COMITY - The Journey Is Over Now (Throatruiner) - 29/03/2012 @ 08h30
C’est au pied du mur qu’on reconnait les vrais gars. Les vrais bonhommes. Ceux qui en ont dans le falzar. Et ce ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Pas toujours ceux qui fanfaronnent mais qui se chient dessus dès les premières difficultés venues. Non, ceux dont je parle ce sont ceux qui se laissent couler volontairement et qui, une fois au plus bas, donnent un grand coup de latte pour remonter à la surface. Ceux qui se font tout petit quand tout va bien mais qui émergent en leaders une fois que la merde leur tombe sur le coin de la gueule. COMITY fait partie de ceux là. Un groupe de poissards absolus poursuivis par la sorcière aux dents verts depuis toujours mais qui, à chaque nouveau pépin, revint plus fort, comme s’ils puisaient leur inspiration et leur force dans cette mouise. En 2010, le groupe, tout juste sorti d’un court hiatus, sort un e.p « You Left Us Here ». Un e.p à la qualité contestable synonyme, pensait-on, d’un groupe au bout du rouleau incapable de se renouveler et régurgitant ses vieilles recettes. Puis, arrive « The Journey Is Over ». Et là, on comprend qu’une fois de plus COMITY attendait d’être au pied du mur pour nous sortir un album monstrueux. Dans tous les sens du terme.

Oh oui il en faut du temps pour apprivoiser la bête car « The Journey Is Over » n’est pas le type d’album qu’on écoute sans relâche nuit et jour pendant deux semaines avant de le ranger et de ne plus jamais le ressortir. Ici, c’est l’inverse, COMITY livre un album tellement dense, tellement touffu que la première fois on est incapable de l’écouter d’une traite, submergé par les notes, les atmosphères, les ambiances, les cassures, les breaks…trop de chose en trop peu de temps, on doit souffler. Puis on se le repasse, on se relève les manches, on ouvre le corps, on plonge les mains dans ses entrailles et on en sort tout ce qu’on peut y trouver. « The Journey Is Over » se présente comme un seul titre unique divisés en 4 parties, nommées Part I-IV, oscillant entre huit et vingt six minutes. Tout commence par un larsen, un son dissonant, la sirène prévenant l’imminence de la fermeture des portes. Une fois à l’intérieur, plus moyen de reculer. On y est, on y reste. Ensuite arrive la voix, d’outre tombe, comme arrachée à l’Enfer. Le capitaine annonce le départ. Bienvenue sur le Costa Concordia.

« Part I » se pose comme un morceau assez « classique » du groupe. On y retrouve là des riffs chaotiques, déstructurés et scientifiquement brouillons. La touche mathcore qui sert de base aux parisiens depuis leur début. Un bouillonnement de sons, de riffs, de larsens et de vocaux jetés en pâture à qui voudrait y jeter l’oreille. On reconnait les cadors de la scène hardcore chaotique et sombre ricaine. Un peu de Catharsis, une touche de Starkweather et un gros morceau de Dillinger période Minnikakis. Puis le morceau avance, se délie, s’étire et les premières envolées postcore apparaissent. Magistrales, fulgurantes et belles comme seule la Nature hostile peut l’être. COMITY semble en forme et nous renvoie au formidable « As Everything Is A Tragedy ». Oscillant toujours entre violence physique, brute et atmosphère sombre et désenchantée, le voyage proposé par le groupe est des plus enivrant. On passe d’un hardcore chaotique virulent à un mathcore hyper technique côtoyant des passages post black metal ou « doomcore » (avec de gros guillemets). Le tout dans un bordel organisé, pensé et extrêmement structuré. Cette « Part II » est la partie la plus courte et la plus sauvage du voyage. Les cordes saignent, les futs tabassent et la voix prend à la gorge. Le rythme augmente furieusement, les belges de Rise And Fall ne sont jamais loin mais avec cette touche, ce son propre aux parisiensv porté par une basse lourde faisant jeu égale avec la guitare, amenant profondeur et lourdeur au tourbillon sonore proposé. Big Up d’ailleurs à le production impeccable qui parvient à rendre extrêmement clair ce maelström de notes tout en conservant la violence et la puissance du son. Du très bon travail.

Si malgré tout, jusque là on était en terrain conquis, c’est à partir de la troisième partie que les choses se corsent. « Part III » s’ouvre sur quelques notes de sitar vite rattrapées par une guitare sèche et quelques sonorités électroniques. Le calme apparent laisse assez rapidement la place à la tempête. Toujours dominé par la guitare acoustique le titre s’électrise via de nombreux larsen ou riffs tourmentés touchant au drone ou au black expérimental. Les neuf minutes de « Part III » font office de rupture dans la continuité car si la manière de faire est différents le résultat est le même et COMITY reste COMITY. Le voyage continue et entre de plein pieds dans la nuit, la peur et les esprits qu’elle charrie souvent dans l’imaginaire collectif. La nuit c’est « Part IV », la fin du voyage, longue de vingt-deux minutes, cette plage est un résumé de toute la carrière du groupe englobant toute les faces de COMITY, la plus violente, la plus chaotique, la plus sensible, la plus maitrisée. Ce titre tout en ruptures, en cassures et en accélérations désarçonne tant il part dans tous les sens, emporté dans les eaux troubles et tourbillonnante de la composition. La tempête fait rage, le bateau tangue de tous les cotés et prend l’eau. Les riffs sont plus indomptables, plus déchainés, plus variés que jamais. La voix est plus profonde, plus riche aussi, alternant passage hardcore, black metal et chant plus apaisé. Elle dérape parfois, sort des rails mais reste pleine de vie et de vigueur. A l’image de la musique et du groupe tout entier. Loin de rester figé dans une technicité autiste et masturbatoire, la musique de COMITY vit, survit, meurt et ressuscite sans arrêt. Cette musique est incroyablement humaine. Cet album est incroyablement humain. Ce groupe est incroyablement humain.

Le titre s’arrête, se termine sur des sons lancinants, un inexorable fade out ramenant le calme et laissant l’auditeur avec ses acouphènes pour seuls compagnons. Puis un sursaut d’orgueil, un regain de tension, la bête bouge encore. Une vague, une deuxième, une troisième. Plus petite, moins haute. Mais d’une rare violence. Puis peu à peu elle se calme, paisible, elle s’endort, l’écume laisse place à une mer d’huile. La terre est en vue, le bateau a coulé, à pris l’eau mais a tenu bon. Le voyage est terminé. Mais quel voyage. Quel putain de voyage.

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Rédigé par : Seb On Fire | 16.5/20 | Nb de lectures : 12455




Auteur
Commentaire
Toub/nothingness
Membre enregistré
Posté le: 29/03/2012 à 09h31 - (101345)
Bonne chronique pour un album génial ! Comme tous les autres ! Les morceaux sont énormes, que des chansons à tiroirs, débordant d'émotions, beaucoup de riff m'ont fait penser au fou fou "As everything..." et ça fait très plaisir. Comme d'habitude ça demandera 4 mois d'écoute intensive mais avec eux ça vaut toujours la peine de s'accrocher !

Je lui aurais bien mis deux points de plus :) !!



DARK RABBIT
Membre enregistré
Posté le: 29/03/2012 à 12h57 - (101350)
Sacré voyage que celui-là, je ne l'ai encore pas digéré complètement donc on va attendre pour un avis définitif.

skyou
Membre enregistré
Posté le: 29/03/2012 à 16h07 - (101353)
Musique, vous avez dit Musique! Il y a tout ce que j'aime dans cet album de Comity, diversité, imagination, violence, lourdeur,dissonance, ambiances malsaines, etc... Comme le decrit parfaitement la pochette, un voyage en pleine tempête!



djabtrash
Membre enregistré
Posté le: 29/03/2012 à 23h00 - (101361)
On dirait Toxic H sur la 2e moitié du 1er titre là...

BassFrog
IP:81.30.179.191
Invité
Posté le: 28/08/2014 à 18h11 - (113323)
Comme très bien dis dans la chronique, album très très lourd à digérer, mais d'une richesse incroyable et incomparable!
Il m'aura fallu 1 an et demi pour l'apprécier à sa juste valeur, mais quel album !!
J'ose à peine imaginer le boulot en amont que représente un disque pareil...
Un grand bravo à Comity pour cette sortie, en espérant les croiser un jour sur la route

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