DEAFHEAVEN - Sunbather (Deathwish) - 20/09/2013 @ 08h02
DEAFHEAVEN, un groupe qui, avec son premier album, avait beaucoup fait parler. Trop vite catalogué « Black Metal pour hipster », le groupe a suscité la haine de plusieurs ayatollahs du Metal Noir car ses musiciens osaient en reprendre certains éléments afin de les détourner pour les intégrer à une musique différente du simple black metal et, surtout, ils étaient jolis garçons et portaient des chemises boutonnées jusqu’en haut avec raie sur le côté. « Sunbather » devrait mettre fin au pseudo-débat car DEAFHEAVEN s’éloigne encore plus du black metal pour naviguer dans les eaux du post-rock ou du post-hardcore avec toujours le black comme influence, une parmi d’autres. Mais bon, je vais essayer d' éviter les étiquettes afin qu’aucun puriste ne me tombe dessus en m’affirmant que je n’y connais rien. C’est qu’on est pointilleux sur les termes dans le Metal. La perception et le background est importante avec DEAFHEAVEN car pour un black metalleux pur jus, ça sonnera comme du screamo à la Envy, pour les postrockeux ça sonnera comme du Burzum, pour les autres ça sonnera comme un truc entre les deux. Toujours est-il que les mecs sortent l’artwork le plus vilain vu depuis longtemps. Mais bon, au moins ce rose bonbon sera vite identifiable dans les rayonnages metal.

Musicalement, le groupe s’il ne révolutionne pas sa musique, évolue vers des contrées plus éthérées où les guitares arrivent par vagues, par nuées, comme flottantes. « Sunbather » est un disque plus cohérent que son prédécesseur qui proposait quatre morceaux pour quatre atmosphères différentes, ici, on a parfois l’impression de n’entendre qu’un seul et long titre, trop long justement. Une heure, c’est trop. Au final les longs passages instrumentaux, de qualité, finissent par lasser. Au début on les apprécie, les attend, les guette. On les espère car leur venue signifie encore de belles envolées de guitares qui, tel un cerf-volant lâché par un enfant, s’envolent tout là haut dans le ciel et nous, on les suit du regard et on se pique les yeux lorsqu’elles passent devant le soleil. Puis au fil de l’album, on les entend avec indifférence, lassé par la répétition des effets qui en deviennent téléphonés, presque artificiels. Les tromolos mi black, mi post-rock collent des frissons et hérissent le poil mais comme dans toute relation, l’amour et la passion laisse place à l’indifférence et à l’irritation. Il en va de même avec cet album de DEAFHEAVEN dont le seul tort finalement est d’être trop long. Le titre « Windows », un très long sample surmonté d’une mélopée brutisto/ambient, donne juste envie d’en terminer et de ne pas écouter la suite. Un titre qui sent l’imposture et a le don d’énerver l’auditeur de bonne volonté, voire l’amateur du groupe. Pour le reste, les ricains, avec « Sunbather » posent leurs petites couilles bien propres sur la table et montrent qui sont les vrais chefs de la nouvelle vague du post-black américain. En disant s’il vous plaît et merci.

Le premier mot qui vient à l’esprit quand on parle de « Sunbather » c’est la mélancolie. Une mélancolie bucolique comme celle qui se dégage des films de Terrence Mallick qui sait mieux que personne faire ressortir la beauté de la tragédie ou le caractère tragique de la beauté. DEAFHEAVEN y parvient aussi, derrière cette musique en apparence lumineuse, ces nappes de guitares, se cachent toujours quelque chose de pervers, de malsain, ce que vient nous rappeler la voix qui, a priori, ne colle pas du tout aux parties les plus claires de la musique. C’est ce décalage d’apparence qui fait la force de groupe. Décalage entre la voix et la musique, décalage entre la musique et l’image. Pourtant quand on lance la galette, « Dream House » nous agresse physiquement, toute cette violence, cette animalité qui s’en dégage, là une fois le décalage entre l’artwork et ces premières notes est grand ensuite tout se calme et DEAFHEAVEN fait du DEAFHEAVEN, pioche à gauche, à droite, ici un pur riff black metal (« The Pecan Tree »), là-bas une plage instrumentale (« Vertigo »), ici encore, des riffs postrock japonais (« Irresistible »), de larges influences qui construisent les fondations d’une musique tout en émotions. Une large palette d’émotions qui va de la rêverie à la haine pure en passant par la tristesse, l’abattement, l’irritation. Le tout, je le redis dans une grande cohérence.

En fait DEAFHEAVEN c’est un groupe de spleenmetal plus que n’importe quoi d’autre. Un groupe qui quoi qu’il fasse, quoi qu’il joue donnera toujours cette impression d’abattement, de tristesse, d’abandon. Mais toujours en filigrane, au niveau du ressenti. C’est un album de ressenti et d’une grande richesse, on passe par différents tempo, différentes ambiances mais malgré ça, ce spleen leur colle toujours à la peau. Enfin pour résumer brièvement et pour ceux qui ne lisent que la première, la dernière phrase et la note, DEAFHEAVEN, c’est Burzum, devenu étudiant en littérature qui braille, depuis la pièce d'à côté, sur des riffs à la Envy et une rythmique à base de blasts. Le tout sous le chaud soleil californien.

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Rédigé par : Seb On Fire | 15.5/20 | Nb de lectures : 14917




Auteur
Commentaire
bn
IP:212.243.142.30
Invité
Posté le: 20/09/2013 à 09h00 - (109151)
bonne chronique et putain de sacré groupe !!!

TarGhost
Membre enregistré
Posté le: 20/09/2013 à 09h13 - (109152)
Dire que j'attendais cette chronique est un euphémisme.

Tout d'abord, je trouve le qualificatif de spleenmetal on ne peut plus à propos pour qualifier la musique du groupe.

Les influences WITTR/1er ALTAR OF PLAGUES sont définitivement passées à la trappe pour laisser place à quelque chose de bien plus personnel, "soulful" comme se plaisent à dire nos voisins buveurs de Guinness. Ce qualificatif revient d'ailleurs régulièrement dans les chroniques dithyrambiques que l'on peut voir sur les webzines (hipster ou non, tant est que ce qualificatif ait encore un sens pour celui qui se plait à en affubler son petit voisin en chemises à carreaux).

Véritable empoignade émotionnelle, le titre d'ouverture "Dream house" ne fait pas dans la dentelle et balance une bonne grosse décharge de riffs en plein coeur...quant à "Irresistible", véritable montée orgasmique en trois temps, riffs à haute valeur lacrymale ajoutée, il est ni plus ni moins le morceau metal de 2013 à mon sens.

Quant aux interludes, elles font pleinement partie de ce black trip sans retour, trop longues pour certains, elles sont pour moi un incontournable ingrédient de la réussite de cet album. Ecoute après écoute, elles distillent un climat délétère, unique, onirique...
"Sunbather" est un véritable tour de force métallique qui balaye les étiquettes du revers de la chemise (de bûcheron, bien sur).
18/20.



DC
IP:92.147.73.182
Invité
Posté le: 20/09/2013 à 09h30 - (109153)
"Irresistible"?? L'interlude au piano de 3 minutes??

Hororo
IP:194.214.199.130
Invité
Posté le: 20/09/2013 à 09h31 - (109154)
Très bonne comparaison avec Terence Malick.

TarGhost
Membre enregistré
Posté le: 20/09/2013 à 09h35 - (109155)
@DC : touché-coulé, je voulais bien sûr parler de "Sunbather"...
Et, en effet, la comparaison avec Terrence Malick est judicieuse.

Solo Necrozis
Membre enregistré
Posté le: 20/09/2013 à 16h50 - (109161)
Cet album a tout pour me plaire sur le papier mais j'y arrive pas. Je vais le ressortir avec cette excellente chro sous les yeux.

xmaxx TOOTH
IP:86.71.100.80
Invité
Posté le: 20/09/2013 à 17h52 - (109164)
Il est pas mal ce dernier Year Of No Light ;-)

Bras cassé
Membre enregistré
Posté le: 20/09/2013 à 18h32 - (109166)
Tres juste comparaison avec Terrence Mallick en effet

Xav
IP:84.102.201.185
Invité
Posté le: 22/09/2013 à 18h02 - (109189)
Oui j'ai pensé exactement la même chose, très bonne comparaison avec le style de Terrence Mallick, fallait le voir mais pas con en effet.

Cisco
IP:193.48.226.83
Invité
Posté le: 23/09/2013 à 14h46 - (109197)
Mon album de l'année, ce disque est phénoménal.

A noter le fait qu'ils ont changé de batteur studio pour l'enregistrement, je trouve que ca sent.

maldito corazon
Membre enregistré
Posté le: 17/10/2013 à 22h20 - (109553)
j'ai écouté qu'un seul morceau "dream house" la chro m'avait donné envie.
J'ai trouvé ça hyper déroutant au début puis plus le morceau avançait, plus j'ai trouvé richement écrit et interprété mais toujours aussi déroutant.
certain passages m'ont fait pensé à Nostronomo (le chant peut-être) d'autres à Mogwai.
Oui la palette est large...

Velvet Kevorkian
Membre enregistré
Posté le: 07/02/2014 à 14h40 - (110918)
Acheté à sa sortie et pas écouté depuis... Honte à moi car cette album est juste excellent!



Parasite
Membre enregistré
Posté le: 13/07/2014 à 17h35 - (112812)
J'suis toujours sous le choc quand je l'écoute...
Jamais je n'ai été traversé par de telles émotions à l'écoute d'un disque...
La beauté a une nouvelle allégorie, ça s'appelle "Sunbather".



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