DARK MIRROR OV TRAGEDY - The Lunatic Chapters Of Heavenly Creatures (WormHoleDeath) - 23/12/2014 @ 09h32
J’ai déjà fait du japonais (BLOOD STAIN CHILD, CROSSFAITH, GYZE), du chinois (TENGGER CAVALRY), de l’indien et du kirghiz même si ce n’est pas la même zone géographique (SKYHARBOR, DARKESTRAH), d’autres on fait du taiwanais (CHTHONIC), par contre je n’avais jamais fait du sud-coréen. Le pays du matin calme a bien du mal à se faire remarquer dans le registre Metal, DARK MIRROR OF TRAGEDY étant le deuxième nom sud-coréen qui croise vraiment ma route, après un obscur groupe de raw-black au nom imprononçable (QHRJOK ou un truc comme ça) dont le nom m’est apparu je-ne-sais-plus-comment. Je ne sais pas si DARK MIRROR OV TRAGEDY sera la première formation sud-coréenne à être chroniquée sur VS mais déjà on va rester dans le registre du Black, qui finalement est peut-être un des rares genres qui peut se targuer d’être universel, un petit peu d’underground, un one-man band, de la misanthropie et un 4-pistes étant en général suffisants pour faire du BM. DARK MIRROR OV TRAGEDY est pourtant bien loin de tous ces combos dépressifs qui se lamentent dans leur cave à l’aide de râles criards, c’est même un groupe plutôt ambitieux et réfléchi, qui se situe dans une branche bien particulière du Black Metal : le Black Sympho. Et ce depuis leur formation en 2003, ayant abouti à deux EPs et deux albums, dont le second The Lunatic Chapters Of Heavenly Creatures a fait du kilomètre pour se retrouver chez le label italien WormHoleDeath.

DARK MIRROR OV TRAGEDY avait déjà montré toute son ambition, avec pour premier effort une belle reprise de "Nothing Else Matters" de QUI VOUS SAVEZ sur son EP éponyme de 2005, puis ensuite son premier album The Pregnant Of Despair (2009) qui durait pas moins de 73 minutes ! Tout ceci pour hélas un Black sympho assez générique, bancal au niveau de la production, même si l’on était déjà au-dessus des débuts insipides d’un CHTHONIC par exemple. Difficile de faire un genre casse-gueule quand on a peu de moyens dans un pays où la scène Metal semble quasi-inexistante pour nous autres européens. Mais DARK MIRROR OV TRAGEDY a du prendre le temps car 5 ans après il est passé à un tout autre niveau. Son BM sympho demeure certes très classique, mais ne m’évoque aucune influence particulière même si bien évidemment on sent l’inspiration des plus grands. L’origine du groupe ne sera donc pas gage d’une certaine originalité (nous ne sommes pas dans le registre d’un TENGGER CAVALRY), on peut craindre quelques accrocs au niveau de la qualité mais il n’en sera rien. The Lunatic Chapters Of Heavenly Creatures fait montre d’une progression évidente par rapport à The Pregnant Of Despair, le BM sympho des sud-coréens est désormais bien mieux goupillé, même si bien évidemment on est loin de la qualité de mixage des noms européens et américains suffisamment gros et/ou expérimentés pour s’offrir un son parfait. Si la confusion et le sur/sous mixage de certains éléments est parfois de mise, la production est tout de même très bonne dans l’ensemble, et plus que le son c’est surtout au niveau des compositions et arrangements que DARK MIRROR OV TRAGEDY parvient à convaincre.

La magnifique intro "Thy Sarcophagus" nous montre que DARK MIRROR OV TRAGEDY est inspiré, et surtout arrive à livrer des arrangements orchestraux assez classieux, bien loin du kitsch de certaines formations de seconde zone. Cette inspiration, en plus d’une certaine variété des éléments symphoniques, va faire le sel de The Lunatic Chapters Of Heavenly Creatures qui prend pourtant un faux départ. "Unwritten Symphony", avec des compositions typées Black mélodique, est parfois un peu bordélique (moins qu’un NE OBLIVISCARIS tout de même (niark niark)), le groupe montre ce qu’il sait faire d’emblée mais montre aussi ses limites quand il s’agit de multiplier les couches musicales. Mais ça envoie bien, un peu « à l’asiatique » j’ai envie de dire (comme les combos japonais souvent très énergiques), avec un unique chant criard (lui aussi typé asiat’ à la CHTHONIC et consorts) qui sied bien à pareil Black sympho. "Dancing in the Burning Mirror" montre toute l’ambition des sud-coréens avec un morceau fouillé (envolées épiques et solos de folie à l’appui), mais la multiplication des breaks à violon et piano a hélas tendance à casser la dynamique de ce morceau de plus de 9 minutes, l’ensemble est toutefois moins chiant qu’un NE OBLIVISCARIS (niark niark niark). C’est surtout le 4ème morceau, "Ichnography On Delusion", qui va vraiment lancer DARK MIRROR OV TRAGEDY : plus thrashy, hyper efficace et accrocheur, et majestueux dans les orchestrations et les mélodies, voilà un gros hit de Black sympho et le groupe se pose définitivement comme une très bonne surprise. DMOT (abrégeons) est dans sa meilleure forme et les autres tueries de The Lunatic Chapters Of Heavenly Creatures se nomment "The Constellation of Shadows" (tout aussi tranchant que "Ichnography On Delusion") et le fabuleux final "The Noumenon I Carved" où les sud-coréens se lâchent et nous font étalage de toute leur science symphonique.

Reste quelques menus défauts, partagés entre quelques longueurs (pour un album dépassant de peu l’heure, ce qui n’aurait pas été le cas sans l’interlude acoustique "Virtuoso of the Atmosphere" assez dispensable) et toujours ce mixage un peu confus lorsque les orchestrations s’emballent, ternissant des morceaux comme "Perish by Luminos Dullness" et "The Name of Tragedy" (qui bénéficie cependant de l’apport de chants féminins). Difficile de cerner les moyens qu’a eu DARK MIRROR OV TRAGEDY pour cet enregistrement maison (masterisé en… Ukraine), mais avec ses probables possibilités le groupe de Séoul a fait du très bon boulot. The Lunatic Chapters Of Heavenly Creatures est un bien bon album de Black sympho, tout simplement. Il y a encore des limites mais les compositions sont accrocheuses et les éléments symphoniques bien intégrés, et variés de surcroît, ce qui fait que l’ennui n’est pas au rendez-vous même si les morceaux proposés sont parfois longuets. Quoi qu’il en soit c’est un grand pas en avant par rapport à The Pregnant Of Despair et le groupe sud-coréen se hisse sans trop de mal au niveau d’honnêtes formations européennes et américaines, sans tomber ni dans le kitsch ni le passéisme, ce qui est à saluer également. DARK MIRROR OV TRAGEDY est pourtant réservé aux mordus de Black sympho, les autres risquant de trouver ça sans grand intérêt, car ce n’est pas ici que l’on trouvera quelque chose de révolutionnaire. Mais venu de nulle part, DMOT est une bonne surprise, qui espérons-le pourra faire office de locomotive pour la scène Metal de Corée du Sud qui doit bien regorger d’autres groupes ambitieux.




Rédigé par : ZeSnake | 15/20 | Nb de lectures : 9492




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Commentaire
Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 23/12/2014 à 23h26 - (115283)
Me semble vraiment intéressant comme groupe ! :)

Strat
Membre enregistré
Posté le: 19/03/2015 à 11h51 - (116172)
J'aime bien ce groupe, vraiment, mais là cet extrait est trop "bordélique" pour moi. Leurs albums précédents étaient également plus mélodiques, moins agressifs et surtout moins "casse gueule".

Il faudrait que j'écoute l'album en entier pour me donner un avis, car là malgré de très beau passage il n'en reste pas moins que la brutalité est également plus mise en avant.

Par contre rien à dire au niveau technique, c'est propre et maitrisé.


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