DARKESTRAH - Turan (Osmose) - 10/05/2016 @ 07h26
Vous avez kiffé votre voyage au Kirghizistan en 2013 et vous avez envie d’y retourner ? Héééééé oui mais vous avez plus de pépettes. Pas grave, nos amis de DARKESTRAH sont toujours là pour nous emmener dans leur fief d’Asie centrale, en fermant les yeux à l’écoute de leur musique. Guide du Routard musical du Kirghizistan, Manas avait couronné la formation germano-kirghize il y a 3 ans, en la posant comme une des formations les plus singulières de Black/Pagan aux accents folk et atmo, confirmant l’excellent The Great Silk Road (2008) et emmenant le groupe très loin dans son voyage musical. Comment passer après ça ? Il y a encore des choses à faire surtout que Manas était plutôt court pour le genre (41 minutes), et un nouvel album de DARKESTRAH est quoi qu’il arrive très attendu. Mais la question à se poser pour le combo, c’est comment passer après un chamboulement de line-up pour le moins inattendu… En juillet 2014, la chanteuse Kriegtalith a mis les voiles, chanteuse qui faisait aussi une bonne partie du charme et de l’originalité de DARKESTRAH avec ses voix bien grim, ainsi que sa superbe voix claire qui était apparue pour la première fois sur certains morceaux de Manas. Pour la remplacer, le groupe a fait un appel à un chanteur mâle, l’allemand Merkith (des groupes inconnus au bataillon VARGULF et NEBELSTILLE). Il a enregistré Turan mais finalement n’a « fait que passer », bien qu’il semble déjà être de retour… Bref, c’est un peu le bazar, sachant que le groupe est également passé d’un trio pour Manas à un quintette, avec l’ajout du guitariste Ragnar (…qui est déjà reparti aussi, remplacé par un certain Scythe, ex-FANTOFT) et du bassiste Cerritus (BURNT OFFERING, où officie le batteur Asbath) qui lui est parolier pour le groupe de longue date. A ce stade d’instabilité, autant dire que ce qu’on espère de mieux c’est un album qui soit au moins au niveau de ses deux prédécesseurs…

Avec plus de la moitié de membres allemands (et je ne suis toujours pas sûr de l’origine du claviériste Resurgemus, présent dans le groupe depuis 2005), difficile de savoir où va se situer l’identité si particulière de DARKESTRAH, qui demeure toujours déposée par Asbath, kirghiz d’origine et aussi responsable des percussions folk. Après un Manas chanté en russe, Turan est lui chanté en anglais. Ce n’est pas un problème vu que même The Great Silk Road avait des paroles en anglais, mais ce qui semble déjà sûr, c’est que Turan sera un album bien moins « kirghiz » que Manas. C’est dommage vu la réussite de ce dernier, mais DARKESTRAH a d’autres cartes à abattre. Kriegtalith est partie, mais hormis le fait que nous n’entendrons plus son chant clair, il n’y aura pas d’énorme changement : Merkith a quasiment la même voix ! Ce même type de voix Black bien grim et agressive, d’ailleurs l’allemand a bien plus de maîtrise que la kirghize à une certaine époque. Un changement qui devient un non-changement assez étonnant, et DARKESTRAH va donc rester reconnaissable sous toutes ses coutures. Les claviers de Resurgemus sont toujours là, les violons hérités de Manas également (assurés par un certain Shartar), les petites incursions folk d’Asbath aussi, une évidence d’ailleurs, et encore 2-3 petites choses (comme le throat singing ici et là, en intro de "The Hidden Light" notamment). DARKESTRAH a donc encore toutes les clés en main pour pondre un album, s’il n’est pas surprenant ou aussi enivrant que Manas et The Great Silk Road, au moins bon.

Et dès l’ouverture sur les 10 minutes de "One With the Great Spirit", on constate que DARKESTRAH n’a en rien perdu sa verve. Entre une intro folkisante du plus bel effet (avec à la clé un chant récité très envoûtant), les riffs et mélodies toujours aussi particuliers, les percussions, les nappes de clavier, les écarts de voix de Merkith, le groupe germano-kirghiz est en grande forme et nous livre ici un des meilleurs morceaux de sa carrière. Un morceau à l’image de l’étiquette officielle du groupe qui est l’« Epic Shamanic Metal », même si globalement Turan se situe dans un registre résolument Black/Pagan atmosphérique. Sans se réinventer, DARKESTRAH a donc les moyens de pondre un nouvel excellent album. "Erlik-Khan" poursuit dans cette lignée avec un beau départ mystique, avant que Merkith ne s’égosille avec classe sur ce morceau assez mélancolique, portée par les montées de clavier de Resurgemus, les trémolos puis les violons. Après, il est vrai que l’ensemble est finalement classique et que DARKESTRAH n’apporte rien de neuf par rapport à ses 3 précédents opus. Le principal défaut de Turan est donc d’être relativement convenu, et de morceaux comme "Conversations of the Seer", "Gleaming Madness" ou "The Hidden Light" ne ressortent surtout que les claviers toujours prenants de Resurgemus, ainsi que des petites particularités (le chant récité au milieu de "Conversations of the Seer", les incursions folk de "Gleaming Madness"), au milieu de menues longueurs. Mais le style de DARKESTRAH fonctionne toujours et la formation est bien en forme, en témoigne encore "Bird of Prey" dont la seconde partie épique portée par un Merkith en transe reste un des moments forts du 6ème album des germano-kirghizes.

Avec le départ de Kriegtalith et le passage du groupe au format quintette, on pourrait presque dire que Turan sonne comme un nouveau départ pour DARKESTRAH, sur les mêmes bases que précédemment. S’il semble clair que la formation germano-kirghize maîtrise amplement son sujet jusque dans la production, ce 6ème album recèle de tellement peu de surprises qu’on pourrait presque le juger décevant. Difficile de succéder aux quasi-chefs d’œuvre qu’étaient The Great Silk Road et Manas, et Turan est finalement un album « sans plus », du pur DARKESTRAH certes mais un brin hétérogène, toujours plaisant mais peu surprenant. Un bel et bon album, mais quand on se penche sur le passé discographique il est clair que Turan n’est pas leur meilleur effort, un peu à l’image de l’EP Khagan que je n’avais pas trouvé mémorable en son temps. Il est clair que sans Kriegtalith et sans les oripeaux 100% kirghizes qui faisaient la force de Manas, DARKESTRAH a un peu perdu son potentiel mais n’a pas spécialement perdu sa superbe, même si le groupe est capable de mieux. Avec le chamboulement du line-up, Turan reste satisfaisant, l’identité et le charme du groupe demeurent ne serait-ce que pour les claviers, les violons et les instrumentations folk qui proposent quelques moments forts, et Merkith parvient à tirer son épingle du jeu. En forme mais pas inspiré plus que de raison, DARKESTRAH livre un Turan au niveau mais n’égale pas son glorieux passé encore récent. En attendant qu’il reprenne des couleurs rouge et or, DARKESTRAH nous propose donc un « nouvel album », sans surprise mais un minimum enivrant du moment qu’on est amateur de leurs atmosphères si singulières.




Rédigé par : ZeSnake | 15/20 | Nb de lectures : 6458




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jeje29
IP:193.106.225.67
Invité
Posté le: 10/05/2016 à 21h39 - (120082)
Je n'avais pas été emballé lors de ma première écoute mais de part ta chronique, ce nouvel album mérite une seconde chance.

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