DARK SANCTUARY - Les Mémoires Blessées (Wounded Love records/Adipocere) - 24/05/2004 @ 10h32
« Les Mémoires Blessées » est le plus beau fait d’armes de Dark Sanctuary à ce jour. C’est simple à écrire comme ça, mais pour parvenir à ce constat il y a quelques obstacles à dompter. Voyons les choses de haut : il existe trois grandes catégories de personnes susceptibles d’acheter ce disque. Premièrement, les fans absolus qui se prosternent plus bas que le sol devant chaque nouvelle offrande du groupe. Deuxièmement ceux qui ne connaissent pas encore Dark Sanctuary et à qui l’on ne peut que conseiller de se faire les dents sur ce quatrième album. Troisièmement, ceux qui s’intéressent à Dark Sanctuary et à la scène dark symphonique en général, et qui pour une raison ou une autre voient leur enthousiasme se refroidir de quelques degrés à chaque sortie du groupe.
Plaçons-nous pour les besoins de cette chronique du point de vue de cette dernière catégorie, puisque – comme par hasard – c’est à elle qu’appartient votre serviteur. « Les Mémoires Blessées » s’envolent comme tout Dark Sanctuary à ce jour, par le meilleur titre du recueil, en l’occurrence « La Clameur du Silence ». Une ligne de piano descend gravement les marches d’une crypte où elle se laisse enlacer par la mélopée de cristal qui monte de la gorge de Dame Pandora. Il n’en faut pas beaucoup et le retour est déjà interdit. On savait la nouvelle chanteuse de Dark Sanctuary dotée d’un organe trempé, on découvre au fil de compositions de plus en plus sobres et effeuillées à quel point elle est capable de véhiculer avec talent les mélodies du deuil, tantôt avec force et frissons dans le timbre, tantôt avec une douceur presque maternelle. Pour le reste, nul besoin de longs descriptifs car ceux qui connaissent un tant soit peu le groupe ont été briefés plus qu’à leur tour par une carrière déjà bien remplie : le fait que Dark Sanctuary soit un ensemble de musiciens soudés et conscients de leurs complémentarités se perçoit aisément à travers la physionomie organique des partitions, par opposition à un groupe comme Dargaard qui, peu importe les vertus de ses compos (je veux bien y croire puisqu’on me le répète à grands cris), promène comme un boulet de disgrâce ses samples et son synthé. Par exemple sur « L’Adieu à l’Enfant (2) », la vraisemblance presque hispanique de la guitare classique confère une clarté diaphane du plus bel effet. Ailleurs une cornemuse épanche son amertume naturelle en une splendide sélection de mélodies. Mention aussi du juré solitaire à la pénultième plage « Perdition » qui, par une performance vocale incroyable et l’intégration réussie de monodies grégoriennes, amène l’intensité au bord d’un précipice où un seul regard oublieux de tout peut suffire à faire affluer les larmes.
Alors pourquoi « Les Mémoires Blessées » n’agit-il pas comme le coup de foudre authentique dont il a la silhouette ? La réponse est bête et méchante : la force de l’habitude. Le tempérament mortuaire qui anime l’art de Dark Sanctuary les oblige à recourir à des thèmes dont il est difficile de gommer la consanguinité. De plus, les fondations des morceaux sont souvent assurées par deux notes de guitare, trois notes de piano, une nappe de synthé… Un dénuement sain et rationnel dans l’optique du caractère de la musique, mais un dénuement qui alourdit considérablement l’arbre généalogique des chansons du groupe, où les entames et les accords voisins, quand ce n’est identiques, commencent à pulluler. Pas encore à gaver en ce qui me concerne, mais peut-être que c’en est déjà à ce point pour certains.
Même en acceptant que Dark Sanctuary n’a pas vocation à être un sanctuaire de grande composition. Même en plongeant de plein gré au cœur d’une palette d’émotions fanées qui tire inévitablement sur le gris. Même en arrivant à la conclusion conséquente que cet album est le plus équilibré, le plus touchant, le plus beau du groupe à ce jour, je ne parviens pas à claquer la porte à une certaine lassitude vis-à-vis de structures qui renvoient sans cesse à ce qui a déjà été fait, revisité et occupé en permanence comme une forteresse assiégée dont on n’envisage même plus de sortir.
C’est ainsi qu’on en arrive, par une logique aussi humaine qu’absurde (comment ça, pléonasme ?), à ouvrir sa platine de moins en moins souvent à des albums de plus en plus intéressants. C’est effroyablement injuste envers « Les Mémoires Blessées » qui aurait pu frapper un très grand coup sur la scène dark sans l’ombre de ses aïeuls, ce sera encore plus injuste envers son successeur s’il est dans l’ensemble encore un cran au-dessus. Je n’irai pas jusqu’à dire que Dark Sanctuary sont dans une impasse artistique, car ce serait un jugement bêtement définitif, mais il est indéniable qu’au point où ils en sont, les options pour élargir leur horizon stylistique sont très ténues et complexes à intégrer – on entrevoit par moments l’expérience qu’Hylgaryss a apporté de son projet Caithness en matière de dark ambient à la Cold Meat Industries, c’est peut-être une direction à approfondir. Qui vivra verra, qui ne vivra pas aura tout compris à cette musique et s’épargnera un beau dilemme.


Rédigé par : Uriel | 16,5/20 | Nb de lectures : 9120




Auteur
Commentaire
Silenius
Invité
Posté le: 24/05/2004 à 13h05 - (8837)
C'est marrant je pense que tu dirais la même chose de l'illustre et magique Arcana.
Je me sens bien dans ces atmosphères et je ne trouve pas la lassitude malgré les similitudes entre chacuns des albums.
Ces deux groupes ont leurs propres sanctuaires musicaux et à chaques nouvelles oeuvres c'est un nouveau périple dans ont connait par coeur le chemin mais qui fait tellement de bien que c'est un plaisir toujours renouvellé que d'y retourner.
J'ai besoin de ce genre de groupes peut être pas aventurier malgré l'expérience mais qui garde toujours en eux la même magie qui provoque toujours l'envie d'en écouter.

FRançoi$
Membre enregistré
Posté le: 24/05/2004 à 13h22 - (8838)
Je ai acheté cet sans en avoir entendu une seule note juste parce que le digipack format A5 était très joli, et ce fut une bonne surprise. C'est pas le genre de musique que j'écoute, mais ça dégage des ambiances très interessantes.
Une bonne surprise !

vinceroom7
Membre enregistré
Posté le: 24/05/2004 à 14h17 - (8841)
Je fais partie de la seconde catégorie (des gens qui ne connaissaient que de nom). J'ai beaucoup aimé, même si ça ne décolle pas vraiment. Lancinant et mélancolique...

mydrin
Invité
Posté le: 24/05/2004 à 19h44 - (8847)
On pourrais dire la même chose pour Dargaard :-)

Alex
Invité
Posté le: 24/05/2004 à 21h26 - (8850)
J aime pas du tout. C'est le genre d'album que je trouve chiant. Mais bon, j aime pas trop ce genre de zik. cependant le digipack est magnifique et tres original.

Loufi
Membre enregistré
Posté le: 24/05/2004 à 22h25 - (8852)
Au contraire de Uriel, ce disque est celui qui m'a le plus déçu de toute la discographie de Dark Sanctuary. Je le trouve moins aventureux, plus convenu et vraiment moins sombre que les précédents.
L'aspect dark ambient est beaucoup moins marquant et "l'optimisme" (tout est relatif bien sûr) qui ressurgit de l'écoute ne me plaît pas.
Pour la première fois, je m'ennuie un peu en écoutant du DS. Fallait bien que ça arrive un jour :-)


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