DARKSPACE - Dark Space -I (Avantgarde/Season of Mist) - 07/03/2014 @ 08h20
Certes, c’est une réédition d’un stuff sorti en 2002. Mais c’est une réédition qui est tout de même sortie en 2012 donc nous (et Avantgarde) sommes un peu à la bourre. Mais comme on dit trivialement « vieux motard que jamais ». Et puis, on ne parlera jamais assez de DARKSPACE, ce trio suisse qui est pour moi la formation ultime de Black Metal. Son Black ambient, raw et psychédélique, dépouillé et sans concessions, avait frappé un grand coup dès 2003 et Dark Space I. Ou plutôt en 2006 lorsque Avantgarde s’était entiché du trio en rééditant coup sur coup Dark Space I et Dark Space II (2005), les premières versions très limitées ayant surtout trouvé preneur chez les amateurs de l’underground, et qui se revendent aujourd’hui à prix d’or. Mais en réalité, tout a commencé en 2002 avec la démo Dark Space -I. Seulement DARKSPACE est du genre à triturer l’espace-temps car cette démo n’avait été dévoilée que bien après la sortie de leur premier album, et laissée en téléchargement libre sur leur très sobre site officiel. Dark Space -I c’est surtout une remontée dans le temps, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette démo est affublée d’un « -I » avant le titre « Dark Space » habituel, et que les deux morceaux qui la composent sont nommés "Dark -1.-1" et "Dark -1.0", comme un compte à rebours avant le véritable départ sur Dark Space I avec "Dark 1.1", départ d’une série de morceaux dont le dernier en date est "Dark 3.17" sur Dark Space III (2008).

L’occasion est donc faite de redécouvrir les prémices de DARKSPACE et d’avoir ces deux morceaux sur support physique, cette réédition étant présentée sous forme de vinyle mais aussi sous CD en gatefold digipack, avec toujours la sobriété inhérente à la formation suisse, courte tracklist présentée très sobrement avec l’écriture typique, CD à l’arrière noir (comme les jeux de PS2) affublé d’un pentagramme et petite image de rigueur à l’intérieur, tandis que l’extérieur reprend les motifs des slipcases des versions jewel case des 3 premiers albums, avec ce noir carbone laissant entrevoir des lignes semblant relier des astres. Un emballage dépouillé qui restera à jamais associé à la musique de DARKSPACE, chantre de la noirceur cosmique par excellence. Une redécouverte qui sera une redécouverte complète vu cette réédition n’en est pas vraiment une, les deux morceaux de la démo ayant en effet été complètement réenregistrés. Qu’on se rassure, DARKSPACE n’a pas viré sa cuti en allant se faire produire chez des grands noms, le son est toujours très minimaliste et particulièrement raw, nécessitant une immersion totale de l’auditeur pour saisir toutes les subtilités. Le son se rapproche même de celui de Dark Space I plutôt que de la clarté relative (et tout mais vraiment tout est relatif…) de Dark Space III, comme si les suisses ne voulaient pas non plus trahir leur production des débuts. Entrons donc dans le trou de ver pour nous emmener un court instant vers le passé…

La première différence entre cette réédition et l’enregistrement d’origine saute aux oreilles dès les premières secondes de "Dark -1.-1", morceau quelque peu rallongé d’ailleurs, car DARKSPACE a ajouté une de ses typiques intros stellaires. L’immersion est immédiate dans l’univers toujours extrêmement sombre des suisses, une étendue astrale bien peu éclairée et où les premières étoiles éclairant l’espace sont bien lointaines. Les premiers éléments musicaux de DARKSPACE se mettent ensuite en place : leads spatiaux, riffs acérés, BAR apocalyptique, cris inhumains lointains, montées Black épiques, morceau long mais sans décrochage (et prod étouffante, mais c’est ça qui est bon). Tout DARKSPACE est là-dedans et ce morceau est une parfaite démonstration pour les suisses. Rien de surprenant quand on connaît les 3 albums qui ont suivi mais ce morceau toujours archi-violent, noir et prenant montre que le parcours de DARKSPACE est sans faute du début à la fin, "Dark -1.-1" étant tout simplement une excellente œuvre de leur part. Passée l’intro, le morceau ne diffère pas réellement de sa version de 2002, mais les arrangements sont tout de même meilleurs (notamment au niveau de l’intégration des leads et des synthés ambiants, ces derniers étant d’ailleurs bien plus mis en valeur que par le passé, de même que les étonnants beats Black-Indus en milieu de morceau) et la production permet de renforcer l’impact des riffs, toujours implacables à souhait, véritable marque de fabrique de DARKSPACE.

"Dark -1.0" est quant à lui un morceau complètement différent, qui permet d’exploiter la veine plus ambiante de DARKSPACE qui n’a pas réellement été mise spécifiquement en valeur dans ses trois albums, hormis sur l’électronique "Dark 2.9" et l’interlude bien étrange qu’était "Dark 3.15". Ce morceau, qui encore une fois reste fidèle à l’original mais avec de meilleurs arrangements et un meilleur son, démarre par des beats industriels très lourds qui accompagnent le fond d’ambiance très apocalyptique et inquiétant. Un départ très sombre et lancinant qui va ensuite laisser la place aux guitares, cependant traitées de manière très différente des autres morceaux du trio : les rythmes sont très martiaux, surtout grâce à l’apport des sonorités industrielles, et on croit distinguer au fond un chant plus posé, presque récité. Un côté résolument martial, inédit et unique vu que DARKSPACE ne reproduira plus ce schéma par le futur, même si l’on a pu retrouver des riffs incisifs similaires, mais l’adjectif « implacable » n’a jamais été aussi bien adapté que pour "Dark -1.0", sans aucun doute un des morceaux les plus originaux de DARKSPACE que cette réédition a replacé sur l’échiquier. Morceau qui se clôt à nouveau par ces somptueux synthés cosmiques d’une noirceur extrême, faisant également partie intégrante de l’univers stellaire abyssal de DARKSPACE qui porte décidemment bien son nom.

Dark Space -I permet donc à DARKSPACE de nous présenter ses deux facettes typiques, le Black-Metal extrême particulièrement suffocant et l’ambient spatial bien sombre. Son impact en est amoindri car cette démo n’avait pas été dévoilée pendant un certain temps après la sortie du premier album, mais son pressage physique et son réenregistrement étudié pour ne pas trahir l’original tout en l’améliorant la remettent au goût du jour, et montre que DARKSPACE avait façonné son art noir dans l’ombre, ayant déjà toutes ses idées en place avant de livrer son premier full-length au commun des mortels. Et, ce qui est le plus important finalement, la qualité était déjà là, prouvant que DARKSPACE n’a pas attendu pour devenir une formation de référence. Trois fantastiques albums ont suivi, permettant au trio de faire évoluer sa force obscure, avec des pistes conférant au chef d’œuvre comme "Dark 1.6", "Dark 2.10", "Dark 3.16"… Ce pressage physique de Dark Space -I reste tout de même destiné aux fans du groupe et aux collectionneurs, bien que se contenter de la première version digitale de cette démo 2 titres (de 28 minutes quand même) est une erreur car son réenregistrement, sans rien révolutionner, permet de mieux appréhender les premières compositions d’une formation déjà culte. Après cet interlude dans le passé, revenons dans le présent et espérons voir bientôt le futur, six ans après Dark Space III, pour découvrir "Dark 4.18" et les actes suivants du très attendu chapitre IV…




Rédigé par : ZeSnake | Réédition/ | Nb de lectures : 12611




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Commentaire
Ennemie
IP:31.36.85.228
Invité
Posté le: 07/03/2014 à 08h31 - (111256)
Les deux moutures sont bonnes, mais j'ai un faible pour celle ci. Vivement le prochain, effectivement.

Deadpool
Membre enregistré
Posté le: 07/03/2014 à 15h11 - (111264)
Il tarde le IV bordel :'(

Schnee
Membre enregistré
Posté le: 07/03/2014 à 15h20 - (111265)
Clairement. 6 ans déjà depuis le III...

RunForestRun
Membre enregistré
Posté le: 07/03/2014 à 15h27 - (111268)
C'est sûr que cette musique ne ferait pas le même effet bien enregistrée, bien mixée et avec un minimum de dynamique. L'aspect brouillon et étouffant, totalement low-fi est complètement volontaire et assumé, sans être non plus une vulgaire resucée du son necro des vieilles prods de black made in norway. L'ambiance crée par Darkspace est vraiment unique dans le paysage metal actuel.
Comme quoi, un son de merde, quand ça a du sens, ça peut le faire aussi.

Schnee
Membre enregistré
Posté le: 07/03/2014 à 16h31 - (111271)
Mouais, c'est pas ce que j'appelle un son de merde. C'est effectivement très saturé, mais aussi vachement puissant et compact. Y a certainement un énorme taff en studio pour obtenir un tel rendu.

RunForestRun
Membre enregistré
Posté le: 07/03/2014 à 16h47 - (111272)
Ce qui est puissant, ce sont les guitares. C'est compact et fort en volume car extrêmement compressé au mastering, sans aucune dynamique. En plus elles sont mixées super en avant.
Mais bon, il n'y a pour ainsi dire pas de mixage, hormis la multitude d'effets de reverb et de delay.
Énorme taff en studio franchement ça m'étonnerait.
Et je dis "prod de merde" car c'est tout l'inverse d'un "bon" son au sens de ce qu'il faudrait logiquement faire. Mais tu remarqueras aussi que j'ai dit que ça convenait parfaitement à la musique du groupe.

Moshimosher
Membre enregistré
Posté le: 07/03/2014 à 20h35 - (111275)
Je connaissais ce groupe surtout de nom, mais, finalement, ça m'a l'air intéressant... :) (en vérité, j'avais peur de me faire chier, mais ce n'est pas du tout le cas !)

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