera que 3 ans plus tard), mais par contre avec les singles Industrie-Mädchen et Risikofaktor les choses commençaient à se préciser. The Machinists Of Joy, clairement présenté comme un retour aux sources (la pochette est un hommage à l’album Metal Machine Music de Lou Reed (prémonitoire? ce dernier est décédé entre l'écriture de cette chro et sa parution...), qui a aussi été un morceau de DIE KRUPPS, et le nom de l’album descend directement de "Machineries of Joy", single de 1989) enfonce donc le clou : exit le Metal-Indus, rebonjour l’EBM. Oh il reste quelques grattes, mais hormis sur 3 morceaux elles sont très, très discrètes pour laisser place à une EBM très mécanique, old-school mais tout de même moderne, et pas spécialement puriste. The Machinists Of Joy est donc dans la lignée de I (dépourvu de grattes), des réenregistrements électro de Too Much History, et bien sûr de Als Waren Wir Für Immer. Les metalleux en seront pour leur frais, mais DIE KRUPPS va opérer un retour à l’EBM loin d’être raté, kitsch ou dénué d’intérêt, malgré une prod très puissante qui ne semble pas faite pour le style. Mais depuis les réenregistrements très convaincants de Too Much History, DIE KRUPPS a prouvé qu’il avait la science nécessaire pour faire de l’EBM (de la vraie) sans partir dans un trip passéiste et en s’inscrivant dans le son des années 2000.

Dès "Ein Blick Zurück Im Zorn" qui ouvre l’album, nous sommes accueillis par les sonorités EBM bien froides et par des guitares incisives, le tout posant un rythme très entraînant bien servi par les vocaux de Jürgen Engler. Un départ assez rentre-dedans qui va être suivi par "Schmutzfabrik" qui est juste un bon gros hit EBM des familles, c’est assurément le tube de The Machinists Of Joy. DIE KRUPPS ne se contente pas d’enchaîner les hits même si ça aurait pu marcher du tonnerre, et après le single "Risikofaktor" correct mais peu transcendant, le groupe surprend grâce à un "Robo Sapien" quelque peu symphonique et grandiloquent. Ensuite, DIE KRUPPS enchaîne les morceaux EBM aux tempos et aux sonorités assez variées, pour un album de tout de même une heure au bout. Le morceau-titre est assez sombre, "Essenbeck" introduit une ambiance plus urbaine et des sonorités modernes, "Eiskalter Engel" et "Im Schatten der Ringe" sont plus « vintage », "Nocebo" et "Nazis auf Speed" réintroduisent des guitares avec plus ou moins de réussite, et enfin "Im Falschen Land", "Part of the Machine" et "Industrie-Mädchen" sont de purs morceaux d’EBM. Autant dire qu’il y a à boire et à manger dans The Machinists Of Joy, mais tout n’est pas forcément mémorable et chacun se fera sa sélection de morceaux forts parmi tout ceci.

On regrettera peut-être que le Metal a presque totalement disparu de l’équation DIE KRUPPS, mais de toute manière on a envie de dire que tout était dit avec leurs 4 albums dans ce style. Reprendre là où Paradise Now s’était arrêté aurait été facile, reprendre à l’EBM peut paraître opportuniste (le style est revenu en vogue ces dernières années) mais The Machinists Of Joy est globalement un album sincère et réussi, pas prise de tête même si le groupe joue un peu avec ses éléments électroniques et industriels. On retiendra surtout les tueries du début de disque et notamment l’énormissime "Schmutzfabrik", pour le reste The Machinists Of Joy est un album plaisant, qui n’apporte vraiment rien à tout ce qui se fait dans le style mais la « légende » se montre en bonne forme et c’est l’essentiel. Sans se la jouer « c’était mieux avant » ou en donnant l’impression d’être bloqué en 1983, DIE KRUPPS livre un très bon album d’EBM inspiré et équilibré. Il y a mieux et plus original parmi les « jeunes » actuellement, mais pour le grand retour discographique de la formation allemande et après une attente insoutenable, The Machinists Of Joy est un album convaincant et plus qu’acceptable.

http://www.die-krupps.de - 106 visite(s)

Risikofaktor (clip) - 77 téléchargements


Rédigé par : ZeSnake | 15/20 | Nb de lectures : 14652




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Commentaire
dimmu77
Membre enregistré
Posté le: 14/11/2013 à 12h02 - (109912)
un vrai bonheur cet album, il tourne en boucle, un vrai retour aux sources :)



cyril_glaume
Membre enregistré
Posté le: 14/11/2013 à 12h18 - (109915)
Un putain d'album qui va finir dans mon Top 10 2013 !!!!!



VS-papy
Membre enregistré
Posté le: 14/11/2013 à 12h40 - (109916)
concernant le tribute j'ai un immense souvenir au Virgin des champs (RIP)... je regardais le disque avec curiosité quand un gars de l'EST s'est approché il m'a dit "N'achète pas ça, j'ai écouté et les enculés j'ai dit !c'est merde!!"

RBD
Membre enregistré
Posté le: 14/11/2013 à 22h29 - (109926)
Excellente chronique pour cet album qui remet bien les choses au point sur le terrain EBM old-school, et ils avaient intérêt à ne pas se planter car ils faisaient partie du "big four" de cette scène (y'avait pas que dans le Thrash, en fait).

Le parcours original de leur talentueuse et longue carrière pourrait résumer les bases de la scène Allemande entre Metal et Industriel, de Neubauten à Rammstein en passant par DAF. C'est bien de l'avoir rappelé pour beaucoup d'entre nous qui serions - forcément - focalisés uniquement sur leur période métallique.

Sur cet album en particulier je serais même encore un peu plus élogieux, même s'il l'on est loin du Metal. C'est de l'EBM figée il y a vingt-cinq ans mais c'est de la bien bonne, qui joue avec les règles strictes du style pour faire quelque chose qui sort du lot. Les guitares sont encore là mais bien plus en retrait que sur la période précitée. Et pour ma part je n'ai pas senti de passage faible même si certains titres sont inévitablement meilleurs que d'autres.


zozo
Membre enregistré
Posté le: 15/11/2013 à 06h48 - (109928)
Marrant de les voir faire un pastiche de la pochette de 'Metal Machine Music' comme ça, album bruitiste de 1975 signé... Lou Reed.

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