CRYOGENIC – Parsifal 21 (Neon Knights) - 28/02/2004 @ 16h17
Les velléités d’élargissement qu’on peut assimiler sous le terme générique de « démocratisation » du black metal ont cela de bien qu’ils permettent à des musiciens au demeurant doués d’en consommer le suc au bénéfice de desseins artistiques indépendants dans leur presque totalité. On reconnaît ces musiciens non seulement au fait que leur jeu respire la classe et ne sonne pas à l’identique de celui d’une nuée de groupes interchangeables, mais aussi et avant tout – car c’est le plus difficile – à une connexion lucide et indéfectible à un esprit identifiable comme appartenant au patrimoine du style, malgré les conquêtes de libertés distinctives. Les Germains de Cryogenic ont eu beau se recommander au peuple de cette façon en 1999 avec un excellent concept-album de black symphonique, affolant de perversité et d’onirisme (le lovecraftien « Celephais » – voir kronik dans la section Remember), leurs efforts d’alors sont aujourd’hui pour ainsi dire caducs dans la mémoire de la scène. Les compteurs sont donc remis à zéro et une seconde tentative gît désormais sur la table des mises, en attente d’être relevée, cette fois, par un nombre de curieux et de connaisseurs un peu plus substantiel. Ce ne serait que justice car « Parsifal 21 », une fois encore, place la barre à bonne hauteur, et ce même si Cryogenic ont gagné certaines choses et (je dirais forcément) laissé traîner d’autres en chemin pendant cet intervalle de quatre années. Ce qu’ils ont gagné se résume à une notion qui en appelle beaucoup d’autres : la maturité. Ce qu’ils ont perdu laisse planer un nuage, mince mais insistant, sur la satisfaction globale que procure l’album. Je parle de l’envergure fantasmatique, qui a pris mine de rien un peu de plomb dans l’aile au passage. Peut-être « Parsifal 21 » figure-t-il, à l’instar de son prédécesseur, bel et bien un récit conceptuel. Toujours est-il que le liant dramatique d’un titre à l’autre a tendance à faire défaut au profit de morceaux, disons, davantage désengagés les uns des autres de par leur amplitude d’atmosphères. Ceci, naturellement, n’est pas une critique en soi, mais n’empêche pas non plus la fibre nostalgique de pêcher dans le souvenir fasciné de « Celephais » de quoi nourrir quelque amertume.
Mais excisons le passé deux minutes et parlons de « Parsifal 21 » comme de la production originale et intelligente qui alimente, donc, l’espoir de voir le black metal entrer résolument dans un nouvel âge tout en restant fermement agrippé à la nature de ses souches. Cryogenic ont ostensiblement lifté leur profil, avec un rendu général moins brumeux. Au niveau des guitares, on note l’abandon des interminables remparts de type tronçonneuse étouffée au fin fond de la forêt, au profit de riffs plombés et proportionnés, qui rappellent en moins rapide le langage de deux autres groupes ayant réussi leur transition vers la modernité sans choper le virus de la vacuité et de l’impersonnel : Funeris Nocturnum et Mörk Gryning. Plus surprenantes, mais plutôt bien amenées, quelques courtes touches fragmentées à la limite du progressif font office de points d’ancrage à partir desquels déferlent les développements et les mélodies.
Mélodies qui ne sont jamais sacrifiées à la précipitation. Elles montent note par note à la bonne température pour une cuisson idéale, entre le bouillon compact des cordes rythmiques et l’assaisonnement équilibré de la manne symphonique. Sans être révolutionnaire, la production assume parfaitement l’opulence et les contrastes des familles de sons utilisés. Faire le recoupement entre sauvagerie et raffinement n’est pas un jeu d’enfant, et bien souvent on voit des groupes éteindre toute la violence de leur musique en exagérant le poids des constructions orchestrales (souvent afin de masquer leur indigence, d’ailleurs…). Mais Cryogenic n’ont visiblement pas ce souci, eux qui ont la mainmise fonctionnelle sur leurs objectifs.
La seule greffe qui n’ait pas pris de manière totalement satisfaisante concerne les nombreuses parties de narratif en Allemand, pensées comme l’alter ego des vociférations et censées induire un climat d’intimidation. Le succès de l’entreprise était très étroitement lié à la propreté de sa réalisation, malheureusement ces vocaux ressortent bien trop faiblement à l’arrière et, vu que les parties instrumentales concomitantes sont logiquement peu démonstratives (pour ménager justement l’effet rhétorique des déclamations cérémoniales), la résultante en est que le scénario musical traverse quelques « vides ». On peut être assuré à 99% qu’il s’agit d’une erreur de mix, mais voilà au moins un point à améliorer (ou à repenser) pour le prochain opus. Cryogenic n’ont quoi qu’il en soit pas à rougir de cette petite anicroche d’ergoteur patenté. Sans aucune esbroufe ni gros artifices tonitruants, ils viennent de sortir un album de black (certains diront de dark) metal mélodique libre de tout cliché et d’une richesse à en faire pâlir plus d’un, un album qui fait voyager et sait aussi – qualité appréciable – renvoyer au charbon lorsqu’il le faut. Cryogenic peuvent à partir de tout de suite et – souhaitons-le – pour longtemps se compter parmi les pourvoyeurs d’oxygène de la scène extrême de notre Vieille Europe… Traut Euch doch mal !!!
http://www.cryogenic-horde.de


Rédigé par : Uriel | 15.5/20 | Nb de lectures : 7327




Auteur
Commentaire
langoustator
Invité
Posté le: 28/02/2004 à 17h35 - (7396)
Ca a l'air apétissant.

langoustator
Invité
Posté le: 01/03/2004 à 01h50 - (7407)
Après une première écoute assez distraite, je me dis que ça vaut sans doute la peine de le remettre. Seul petit bémol, la voix (en général, pas seulement dans les passages narratifs, soit dit en passant incompréhensibles pour mes pauvres notions d'allemand). Mais les nombreuses sonorités cristallines ont atirré mon oreille plus près de l'enceinte, et rien que pour cela, il mérite réécoute.

Stefan
Invité
Posté le: 02/03/2004 à 20h58 - (7429)
GENIAL !
Autant je n'avais pas accroché au 1er... autant celui la est vraiment excellent, frais, bon, bien ecris, original sans vouloir etre original a tout pris... classe...

Stefan
Invité
Posté le: 02/03/2004 à 21h02 - (7430)
A noter, le dernier titre de l'album ("Parsifal 21" justement), qui est un condensé de genie a l'etat pur !!!... Ce qu'aurait pu devenir Obtained Enslavement s'il n'avait pas oublié les melodies sur leur dernier album...

Gab
Invité
Posté le: 02/03/2004 à 22h42 - (7434)
Les choses simples sont bien souvent les meilleures...

mydrin
Invité
Posté le: 04/03/2004 à 12h30 - (7470)
très bon album, bien meilleur que le 1° qui a mal vieilli :)

Uriel
Invité
Posté le: 04/03/2004 à 18h36 - (7479)
J'adore toujours "Celephais", faut croire que j'ai mal vieilli... ;-)

Ajouter un commentaire

Pseudo :
Enregistrement Connexion






Niveau de modération : Commentaires non modérés par l'administration du site

Ce commentaire est soumis à la lecture et à l'approbation des modérateurs. S'il ne suit pas les règles suivantes : Pas de pub, pas de lien web, pas d'annonces de concerts, il ne sera pas retenu. Plus d'infos

Proposez News | VS Story | F.A.Q. | Contact | Signaler un Bug | VS Recrute | Mentions Légales | VS-webzine.com

eXTReMe Tracker